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Full text of "Chrysostome oeuvres complètes T 8"

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OEUVRES COMPLÈTES 



DE 



S. JEAN CHRYSOSTOME 



TRADUCTION NOUVELLE 

PAR M. L'ABBÉ J. BAREILLE 

ehaioiie benenire de Tralewe et de Ljio 
AUTEUR DE L'HISTOIRE DE SAINT THOMAS, D'EMILIA PAULA, ETC. 

COURONNÉE PAR L'ACADÉMIE FRANÇAISE. 



TOME HUITIÈME 




PARIS 

LIBRAIRIE DE LOUIS VIVES, ÉDITEUR 

RUE DELAMBRE, 43 



4871 

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ŒUVRES COMPLETES 



DE 



S. JEAN CHRYSOSTOME 



HOMÉLIES 



SUR 



LES ACTES DES APOTRES 

(suite) 



HOMÉLIE XVIII. 

« A ces paroles, ils se sentaient le cœur déchiré, et ils 
grinçaient des dents contre lui. » 

1. On est en droit de s'étonner qu'ils n'aient 
pas trouvé dans les paroles déjà dites un motif 
suffisant de le mettre à mort, et que la démence 
les pousse à chercher encore. C'est ainsi que 
l'injustice plonge constamment les hommes dans 
le mal. Gomme les princes des prêtres disaient 
dans leur anxiété : a Que ferons-nous à ces 
hommes? » AcL, iv, 16 , ceux dont nous par- 
lons éprouvent un déchirement intérieur. C'était 
plutôt au saint diacre à concevoir des sentiments 
d'indignation , puisqu'il n'était coupable d'au- 
cun tort, et qu'il était néanmoins assailli de 
mauvais traitements et de calomnies. Mais c'est 
là le meilleur argument contre les sycophantes, 
tant est vrai ce que je n'ai cessé de vous dire : 
Faire le mal, c'est souffrir le mal. Pour lui, au- 
cune fausse accusation ne sort de sa bouche , il 
dit simplement la vérité. Serions-nous donc ac- 
cablés d'outrages, si notre conscience ne nous 
reproche rien, nous ne subissons aucune atteinte. 

TOM. Vlil. 



Leur intention est bien de le mettre à mort; 
seulement ils ne le font pas sur l'heure, voulant 
avoir une apparence de raison pour colorer leur 
crime. Eh quoi ! ne pouvaient-ils pas s'autoriser 
des reproches qu'ils avaient essuyés? Mais ces 
reproches ne venaient pas de lui, c'était une ac- 
cusation formulée par un prophète. Peut-être 
différaient-ils pour ne point paraître le faire 
mourir à cause d'un tel outrage, comme ils 
l'avaient fait à l'égard du Christ, et pouvoir 
l'accuser d'impiété. Ce que disait Etienne res- 
pirait cependant la piété. C'est pour cela qu'a- 
près avoir résolu sa mort , ils s'efforcent , dans 
leur irritation profonde, de ternir sa réputation ; 
car ils craignent qu'il ne survienne encore à 
son sujet quelque incident étrange. Ils traitent 
donc Etienne comme ils avaient traité le Christ. 
Cette parole prononcée par le Sauveur : a Vous 
verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la 
puissance divine, » ils avaient prétendu qu'elle 
était un blasphème, ils avaient de plus sollicité 
le témoignage de la foule : ils agissent de même 
ici. Alors ils déchiraient leurs vêtements, main- 
tenant ils se ferment les oreilles. « Et lui, plein 



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HOMÉLÎES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



du Saint-Esprit et fixant les yeux au ciel, vit la 
gloire de Dieu et Jésus debout à sa droite , et il 
dit : Voilà que j'aperçois les cieux ouverts et le 
Fils de l'homme debout à la droite de Dieu. 
Elevant la voix et poussant des clameurs , ils se 
fermèrent les oreilles, et tous ensemble se pré- 
cipitèrent sur lui. Et, l'entraînant hors de la 
ville, ils le lapidaient. » 
• courage de Mais, s'il était dans l'erreur , il fallait le ren- 

saint Etienne . 

dans sa pré- voyer comme un insensé. Au fond , s il avait 
dicanon. p^lé de la sorte , c'était pour les détourner de 
leur dessein. N'ayant jusque-là rappelé que la 
mort du Christ, n'ayant rien dit de la résurrec- 
tion, il profite de ce dernier moment pour pro- 
clamer aussi ce dogme. La manière dont le 
Christ lui apparaît, selon son expression même, 
devrait avoir pour effet de faire mieux accepter 
sa parole, puisque le Sauveur avait irrité les 
Juifs en déclarant qu'il serait assis à la droite 
de son Père ; Etienne le leur montre debout, 
témoignage implicite de la résurrection. De tout 
cela je déduis que la figure du saint brillait déjà 
de la gloire céleste. Dieu , dans sa bonté pour 
les hommes, voulait ainsi les sauver par les 
mêmes moyens qu'ils employaient à perdre son 
ministre ; mais sa bonté fut stérilisée par leur 
malice. « Et, l'entraînant hors de la ville, ils le 
lapidaient. » C'est donc hors de la ville que la 
mort est de nouveau soufferte, le Christ était 
mort hors des murs ; et dans la mort même 
éclate comme alors la confession et la prédica- 
tion. « Et les témoins déposèrent leurs vête- 
ments au pied d'un jeune homme nommé Saul. 
Et ils lapidaient Etienne, qui invoquait Dieu et 
disait : Seigneur Jésus-Christ, recevez mon 
esprit. » Il leur enseigne par là, il leur démontre 
qu'il ne périt pas. a Et , s'étant mis à genoux , 
il s'écria v d'une voix forte : Seigneur , ne leur 
imputez pas ce péché. » Il semble vouloir se 
justifier par cette parole, et prouver que son 
langage jusque-là n'avait pas été celui de la co- 
lère; peut-être fait-il une dernière tentative 
pour les ramener. En effet, leur pardonner 
ainsi la fureur qui les pousse au meurtre , et 
montrer que son àme est exempte de toute pas- 
sion, c'était bien ce qui pouvait le mieux leur 
faire goûter sa doctrine. 



a Saul consentait à la mort d'Etienne. Or, ce 
jour-là s'éleva une grande persécution contre 
l'Eglise qui était à Jérusalem. » Cette persécu- 
tion n'était pas une chose fortuite, à mon avis, 
elle rentrait dans le plan divin. « Et tous les 
fidèles furent dispersés dans les régions de la 
Judée et de Samarie, excepté les apôtres. Voyez- 
vous comment Dieu permet que la persécution 
ait encore lieu? Mais voyez aussi comment il 
dispose les choses. Les disciples ont d'abord 
excité l'admiration par des miracles, on les a fla- 
gellés sans pouvoir leur nuire, ils se sont établis 
dans les diverses régions, la prédication va ga- 
gnant toujours du terrain ; et voilà qu'un grand 
obstacle se présente. Ce n'est pas une légère 
persécution, puisqu'elle les réduit tous à prendre 
la fuite, enrayés qu'ils sont de l'audace crois- 
sante de leurs ennemis ; de telle sorte qu'il est 
évident pour tout le monde que ce sont là de 
simples mortels, ce qui ressort de leur frayeur 
et de leur fuite. Ils souffrent la persécution afin 
que vous ne puissiez pas dans la suite attribuer 
à la grâce seule leurs grandes actions; c'est 
pour cela qu'ils deviennent plus timides, en 
même temps que les autres se montrent plus au- 
dacieux. « Et tous furent dispersés , excepté lés 
apôtres. » Ce n'est donc pas sans raison que je 
le disais, la persécution était chose providen- 
tielle ; sans cela , les disciples ne se seraient pas 
dispersés. « Quelques hommes pieux eurent soin 
d'ensevelir Etienne, et célébrèrent ses funé- 
railles avec de grands gémissements. » Ou bien 
ils n'étaient pas encore parfaits , ou bien ils le 
pleuraient de la sorte à cause de la noblesse et 
de la générosité de son cœur. Cette douleur et 
ces plaintes s'ajoutaient à leur frayeur pour 
montrer qu'ils étaient hommes. 

2. Et qui donc eût pu ne pas gémir en voyant 
ce doux agneau lapidé et gisant là sans vie? 
L'Evangéliste fait de lui le plus bel éloge fu- 
nèbre en disant : «Et, tombant à genoux, il 
s'écria d'une voix forte... Et ils célébrèrent ses 
funérailles avec de grands gémissements. » Re- 
prenons en détail les expressions du texte. 
« Comme il était plein du Saint-Esprit, fixant 
les yeux au ciel, il vit la gloire de Dieu et Jésus 
à sa droite ; il dit alors : Voilà que j'aperçois les 



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HOMÉLIE XVIII. 



3 



deux ouverts. Et ils se fermèrent les oreilles, et 
tous ensemble se précipitèrent sur lui. » Quel 
sujet d'accusation trouvaient-ils néanmoins dans 
son langage? Peu leur importe ; ils s'emparent 
à leur gré de celui qui venait d'accomplir par 
la parole de si grands prodiges, de vaincre tous 
ses adversaires, d'enseigner de si hautes vérités, 
et puis ils satisfont leur rage. « Or , les témoins 
déposèrent leurs vêtements aux pieds d'un jeune 
homme nommé Saul. » Notez avec quelle atten- 
tion Fauteur rappelle ce qui regarde Paul, pour 
mieux faire ressortir l'œuvre que Dieu plus tard 
opérera dans cet homme. Pour le moment, bien 
loin d'avoir embrassé la foi, il frappe la victime 
par les mains de mille meurtriers ; ce qu'in- 
dique clairement cette parole : « Et Paul con- 
sentait à sa mort. » La prière du saint n'est pas 
une prière ordinaire, elle est faite avec une 
grande ferveur, a II tombe à genoux. » Aussi 
sa mort est-elle divine. Jusque-là les âmes étaient 
confinées dans les limbes, a Tous furent dispersés 
dan» les régions de la Judée et de la Samarie. » 
Ils vont maintenant sans crainte au milieu des 
Samaritains après avoir cependant entendu : 
« N'allez pas dans la voie des nations. » Alatth., 
x, 5. « Excepté les apôtres, » est-ii ajouté ; soit 
que les apôtres eussent voulu rester dans la 
ville pour tenter encore de convertir les Juifs, 
soit qu'ils eussent l'intention de donner aux 
autres l'exemple du courage. 

a Quant à Saul, il dévastait l'Eglise , entrant 
dans les maisons , en arrachant les hommes et 
les femmes, pour les jeter en prison. » Etrange 
frénésie ! il est seul , et il pénètre dans les mai- 
sons, tant il est prêt à sacrifier sa vie pour la 
loL « Il entraine les hommes et les femmes. » 
Quelle audace, quelle insolence et quelle folie ! 
Tous ceux qui lui tombaient sous la main, il les 
accablait de mille outrages, comme si la mort 
d'Etienne l'avait enivré, a Ceux donc qui étaient 
dispersés passaient en prêchant la bonne parole. 
Philippe, étant descendu dans la ville de Sa- 
marie, annonçait le Christ, et les foules étaient 
unanimement attentives à ce que Philippe disait ; 
la vue des miracles qu'il accomplissait les enga- 
geait encore à l'écouter. Les esprits impurs sor- 
taient du corps de plusieurs d'entre eux, en 



poussant de grands cris; beaucoup de para- 
lytiques et de boiteux furent également guéris. 
Et une grande joie se répandit dans cette ville. 
Or, un homme du nom de Simon , qui aupara- 
vant était magicien dans cette même ville, et sé- 
duisait le peuple de la Samarie, disant qu'il était 
quelqu'un de grand, était écouté de tous, depuis 
le dernier jusqu'au premier ; et l'on disait de 
lui : a Celui-là est la grande vertu de Dieu. » 
Remarquez, je vous prie, cette nouvelle épreuve, 
celle qui fut suscitée par Simon. « Et la multi- 
tude le suivait, continue l'historien sacré, parce 
que depuis longtemps il avait troublé leur raison 
par ses prestiges. Mais , après avoir cru à la 
parole de Philippe, touchant le royaume de 
Dieu et le nom de Jésus-Christ, hommes et 
femmes se faisaient baptiser. Alors Simon crut 
lui-même, et, ayant été baptisé , il suivait Phi- 
lippe. Voyant aussi les signes éclatants et les 
miracles qui s'opéraient, il était dans l'étonne- 
ment et l'admiration. 

Dès que les apôtres, qui se trouvaient à Jéru- 
salem, eurent appris que Samarie avait reçu la 
parole de Dieu, ils y envoyèrent Pierre et Jean. 
Ceux-ci, après leur arrivée, prièrent pour les 
nouveaux fidèles, afin qu'ils reçussent l'Esprit 
saint ; car il n'était descendu sur aucun d'eux, 
et seulement ils avaient été baptisés au nom du 
Seigneur Jésus. Ils leur imposaient ensuite les 
mains, et l'Esprit saint leur était donné. Or, 
Simon, voyant que les apôtres donnaient l'Esprit 
saint par l'imposition des mains , leur offrit de 
l'argent en disant : « Donnez-moi aussi ce pou- 
voir, que tous ceux à qui j'imposerai les mains, 
reçoivent le Saint-Esprit. » — Comment, me 
demandera-t-on , les Samaritains baptisés n'a- 
vaient-ils pas reçu l'Esprit? Ils avaient reçu 
l'Esprit pour la rémission des péchés, mais non 
encore pour opérer des miracles. Et voyez de 
quelle façon Simon s'approche alors pour de- 
mander le même pouvoir. La persécution sévis- 
sait avec un redoublement de rage ; mais Dieu 
délivra de nouveau ses serviteurs , en les cou- 
vrant de la protection des miracles. La mort 
d'Etienne n'avait pas apaisé la haine des Juifs ; 
et de là vient que les docteurs sont dispersés, 
pour que la doctrine se répande davantage. 

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HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



Bientôt vous les retrouvez dans le succès et 
l'allégresse. « Une grande joie se manifesta dans 
cette ville ; » ce qui n'excluait pas un grand deuil. 
C'est ainsi que Dieu ne cesse de faire; il mêle les 
prospérités aux revers , afin de mieux exciter 
notre admiration. La maladie dont Simon était 
atteint datait déjà de loin ; et c'est pour cela 
qu'un tel remède ne put même l'en délivrer. — 
Comment l'Apôtre lui donna- t-il le baptême? 
— Comme le Christ avait choisi Judas. A la vue 
des miracles, le magicien est frappé de stupeur ; 
mais il n'ose encore demander le pouvoir d'en 
opérer, sachant que les autres ne l'avaient pas 
reçu. — Pourquoi ne fut-il pas puni de mort 
comme le furent Ananie et Sapphire ? — Jadis 
aussi, celui qui ramassait du bois fut seul mis à 
mort pour l'exemple ; aucun autre après cela 
ne souffrit la même peine. Pierre agit de même 
ici : il ne sévit pas contre Simon comme il l'a- 
vait fait antérieurement ; il se borne à lui dire : 
a Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as 
pensé que le don de Dieu s'acquiert avec de 
l'argent. » 

pourquoi 3. Pour quel motif les personnes baptisées 
SpUs&^a- n'avaient-elies pas reçu l'Esprit saint ? — Ou 
reç^rEsprit k* en ^h^ppe n'avait pas osé le donner , réser- 
vant cet honneur aux apôtres ; ou bien il n'a- 
vait pas une telle puissance, n'étant que du 
nombre des sept, ce qui me parait plus probable. 
Je suppose, en effet, que Philippe était l'un des 
sept diacres, celui qui venait après Etienne. 
Voilà pourquoi, lorsqu'il baptisait, il ne donnait 
pas l'Esprit saint, le pouvoir de le donner étant 
le privilège exclusif des douze apôtres. Ces der- 
niers n'avaient pas fui, remarquez-le bien ; ceux 
dont la grâce était inférieure avaient seuls été 
dispersés, parce qu'ils n'avaient pas encore reçu 
l'Esprit saint. Ils possédaient le pouvoir de faire 
des miracles , mais non celui de communiquer 
l'Esprit. C'était donc là le privilège des apôtres ; 
aussi ne voyons-nous personne en user , si ce 
n'est ces chefs de l'Eglise. « Simon, voyant que 
les apôtres donnaient le Saint-Esprit par l'impo- 
sition des mains... » L'auteur n'aurait pas tenu 
ce langage si le don n'avait pas été accompagné 
de quelque signe extérieur. Paul agit de même 
au sujet du don des langues. Voyez-yous la 



saiut. 



perversité de Simon ? Il offre de l'argent. Et ce- 
pendant il n'avait pas vu l'apôtre recevoir de 
l'argent dans ce but : ce n'est donc point là 
l'effet de l'ignorance ; c'est une épreuve calcu- 
lée, ou bien l'acte d'un homme qui veut se pré- 
parer des moyens d'accusation. Il n'est pas éton- 
nant qu'on lui dise : « Tu ne saurais aVoir part 
à cette grâce, ni rien prétendre à ce ministère ; 
car ton cœur n'est pas droit devant Dieu. » C'est 
la seconde fois que le prince des apôtres dévoilé 
le secret des âmes ; il arrache à Simon ce que 
celui-ci croyait tenir caché, a Pais donc péni- 
tence de ton iniquité, et prie le Seigneur pour 
qu'il te pardonne, si c'est possible, cette pensée 
de ton cœur. Je te vois, en effet, plein de fiel et 
chargé des liens de l'iniquité. Simon répondit 
en ces termes : Priez vous-même le Seigneur 
pour moi, afin que rien de ce que vous m'avez 
dit ne m'arrive. » Quand il eût dû se repentir 
du fond de son cœur et verser des larmes , il 
dit un mot en passant. « S'il est possible que ce 
péché te soit remis. » Cela ne signifie pas que 
Dieu ne puisse le remettre si le coupable im- 
plore le pardon ; c'est une manière de parler 
usitée chez les prophètes, de jeter un doute sur 
la possibilité du fait, au lieu de dire : Si vous 
le faites, vous serez pardonné. Ils dénoncent 
simplement la peine future. 

Admirez comment, bien loin de négliger leur 
œuvre durant la persécution, les apôtres la pour- 
suivent avec ardeur. De même que du temps de 
Moïse, les miracles sont opposés aux miracles, 
pour le triomphe de la vérité. En présence même 
de la magie , les vrais miracles se produisaient 
avec éclat ; il n'eût pas fallu qu'il y eût là de 
démoniaque, puisque le magicien les avait de- 
puis longtemps captivés par ses enchantements : 
la multitude des démoniaques et des paralytiques 
était donc une preuve que c'était là de vains 
prestiges. Ce n'était pas seulement par les mi- 
racles opérés, c'était aussi par la parole, en les 
entretenant du royaume du Christ, que Philippe 
les gagnait. Simon se fit donc baptiser et se 
rangea à sa suite, non par l'impulsion de la foi, 
mais dans l'espoir de lui devenir semblable. 
« Dès qu'ils furent arrivés, ils prièrent pour 
eux, afin qu'ils reçussent l'Esprit saint; car il 

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H0MÉL1 

n'était encore descendu sur aucun d'eux. Alors 
ils leur imposaient les mains, et les nouveaux 
fidèles recevaient le Saint-Esprit. » Ce n'est 
pas une chose ordinaire, vous le voyez, c'est 
l'œuvre d'une grande puissance, de donner 
l'Esprit saint. Cette puissance ne doit pas être 
confondue avec la rémission des péchés. « Simon, 
voyant que les apôtres donnaient le Saint-Esprit 
par l'imposition des mains , vint leur offrir de 
l'argent.. » Avait-il vu les autres faire la même 
offre? Philippe, par exemple? S'imagine-t-il que 
les apôtres ne comprendront pas dans quelles 
dispositions il s'avance? C'est pour cela que 
Pierre appelle ce pouvoir un don : « Que ton 
argent périsse avec toi, puisque tu as pensé que 
le don de Dieu s'acquérait avec de l'argent. » 
Comme ils conservent toujours leurs mains pures ! 
« Tu n'as pas de part à cette grâce, tu ne saurais 
prétendre à ce ministère ; car ton cœur n'est pas 
droit devant Dieu. » 

Cet homme agissait donc avec duplicité dans 
toutes ses démarches, et c'est la simplicité qu'il 
fallait apporter ici. a Fais donc pénitence. Je te 
vois plein de fiel, chargé des liens de l'iniquité. » 
Ces paroles témoignent une grande indignation. 
Pierre ne le châtie pas néanmoins , de peur que 
la foi ne paraisse désormais une chose forcée, et 
que lui-même ne soit accusé de barbarie; il veut 
d'ailleurs introduire la pénitence ; la réprimande, 
enfin, et la révélation de ce qui se passe dans 
son cœur doivent suffire à Simon pour recon- 
naître qu'il est pris. Il paraît bien l'avouer et le 
déclarer par cette parole : « C'est à vous que je 
demande de prier pour moi. » Quelque pervers 
que soit cet homme, une première correction lui 
fiait embrasser la foi, une seconde l'oblige à s'a- 
baisser, a A la vue des miracles qui s'opéraient, 
il fut frappé de stupeur ; » ce qui prouve que 
toute sa magie n'était qu'un tissu de mensonges. 
Il n'est pas dit qu'il s'approcha, mais bien qu'il 
fut stupéfait. Pourquoi ne se montra-t-il pas tout 
d'abord? C'est qu'il croyait pouvoir demeurer 
caché, persuadé que tout cela n'était qu'artifice ; 
mais, n'ayant pu se dérober à l'œil des apôtres, 
il s'approcha. « Les esprits immondes dont plu- 
sieurs étaient possédés, sortaient en poussant 
de grands cris. » Cette manière de délivrer les 



ï XVIII. £ 

démoniaques avait quelque chose de frappant et 
de manifeste : les prestiges des mages avaient un 
caractère tout opposé, ils aggravaient la chaîne 
des malheureux, « Beaucoup de paralytiques et 
de boiteux furent guéris. » Pas d'illusion pos- 
sible ; car il fallait agir et marcher. Tous s'atta- 
chaient à lui en disant : « Celui-là est la vertu 
de Dieu. » Ici s'accomplit cette prédiction du 
Sauveur : « Beaucoup de faux christs et de faux 
prophètes viendront en mon nom. » Marc., xin, 
22. — Pourquoi les apôtres ne le reprennent-ils 
pas immédiatement? — C'est assez pour eux 
qu'il se condamne lui-même ; car c'est encore là 
de l'enseignement. Ne pouvant pas résister à 
l'évidence, il dissimule, à l'exemple de ces ma- 
giciens qui disaient : « Le doigt de Dieu est là. » 
Exod. , vm, 19. Pour n'être pas encore repoussé, 
Simon s'attachait donc à Philippe, et ne s'en 
éloignait pas. 
4. Examinez, je vous prie, les heureux fruits Heureux 

. , , ,._ . _ fruits pro- 

que Dieu sait tirer de la mort d Etienne. Les duits par la 
disciples sont dispersés dans les régions de la E^ne. 81 " 111 
Judée et de la Samarie, ils prêchent l'Evangile, ils 
font connaître le Christ, ils opèrent des miracles, 
peu à peu les habitants reçoivent le don divin. 
Ici se voit un double prodige : c'est un prodige, 
en effet, que les uns reçoivent une grâce et qu'un 
seul en soit privé, « Pierre et Jean , après avoir 
rendu témoignage et prêché la parole du Sei- 
gneur, retournèrent vers Jérusalem, annonçant 
l'Evangile dans plusieurs bourgades des Sama- 
ritains. » L'historien remarque très-à-propos 
qu'ils ont rendu témoignage ; témoignage pro- 
bablement contre l'imposteur, afin que le peuple 
ne se laisse plus séduire , qu'il soit désormais à 
l'abri de l'illusion , et que l'inexpérience ne le 
fasse pas si souvent tomber dans le piège. « Ils 
revinrent à Jérusalem. » Pourquoi reviennent- 
ils dans une ville où règne la tyrannie , où se 
trouve la source de tous leurs maux, où les at- 
tendent leurs ennemis les plus sanguinaires? Ce 
que font les chefs dans les combats, prenant sur 
eux la plus lourde part de la lutte, les apôtres le 
font en cette occasion. Remarquez une fois de 
plus qu'ils ne se rendent pas les premiers à Sa- 
marie, qu'ils y sont précédés par les disciples 
fuyant la persécution, qu'ils vont seulement 



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HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



après coup auprès des Samaritains convaincus. 
« Quand les apôtres , qui étaient à Jérusalem, 
l'eurent appris, ils envoyèrent Pierre et Jean. » 
Quel est le but de leur mission? D'arracher 
les habitants à l'influence de la magie, de 
les confirmer dans la doctrine qu'ils ont reçue 
du Christ dès que la foi a brillé dans leur àme. 
Alors que Simon aurait dû simplement deman- 
der de recevoir lui-même l'Esprit saint, peu dé- 
sireux de son propre bien, il demande le pouvoir 
de le donner aux autres, quoique les fidèles ne 
l'aient pas reçu de manière à pouvoir le donner. 
Son ambition est de s'élever au-dessus de Phi- 
lippe, qui compte parmi les disciples. « Que ton 
argent périsse avec toi. » Ce n'est pas une im- 
précation, c'est une leçon sévère. Cet homme 
n'ayant pas les sentiments qu'il devait avoir, 
l'apôtre le condamne dans ces mêmes sentiments. 
C'est comme s'il disait : Périsse avec ton dessein 
la basse opinion que tu t'es formée du don de 
Dieu , en le tenant pour une chose purement 
humaine ; ce qui est le contraire de la vérité. 

S'il s'était présenté avec des dispositions con- 
venables, on l'eût certainement accueilli, du 
moins il n'eût pas été rejeté comme une peste. 
Remarquez la double faute que commet celui qui 
se fait une petite idée d'une grande chose. L'a- 
pôtre lui prescrit aussi un double devoir : « Fais 
pénitence, et prie pour que cette pensée de ton 
cœur te soit pardonnée, si c'est possible. » Cette 
pensée devait être bien perverse, bien difficile à 
corriger, pour qu'on mît en doute la possibilité 
du pardon. Simon craignit la multitude et n'osa 
pas nier. S'il n'avait pas été troublé, il n'aurait 
pas manqué de dire qu'il avait péché par igno- 
rance ou par oubli ; mais il était frappé de stu- 
peur, ébloui d'abord par l'éclat des miracles, et 
puis confondu de ce qu'on avait révélé les se- 
crets de son âme. Voilà pourquoi, peu de temps 
après, il s'éloigna de sa patrie pour s'en aller à 
Rome, pensant que l'apôtre n'irait pas jusque-là. 
« Ils prêchaient l'Evangile dans plusieurs bour- 
gades des Samaritains. » Voyez-vous comment 
les voyages mêmes leur étaient une occasion de 
travail ; ils ne faisaient pas de courses inutiles. 
Nous devrions aussi voyager comme eux. Mais 
que dis-je? avons-nous besoin de voyager? Beau- 



coup ont des terres et des campagnes, et ne s'oc- 
cupent nullement des habitants, n'en tiennent 
aucun compte. S'il s'agit de construire des bains, 
des portiques, des maisons, ou d'accroître les 
revenus, ils sont pleins de sollicitude ; quant à 
la culture des âmes, ils n'en ont aucun souci. Et 
vous-mêmes, si les épines envahissent votre 
champ, vous les arrachez, vous y mettez le feu, 
vous ne négligez rien pour en délivrer la terre; 
si c'est l'àme de vos agriculteurs que les épines 
étouffent, vous ne les retranchez pas. Comment 
se fait-il que vous soyez sans crainte, que vous 
ne frémissiez pas à la pensée du compte que vous 
aurez à rendre là-dessus? 

Chaque fidèle ne devrait-il pas s'employer à 
bâtir une église , à procurer un ministre de la 
parole sainte, se proposer avant tout de n'avoir 
chez lui que des chrétiens? Et comment le sera, 
je vous le demande, votre ouvrier des champs, 
en vous voyant négliger votre salut? — Vous ne 
pouvez pas opérer des miracles, et convertir par 
ce moyen les hommes à la foi ? — Usez des moyens 
qui sont en votre pouvoir, de la bienveillance, 
de la protection, de la douceur, de la bonté, des 
autres procédés de ce genre. Beaucoup élèvent 
des places publiques et des bains; mais des 
églises, point : tout, plutôt que cela. Je vous 
adresse donc un conseil en même temps qu'une 
prière, ou mieux, je vous demande moins une 
grâce que je ne vous impose une loi, que per- 
sonne n'ait une campagne où ne se trouve une 
église. Ne me dites pas : U en est une tout près, 
elle est dans le voisinage ; et puis la dépense est 
grande, tandis que l'avantage n'est presque rien. 
— Si vous avez à donner aux pauvres, employez 
votre argent dans ce but. Cette œuvre est plus 
méritoire que l'autre. Pourvoyez à l'entretien 
d'un ministre de l'Evangile, d'un diacre, d'une 
réunion sacerdotale. Faites comme si vous pre- 
niez une épouse ou si vous donniez à votre fille 
un époux : constituez une dot à l'Eglise. Votre 
campagne alors recevra d'abondantes bénédic- 
tions. Quel bien ne vous rapportera-t-elle pas? 
Est-ce peu de chose, à vos yeux, que votre pres- 
soir soit béni? Est-ce peu de chose que Dieu re- 
çoive une part et les prémices de tous vos reve- 
nus ? C'est une source de paix pour les habitants 



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HOMÉLIE XVHI. 



de la campagne. Le prêtre y sera désormais 
respecté, vos possessions n'en seront que mieux 
garanties* Des prières continuelles se feront là 
pour vous, pour vous les hymnes et les réunions 
saintes , pour vous chaque dimanche l'oblation 
sacrée. Que faut-il admirer le plus, ou bien que 
des hommes élèvent de splendides tombeaux pour 
que les générations futures s'enquièrent de leur 
nom, ou bien que vous éleviez des églises ? Sa- 
chez que jusqu'à l'avènement du Christ vous 
gagnerez une récompense, s'il existe un autel 
grâce à vous. 

5. Dites-moi, si l'empereur vous demandait 
de construire une maison pour le recevoir, re- 
culeriez-vous devant aucun sacrifice? Eh bien, 
c'est la royale demeure du Christ que vous bâ- 
tissez. Ne regardez pas à la dépense, songez 
plutôt aux résultats. Tandis que les villageois 
cultivent vos champs , appliquez-vous à cultiver 
leurs âmes : ils vous portent le fruit de leur tra- 
vail , tâchez de les introduire au ciel. Celui qui 
commence un bien est la cause de tous les biens 
qui se font ensuite. Les catéchumènes des cam- 
pagnes voisines vous devront leur instruction et 
leur salut. Les bains publics et les tavernes sont 
pour les campagnards une source de mollesse et 
de corruption ; et cependant vous en élevez pour 
vous faire gloire. Les agoras et les réunions 
nombreuses les rendent plus insolents. Vous 
voyez ici tout le contraire. Quelle magnifique 
chose de contempler un vieillard dont l'attitude 
rappelle celle d'Abraham, couronné de ses che- 
veux blancs, remuant la terre, prêt à tout pé- 
nible labeur! Quoi de plus agréable qu'une telle 
campagne? C'est là surtout que la vertu fleurit. 
Là , plus de mollesse , elle en est bannie ; plus 
d'ivrognerie ni de gourmandise, ces vices en 
sont également exclus ; pas de vainç gloire, elle 
n'oserait s'y montrer; le désintéressement y 
donne un nouvel éclat à la bienveillance. Quel 
bonheur, en sortant de sa maison, d'entrer dans 
la maison de Dieu, de contempler cet édifice 
qu'on a soi-même bâti, de goûter ensuite un 
doux repos, d'assister après ce repos corporel 
aux hymnes de la nuit et du jour, de recevoir le 
prêtre à sa table, de jouir de ses entretiens, de 
recevoir ga bénédiction, de voir enfin les autres 



se réunir au même lieu ! C'est ici le mur de dé- 
fense, le rempart assuré de vos terres. Voilà bien 
le champ dont il est dit : « L'arôme d'un champ 
fertile que le Seigneur a béni. » Gen., xxvn, 27. 

Si déjà la campagne vous est précieuse par le 
calme et le profond délassement qu'elle vous 
procure, à quoi pourrez-vous la comparer quand 
elle aura de plus cet avantage? La campagne où 
se trouve une église est semblable au paradis de 
Dieu. Là, point de clameurs ni de troubles, point 
d'inimitiés ni d'hérésies ; la concorde y règne 
avec l'unité de foi. Le calme vous amène à la 
philosophie, et le prêtre saisit ce moment favo- 
rable pour devenir aisément votre médecin. Tout 
ce que nous vous enseignons dans les villes va 
bientôt se perdre au milieu des bruits de l'agora ; 
tout ce que vous entendrez à la campagne res- 
tera gravé dans votre cœur ; vous deviendrez un 
autre homme grâce à cet ami, il sera le guide et 
le gardien de vos serviteurs, et par sa présence, 
et par le soin qu'il aura de les moraliser. Au 
fond, quelle sera la dépense, dites-moi? Com- 
mencez par une maison peu spacieuse ; un autre 
après vous la décorera d'un portique , un autre 
encore l'agrandira , et le tout sera censé votre 
œuvre. Vous donnez peu, et vous aurez de la 
sorte une grande récompense ; prenez l'initiative, 
posez le fondement; faites mieux, donnez-vous 
mutuellement l'exemple, rivalisez de générosité. 
Que voyons-nous, au contraire? S'il faut des 
constructions pour renfermer la paille ou le fro- 
ment et les autres choses semblables, on n'hésite 
pas : une construction qui n'intéresse que le salut 
des âmes, on n'y songe même pas ; et les pauvres 
laboureurs sont obligés de parcourir mille stades, 
de faire un voyage réel pour aller à l'église. Quel 
bien n'est-ce pas néanmoins que le prêtre y puisse 
venir sans peine, se présenter à Dieu, le prier 
chaque jour pour les familles qui l'entourent, 
pour les cultivateurs de vos champs ? N'attachez- au saint 

r ,. . , sacrifice on 

vous aucune importance, dites-moi, a ce que était dans ru- 
votre nom soit constamment rappelé durant l'o- ^v\^b\eT 
blation sainte, à ce que des prières quotidiennes ramure de 
soient faites pour vos possessions? De quelle 
utilité cela n'est-il pas pour vous-même et pour 
le reste? 

Il arrive que plusieurs habitent dans le voisi- 



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I 



8 HOMÉLIES SUR LES 

nage et qu'ils ont là des procureurs. Aucun 
d'eux certes ne daignera venir vers vous si vous 
êtes tombé dans la pauvreté ; mais peut-être in- 
vitera-t-il le prêtre et le recevra-t-il à sa table. 
Comprenez-vous ce qui peut en résulter d'heu- 
reux? En attendant, aucune fâcheuse rumeur 
ne planera sur la campagne, aucune accusation 
d'homicide ou de vol, nul soupçon de ce genre. 
Il y a là une autre source de consolations, dans 
le cas où l'on est visité par la maladie ou par la 
mort. Les liaisons et les amitiés ne sont jamais 
alors livrées au hasard et contractées sans pru- 
dence ; les réunions sont beaucoup plus suaves 
que les bruyantes assemblées du siècle. Non-seu- 
lement les réunions offrent plus de dignité, mais 
encore ceux qui sont à la tête obtiennent un plus 
profond respect par suite de la présence du 
prêtre. On vous a dit souvent que la ville de Jé- 
rusalem était jadis la plus vénérée de toutes les 
villes du monde; et ce n'est pas sans raison : 
elle était le centre de la piété. Partout où Dieu 
reçoit de sincères hommages, le mal est détruit; 
là où Dieu n'est pas honoré, le bien n'existe plus. 
Si vous écoutez mon conseil, vous aurez une sé- 
curité complète vis-à-vis de Dieu et vis-à-vis des 
hommes. Je vous en conjure donc, prenez en 
main cette œuvre avec une ardeur que rien ne 
puisse ralentir. Si celui qui sépare les choses 
précieuses de celles qui n'ont aucune valeur est 
comme la bouche de Dieu, celui qui se rend utile 
à tant d'àmes dans le présent et même dans l'a- 
venir jusqu'à l'avènement du Christ, combien 
ne sera-t-il pas agréable au Seigneur? Que 
les mains laborieuses soient d'abord étendues 
dans la prière pour mieux s'appliquer au travail. 
Le corps lui-même y gagnera plus de vigueur, 
les champs fructifieront davantage, tous les 
genres de maux seront par là même expulsés. 
Il n'est point de parole capable d'exprimer un 
tel bonheur ; il faut en avoir fait l'expérience. 
Ne vous arrêtez pas à l'idée que vous n'y trou- 
verez aucun profit; n'accomplissez pas l'œuvre, 
j'y consens, si vous n'avez pas la conviction que 
ce sera là pour vos terres la source d'une grande 
prospérité, ne faites rien si telles ne sont pas vos 
^ dispositions, si vous ne pensez pas que tous vos 
serviteurs y trouveront leur bien. Et que peut- 



CTES DES APOTRES. 

on concevoir de plus avantageux que d'intro- 
duire des âmes dans l'aire céleste? 

Hélas ! comment pouvez-vous ignorer ce que 
c'est que de gagner des âmes 1 Ecoutez ce que le 
Christ disait à Pierre : « Si vous m'aimez, pais- 
sez mes brebis. » Joan., xxi, 15. Si, voyant errer 
à l'aventure les brebis ou les chevaux du souve- 
rain, vous les recueilliez et les mettiez à l'abri 
des embûches en les confiant à la garde d'un 
pasteur, quelle récompense le souverain ne vous 
accorderait-il pas? C'est maintenant le troupeau 
du Christ que vous recueillez, auquel vous don- 
nez un pasteur; et vous penseriez n'avoir çien 
fait de grand? Mais que dis-je? Dès qu'on en- 
court un si terrible châtiment quand on scan- 
dalise un seul de ses frères, pourrait-on ne pas 
obtenir une grande récompense, je vous le de- 
mande, quand on en sauve tant? Assurément. 
Quel péché pourrait-il vous rester ensuite? ou, 
s'il vous en restait, comment ne l'effaceiiez-vous 
pas? D'après le supplice de celui qui scandalise, 
imaginez le bonheur à venir de celui qui sauve. 
Si Dieu n'avait pas tant à cœur le salut d'une 
àme, il n'éprouverait pas un tel courroux contre 
celui qui la perd. N'ignorant plus ces choses, 
livrons-nous à ce travail spirituel ; que chacun 
m'appelle, et nous y contribuerons tous à l'envi 
dans la mesure de nos forces. T a-t-il là trois 
possesseurs, qu'ils mettent en commun leurs 
ressources; n'en ai-je qu'un devant moi, que 
celui-là tâche de persuader ses voisins. Déployez 
dans ce but un tel zèle, je vous en supplie, que 
nous soyons de tout point agréables à Dieu , et 
que nous obtenions de la sorte les biens éternels, 
par la grâce et l'amour de Notre-Seigneur Jésus- 
Christ, à qui gloire, puissance, honneur, main- 
tenant et toujours, et dans les siècles des siècles. 
Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE XIX. 

« Or Tange du Seigneur s'adressant à Philippe lui dit : 
Lève-toi et va vers le midi, sur le chemin .qui descend 
de Jérusalem à Gaza; c'est une voie déserte. Et Philippe 
se levant y alla. » 

1. Il me parait qu'il dut recevoir cet ordre 
pendant qu'il était à Samarie ; car de Jérusalem 



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HOMÉLIE XIX. 



on va vers le septentrion et non vers le midi ; 
c'est de Samarie qu'on prend cette dernière di- 
rection. « C'est une voie déserte. » Cette observa- 
tion a pour but d'éloigner la crainte que pourrait 
avoir le disciple de rencontrer les Juifs. Du reste, 
il ne demande pas la raison de cet ordre ; il se 
lève et part. « Et voilà que , poursuit le texte 
sacré, un Ethiopien eunuque, homme distingué, 
puissant à la cour de Candace, reine d'Ethiopie, 
et gardien de tous ses trésors, qui était venu à 
Jérusalem pour adorer Dieu, s'en revenait assis 
sur son char, et lisait le prophète Isaïe.» Voilà 
de grands éloges décernés à cet homme : il ha- 
bitait l'Ethiopie, il était accablé d'affaires, il 
vivait chez un peuple voué au culte des démons ; 
et, quoique ce ne fût pas un jour de fête, il était 
venu â Jérusalem pour adorer Dieu. Grand était 
aussi son zèle, puisqu'il lisait étant assis sur son 
ehar. « Or, l'Esprit dit à Philippe : Avance, et 
rapproche-toi de ce char. Philippe, accourant 
aussitôt, entendit l'eunuque qui lisait le prophète 
Isaïe , et il lui dit : Croyez-vous comprendre ce 
que vous lisez? Cet homme répondit : Et com- 
ment le pourrai-je si quelqu'un ne me l'explique 
pas? » Nouvelle preuve de sa piété. En quoi 
eonsiste-t-elle? A lire, quoiqu'il ne comprenne 
pas , et puis à demander, lorsqu'il a lu. a Et il 
pria Philippe de monter et de s'asseoir près de 
lui. Or, le passage de l'Ecriture qu'il lisait était 
celui-ci : Il a été conduit à la mort comme une 
brebis ; et comme un agneau muet devant celui 
qui le tond, il n'a pas ouvert la bouche. Isa., 
uu y 7-8. Dans ses humiliations son jugement a 
été effacé. Qui racontera sa génération? car sa 
vie sera retranchée de la terre. Alors l'eunuque 
s'interrompant dit à Philippe : De qui , je vous 
prie, le prophète parle-t-il de la sorte? Est-ce de 
lui-même ou d'un autre? Et Philippe, ouvrant 
la bouche et commençant par ce même texte, 
lui annonça Jésus. » 

Remarquez l'ordre de la Providence par rap- 
port à cet étranger : d'abord il lit sans com- 
prendre ; il lit ensuite le passage où se trouvent 
retracées la passion, la résurrection et l'effusion 
de la grâce, « Après qu'ils eurent marché quelque 
temps, Us arrivèrent à une fontaine ; et l'eunuque 
dit : Voici de l'eau ; qu'est-ce qui empêche que 



je sois baptisé? » Quelle résolution! quelle gé- 
néreuse ardeur ! « Et il ordonna qu'on arrêtât 
son char, et tous deux descendirent dans l'eau, 
et Philippe baptisa l'eunuque. Or, dès qu'ils 
furent remontés hors de l'eau , l'Esprit du Sei- 
gneur enleva Philippe , et l'eunuque ne le vit 
plus. Il poursuivit sa route plein de joie. » Pour- 
quoi, me demanderez-vous, l'Esprit du Seigneur 
l'enleva-t-il? Parce que Philippe devait passer 
dans d'autres villes et les évangéliser. Cela donc 
eut lieu pour lui concilier l'admiration des 
hommes, pour l'élever au-dessus d'eux, pour 
imprimer à sa mission un caractère divin, a Et 
Philippe se trouva dans Azot, et il annonçait 
l'Evangile à toutes les villes par lesquelles il 
passait jusqu'à ce qu'il vînt à Césarée. » Il en 
résulte clairement qu'il était l'un des sept, 
puisqu'on retrouve plus tard le diacre à Césarée. 
Ce n'est pas sans motif que l'Esprit le fit dispa- 
raître : l'eunuque l'eût autrement prié de venir 
avec lui, et Philippe l'eût attristé en refusant de 
le suivre, ce à quoi les circonstances l'obligeaient. 
Avez- vous remarqué le concours donné par les' 
anges à la prédication , non en prêchant eux- 
mêmes, mais en appelant les prédicateurs? C'est 
là certes une chose admirable ; ce qui n'arrivait 
que rarement dans les temps antérieurs, ce dont 
on peut à peine citer un exemple, se voit ici 
très-fréquemment. On peut encore considérer ce 
fait comme une prophétie de la victoire que les 
apôtres remporteraient sur les étrangers. La pa- 
role des fidèles était bien capable d'inspirer à 
ceux qu'elle instruisait le désir de déployer le 
même zèle. 

L'Ethiopien s'en allait donc plein de joie ; il 
en eût moins éprouvé dans de plus longues le- 
çons. — Mais pourquoi , me demanderez-vous 
encore , n'a-t-il pas été complètement instruit 
pendant qu'il était sur son char et dans un lieu 
solitaire? — Parce que ce n'était pas là le but 
que Dieu se proposait. Examinons maintenant 
les expressions du texte : « Et voilà qu'un Ethio- 
pien eunuque, homme distingué, puissant à la 
cour de Candace, reine d'Ethiopie. » Ce qui veut 
dire assurément qu'elle occupait le trône. En 
effet, les femmes régnaient dans les temps an- 
ciens, et c'était une loi chez ces peuples. Philippe 



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W HOMÉLIES SUR LES I 

lui-même ignore pour quel motif il est venu dans 
le désert; car ce n'est pas un ange, c'est l'Esprit 
du Seigneur qui l'a transporté. L'eunuque ne 
voit rien de tout cela, parce qu'il est encore im- 
parfait , ou bien parce que de telles choses ne 
s'adressent pas aux hommes charnels et ne sont 
que pour les hommes spirituels; il n'apprend pas 
même de Philippe tout ce que celui-ci eût pu lui 
enseigner. — Et comment se fait-il que l'ange ne 
se montre pas à lui pour le mener à Philippe? 
— C'est que probablement, au lieu de se laisser 
conduire, il fût resté frappé de stupeur. Voyez 
la sagesse de Philippe ; il n'accuse pas, il ne dit 
pas : Vous êtes dans l'ignorance, je vais vous 
instruire ; il ne dit pas non plus : Je sais parfai- 
tement tout cela ; il ne procède pas davantage 
par la flatterie, il ne s'écrie pas : Heureux êtes- 
vous de lire ainsi ! Sa parole est également éloi- 
gnée de l'insolence et de l'adulation ; c'est l'ex- 
pression du dévouement et de la bonté. 11 fallait 
bien interroger cet homme et provoquer un saint 
désir. Le disciple ne dissimule pas qu'il regarde 
l'étranger comme n'ayant pas l'instruction né- 
cessaire, puisqu'il lui fait cette question : a Pen- 
sez-vous comprendre ce que vous lisez? » C'est 
en même temps lui faire pressentir un trésor 
caché. 

Prodenoeet 2. Et voyez avec quelle prudence l'eunuque 
se justifie : « Comment le pourrai-je si quelqu'un 
ne me l'explique pas? » Il ne s'arrête pas à l'ex- 
térieur de celui qui l'interroge, il ne lui dit pas : 
Qui donc êtes-vous? il ne se livre pas à des ré- 
criminations, à des paroles arrogantes, il ne 
prétend pas savoir, il avoue plutôt son ignorance ; 
et c'est pour cela qu'il apprend. Il montre au 
médecin sa blessure ; il comprend que celui-là 
sait, et que de plus il veut l'instruire. Il le voit 
exempt de tout faste ; car le disciple ne porte 
pas un riche vêtement. Aussi manifeste-t-il le 
désir qu'il a d'apprendre et l'attention qu'il prête 
aux paroles de son interlocuteur; en lui s'ac- 
complissait cette sentence de l'Evangile : « Colui 
qui cherche trouve. » Matth., vu, 8. « Et il pria 
Philippe de monter et de s'asseoir près de lui. » 
Voyez-vous quel zèle? voyez-vous quel pieux 
désir? Il le prie de monter et de s'asseoir près 
de lui, ignorant sans doute ce qu'il va lui dire, 



CTES DES APOTRES. 

mais espérant entendre l'explication de quelque 
prophétie. Il l'honore d'autant plus qu'il le prie, 
au lieu de se borner à l'inviter. « Philippe étant 
accouru l'entendit lire. » La course trahit le désir 
de parler, et la lecture celui de s'instruire. 
L'Ethiopien lisait à l'heure du jour où le soleil 
est le plus brûlant. Le passage était celui-ci : 
« Il a été conduit à la mort comme une brebis. » 
Un nouveau signe de cette soif d'instruction, 
c'est qu'il eût entre les mains le plus sublime de 
tous les prophètes.' De là vient que Philippe n'a- 
borde pas brusquement son explication, mais 
attend avec calme et douceur pour prendre la 
parole, qu'on l'interroge et même qu'on le prie* 
C'est ce que fait l'étranger pour la seconde fois : 
« Dites-moi, je vous prie, de qui parle le pro- 
phète. » Il ne savait donc pas, on peut le croire, 
que les prophètes parlent d'autrui, ou bien, s'il 
le savait, qu'ils parlent quelquefois d'eux- 
mêmes tout en ayant l'air de parler d'un autre. 

Riches ou pauvres, nous avons à rougir devant 
cet homme occupé des finances de l'Etat, a Dès 
qu'ils furent arrivés près d'une fontaine, il dit : 
Voici de l'eau. » C'est le cri d'une âme ardente. 
« Qu'est-ce qui empêche que je sois baptisé? » 
Son impatience se démontre de plus en plus. Il 
ne dit pas cependant : Donnez-moi le baptême; 
mais il ne se tait pas : sa parole tient à la fois de 
l'impatience et du respect : « Qu'est-ce qui em- 
pêche que je sois baptisé? » A ses yeux, la doc- 
trine est indubitable ; car le prophète touchait à 
tout, à l'incarnation, à la passion, à la résurrec- 
tion , à la sanction , au jugement futur ; et tout 
cela redoublait le désir du néophyte. Rougissez, 
vous tous qui n'êtes pas encore illuminés, a Et il 
ordonna qu'on arrêtât son char. » U s'est pro- 
noncé, il a commandé, avant même d'avoir en- 
tendu la réponse, a Quand ils furent remontés 
de l'eau, l'Esprit du Seigneur enleva Philippe. » 
C'est bien : il voyait clairement l'œuvre divine, 
il ne pouvait pas penser que ce fût là un homme 
ordinaire. « Et il poursuivait sa route plein de 
joie. » Cela nous fait entendre qu'il eût éprouvér 
de la peine s'il avait su ce qui se passait; quoi- 
qu'il ait reçu l'Esprit saint, l'abondance de sa 
joie ne lui permet plas de voir les choses pré- 
sentes. « Et Philippe se trouva dans Azot. » Ge 



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H0MÉL1 

lut un grand bien pour loi ; car ce qu'il avait lu 
touchant les prophètes , Habacuc , Ezéchiel , et 
d'autres, il en fait lui-même l'expérimentation, 
il a franchi dans un instant une grande dis- 
tance, le voilà tout à coup dans Azot, où doit 
s'exercer son ministère apostolique. 

« Saul, de son côté, respirant encore la me- 
nace et le meurtre contre les disciples du Sei- 
gneur, se rendit auprès du prince des prêtres, 
et lui demanda des lettres pour les synagogues 
de Damas, afin que, s'il y découvrait des hommes 
ou des femmes de cette religion , il les amenât 
enchaînés à Jérusalem. » C'est à propos que 
l'historien parle ici du zèle de Paul pour la loi 
de Moïse, puisqu'il va nous le montrer converti 
dans l'exercice même de ce zèle. Ainsi donc ni 
la mort d'Etienne ni la dispersion de l'Eglise 
persécutée n'ont pu le satisfaire ; il va trouver 
le prince des prêtres. Vous voyez là se réaliser 
ce que le Christ avait dit à ses disciples : « L'heure 
est venue où quiconque vous met à mort se per- 
suade rendre hommage à Dieu. » Joan., xvi, 2. 
Voilà ce que faisait ce jeune homme ; et ses sen- 
timents différaient beaucoup de ceux des Juifs. 
Ce qui prouve la sincérité de son zèle, c'est qu'il 
se transporte dans des villes étrangères ; tandis 
que les Juifs, uniquement désireux <le leur gloire 
personnelle, ne se préoccupent même pas de ce 
qui se passe à Jérusalem. Pourquoi va-t-il à Da- 
mas? C'était une grande ville, une résidence 
royale ; et il craint qu'elle ne soit à son tour en- 
vahie. Et voyez comme son zèle est sincère en 
même temps qu'emporté, quel respect il montre 
pour la loi : ce n'est pas au gouverneur civil, 
c'est au prince des prêtres qu'il s'adresse. Il lui 
demande des lettres pour rechercher ceux de 
cette religion, ou de cette voie, comme s'exprime 
le texte. Voilà comment on désignait alors les 
-fidèles, probablement parce qu'ils faisaient pro- 
fession de suivre la voie qui conduit au ciel. 
Pourquoi ne reçoit-il pas le pouvoir de les punir 
sur place, et les amène-t-il à Jérusalem? Pour 
leur infliger le châtiment avec plus d'autorité. 
Remarquez dans quels dangers il se précipite, ce 
qui n'exclut pas chez lui la défiance et la crainte. 
C'est sous l'impression de ce sentiment qu'il se 
fait accompagner dans son voyage ; peut-être ne 



E XIX. II 

veut-il pas seul s'engager dans la lutte contre 
plusieurs , il veut être pleinement assuré , o s'il 
trouve des hommes et des femmes de cette reli- 
gion, de pouvoir les amener enchaînés à Jéru- 
salem. » Peut-être encore se propose-t-il de frap- 
per les esprits par ce déploiement de force et 
d'activité, puisque les autres lui laissent toute la 
charge de cette lutte. Du reste, vous l'avez déjà 
vu jetant les fidèles en prison. Ce que les Juifs 
ne pouvaient pas faire, lui le pouvait à cause de 
son impétueuse ardeur. « Pendant qu'il pour- 
suivait son chemin , et comme il approchait de 
Damas , soudain il fut enveloppé d'une lumière 
céleste ; et, tombant à terre, il entendit une voix, 
qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persé- 
cutes-tu? » 

3. Pourquoi n'est-ce pas à Jérusalem ou bien Pourquoi 
à Damas que cela se passe? Pour que les autres dV^nt^ui 
ne pussent pas altérer le récit du fait , et pour £ Dwwï** 
que sa parole à lui, qui s'était mis en route dans 
ce but, fût jugée plus digne de foi. Aussi parle- 
t-il de la sorte quand il se défend devant Agrippa. 
S'il est tout à coup frappé de cécité, c'est qu'une 
trop abondante lumière produit cet effet,- les 
yeux n'ayant qu'une puissance limitée. De même 
un bruit soudain et véhément peut frapper de 
stupeur et de surdité. Le persécuteur est seule- 
ment aveugle, et la crainte étouffe en lui la fu- 
reur; il entend donc ces paroles : a Saul, Saul, 
pourquoi me persécutes-tu? » La voix ne lui 
commande pas de croire, ni rien de pareil; elle 
se borne à faire entendre une plainte. Voici quel 
est au fond le sens de cette parole : Pourquoi te 
conduire ainsi quand je ne t'ai fait aucun mal , 
ni petit ni grand? Il répond : « Qui êtes- vous, 
Seigneur? » Il professe déjà sa dépendance. Et 
le Seigneur lui dit : « Je suis Jésus, que tu per- 
sécutes. » Ne t'imagine pas que tu sois en lutte 
avec des hommes. Or, ceux qui l'accompagnaient 
entendirent bien la voix de Paul, mais ne virent 
personne à qui sa réponse pût s'adresser. A la 
bonne heure; il ne leur fut donné d'entendre 
que ce qu'il y avait de moins sublime. Auraient- 
ils d'ailleurs entendu la voix céleste qu'ils n'au- 
raient pas embrassé la foi. Mais, voyant Paul 
qui répondait, ils furent dans l'admiration. 
« Lève-toi , entre dans la ville, et Ton te dira ce 



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12 HOMÉLIES SUR LES 

que tu dois faire. » Notez que Jésus ne lui révèle 
pas tout au premier instant; il commence par 
apaiser son âme, et, dans les choses mêmes qu'il 
lui prescrit, il lui donne l'heureux espoir qu'il 
recouvrera la vue. « Or, ceux qui l'accompa- 
gnaient restaient là frappés de stupeur, enten- 
dant une voix, mais ne voyant personne. Et 
Saul se leva de terre, et, quoiqu'il tînt les yeux 
ouverts, il ne voyait rien. Le prenant alors par 
la main , ils le conduisirent à Damas. » Ce sont 
les dépouilles du diable et ses instruments qu'ils 
mènent en triomphe , comme cela se fait après 
la chute d'une citadelle et la prise d'une capi- 
' taie. Ce qu'il y a de plus merveilleux , ce sont 
les ennemis eux-mêmes qui le mènent ainsi sous 
les yeux de tout le monde. 

« Et il fut trois jours sans voir, sans boire et 
sans manger. » Quoi de comparable ? La 
conquête de Paul nous console de la mort d'E- 
tienne, bien que celle-ci ait en elle-même sa 
consolation , et parce qu'il est beau de quitter 
ainsi la terre, et parce que les bourgades con- 
verties des Samaritains lui font un magnifique 
Pourquoi cortège. — Et pourquoi, me demandera-t-on , 

de tahu pîïî n'a-t-il eu lieu que dans la suite, et non au 
ré^ec? commencement? _ p our mieux établir la [ré- 

uon du sau- surrection du Christ. Un homme qui le poursui- 

veur. , . 

vait de sa haine, en effet, qui n acceptait ni le 
dévouement de sa mort ni la vérité de sa résur- 
rection, et qui de plus s'acharnait contre ses 
disciples, comment aurait-il cru, je vous le de- 
mande, si la puissance du crucifié n'était pas 
irrésistible? Je suppose que la foi des premiers 
fut un acte de complaisance; mais que direz- 
vous de celui-ci? De plus, il ne se présenta pas 
même immédiatement après la résurrection, 
pour que sa guerre contre l'Eglise fût plus ma- 
nifeste. Voilà donc un frénétique qui verse le 
sang, qui peuple les prisons, et qui tout à coup 
embrasse l'Evangile. Ce n'était pas assez qu'il 
n'eût jamais suivi le Christ; il fallait qu'il fût 
l'implacable adversaire des disciples, le plus im- 
placable de tous, celui dont la fureur ne recula 
devant aucun moyen. Quand il fut frappé d'a- 
veuglement, il reconnut en même temps l'em- 
pire et la miséricorde de celui qu'il persécutait. 
Pourrait-on dire que ce n'était là qu'une feinte? 



ACTES DES APOTRES. 
Non, il ne feignait pas celui qui demandait du 
sang, qui s'était présenté devant les prêtres, qui 
se jetait au milieu des périls, et dont la rage 
s'exerçait même contre les étrangers. C'est après 
tout cela qu'il reconnaît la puissance de Jésus. 
— Pourquoi cette lumière l'enveloppe-t-elle avant 
qu'il soit entré dans la ville, et non dans la ville 
même? — Parce que beaucoup n'auraient pas 
cru, auraient même tourné la chose en dérision ; 
tout comme antérieurement en entendant la voix, 
ils avaient dit : a C'est le tonnerre. » Joan., xn, 
29. Sa parole à lui ne pouvait être l'objet d'aucun 
doute, puisqu'il annonçait un fait personnel. Le 
voilà donc conduit et lié, quoiqu'il ne porte pas 
des chaînes matérielles ; il est captif, lui qui ve- 
nait pour traîner les autres en prison. 

Pourquoi demeure-t-il sans boire et sans man- 
ger? — Il réprouve sa conduite, il fait pénitence, 
il prie, il implore la miséricorde divine. Si quel- 
qu'un me dit qu'il subit une nécessité, comme 
Elymas dans la suite, je répondrai qu'il souffre 
sans doute , mais qu'il reste ce qu'il était. — 
Comment se fait-il qu'il ne soit pas contraint? 
— Et quelle chose plus capable de contraindre 
que le* tremblement de terre survenu dans la 
résurrection, alors que les soldats déclaraient, 
après tant d'autres miracles , qu'ils l'avaient vu 
ressusciter? Mais ce n'est pas là une violence, 
c'est un enseignement. — Pourquoi les Juifs ne 
croient-ils pas quand on leur raconte de telles 
choses ? — Il est évident que cet homme dit vrai ; 
car il n'eût pas changé de la sorte, si l'événe- 
ment n'était réel : tous devaient donc y croire. 
Son témoignage n'est pas inférieur à celui des 
apôtres touchant la résurrection; il est même 
plus digne de foi , puisqu'il est appuyé par une 
conversion aussi soudaine. Paul n'a conversé 
avec aucun fidèle; c'est à Damas qu'il s'est con- 
verti, ou mieux, avant d'entrer dans cette ville. 
J'interroge le Juif ; D'où vient, dites-moi, la 
conversion de Paul ? U avait vu tant de prodiges, 
et il ne s'était pas converti; le changement de 
son maître n'avait pu déterminer le sien ; qui 
donc a pu le persuader, et le remplir même tout 
à coup de cette sublime ardeur qui lui fait dé- 
sirer d'être anathème pour le Christ? La vérité 
des choses est donc bien éclatante. — J'en re- 



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HOMÉLIE XIX. 



13 



viens cependant à ma première pensée : en 
voyant un eunuque lire avec tant d'attention et 
recevoir la lumière de la foi, sachons du moins 
rougir. Il était au comble de la puissance, il 
vivait au milieu des trésors, et le voyage ne peut 
même interrompre son travail? Que devait être 
dans sa demeure celui qui s'occupait de la sorte 
en chemin? Gomment devait-il passer ses nuits? 

4. Vous tous, puissants du monde, écoutez; 
imitez ce zèle pieux et modeste. Bien qu'il revînt 
chez lui, il ne se disait pas en lui-même : Je 
rentre dans ma patrie, et là je me purifierai. — 
Paroles insipides, qu'on entend si souvent ré- 
péter. Il n'eut besoin ni de signes ni de miracles ; 
sur le seul témoignage du prophète, il crut. 
Voilà pourquoi Paul déplore ainsi sa vie passée : 
« Mais Dieu m'a fait miséricorde, parce que j'ai 
commis le mal par ignorance , n'ayant pas en- 
core la foi..., afin que je fusse le premier en qui 
Jésus-Christ montrât toute sa patience. » I Tint., 
i, 13-16. Cet eunuque est vraiment digne d'ad- 
miration. Il n'avait pas vu le Christ, il n'avait 
pas vu de miracles, il voit Jérusalem encore de- 
bout, et il croit à la parole de Philippe. Comment 
en est-il venu là? Son âme veille sur elle-même, 
il étudie les livres saints , il s'applique à la lec- 
ture. Le larron avait vu des miracles, les mages 
étaient guidés par l'étoile ; et lui, sans avoir rien 
vu de pareil, embrasse la foi, tant il est avanta- 
geux de lire les Ecritures. Et Paul ne méditait-il 
pas la loi? Sans doute; Dieu seulement me pa- 
rait l'avoir réservé dans le but dont j'ai parlé 
plus haut , pour attirer à lui les Juifs par tous 
les moyens possibles. Et, s'ils avaient eu le sens 
droit, rien n'eût pu leur être plus profitable. Cela 
devait les attirer, en effet, plus que les miracles 
et tout le reste ; de même que , pour les esprits 
grossiers , c'est ce qui les scandalise davantage. 
Voyez aussi comment le Seigneur opère des 
miracles après que les apôtres se sont dispersés. 
Les Juifs les accusent et les jettent en prison : 
alors éclate le pouvoir miraculeux. Comment 
cela, le voici : Dieu se manifeste en les délivrant ; 
il se manifeste encore en conduisant Philippe 
-vers l'Ethiopien; la conversion de Paul et la 
vision d'Etienne attestent également son pou- 
voir. Voyez en outre de quelle façon il honore 



Paul, il honore l'eunuque : ici le Christ se 'dé- 
voile, probablement pour triompher de toute 
obstination , et parce que la foi n'aurait pas été 
transmise d'une autre manière. 

Familiarisés avec de tels prodiges, rendons- 
nous dignes de cette faveur. Beaucoup de ceux 
qui sont entrés dans l'Eglise ne comprennent 
pas aujourd'hui ce que nous disons ; tandis que 
l'eunuque, malgré les bruits du dehors, voya- 
geant même sur son char, donne toute sôn at- 
tention à l'étude des Ecritures. Il n'en est pas de 
même de vous; personne qui tienne un livre 
dans ses mains; on a tout autre chose qu'un 
livre. — Pourquoi ne fut-il pas éclairé avant 
d'aller à Jérusalem, et ne le fut-il qu'ensuite? 
— Il ne fallait pas qu'il vit les apôtres persécutés, 
parce qu'il était trop faible encore ; son change- 
ment, du reste, eût offert plus de difficultés avant 
qu'il eût été formé par le prophète. La même 
chose aura lieu de nos jours : si vous allez avec 
empressement à l'école des prophètes, vous 
n'aurez plus de miracles à demander. Exami- 
nons maintenant, si vous voulez le permettre, 
les expressions mêmes de la prophétie : « Il sera 
conduit à la mort comme une brebis , et dans 
ses humiliations son jugement sera effacé. » 
L'étranger apprend par là que le Sauveur a été 
crucifié, que sa vie fut exterminée sur la terre, 
qu'il n'avait pas commis de péché, qu'il avait le 
pouvoir de sauver les autres , qu'on ne saurait 
raconter sa génération , que les rochers furent 
brisés, que le voile se déchira, que les morts 
sortirent de leurs tombeaux ; ou plutôt Philippe 
lui exposa toutes ces vérités en développant la 
pensée du prophète. Grande chose que la lecture 
des livres saints. Cet homme accomplissait la 
parole de Moïse : « Que vous soyez assis ou dans 
votre lit , que vous soyez debout ou que vous 
marchiez, souvenez - vous du Seigneur votre 
Dieu. » Deut.y vi, 7. Les chemins déserts sont 
surtout favorables à l'exercice de la pensée, per- 
sonne n'étant là pour nous distraire. C'est en 
chemin qu'il croit, et Paul de même, avec cette 
différence que le Christ seul agit sur celui-ci. 

Un tel changement surpassait le pouvoir des 
apôtres ; ils étaient à Jérusalem, aucun d'eux ne 
se trouvait à Damas ; et c'est de là que Paul re- 
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14 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



vint converti. Merveille étonnante! ceux qui 
étaient à Damas savaient bien qu'il n'était pas 
ainsi parti de la première ville, qu'il était même 
muni de lettres pour enchaîner les fidèles. Tel 
qu'un excellent médecin, c'est au fort de la fièvre 
que le Christ lui porte secours-; il fallait que le 
persécuteur fût pris dans l'excès de sa rage. Il 
tombe avec plus d'éclat, il se condamne lui- 
même comme un grand criminel. Il ne sera pas 
inutile de résumer ici notre discours. Pourquoi 
les Ecritures, dites-moi? Pour ce qui vous con- 
cerne, tout a disparu. Pourquoi l'Eglise? En- 
fouissez donc les livres; peut-être votre juge- 
ment et votre supplice seront-ils alors moins 
terribles. En effet, les enfouir dans la boue pour 
n'avoir pas à les entendre, ne serait pas un ou- 
trage aussi grand que celui dont on se rend 
maintenant coupable. — Où est là l'outrage? — 
A les enfouir. — Où est-il ici? — A n'y prêter 
aucune attention. Quel est celui qui commet une 
insulte plus grave , dites-moi, de deux hommes 
dont l'un se tait quand on ne lui parle pas , et 
Tautre ne répond pas quand on l'interroge? As- 
surément c'est ce dernier. C'est donc aujour- 
d'hui que l'insulte et le mépris vont plus loin , 
puisque vous n'écoutez pas quand on vous parle. 
« Ne nous parlez pas, » disaient autrefois les 
Juifs aux prophètes. Vous faites pire mainte- 
nant, vous dites : Cessez de parler, votre parole 
est inutile. Eux refusaient d'entendre, craignant 
que la voix des prophètes n'excitât dans leur 
àme quelque sentiment de piété : vos dédains 
vous mettent à l'abri d'une telle crainte. Croyez- 
moi, si vous nous fermiez la bouche avec la 
main, vous ne nous insulteriez pas d'une ma- 
nière aussi sensible. Et dans le fait, en écoutant 
sans obéir ne témoigne-t-on pas plus de mépris 
qu'en refusant d'entendre? 

5. Armons-nous de courage, examinons de 
plus près la portée de cet affront : Un homme 
ferme la bouche à celui qui l'insulte, montrant 
par là qu'il ne peut supporter de telles paroles; 
un autre n'y prend pas garde, n'y fait aucune 
attention : quel est celui qui méprise davantage? 
n'est-ce pas le second ? Le premier du moins fait 
comprendre qu'il a senti le coup; tandis que ce- 
lui-là ferme la bouche à Dieu même. Ce mot 



vous fait frémir; il est vrai néanmoins, écoutez : 
la bouche par laquelle Dieu nous parle est en 
réalité la bouche de Dieu. De même que cette 
bouche matérielle est bien celle de notre âme, 
quoique l'âme n'ait pas de bouche; de même la 
bouche des prophètes est bien celle de Dieu. En- 
tendez et frémissez. Le diacre de l'Eglise uni- 
verselle est là debout et s'écrie à plusieurs re- 
prises : « Soyons attentifs. » Cette voix est celle 
de l'Eglise elle-même, et personne qui daigne 
l'écouter. Après le diacre, le lecteur commence 
la prophétie d'Isaïe, et personne encore n'écoute, 
quoique la prophétie n'ait rien d'humain. Il pro- 
nonce cette parole : « Voici ce que dit le Sei- 
gneur; » et personne n'écoute, encore une fois. 
Que dis-je? Il y a là des passages effrayants, des 
paroles qui donnent le frisson ; et nul n'y songe. 
Voici ce qu'on entend sans cesse répéter à ce 
sujet : Il nous lit toujours la même chose. — 
C'est là surtout ce qui cause votre perte. Ces 
textes vous seraient-ils connus, que vous ne de- 
vriez pas vous en distraire ; car enfin les mêmes 
spectacles vous sont constamment donnés sur la 
scène, et vous n'en êtes jamais rassasiés. Osez- 
vous bien tenir ce langage, alors que vous ne sa- 
vez pas même les noms des prophètes? N'avez- 
vous pas honte de prétendre que vous n'écoutez 
pas parce qu'on vous lit toujours la même chose, 
vous qui ne sauriez pas nommer les écrivains 
sacrés, quoique ces noms aient souvent frappé 
vos oreilles? C'est, du reste, ce que vous déclarez 
vous-même en vous plaignant de ces continuelles 
répétitions. Si c'était moi qui vous eusse fait ce 
reproche, encore devriez-vous vous justifier au- 
trement, au lieu de vous accuser vous-mêmes. 
Ne faites-vous pas la leçon à vos enfants, je vous 
le demande? Or, s'ils vous disaient : C'est tou- 
jours la même chose, ne vous regarderiez-vous 
pas comme offensés? 

On pourrait changer de lecture, si nous avions 
profité de celles que nous avons entendues, si 
nous les avions mises en pratique ; et même alors 
il ne serait pas inutile d'y revenir. Qu'avons-nous 
de comparable à Timothée? et cependant Paul 
lui écrivait en ces termes : « Appliquez-vous à 
la lecture et à l'exhortation. » I Tim. , iv, !& 
On ne saurait jamais épuiser le sens des Ecri- 

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HOMÉLIE XIX. 



tores; c'est une source intarissable. — Je le sais 
déjà, dit-on, et cela m'échappe. — Voulez-vous 
me permettre de vous prouver qu'on ne vous 
répète pas toujours les mêmes choses? Songez 
combien d'orateurs ont parlé sur les Evangiles, 
et tous ont dit là-dessus quelque chose de nou- 
veau. Plus on y revient, mieux on les comprend, 
plus on est inondé de cette pure lumière. Je parle 
depuis longtemps. Eh bien, dites-moi ce que 
sont les prophéties, les expositions, les para- 
boles, les allégories, les types, les symboles, les 
Evangiles eux-mêmes. Dites-moi seulement ce 
qu'il y a de plus clair, d'où vient ce nom d'Evan- 
giles. Vous avez souvent entendu qu'ils ne doi- 
vent rien renfermer de pénible. Voici néanmoins 
des sentences capables de nous effrayer : « Leur 
feu ne s'éteindra jamais, et leur ver ne mourra 
pas. » Marc, ix, 43. a II le divisera, et lui don- 
nera sa part avec les hypocrites. » Matth., xxiv, 
51. aH dira : Je ne vous connais pas, éloignez- 
vous de moi, vous qui opérez l'iniquité. » Ibid., 
vu, 23. Ne nous trompons donc pas nous-mêmes 
en supposant que cela n'est dit. qu'à la façon des 
Gentils. Quoi, cela ne nous regarderait pas? Vous 
êtes des sourds, et vous baissez la tète comme 
frappés de stupeur. — Des Evangiles ne touchent 
pas à la conduite , et ne font qu'annoncer du 
bonheur? — Là se trouvent cependant des pré- 
ceptes sans nombre, tels que ceux-ci : « Si quel- 
qu'un ne hait pas son père et sa mère, il n'est 
pas digne de moi. » Luc, xiv, 26. « Je ne suis 
pas venu porter la paix sur la terre, mais bien 
le glaive. » Matth., x, 34. « Vous aurez des tri- 
bulations dans le monde. » Joan., xvi, 33. C'est 
beau sans doute ; mais ce n'est pas ce qu'on peut 
appeler des Evangiles. Voici un évangile véri- 
table : Il vous arrivera tel bien. C'est le langage 
que les hommes s'adressent ordinairement entre 
eux. Voici d'autres évangiles : Votre père vien- 
dra, ou bien votre mère. On ne vous dit pas : 
Faites telle chose. 

Je vous demande de plus en quoi les Evan- 
giles diffèrent des prophéties, et pourquoi celles- 
ci ne portent pas le même nom, alors qu'elles 
expriment les mêmes pensées; ainsi, par exem- 
ple : t Le boiteux bondira comme le cerf. » Isa., 
xxxv, 6. <( Le Seigneur donnera sa parole à ceux 



15 

lxvii, 12. o Je 



qui doivent l'annoncer. » Ps. 
vous donnerai un nouveau ciel et une terre nou- 
velle. » Isa., lxv, 17. Pourquoi n'appelle-t-on 
pas cela des Evangiles? Pourquoi n'est-ce que 
des prophéties ? Si, ne sachant pas même ce que 
sont les Evangiles , vous négligez avec un tel 
mépris la lecture des saints Livres, que vous di- 
rai-je? Je vous ferai une autre question : Pour 
quelle raison quatre Evangiles? Pourquoi pas 
dix ou vingt? Pourquoi beaucoup d'hommes 
n'ont-ils pas entrepris de nous donner des Evan- 
giles, pourquoi pas un seul ? Pourquoi les dis- 
ciples ont-ils écrit et non ceux qui ne l'étaient 
pas? Pourquoi, même absolument, les divines 
Ecritures? L'ancienne loi dit cependant : « Je 
vous donnerai un Testament nouveau. » Jerem., 
xxxi, 31. Où sont ceux qui s'écrient : Toujours 
les mêmes choses? Si vous pouviez vous per- 
suader qu'un homme, vivrait-il dix mille ans, y 
trouverait constamment quelque chose de nou- 
veau, vous ne tiendriez pas un pareil langage. 
Croyez, et je ne vous dirai plus rien là-dessus; 
si vous découvrez quelque vérité, j'applaudirai; 
je me résignerai dans le cas contraire. C'est 
ainsi que nous avons paralysé votre activité, 
vous expliquant tout sur l'heure, ne refusant pas 
même quand il l'eût fallu. Yous avez là bien 
des questions ; étudiez, tâchez de les résoudre. 
Pourquoi des Evangiles et pourquoi pas des pro- 
phéties? Pourquoi les Evangiles touchent-ils à 
la conduite de la vie? Si l'un de vous ne sait pas 
répondre, qu'un autre vienne à son secours, 
mettez en commun vos recherches : alors enfin 
nous nous tairons. Ce que nous vous avons dit 
ne vous ayant fait aucun bien, beaucoup moins 
profiteriez-vous de ce que nous ajouterions. Nous 
travaillons à remplir un tonneau percé : c'est 
accroître votre supplice. Voilà pourquoi nous 
nous tairons. Il dépend de vous qu'il n'en soit 
pas ainsi. Manifestez quelque zèle, et peut-être 
parlerons - nous de nouveau, afin que vous 
deveniez de plus en plus agréables à Dieu , 
et que vous nous soyez un sujet de joie , glo- 
rifiant en toute chose le Père de Notre-Sei- 
gneur Jésus - Christ , à qui gloire, puissance, 
louange, honneur, en même temps qu'au 
Père éternel et au Saint-Esprit, maintenant et 



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46 HOMÉLIES SUR LES 

toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi 
soit-il. 



HOMÉLIE XX. 

« Or il y avait à Damas un disciple nommé Ananie; et le 
Seigneur lui dit dans une vision : Ananie. Et il répondit : 
Me voici, Seigneur. Et le Seigneur poursuivit : Lève-toi, 
et va dans la rue qu'on nomme la rue Droite; et 
cherche dans la maison de Juda un homme appelé 
Saul, de la ville de Tarse; car il prie. Et Saul aperçut 
aussi dans une vision un homme appelé Ananie qui 
entrait, et qui lui imposait les mains pour qu'il recouvrât 
la vue. » 

Pourquoi 4. Pourquoi Dieu n'envoie-t-il aucun des co- 
voya^a/un ryphées du chœur apostolique pour instruire 
apôtre cou- p au i ? p arce qu » i j devait être instruit par le Christ 

vertir saint * r 

Pani. lui-même, et non par les hommes. Celui dont il 
est parlé ne l'instruisit pas, en effet, et lui donna 
seulement le baptême. En même temps qu'il 
était baptisé, il s'attirait avec abondance la grâce 
de l'Esprit par la grandeur de son zèle et les 
élans de sa piété. Ananie figurait parmi les plus 
éminents des disciples; cela ressort clairement 
de ce que Dieu lui révèle et lui dit, comme aussi 
de ce qu'il répond lui-même : « Seigneur, j'ai 
appris de plusieurs combien de maux cet homme 
a faits à vos saints dans Jérusalem. » S'il exprime 
une idée contraire quand c'est Dieu qui lui parle, 
à plus forte raison l'aurait-il exprimée devant 
un messager céleste. C'est pour cela que Phi- 
lippe avant lui, n'ayant à recevoir aucune révé- 
lation touchant l'avenir, vit seulement un ange, 
et que l'Esprit lui commanda de la sorte d'aller 
vers le char de l'Ethiopien. Dieu commence ici 
par dissiper la crainte du disciple, comme s'il 
lui disait : 11 prie, il est aveugle; et tu crains? 
Ce sentiment ne fut pas inconnu de Moïse. Les 
paroles d'Ananie accusent donc une impression 
de frayeur et non une absence de foi. Ecoutez- 
les encore : « Seigneur, j'ai appris de plusieurs 
que cet homme... » — Que dites- vous? Dieu 
parle, et vous doutez ? — La puissance du Christ 
ne leur était pas pleinement connue, a II a même 
reçu des princes des prêtres le pouvoir d'enchaî- 
ner tous ceux qui invoquent votre nom. » Com- 
ment le savait-il? Il est probable que les fidèles 
ne cessaient de s'informer, stimulés qu'ils étaient 



ACTËS DES APOTRÈS* 

par la crainte. Du reste, il ne le dit pas avec 
la pensée que le Christ l'ignore; il se demande 
plutôt comment peut avoir lieu dans de telles 
circonstances ce qui lui est annoncé. C'est avec 
un semblable sentiment que les disciples disaient 
dans une autre occasion : a Qui pourra donc 
être sauvé? » Marc, x, 26. 

Voyez cependant les choses se disposer pour 
qu'il ne puisse pas douter de l'avenir Il est fa- 
vorisé d'une vision, le Christ affirme, déclarant 
de plus que le persécuteur prie : n'est-ce pas là 
dissiper toute crainte? — Mais pourquoi ne pas 
annoncer formellement l'éclatant miracle qui 
s'est opéré? — Pour nous apprendre à ne pas 
proclamer nos bonnes œuvres ; et de plus à cause 
de la crainte même qu'il veut dissiper. Il ne dit 
pas : On ne refusera pas de te croire. Que dit-il 
donc? « Lève-toi et marche. » Paul, de son côté, 
<( apercevait dans une vision un homme qui lui 
imposait les mains. » Dans une vision, parce 
qu'il était aveugle. Le miracle, tout grand qu'il 
est, ne ravit pas le disciple, tant la crainte s'est 
emparée de lui. C'est par lui néanmoins que 
Dieu rend à Paul la vue dont il l'avait privé. 
« Or le Seigneur lui dit : Va, car cet homme est 
un vase d'élection que j'ai choisi pour porter 
mon nom devant les nations étrangères, les rois et 
les enfants d'Israël. Et je lui montrerai combien 
il devra souffrir pour mon nom. » Non-seulement 
il croira, mais encore il enseignera, et la liberté 
de sa parole ne connaîtra point d'obstacles. 
« Devant les nations et les rois. » Oui, les princes 
comme les sujets seront domptés par la puis- 
sance de sa doctrine. « Ananie partit donc, et il 
entra dans la maison, et, lui imposant les mains, 
il dit : Saul, mon frère, le Seigneur Jésus, qui 
t'es apparu dans le chemin par où tu venais, 
m'envoie pour que tu recouvres la vue et que 
tu sois rempli de l'Esprit saint. » Il l'admet déjà 
dans l'intimité par le nom qu'il lui donne. « Ce 
Jésus qui t'es apparu dans le chemin. § C'est une 
chose que le Christ ne lui avait pas dite, et que 
le Saint-Esprit lui avait révélée, a Et soudain il 
tomba de ses yeux comme des écailles, et la vue 
lui fut immédiatement rendue, et, se levant, il 
fut baptisé. Et, lorsqu'il eut pris de la nourri- 
ture, il se sentit fortifié. » Ananie ne fit que lui 



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HOMÉLIE XX. 



17 



Imposer les mains, et des écailles tombèrent aus- 
sitôt de ses yeux. C'était là, plusieurs le disent, 
la cause de sa cécité. 

Et pourquoi le mal n'avait-il pas frappé les 
yeux mêmes? Le prodige n'en était que plus 
étonnant; car il ne voyait pas, bien qu'il eût les 
-yeux ouverts : c'est ce qu'il éprouvait sous la 
loi, jusqu'à ce que le nom de Jésus fût invoqué 
sur lui. a II reçut immédiatement le baptême. 
Et lorsqu'il eut pris de la nourriture, il se sentit 
fortifié. » Il était donc abattu par le voyage, la 
frayeur, la faim et la tristesse. C'est pour ag- 
graver ce dernier sentiment que Dieu le rendit 
aveugle jusqu'à la venue d'Ànanie. Les écailles 
dont il est question prouvent que cet [aveugle- 
ment n'était pas une chose imaginaire. Aussi 
Paul n'avait-il pas besoin d'autre leçon ; les évé- 
nements l'instruisaient assez. « Or il demeura 
quelques jours avec les disciples qui étaient à 
Damas. Et sans retard il prêchait le Christ dans 
les synagogues, enseignant qu'il est le Fils de 
Dieu. » Le voilà donc remplissant dans les syna- 
gogues l'office de docteur. Il ne rougit pas de 
son changement, il n'hésite pas à détruire ce qui 
.tout à l'heure faisait sa gloire. Non-seulement il 
instruit, mais il instruit dans des lieux consacrés 
par la religion, rappelant ainsi ce qu'il avait d'a- 
bord été : un homme qui commet et qui provoque 
le meurtre. Quel prodige éclatant s'est produit 
en lui 1 De là l'étonnement universel qu'il excite, 
et que l'auteur nous retrace en ajoutant : a Or 
tous ceux qui l'entendaient étaient hors d'eux- 
mêmes, et disaient : N'est-ce pas là celui qui 
persécutait dans "Jérusalem tous les hommes in- 
voquant ce nom, et qui est venu ici pour les con- 
duire enchaînés aux princes des prêtres ? Mais 
Saul montrait une force toujours croissante, et 
confondait les Juifs qui habitaient à Damas, af- 
firmant que Jésus est le Christ. » Connaissant à 
fond la loi, il les confondait, il les laissait sans 
parole. En se débarassant d'Etienne , les Juifs 
pensaient s'être mis à l'abri de telles discussions ; 
et voilà qu'ils ont devant eux un adversaire plus 
redoutable qu'Etienne. 

2. Revenons cependant à ce qui regarde Ana- 
nie. Le Seigneur ne lui dit pas : Parle, instruis 
cet homme. S'il ne le persuadait pas en disant : 

TOM. VIII. 



« Il prie, il a vu quelqu'un lui imposer les 
mains ; » encore moins l'eût-il persuadé en lui 
tenant ce langage. « Il a vu, dit-il, mais dans 
une vision. » Il ne refusera donc pas de te croire ; 
ne crains rien, va. — Philippe non plus n'avait 
pas tout entendu dès le principe. — « Celui-ci 
est pour moi un vase d'élection. » De telles pa- 
roles sont faites pour dissiper toute crainte et 
pour inspirer toute sécurité : c'est dire que le 
nouveau disciple sera prêt à tout souffrir pour 
le Christ. Le mot vase signifie que l'iniquité n'est 
pas dans la nature même, et celui d'élection té- 
moigne qu'il est désormais agréable à Dieu, vu 
que nous choississons ce qui nous est agréable. 
Il ne faut pas s'imaginer que la réponse 
d'Ananie implique l'idée d'une erreur possible, 
soit de la part du Christ, soit dans le Christ lui- 
même; loin de là : seulement, en entendant le 
nom de Saul , il est tellement saisi de crainte-, 
•son âme est si vivement préoccupée, qu'il n'en- 
tend même plus ce qu'on lui dit. Il pouvait néan- 
moins reprendre confiance, en apprenant que le 
persécuteur était aveugle. « Il vient ici, dit-il, 
pour enchaîner tous ceux qui invoquent votre 
nom. d Voici le sens de ces paroles : Je tremble 
qu'il ne me conduise à Jérusalem. Pourquoi me 
jetez-vous à la gueule du lion ? Pourquoi me 
livrez-vous à cet homme? — Il craint ainsi, il 
' tient ce langage, pour que sa vertu ressorte à 
nos yeux de tout point. Que des Juifs aient parlé 
de la sorte, ce n'est pas étonnant; mais de la 
part de celui-ci, et dans un tel accès de frayeur, 
c'est une preuve éclatante de la puissance de 
Dieu. « Saul, mon frère. » La frayeur n'est pas 
entièrement dissipée; mais à la frayeur succède 
une obéissance plus grande encore. Après cela, 
de peur que, l'entendant appeler un vase d'élec- 
tion, vous n'eussiez à dire que tout est ici l'œuvre 
de Dieu, le Sauveur vous détrompe en ajoutant : 
a Pour qu'il porte mon nom devant les nations 
étrangères, les rois, les enfants d'Israël. » Ana- 
nie vient d'entendre ce qui lui tenait le plus à 
cœur, que Saul lutterait contre les Juifs eux- 
mêmes; aussi n'est-il pas seulement plein de 
joie, il est encore plein de confiance. 

« Je lui montrerai, poursuit le Sauveur, com- 
bien il devra souffrir pour mon nom. » A la 

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HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



prédiction se joint l'exhortation : puisque ce n'était pas réellement apparu , il s'était montfé 
frénétique ennemi doit tout souffrir ensuite , le par ses œuvres. Voulant encore tempérer la 
disciple refuse de le baptiser pour lui rendre la force de son langage, le disciple ajoute aussi- 
vue. — A merveille, répond-il, laissez-le dans tôt : « Afin que vous voyez, et que vous soyez 
son état de cécité; s'il est doux maintenant, rempli de l'Esprit saint. » line vient pas récri- 
c'est parce qu'il est aveugle. Pourquoi vouiez- miner sur le passé, il vient conférer un don. A 
vous que je lui ouvre les yeux? Est-ce pour qu'il mon avis, Saul et Corneille durent recevoir l'Es- 
lui soit encore possible de nous enchaîner ? — prit saint aussitôt après avoir entendu de sem- 
Ne crains pas ce qui peut survenir ; car la vue blables paroles, bien que celui qui les pronon- 
qu'il aura recouvrée, il n'en usera pas contre çait ne fût pas l'un des douze. Ici rien d'hu- 
les fidèles, mais bien pour eux. Voilà ce qu'il main, rien ne se fait par l'homme; Dieu est là, 
faut ajouter à cette parole : « Afin qu'il voie. » et tout se fait par sa puissance. C'est encore une 
Sois donc sans crainte, il ne vous fera aucun leçon de modestie que Paul reçoit dans cette cir- 
mal, c'est lui qui subira de grandes peines. C'est constance, puisqu'on ne le conduit pas aux prin- 
même après avoir beaucoup souffert, chose éton- cipaux apôtres; l'action de l'homme disparait de 
nante, qu'il affrontera les plus grands dangers, plus en plus. Il ne reçut pas en ce moment le 
— a Saul mon frère, Jésus qui vous est apparu pouvoir des miracles, qui eût mis en évidence 
dans le chemin , m'envoie vers vous. » Il ne dit la grandeur de sa foi ; il n'en opéra point alors, 
pas : Qui vous a privé de la vue ; mais bien : « Il se mit immédiatement à prêcher le Christ 
« Qui vous est apparu dans le chemin. » 11 me- dans les synagogues, enseignant qu'il est le Fils 
sure ainsi ses paroles , il ne dit rien qui puisse de Dieu. » Il ne parlait pas de sa résurrection 
blesser. De même que Pierre disait après avoir ou bien de son existence. Quoi donc? il expo- 
guéri le boiteux : « Pourquoi nous regardez- sait la sentence même du dogme , « enseignant 
vous comme si c'était par notre puissance ou que le Christ est le Fils de Dieu. » Les auditeurs 
par notre piété que nous avons fait marcher cet persistent néanmoins dans leur incrédulité , 
homme? » Act.,ui, 12. De même Ananie dit: quand ils auraient dû non-seulement croire, 
« Jésus qui vous est apparu... » Il imposait les mais encore témoigner la plus grande admira- 
mains en parlant de la sorte, et une double cé- tion. Pourquoi les Juifs ne se bornent-ils pas à 
cité était détruite. Les mots suivants : « Après ' dire que Paul était un persécuteur, et déclarent- 
avoir pris de la nourriture, il se sentit fortifié , » ils qu'il faisait une guerre implacable à ceux qui 
montrent que Paul était affaibli por la tristesse invoquaient ce nom? Ils attestent d'autant mieux 
que lui caiisait la privation de la vue , par la sa frénésie. Le nom de Jésus ne sort pas de leur 
crainte et par la faim. En effet, il ne consentit bouche, la jalousie ne leur permet pas de le pro- 
pas à prendre de la nourriture jusqu'à ce qu'il noncer, tant ils sont possédés de cette rage, 
eût reçu les plus grands dons en même temps « C'est pour cela qu'il est venu ici. » Nous ne 
que le baptême. Ananie ne dit pas non plus : pouvons pas prétendre qu'il ait eu quelques rap- 
Jésus qui a été crucifié, le Fils de Dieu, Tau- ports antérieurs avec les apôtres, 
teur de tant de miracles. Que dit-il donc? a Qui 3. Que de témoignages s'accordent à nous 
vous est apparu; » il commence par un fait per- montrer Paul comme un ennemi ! Et lui, bien 
sonnel. Le Christ lui-même n'avait point ajouté loin d'en éprouver de la honte, s'en fait un titre 
de titre à son nom, en disant, par exemple : Je d'honneur. « Saul déployait une énergie tou- 
suis celui qui a été crucifié, celui qui est ressus- purs croissante et confondait les Juifs, » les 
cité. Non ; il dit simplement : « Celui que tu réfutait, les laissait sans parole, a affirmant que 
persécutes. » Pas même : Qui souffre la persé- celui-là est le Christ. » Il enseigne donc, il est 
cution , pour ne pas paraître insulter à un en- déjà docteur, a Plusieurs jours s'étant écoulés 
nemi vaincu. de la sorte, les Juifs formèrent un complot dans 
« Qui vous est apparu dans le chemin. » Il le but de le mettre à mort, » Us en reviennent 




HOMÉLIE XX. 



49 



à ce puissant syllogisme. Ils ne vont plus cher- 
cher, ils ne mettent plus en avant des syco- 
phantes, des accusateurs, des faux témoins; 
non, c'est par eux-mêmes qu'ils veulent main- 
tenant agir. Voyant la chose se développer, ils 
n'en appelleront pas aux tribunaux, a Mais leurs 
embûches furent révélées à Saul. Or ils gardaient 
les portes de la ville le jour et la nuit, pour 
qu'il ne leur échappât pas. » C'est que ce nou- 
veau fait leur était plus insupportable que tous 
les prodiges opérés sous leurs yeux, que la 
conversion même des cinq mille et des trois 
mille. Voyez-le demander son salut aux conseils 
de la prudence, n'étant pas protégé par un pou- 
voir miraculeux; et vous comprendrez la vertu 
de cet homme, bien que les prodiges ne la fassent 
pas éclater, a Les disciples alors, le prenant pen- 
dant la nuit, le firent descendre le long du mur 
au moyen d'une corbeille. » C'était en vue d'é- 
chapper à tout soupçon. Mais quoi? se désis- 
tera-t-il après avoir fui ce danger? En aucune fa- 
çon ; il se transportera dans un lieu où il pourra 
mieux les attaquer. Beaucoup doutaient qu'il fût 
réellement croyant ; et c'est pour cela que cette 
fuite ne s'exécuta qu'après un grand nombre de 
jours. Que dut-il se passer? Il est probable qu'il 
n'avait pas voulu quitter encore cette ville, mal- 
gré les nombreux avertissements qu'il devait re- 
cevoir ; mais, quand il eut les derniers renseigne- 
ments, il laissa faire ses disciples ; il eut des dis- 
ciples dès le début. Lui-même parle ainsi de son 
évasion : « A Damas, celui qui gouvernait la 
province au nom du roi Arétas, faisait garder 
les portes de la ville pour me saisir. » II Cor., 
xi, 32. 

Le narrateur sacré, remarquez-le bien, ne 
prend pas un ton emphatique , ne cherche pas 
à rehausser la gloire de Paul ; il déclare seule- 
ment que les Juifs avaient excité le roi contre 
lui. C'est donc lui seul que les disciples font sor- 
tir, et personne autre. Rien de plus à propos : il 
pouvait ainsi se rendre à Jérusalem pour se pré- 
senter aux apôtres; leur intention était surtout 
qu'il pourvût à sa conservation. Il fait tout le 
contraire, il brave la fureur de ses ennemis. Tel 
est le feu de son zèle, telle est l'ardeur de son 
dévouement. Et voyez comme il observe dès le 



principe la parole que les apôtres avaient enten- 
due : « Que chacun prenne sa croix et me suive. » 
Matth., x, 38. La pensée qu'il venait après les 
autres stimule et redouble sa ferveur. Ainsi se 
réalisait cette sentence : « Celui à qui il sera plus 
pardonné, aimera davantage. » Luc, vu, 47. Il 
aima donc d'autant plus qu'il arrivait plus tard. 
C'est pour cela qu'il condamnait sa vie précé- 
dente, qu'il se stigmatisait souvent lui-même, 
ne croyant jamais en faire assez pour anéantir 
sa conduite antérieure. « Il affirmait, » dit l'his- 
torien, il enseignait avec autant de fermeté que 
de prudence. Remarquez encore que les Juifs 
ne lui disent pas : Mais tu dévastais naguère ; 
pourquoi maintenant as-tu changé? Ils auraient 
trop rougi ; ils se bornent donc à parler entre 
eux. Paul eût pu leur dire avec plus de raison : 
C'est vous plutôt qui devriez enseigner ces choses. 
C'est ainsi qu'il s'exprima devant Agrippa. Imi- 
tons-le, je vous en conjure, et soyons prêts à 
braver tous les dangers. Ce n'était pas la crainte 
qui le faisait s'enfuir, il voulait se conserver pour 
la prédication. Si c'eût été un homme timide, il 
ne serait pas allé à Jérusalem, il n'aurait pas re- 
pris aussitôt le ministère de la parole, il se se- 
rait montré moins véhément. Non , il n'éprou- 
vait pas de crainte ; mais il était prudent, ayant 
devant les yeux la mort d'Etienne. Mourir pour 
l'Evangile ne lui paraissait rien de glorieux, à 
moins qu'il ne dût en résulter un grand bien. 
Quoique personne n'eût autant que lui le désir 
de voir le Christ, il n'aspirait pas à cette vision 
avant d'avoir rempli sa mission envers les 
hommes. Voilà ce que doit être l'àme d'un 
chrétien. 

4. Le caractère de Paul se manifestait dès le Caractère d« 
commencement, quand à peine il ouvrait i a swntPauh 
bouche. On avait pu même l'entrevoir avant sa 
conversion , car il obéissait à un raisonnement 
humain, jusque dans ce qu'il faisait en dehors 
de la science. Si plus tard, après tant d'années 
écoulées, il consentait à porter encore la chaîne, 
beaucoup plus le voulait-il au début de son né- 
goce, en venant de quitter le port. Le Christ ne 
le soustrait pas au danger, il le laisse seulement 
s'y soustraire, afin de sanctionner en bien des 
points les conseils de la prudence humaine. Il 

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20 HOMÉLIES SUR LES 

veut encore nous apprendre par là que les pre- 
miers prédicateurs de l'Evangile étaient des 
hommes comme nous, que la grâce n'est pas 
tout en toute chose; on eût pu les regarder 
autrement comme un bois insensible. De là cette 
action qu'ils déployaient avec tant de sagesse 
et sous tant de rapports. Agissons de même à 
notre tour, et travaillons ainsi au salut de nos 
frères. Ce n'est pas un dévouement inférieur au 
martyre que d'être prêt à tout souffrir pour 
sauver un grand nombre de nos semblables; 
rien n'est plus agréable à Dieu. Ici je vous dirai 
de nouveau ce que vous m'avez si souvent en- 
tendu dire; je vous le dirai, parce que cela me 
tient vivement à cœur. Du reste, le Christ agis- 
sait de même quand il parlait du pardon des 
offenses : « Lorsque vous priez , si vous avez un 
ressentiment contre quelqu'un, pardonnez-lui. » 
Matth., v, 23. S'adressant à Pierre, il disait éga- 
lement : a Je ne te dis pas de pardonner jusqu'à 
sept fois, mais bien jusqu'à soixante-dix fois 
sept fois. » Ibid. } xvm , 22. Il donna l'exemple 
en pardonnant tous les attentats dont il fut 
l'objet. 

Comme nous ne pouvons pas ignorer que c'est 
là le but du christianisme, et nous aussi, nous 
un chrétien y revenons sans cesse. Rien de plus glacé 
per dn^ut ï u ua chrétien qui ne s'occupe pas du salut des 
de se» frères, autres. Vous ne pouvez pas, à cet égard, pré- 
texter la pauvreté ; celle qui donna deux oboles 
se lèverait pour vous accuser. Ecoutez aussi la 
parole de Pierre : « Je n'ai ni or ni argent. » 
AcL, m, 6. Paul était si pauvre que souvent il 
souffrait la faim et manquait de la nourriture 
nécessaire. Vous ne pouvez pas non plus ob- 
jecter l'obscurité de votre naissance; car ils n'é- 
taient pas moins obscurs, ni d'une condition 
moins humble. Le peu de culture de votre esprit 
n'est pas même une raison ; ils étaient pour la 
plupart sans lettres. Seriez-vous esclave, et même 
fugitif, cela n'empêche pas que vous ne fassiez 
ce qui dépend de vous ; tel était Onésime. Or, 
voyez à quoi l'appelle l'Apôtre, à quelle sublime 
dignité : « Pour qu'il entre en participation de 
mes fers. » Philem., i, 10. L'infirmité n'est pas 
non plus une excuse légitime; Timothée était 
sujet à de fréquentes infirmités. Ecoutez ce que 



ACTES DES APOTRES. 

lui dit son maître : « Usez d'un peu de vin à 
cause de vôtre estomac et de vos fréquentes dé- 
faillances. » I Tïm., v, 23. Il n'est personne qui 
ne puisse être utile au prochain , pourvu qu'on 
veuille agir dans la mesure de ses forces. Consi- 
dérez les arbres qui ne portent pas de fruits, 
comme ils sont vigoureux, magnifiques, d'une 
forme élancée et gracieuse ; si nous avons ce- 
pendant un jardin, nous aimons mieux y voir 
croître des grenadiers et des oliviers, qui se 
chargent de fruits. Les premiers sont pour l'a- 
grément et non pour l'utilité, ou du moins, s'ils 
sont utiles, ils le sont bien peu. Tels sont les 
hommes qui ne s'occupent que de leurs propres 
intérêts; mais non, ils ne sont pas tels, ils tra- 
vaillent uniquement pour leur propre supplice ; 
tandis que ces arbres servent à la construction 
et à la protection de nos demeures. Les vierges 
folles avaient pour elles la grâce, la réserve et 
la chasteté; mais n'étant utiles à personne, elles 
sont devenues la proie du feu. 

Voilà quel est aussi le partage de ceux qui ne 
soulagent pas la faim du Christ. Remarquez, en 
effet, qu'ils ne sont accusés d'aucune faute per- 
sonnelle, ni de fornication, ni de parjure, ni 
d'aucun autre péché ; ils le sont de n'avoir rien 
fait pour les autres. Est-il chrétien, je vous le 
demande, celui qui se conduit ainsi? Si vous 
mêlez du levain à la farine, et que ce levain 
reste sans agir sur la masse de manière à la 
transformer, peut-on dire que c'est un levain 
véritable? Un parfum qui n'imprègne pas ceux 
qui l'approchent, est-ce également un parfum? 
Ne dites pas : Il m'est impossible de ramener les 
autres. — Si vous étiez chrétien , il serait im- 
possible que cela n'eût pas lieu. Les choses qui 
sont dans la nature n'impliquent pas contradic- 
tion : il en est de même de ce que je dis ; car il 
est dans la nature du chrétien de posséder une 
telle vertu. Si vous accusez le soleil de ne pou- 
voir pas éclairer, vous lui faites injure; si vous 
dites que le chrétien ne peut pas être utile, c'est 
Dieu que vous outragez et que vous accusez de 
mensonge. Il vaudrait mieux admettre que le 
soleil ne donne ni lumière ni chaleur, que sup- 
poser un chrétien qui n'éclaire pas moralement; 
la clarté se changerait en ténèbres plutôt que 

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HOMÉLIE XXI. 



21 



cela n'arriverait. Ne dites donc pas que la chose 
est impossible ; c'est le contraire qui est impos- 
sible. N'outragez pas Dieu. Si nous disposons 
tout avec ordre dans notre vie , tel en sera le 
résultat inévitable et comme le fruit naturel. La 
clarté que répand une vie chrétienne ne saurait 
demeurer cachée ; on ne dérobe pas aux yeux 
une lampe aussi brillante. Ne nous laissons pas 
aller à la torpeur; car, de même que le bien de 
la vertu ne s'arrête pas à celui qui la pratique 
et passe à ceux qui la voient* de même les ra- 
vages de l'iniquité s'exercent sur les autres en 
même temps que sur nous. Voici, par exemple, 
un homme de petite condition qui reçoit d'un 
autre mille mauvais traitements, sans que per- 
sonne le venge, et qui lui-même ne répond que 
par des bienfaits : où sont les enseignements, 
les discours, les exhortations dont la force égale 
celle de cette conduite? Quelle est la fureur dont 
elle ne viendra pas à bout ? 

Formés par de telles leçons, attachons-nous à 
la pratique de la vertu, puisqu'il n'est pas d'autre 
moyen de se sauver que de passer la vie présente 
dans l'exercice des bonnes œuvres. Ainsi méri- 
terons-nous les biens à venir, par la grâce et 
l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui 
gloire, puissance, honneur, en même temps 
qu'au Père et au Saint-Esprit, maintenant et 
toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi 
soit-il. 



HOMÉLIE XXI. 

« Lorsque Paul fut venu à Jérusalem , il essayait de se 
joindre aux disciples; et tous le craignaient, ne pensant 
pas qu'il eût embrassé la foi. Barnabé le prit alors et le 
mena aux apôtres, auxquels il exposa commeot il avait 
vu le Seigneur dans le chemin. » 

1. Une question se présente immédiatement à 
résoudre , d'où vient qu'il est dit dans l'Epitre 
aux Galates : « Je ne fus pas à Jérusalem, je fus 
en Arabie et à Damas ; après trois ans je me 
rendis à Jérusalem voir Pierre, et je ne vis au- 
cun des autres apôtres; » Galat., i, 17-19; tan- 
dis qu'il est dit ici que Barnabé le conduisit aux 
apôtres. Ou bien Paul veut dire qu'il ne se ren- 



dit pas là dans l'intention d'y séjourner* ce qu'il 
semble indiquer au même endroit par cette pa- 
role : « Je ne m'attacherai pas à la chair et au 
sang ; » ibid. y 16 ; je n'allai pas à Jérusalem pour 
voir les apôtres mes devanciers. Ou bien on 
pourrait penser que les embûches qui lui furent 
tendues à Damas ne vinrent qu'après son voyage 
en Arabie, et que dès lors sa visite à Jérusalem 
est postérieure à ce voyage. S'il ne se présenta 
pas aux apôtres, pendant qu'il cherchait à se 
joindre aux disciples, c'est parce qu'il était dis- 
ciple lui-même, et non encore docteur. Il n'était 
donc pas venu pour se présenter à ses devan- 
ciers, dont il ne reçut pas les leçons. Peut-être 
n'a-t-il pas même fait allusion à cette circons- 
tance ; et voici quel serait dans ce cas l'ordre des 
fàits : Il alla dans l'Arabie, puis il vint à Damas, 
pour se rendre ensuite à Jérusalem, d'où il partit 
pour la Syrie. Si cette hypothèse n'est pas la 
vraie, les choses se seront ainsi passées : il monta 
d'abord à Jérusalem , de là il fut envoyé à Da- 
mas, ensuite dans la Syrie, puis à Damas encore, 
enfin à Césarée; et, après une absence de qua- 
torze ans, il vint amenant des frères avec Bar- 
nabé. Si ce n'est pas cela, c'est qu'il parle d'une 
autre époque. En effet, l'historiographe s'efforce 
d'être aussi bref que possible, et passe rapide- 
ment sur les temps. Il ne laisse percer aucune 
ambition , il ne rapporte pas la vision de Paul, 
il garde là-dessus le silence. 

Son récit reprend en ces termes : « Lorsqu'il Ferveur et 
fut venu à Jérusalem , il essayait de se joindre p a ui, 
aux disciples; mais eux le craignaient. & Ici 
brille de nouveau la ferveur de son zèle, non- 
seulement par le témoignage qu'auraient pu lui 
rendre Ananie et ceux qui l'admiraient à Damas, 
mais encore par sa conduite à Jérusalem. Gela 
dépassait toute attente humaine. Par modestie 
il n'aborde pas les apôtres, il veut se confondre 
avec les disciples. Seulement on n'ose pas se 
confier à lui. « Barnabé le prit et le mena devant 
les apôtres, et il leur raconta comment Paul 
avait vu le Seigneur dans le chemin, s C'était un 
homme plein de sagesse et de mansuétude que 
Barnabé. Son nom signifie Enfant de la conso- 
lation. 11 fut donc l'ami de Paul. Sa douceur et 
son aménité ressortent de sa démarche présente 



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22 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



et de ce qui se passa par rapport à Jean. Il 
ne cède pas à la crainte, il raconte comment 
Paul a vu le Seigneur dans le chemin, il déclare 
que le Sauveur lui a parlé , il dit avec quelle 
liberté de langage le nouveau disciple procla- 
mait à Damas le nom du Seigneur Jésus. C'est 
probablement à Damas même que Barnabé avait 
connu Paul. Une chose prépare l'autre, les œu- 
vres confirment ces attestations. « Et Saul de- 
meura à Jérusalem, allant et venant avec les 
disciples, et parlant hautement au nom de Jésus. 
Il s'adressait de plus aux Gentils et réfutait 
leurs idées. » Les disciples le craignant et 
les apôtres ne voulant pas se fier à lui, c'est 
ainsi qu'il dissipe leurs appréhensions, a II par- 
lait et disputait avec les Grecs. » Ce dernier mot 
désigne ceux qui parlaient la langue grecque. 
C'était sage à lui, car les autres Hébreux ne 
consentaient pas même à le voir. « Ceux-ci cher- 
chaient même à le faire mourir. » C'était là le 
signe d'une éclatante et décisive victoire, c'est 
la preuve aussi de la douleur qu'ils en éprou- 
vaient. 

« Les frères, à cette nouvelle, le conduisirent 
à Césarée. » C'est la prudence qui les fait agir de 
la sorte : ils craignent avec raison qu'on ne lui 
fasse subir le sort d'Etienne. Puis ils l'envoyèrent 
à Tarse. Tout en obéissant aux conseils de la 
crainte , ils ne négligent pas les intérêts de la 
prédication, pensant que Saul trouvera la sécu- 
rité dans sa patrie. Remarquez encore une fois 
que tout n'est pas l'œuvre de la grâce , et que 
Dieu fait une large part à la sagesse et à l'acti- 
vité de l'homme. S'il en est ainsi de Paul, 
beaucoup plus en sera-t-il des autres. Dieu 
permet donc que les faibles n'aient plus aucun 
prétexte. « Et les Eglises avaient la paix dans 
toute la Judée et la Samarie ; elles prospéraient, 
marchant dans la crainte du Seigneur, et rem- 
plies de la consolation de l'Esprit saint. » L'au- 
teur va parler du départ de Pierre, qui doit aller 
vers les saints. Pour qu'on ne puisse pas attri- 
buer ce départ à la crainte, il expose auparavant 
le paisible état des Eglises, montrant ainsi que 
l'apôtre reste à Jérusalem durant la persécution, 
et qu'il s'en éloigne seulement quand la paix est 
rendue aux Eglises, toujours plein de zèle et de 



fermeté. Parce qu'on avait le calme, il ne sup- 
posait pas que sa présence fût sans utilité. Et 
pourquoi, demanderez-vous, vient-il au milieu 
des saints dans le temps de la paix et quand 
Paul était déjà parti ? Parce que les fidèles étaient 
pleins de respect et d'admiration pour les apôtres, 
qui venaient souvent au milieu d'eux, tandis 
qu'ils avaient pour l'ancien persécuteur des sen- 
timents de défiance et de répulsion. 

2. Voyez-vous comme la paix succède à la 
guerre? Voyez-vous plutôt les heureux résultats 
de cette guerre? Elle a dispersé des hommes qui 
vont partout établir la paix. Dans la ville de Sa- 
marie, Simon est confondu ; dans la Judée a lieu 
le châtiment de Sapphire. La paix n'avait donc 
pas produit le relâchement ; c'était une paix fé- 
conde en œuvres de consolation. « Or, il arriva 
que Pierre, visitant successivement toutes les 
réunions, arriva chez les saints qui demeuraient 
à Lydda. » Tel qu'un chef d'armée, il parcourait 
les rangs des fidèles, examinant où régnaient 
l'union et la vertu, sur quels points sa présence 
était nécessaire. C'est lui que vous rencontrez 
en tout lieu , il se trouve le premier. Faut-il 
élire un apôtre, déclarer aux Juifs que les mi- 
nistres du Christ ne sont pas dans l'ivresse, re- 
dresser le boiteux, instruire le peuple, il se lève 
avant tous ; il dirige les parfaits eux-mêmes , il 
entre en rapport avec Ananie , l'ombre de son 
corps guérit les malades. Le péril vientril à se 
déclarer, faut-il se livrer aux soins de l'adminis- 
tration, Pierre est toujours là. Dès que le calme 
se rétablit, il se confond avec les autres, tant il 
est détaché des distinctions et des honneurs. 
Etait-il besoin d'opérer des miracles , c'était en- 
core lui qui se mettait en avant ; et le voilà qui 
ne recule ni devant la fatigue, ni devant les 
voyages. « Or, il trouva là un homme du nom 
d'Enée, qui était paralytique et gisait dans son 
lit depuis huit ans; et Pierre lui dit : Enée, 
Jésus-Christ te rend la santé; lève-toi, remue 
toi-même ta couche. Et cet homme se leva aussi- 
tôt, d Pourquoi l'apôtre n'attend-il pas que le 
malade ait la foi, et ne lui demande-t-il.pas s'il 
veut être guéri? Parce que le miracle avait sur- 
tout pour but de consoler la multitude. Ecoutez 
aussi quels en furent les précieux fruits : « Et 

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tons ceux qui habitaient à Lydda et à Sarone le 
virent, continue l'historien, et se convertirent 
au Seigneur. » Ce langage est frappant de vé- 
rité ; l'homme dont il s'agit était bien connu, et 
la preuve de la réalité du miracle, c'est qu'il en- 
leva lui-même son lit. Non-seulement il était dé- 
livré de sa maladie, mais de plus il avait recouvré 
ses forces premières. Les apôtres n'avaient pas 
encore donné là des marques de leur puissance ; 
ils eurent donc raison de ne pas exiger la foi de 
cet homme, ne l'ayant pas davantage exigée du 
boiteux. Ils marchaient du reste sur les traces 
du Sauveur, qui n'exigeait pas non plus la foi 
lors de ses premiers miracles. 

C'était autre chose à Jérusalem , comme cela 
devait être ; et la foi faisait qu'on exposait les 
malades sur les chemins, pour que l'ombre de 
Pierre en atteignit du moins quelqu'un en pas- 
sant. Les miracles étaient nombreux dans cette 
Tille ; ici c'est le premier. De tels prodiges s'opé- 
raient, tantôt pour la conversion des infidèles, 
tantôt pour la consolation des croyants. « A 
Joppé se trouvait, entre les disciples, une femme 
nommée Tabithe, et que nous appellerions Dor- 
cas. Elle était remplie de bonnes œuvres, et fai- 
sait d'abondantes aumônes. Or, il arriva dans 
ces mêmes jours , qu'étant tombée malade elle 
mourut ; et, après qu'on l'eut lavée, on l'exposa 
dans le cénacle. Gomme Lydda n'est pas éloignée 
de Joppé, les disciples apprenant que Pierre était 
dans la première de ces villes , envoyèrent vers 
lui deux messagers pour le prier de venir sans 
retard chez eux. » Pour quel motif attendirent- 
ils qu'elle fût morte, et n'adressèrent-ils pas 
avant cela leur requête à Pierre? C'est que, dans 
leur philosophie, ils jugèrent peu convenable 
d'importuner les apôtres pour un tel objet, et 
d'interrompre l'oeuvre de la prédication. C'est 
encore la raison pour laquelle l'auteur fait ob- 
server que Pierre était dans le voisinage. Cette 
demande est donc motivée par l'occasion et par 
la foi de Tabithe; elle n'eût pas été faite autre- 
ment. « Pierre se levant donc, vint avec eux ; 
et, quand il fut arrivé, on le conduisit dans le 
cénacle. » Ils ne le prient plus, ils s'en rapportent 
à sa décision , et ce sera de son propre mouve- 
ment qu'il rendra la vie. Ici va s'accomplir cette 



HOMÉLIE XXI. 23 

parole : « L'aumône délivre de la mort. » Tob., 
xu, 9. « Et toutes les veuves l'entouraient en 
pleurant, et lui montrant les tuniques et les 
autres vêtements que" Dorcas leur faisait quand 
elle était avec elles. » Ils mènent donc Pierre 
dans la chambre où la morte est exposée, espé- 
rant peut-être qu'il donnera une nouvelle leçon 
de philosophie. 

Avez-vous remarqué l'éloge de cette femme? 
Il n'est pas jusqu'à son nom qui ne renferme 
une louange , tant il s'accorde avec le caractère 
de sa vie : sa vigilance et son activité rappellent 
en effet l'idée d'une biche. Nous vous l'avons 
souvent dit, il y a beaucoup de noms significatifs 
et providentiels. « Elle était remplie de bonnes 
œuvres, elle faisait d'abondantes aumônes. » 
Quelle force dans ces expressions 1 Elle accom- 
plissait donc le bien , et ce double bien , de ma- 
nière à ce que son àme en fût remplie. 11 est, 
évident qu'elle s'appliquait d'abord à la vertu, 
pour s'adonner ensuite à l'aumône. On parle 
aussi des vêtements que Dorcas faisait de son 
vivant. Humilité touchante 1 Ce n'était pas alors 
comme de nos jours ; les biens étaient mis en 
commun , l'aumône était vraiment en honneur. 
« Ayant fait sortir tout le monde, Pierre se mit 
à genoux et pria ; puis , s'étant tourné vers le 
corps, il dit : Tabithe, levez-vous. Et elle ouvrit 
les yeux, et, ayant vu Pierre, elle s'assit. » 
Pourquoi fait -il sortir tout le monde? Pour 
n'être ni distrait, ni troublé par les larmes. En 
disant qu'il ploya les genoux , on montre l'in- 
tensité de sa prière. « Lui donnant alors la 
main... » Une chose désigne la vie, une autre 
désigne la force : c'est la parole d'abord, et puis 
la main. « Il lui tendit la main et la releva. Ap- 
pelant alors les saints et les veuves , il la leur 
remit pleine de vie. Le bruit s'en répandit dans 
tout Joppé, et beaucoup crurent au Seigneur. 
Or, il arriva que Pierre demeura plusieurs jours 
à Joppé, chez un corroyeur nommé Simon. » 

3. Remarquez la réserve et la modestie de 
Pierre : il n'accepte pas l'hospitalité chez cette el 
femme, ni chez une autre personne de distinc- 
tion ; il habite la maison d'un corroyeur, nous 
enseignant en tout l'humilité, relevant les petits, 
rabaissant les grands. Il prouve aussi qu'il avait 

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Réserve 



de saint 
Pierre. 



24 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



entrepris son voyage dans le but d'instruire les 
fidèles. Il* importe maintenant de revenir sur les 
textes cités. Nous avons vu que Saul « cherchait 
à se joindre aux disciples. » Loin de se présenter 
d'un air impérieux, il se montre plein de mo- 
destie. L'auteur appelle disciples ceux-là même 
qui n'appartiennent pas au chœur des douze; 
ce titre leur était acquis par la perfection de 
leur vertu, par le type évangélique qui brillait 
en eux. « Et tous le craignaient. » Vous le voyez, 
les récents dangers les avaient rendus timides, 
ils étaient encore sous l'impression de la terreur. 
« Mais Barnabé le prit et le conduisit aux apô- 
tres, auxquels il raconta ce qui s'était passé. » 
On peut eroire que Barnabé était antérieurement 
l'ami de Saul ; et c'est pour cela qu'il rapporte 
tout ce qui le concerne. Paul lui-même ne dit 
rien de tout cela, pour éviter toute ostentation, 
je suppose, et nous apprendre à ne rien dire à 
notre avantage, si ce n'est dans le cas d'absolue 
nécessité. « Il était avec eux, allant et venant à 
Jérusalem , agissant avec une pleine confiance 
au nom de Jésus. » Il inspirait ainsi la confiance 
aux autres; et vous les voyez partout, veillaût 
à sa sûreté , le pressant de partir, quand nulle 
part il n'est secouru par la puissance divine. Sa 
force à lui n'en est que plus manifeste. Le voyage 
qu'il entreprend ne me paraît pas s'être accompli 
par terre; Paul s'embarque, et c'était par une 
permission de la Providence, pour qu'il prêchât 
encore de ce côté. Voilà donc pourquoi les em- 
bûches qui l'avaient entouré et son voyage à 
Jérusalem ; il fallait que désormais il n'existât 
plus de soupçon sur son compte, a II s'entrete- 
nait et disputait avec les hellénistes. Et les 
Eglises avaient la paix , et elles progressaient , 
marchant dans la ôrainte du Seigneur; » ce qui 
veut dire que les fidèles se multipliaient, en con- 
servant la paix entre eux, la paix véritable. La 
guerre extérieure qui les avait affligés, justifie 
bien cette observation, a Et ils étaient remplis 
de la consolation de l'Esprit saint. » Il les con- 
solait par les miracles et par les œuvres ; ajoutez 
qu'il était présent en chacun d'eux. 

« Or, il arriva que Pierre , parcourant toutes 
les réunions, vint à Lydda. Là, il trouva un 
homme gisant dans son lit, et il lui dit : Enée, 



Jésus-Christ te rend la santé. » Ce n'est pas de 
l'ostentation , c'est de la confiance. Le malade 
me parait avoir eu la même confiance dans cette 
parole, et c'est par là qu'il fut guéri. L'absence 
de toute ostentation se démontre bien par la 
suite du texte. Au lieu de parler au nom de 
Jésus, l'apôtre affirme simplement le miracle 
qui s'opère. « Les habitants de Lydda témoins 
de ce fait, se convertirent au Seigneur. » J'avais 
donc raison de dire que les miracles s'accom- 
plissaient et pour instruire et pour consoler. « Il 
y avait à Joppé, parmi les disciples, une femme 
nommée Tabithe. Et dans ces mêmes jours, elle 
tomba malade et mourut. » Partout des mira- 
cles-, vous le voyez. Tabithe ne meurt pas tout à 
coup, elle était malade. Et les disciples n'ap- 
pellent Pierre que lorsqu'elle a rendu le dernier 
soupir. « Apprenant qu'il était dans le voisinage, 
les disciples envoyèrent des messagers pour le 
prier de passer chez eux sans retard. » Bien 
qu'ils aient employé des intermédiaires pour 
l'appeler, il se rend à leur demande, ne regar* 
dant pas cela comme un affront : tel est le bien 
qui résulte des tribulations, elles ont pour effet 
d'unir nos âmes. Là, pas de cris plaintifs, pas de 
gémissements, a Après l'avoir lavée, ils l'expo» 
sèrent dans le cénacle. » C'est dire qu'on avait 
observé tout ce qui se pratiquait envers les 
morts. « Se levant donc, Pierre vint avec eux. 
Et , quand il fut monté au cénacle , il ploya les 
genoux et pria ; puis, se tournant vers le corps, 
il dit : Tabithe , levez-vous. » Dieu ne permet 
pas que tous les miracles s'accomplissent avec la 
même facilité ; mais celui-ci tournait à l'avan- 
tage des spectateurs. Non content de veiller au 
salut des autres, Pierre tâche de sauver ceux-ci. 
Lui qui guérissait tant de malades avec sou 
ombre , voilà ce qu'il fait pour ressusciter cette, 
femme. Du reste, la foi des assistants lui venait 
en aide. 

C'est la première personne morte qu'il rend à 
la vie , en l'appelant par son nom ; elle se ré- 
veille comme d'un profond sommeil, elle ouvre 
d'abord les yeux, puis elle s'assied aussitôt qu'elle 
a vu Pierre, elle recouvre enfin toutes ses forces, 
quand il lui prend la main. Vous le voyez, le 
résultat vous le montre, c'est un bien réel et non 

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HOMÉLIE XXI. 



25 



qn vain trait que l'apôtre a voulu. C'est pour 
cela qu'il a fait sortir tout le monde, imitant 
encore ici son divin Maître. Il ne convient pas 
qu'un si grand prodige s'accomplisse au milieu 
des pleurs : où les miracles brillent, ne doivent 
pas couler les larmes. Ecoutez, je vous prie, 
bien que rien de semblable n'ait lieu de nos 
jours, un profond mystère s'accomplit néan- 
moins dans nos morts. Si, pendant que nous 
sommes assis, l'empereur mandait à sa cour 
quelqu'un des nôtres, serait-ce le cas de pleurer 
et de gémir, je vous le demande? Or, les anges 
viennent du ciel , envoyés par le Roi suprême, 
pour appeler en son nom un de ceux qui le 
servent comme eux; et vous versez des larmes? 
Ignorez-vous la grandeur de ce mystère, ce qu'il 
y a là de saisissant et de solennel, combien cela 
mérite d'exciter nos chants et nos transports? 

4. Voulez-vous savoir pourquoi ce n'est pas 
alors un temps de larmes? Mais la sagesse de 
Dieu rayonne de tout son éclat, à travers les 
ombres de ce mystère. L'àme, en effet, quittant 
une maison de boue, se rend auprès de son Sei- 
gneur, et vous êtes dans la désolation? C'est 
quand un enfant vient au monde, qu'il faudrait 
agir ainsi ; car la mort est une naissance meil- 
leure que la première. L'homme qui meurt, 
s'avance vers une autre lumière , il est délivré 
d'une véritable prison, il sort d'un périlleux 
combat. — Sans doute, me répondrez-vous ; 
mais cela n'est vrai que de l'homme juste. — 
Que vous fait cette observation, ô homme, quand 
vous-même n'en tenez aucun compte dans ce 
cas? Qu'avez-vous à reprendre dans un petit 
enfant, je vous le demande? Pourquoi donc le 
pleurez-vous? Pourquoi pleurer également celui 
qui vient d'être illuminé, son état étant alors 
celui d'un enfant sans tache? Comment expli- 
quer vos gémissements? Ne savez -vous pas 
qu'une âme dont la conscience est pure, s'élève 
en quittant le corps, tel que le soleil monte 
dans un ciel sans nuages. L'entrée de l'empereur 
dans une ville ne se fait pas avec autant de 
calme et de majesté, que celle de cette àme dans 
l'immortel séjour, où les anges la mènent en 
triomphe. Imaginez, s'il se peut, quels sont ses 
transports, son extase, son ravissement et son 



bonheur. Pourquoi donc vos larmes, encore une 
fois? N'en versez-vous qu'aux funérailles des 
pécheurs. Plût à Dieu qu'il en fût ainsi; je me 
garderais bien de les interdire, si tel en était 
l'objet. Ce serait là le deuil des apôtres, ce serait 
même le deuil du Seigneur : ainsi pleura Jésus 
sur la ville coupable. Je voudrais que nos dou- 
leurs fussent discernées d'après ce principe. 
Mais, lorsque vous opposez à nos représenta- 
tions, la force de la coutume et celle des liai- 
sons, vous ne donnez que des prétextes, vous ne 
touchez pas à la cause de vos pleurs. Pleurez 
sur le pécheur, et je mêlerai mes larmes aux 
vôtres. Je pleurerai même plus que vous, sa- 
chant à quel horrible supplice il est condamné. 
Oui, je pleurerai pour une pareille cause. Ce 
n'est pas vous seul qui devriez pleurer un tel 
mort, c'est la ville entière, avec tous ceux qui 
se rencontrent là, comme s'ils étaient eux-mêmes 
conduits à la mort. Voilà l'unique mort qui soit 
réellement mauvaise, la mort des pécheurs. Mais 
tout est bouleversé dans le monde. Ce deuil se- 
rait plein de philosophie, renfermerait une pro- 
fonde doctrine ; tandis que l'autre ne vient que 
de la pusillanimité. 

Ah! si nous pleurions tous de la sorte, nous 
les eussions corrigés de leur vivant. Si vous 
connaissiez un remède qui vous mettrait à l'abri 
de la mort corporelle, vous ne manqueriez certes 
pas de l'employer. Eh bien, si vous déploriez 
ainsi la mort spirituelle, vous auriez trouvé le 
secret de vous en délivrer et d'en délivrer les 
autres. Ce qui se passe maintenant est une chose 
incompréhensible : nous pourrions empêcher 
cette mort d'arriver, et nous la laissons faire ; 
puis, quand elle a frappé le coup, nous voilà 
dans les larmes. Le sort des pécheurs est bien Déplorable 

sort dos pé- 

déplorable en réalité. Devant le tribunal du chean. 
Christ, que ne devront-ils pas entendre, que 
n'auront-ils pas à souffrir? C'est donc en vain 
qu'ils ont vécu; je me trompe, c'est pour leur 
malheur. De tels infortunés nous pouvons bien 
dire qu'il eût été bon pour eux de n'avoir pas 
vu le jour. Quel est l'avantage, dites-moi, de 
passer un temps aussi long à se perdre? Si c'était 
simplement sans profit, la chose serait moins 
lamentable. Supposez un mercenaire qui tra- 



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26 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



vaille vingt ans pour rien, ne gémira-t-il pas 
sur ce temps perdu? ne se regardera-t-il pas 
comme le dernier des misérables? Or, voici quel- 
qu'un dont la vie tout entière a été perdue, qui 
n'a pas vécu un seul jour pour lui-même, puis- 
qu'il les a tous consacrés aux délices , à la vo- 
lupté, à l'avarice, au péché, au démon. Est-ce 
que nous ne déplorerons pas le sort de cet homme ? 
et surtout ne nous efforcerons-nous pas de l'ar- 
racher au danger? Nous pouvons, oui, nous 
pouvons, si nous le voulons bien, alléger au 
moins son supplice. En faisant pour lui de fré- 
quentes prières et d'abondantes aumônes, nous 
obtiendrons que pieu n'ait pas tant égard à son 
indignité. 

S'il préserva de la mort un grand nombre de 
personnes à cause de Paul , s'il épargne les uns 
à cause des autres, pourquoi ne ferait-il pas la 
même chose en notre faveur? Avec les biens du 
pécheur, avec les vôtres, à votre choix, secourez 
les pauvres ; versez l'huile , ou même l'eau. Ne 
peut-il pas faire l'aumône avec ses propres res- 
sources, qu'il la fasse avec les ressources des 
siens. Ne peut-il pas,la faire par lui-même, qu'on 
la fasse pour lui. Sa femme alors lui tendra la 
main avec confiance , puisqu'elle aura payé le 
prix de sa rédemption. Plus il a commis de pé- 
chés , plus il a besoin du secours de l'aumône ; 
et non-seulement à cause de cela, mais aussi 
parce qu'elle n'a plus, de bien s'en faut, la même 
efficacité. L'œuvre qu'on accomplit par soi-même 
l'emporte de beaucoup sur celle qu'on accomplit 
par les autres. Compensons par l'abondance ce 
qui manque à la vertu. Moins de dépenses et de 
soins pour les monuments et les cérémonies fu- 
nèbres ; que les veuves soient mieux protégées : 
c'est le devoir par excellence envers le mort. 
Dites-leur son nom, demandez-leur à toutes de 
prier instamment pour lui : voilà le moyen d'a- 
paiser la justice divine; qu'un autre donne l'au- 
mône à sa place, puisqu'il ne saurait plus lui- 
même la donner. C'est une preuve de la divine 
miséricorde. Les veuves qui l'entourent en pleu- 
rant pourront le soustraire à la mort éternelle, 
Les morts sinon à celle du temps. Beaucoup ont été se- 

sont secourus , . , 

par les au- courus par les aumônes des autres. S ils n ont 
pas été complètement délivrés, ils ont du moins 



mônes. 



reçu un grand soulagement. S'il n'en était pas 
ainsi, comment les petits enfants seraient-ils sau- 
vés? Ils ne peuvent rien faire par eux-mêmes, 
tout repose sur leurs parents. Souvent le salut 
d'un enfant fut l'œuvre d'une mère, mais son 
œuvre exclusive. Dieu nous a fourni de nom- 
breux moyens de salut; à nous de ne pas les 
négliger. 

5. Et qu'en sera-t-il du pauvre, me demande - 
rez-vous? — L'abondance de l'aumône, vous di- 
rai-je une fois de plus, se mesure à la générosité 
de l'intention, et non à la valeur réelle. Ne don- 
nez pas moins que vous ne pouvez, et vous avez 
pleinement payé votre dette. — Et si c'est un 
homme seul, étranger, n'ayantpersonge? — Pour- 
quoi n'a-t-il personne, dites-moi? Il est précisé- 
ment puni, parce qu'il a mérité de n'avoir aucun 
ami véritable , le secours d'aucun homme ver- 
tueux. Apprenons de là combien il nous importe 
d'avoir des amis vertueux , si nous ne sommes 
pas vertueux nous-mêmes, une femme, un fils, 
qui puissent nous être de quelque utilité, utilité 
qui ne sera jamais grande, réelle néanmoins. 
Si vous avez le soin de prendre une femme 
pieuse, au lieu de chercher la fortune, vous 
aurez cette consolation. Vous l'aurez également, 
si vous laissez après vous un fils, ayant des sen- 
timents religieux, une fille chaste, et si votre 
unique préoccupation n'a pas été de les enrichir. 
Du reste, vous serez tel vous-même, si vous mon- 
trez ce zèle pour eux. C'est le propre de la vertu 
d'avoir des amis, une femme, des enfants ver- 
tueux. Les oblations pour les morts ne se font 
pas en vain, ni les prières, ni les aumônes : 
toutes ces œuvres nous sont tracées par l'Esprit 
saint, qui veut que nous nous aidions les uns les 
autres. Voyez, en effet : vous avez fait du bien 
à cette personne, elle vous en fait à son tour; 
vous avez méprisé les richesses, aspirant à 
quelque chose de plus généreux; vous avez 
été la cause de son salut, elle fera l'au- 
mône à votre place. Ne doutez pas que s es 
vœux ne soient exaucés dans une certaine me- 
sure. Ce n'est pas inutilement que le diacre 
s'écrie : Pour ceux qui sont morts dans le 
Christ , et pour ceux qui portent ici leur mé- 
moire. Ce n'est pas le diacre qui parle ainsi, 

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HOMÉLIE XXil. 



2T 



c'est l'Esprit saint lui-même, je veux dire son 
inspiration. 

Qu'avez-vous à répondre? Dans les mains du 
jurètre est l'hostie , toutes les offrandes sont là, 
autour de l'autel se tiennent les anges et les 
archanges, le Fils de Dieu est présent, tous les 
assistants sont pénétrés d'une religion profonde, 
dans ce silence universel cette voix s'élève ; et 
vous croiriez que c'est en vain? Dès lors, ce serait 
en vain aussi qu'on prierait pour l'Eglise , pour 
les prêtres, pour l'univers entier? Gardez-vous 
bien de le croire ; tout s'accomplit dans la foi. 
Que pensez-vous des offrandes faites aux mar- 
tyrs, et de l'invocation qu'on leur adresse à cette 
heure? Tout martyrs qu'ils sont, c'est un grand 
honneur pour eux d'être mentionnés et nommés 
quand le Seigneur est présent, quand se renou- 
velle le mystère de sa mort, le redoutable sacri- 
fice. De même que l'empereur étant assis, on 
obtient de lui tout ce qu'on désire, tandis que 
toute prière serait inutile du moment où il s'est 
levé; de même aujourd'hui, pendant l'oblation 
des saints mystères, c'est un grand bonheur pour 
tous et une grande gloire d'être mentionnés à 
l'autel. On le comprend : alors est proclamée 
cette chose ineffable, qu'un Dieu s'est immolé 
pour le salut du monde ; et c'est à l'instant même 
où le prodige s'accomplit, qu'on fait mémoire 
des malheureux pécheurs. C'est comme lorsque 
les souverains sont menés en triomphe : à ce 
triomphe participent tous les compagnons de 
leur victoire, les prisonniers sont délivrés à rai- 
son du même triomphe ; ce temps passé , ceux 
qui n'ont rien obtenu demeurent les mains vides. 
Il en est de même ici : c'est l'heure du triomphe 
spirituel. Il est dit par l'Apôtre : « Toutes les 
fois que vous mangerez ce pain , vous annon- 
cerez la mort du Seigneur. » I Cor., xi, 26. 
N'approchons pas au hasard, n'estimons pas que 
nous ayons sous les yeux une vaine représenta- 
tion. En faisant mémoire des martyrs, nous 
donnons encore un autre aliment à la foi : ils 
attestent que le Christ est toujours vivant, que 
la mort a été exterminée par sa mort. 

Le sachant, reconnaissons combien il nous 
est facile de donner un soulagement à ceux 
qui non* ont devancés, par nos aumônes, nos 



prières et nos oblations, au lieu de verser 'pour 
eux des gémissements et des larmes , au lieu de 
leur élever des monuments. Ainsi pourrons-nous 
espérer d'obtenir et de leur faire obtenir les 
biens promis, par la grâce et la charité du Fils 
unique, à qui gloire, puissance, honneur en 
même temps qu'au Père et au Saint-Esprit, 
maintenant et toujours, et dans les siècles des 
siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE XXIL 

« Il y avait à Césarée un homme nommé Corneille, cen- 
turion d'une cohorte appelée l'Italique, plein de religion 
et craignant Dieu , ainsi que toute sa maison , faisant 
beaucoup d'aumônes au peuple , adressant à Dieu de 
continuelles prières. Et cet homme vit manifestement 
dans une vision, vers lu neuvième heure du jour, un 
ange de Dieu qui vint à lui, et lui dit : Corneille. Et 
celui-ci le regardant, saisi de crainte, lui répondit : Que 
voulez- vous, Seigneur? Et l'ange dit : Vos prières et 
vos aumônes sont montées en présence de Dieu , qui 
s'est souvenu de vous. » 

1. Celui-là n'était pas Juif et ne vivait pas 
selon la loi ; il pratiquait d'avance notre genre 
de vie. Remarquez d'abord ces deux croyants, 
l'eunuque de Gaza et le centurion de Césarée, 
l'un et l'autre constitués en dignité ; remarquez 
la sollicitude dont ils sont l'objet. Ne pensez pas 
néanmoins que ce soit à cause de leur condition ; 
loin de là, c'est uniquement à cause de leur 
piété, S'il est fait mention du rang qu'ils occu- 
pent, c'est pour mieux faire ressortir leur vertu. 
Elle est plus admirable, en effet, quand on la 
pratique au sein des richesses et de la puissance. 
C'était assurément une grande gloire pour le 
premier de ne pas interrompre ses lectures pen- 
dant qu'il accomplissait un si long voyage, de 
faire asseoir Philippe à côté de lui sur son char, 
d'avoir pratiqué tant d'autres vertus : ce n'était 
pas moins une grande gloire pour le centurion 
de répandre tant d'aumônes et de prières, de 
donner l'exemple de la piété dans ce haut rang. 
Aussi est-ce par ce même rang que l'auteur le 
fait connaître, et avec juste raison, pour que 
personne n'ose accuser de mensonge l'histoire 
sacrée, « De la cohorte appelée l'Italique. » C'é- 
tait le nom qu'on donnait à une troupe de sol- 



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S8 



dats que nous désignons maintenant par le nom de 
Nombre. « Plein de religion et craignant Dieu , 
ainsi que toute sa maison. » Ces détails sont 
donnés pour qu'on ne puisse pas croire, encore 
une fois, que Corneille fût l'objet d'une attention 
particulière à cause dé sa dignité. Lorsqu'il fallait 
procurer la conversion de Paul, ce n'est pas un 
ange, c'est le Seigneur lui-même qui se montra; 
il ne l'envoya pas vers l'un des douze, mais bien 
saint Pierre vers Ananie. Ici , c'est le coryphée du chœur 
apôtre»!* dM apostolique qu'il envoie, comme il avait envoyé 
Philippe vers l'eunuque , condescendant à leur 
infirmité , et nous enseignant comment il faut 
agir envers de tels personnages. Le Christ vient 
souvent à ceux qui sont enchaînés par la souf- 
france, et qui ne peuvent pas dès lors aller à 
lui. 

Remarquez dans la circonstance actuelle, je 
vous prie, un nouvel éloge de l'aumône et de la 
charité , semblable à celui que nous avons vu 
dans le trait de Tabithe : « Plein de religion et 
craignant Dieu, ainsi que toute sa maison. » 
Ecoutons, nous qui négligeons tant notre 
domesticité. Yoilà un homme qui se préoccupe 
de l'intérêt moral des soldats, et qui de plus ré- 
pand ses aumônes dans tout le peuple. Ainsi se 
démontrent la rectitude de ses idées et la droi- 
ture de sa conduite. « Il vit manifestement dans 
une vision, vers la neuvième heure du jour, un 
ange de Dieu qui vint à lui , et lui dit : Cor- 
neille. » Pourquoi donc voit-il un ange? Pour 
que Pierre ne puisse pas douter; ou plutôt non, 
ce n'est pas pour l'apôtre, c'est pour les faibles 
que la vérité s'affirme ainsi, a Vers la neuvième 
heure, » lorsqu'il goûtait le repos et le calme, 
lorsqu'il était plongé dans la prière et la com- 
ponction. « Dès qu'il l'aperçut, saisi de crainte, 
il dit. » L'ange n'expose pas immédiatement 
l'objet de son message ; il commence par dissi- 
per la frayeur et le trouble du centurion. Ce 
trouble et cette frayeur, dont l'apparition était 
la cause, ne dépassaient pas néanmoins certaines 
bornes , et n'avaient pour objet que de provo- 
quer l'attention. Les paroles de l'ange font dis- 
paraître ce sentiment, à raison surtout de l'éloge 
qu'elles expriment. Ecoutez-les plutôt : « Vos 
prières et vos aumônes sont montées en pré-. 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 

sence de Dieu, qui s'est souvenu de vous. Et 



maintenant envoyez des hommes à Joppé, et 
faites venir celui qu'on nomme Simon, et dont 
le surnom est Pierre. » Pour qu'on ne se mé- 
prenne pas, à ces indications déjà si claires, il 
ajoute celle du lieu : a II demeure chez un cor- 
royeur appelé Simon , dont la maison est près 
de la mer. » Voyez comme les apôtres, dans leur 
amour pour la solitude et la tranquillité, re- 
cherchaient les endroits les plus retirés des villes. 
— Et s'il y avait eu là un autre Simon, exerçant 
aussi le métier de corroyeur? — Voilà pourquoi 
cette troisième indication, que sa maison était 
située près de la mer. Or, ces trois choses réunies 
rendaient toute erreur impossible. L'ange ne dit 
pas dans quel but cela doit être fait, de peur que 
le centurion n'y mette moins de zèle ; il le laisse 
avec l'aiguillon du désir et l'impatience d'être 
éclairé. 

a Lorsque l'ange qui lui parlait se fut retiré, 
Corneille appela deux de ses serviteurs et un 
soldat qui craignait Dieu, parmi ceux placés 
sous ses ordres. Et , après leur avoir tout ra- 
conté, il les fit partir pour Joppé. » L'auteur 
n'ajoute pas ces mots sans intention; il veut 
nous montrer que les serviteurs étaient tels que le 
maître, a Quand il leur eut tout raconté. » Sim- 
plicité touchante; il ne dit pas : Appelez-moi 
Pierre. Il leur expose tout, pour les mettre dans 
son sentiment , tant sa conduite est guidée par 
la prudence. Il ne fait pas usage de son autorité ; 
c'est pour cela qu'il s'explique de la sorte. Telle 
était sa modestie ; et cependant on ne pouvait 
pas avoir une haute opinion d'un homme sé- 
journant chez un corroyeur. « Le lendemain, 
pendant qu'ils étaient en route et comme ils ap- 
prochaient de la ville , Pierre monta au haut de 
la maison, vers la sixième heure, pour prier. » 
C'est ainsi que l'Esprit fait coïncider les circons- 
tances et soumet le temps à ses desseins, a Pierre 
monta donc au haut de la maison, vers la sixième 
heure, pour prier. » Il cherchait le calme, il se 
retirait à l'écart, comme dans le cénacle, a Sen- 
tant la faim, il voulut prendre de la nourriture. 
Pendant qu'on la lui préparait, un ravissement 
s'empara de son àme, et il vit le ciel ouvert. » 
Qu'est-ce que ce ravissement de l'âme ? C'est une 

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HOMÉLIE XXH. 

contemplation spirituelle qui lui survint , et ce 
fut comme si l'àme était sortie du corps, a Et il 
vit le ciel ouvert, et comme une grande nappe 
suspendue par les quatre coins, qui descendait 
du ciel vers la terre; là se trouvaient toute 
sorte de quadrupèdes, de reptiles et d'oiseaux, 
de tout ce qui peuple la terre et l'air. Et une 
voix se fit entendre et lui dit : Lève-toi, Pierre, 
tue et mange. Or, Pierre répondit : Non , Sei- 
gneur ; car je n'ai jamais rien mangé de com- 
mun et d'immonde. La voix reprit : N'appelle 
pas impur ce que Dieu a purifié. Or, cela se re- 
nouvela jusqu'à trois fois, et la nappe aussitôt 
rentra dans le ciel. » 

2. Que signifie cette vision? 11 y a là une image 
du monde entier. L'homme était un incirconcis, 
il n'avait rien de commun avec les Juifs. Comme 
tous devaient accuser Pierre avec passion d'avoir 
transgressé la loi, il se préparait naturellement 
une défense en disant : « Je n'ai jamais mangé. » 
Ce n'est pas qu'il éprouvât quelque crainte ; as- 
surément non : il obéissait en parlant de la sorte 
à l'impulsion de l'Esprit, et cette résistance de- 
vait répondre plus tard aux accusations dont le 
poursuivraient ses compatriotes, qui tenaient à 
ce que la loi fût observée. D'autre part , Pierre 
était envoyé vers les Gentils; et c'est pour le 
mettre également à l'abri de leurs accusations 
que ce fait eut lieu par une dispensation divine. 
Pour qu'on ne pût pas y voir un effet de son 
imagination, l'apôtre dit : « Non, Seigneur; car 
je n'ai jamais rien mangé de commun ou d'im- 
monde. Et la voix lui répondit : N'appelle pas 
immonde ce que Dieu a purifié. » C'est à lui que 
cela s'adresse en apparence ; mais en réalité cela 
regarde entièrement les Juifs. En effet, si le 
maître est ainsi réprimandé, combien ne le sont- 
ils pas davantage? La nappe dont il est parlé 
représente la terre , et les animaux figurent les 
Gentils. Cette parole : a Tue et mange, » signifie 
qu'eux aussi doivent être admis; et la triple ré- 
pétition du fait symbolise le baptême. « Non, 
Seigneur; car je n'ai jamais rien mangé de 
commun ou d'immonde. » 
. Et pourquoi Pierre contredit-il? me demande- 
rez-vous peut-être. Pour qu'on ne puisse pas dire 
que Dieu voulait le tenter , comme il tenta jadis 



Abraham, quand il lui commanda d'immoler 
son fils , et comme le Christ lui-même tentait Le Sauveur 
Philippe, quand il lui faisait cette question : H^ TePhl " 
« Combien de pains avez-vous? » Evidemment 
le Christ voulait éprouver son disciple , et non 
s'informer auprès de lui. Moïse cependant avait 
établi dans sa loi les principes les plus clairs pour 
distinguer les animaux purs et les animaux im- 
purs, tant dans la mer que sur la terre. L'apôtre 
ne comprenait pas encore le sens de cette vision. 
« Or, tandis que Pierre se demandait avec hési- 
tation ce que signifiait la vision qu'il avait eue, 
voilà que les hommes envoyés par Corneille, 
cherchant la maison de Simon, se présentèrent 
devant la porte. Et , ayant appelé , ils deman- 
dèrent si là ne demeurait pas Simon, surnommé 
Pierre. » C'est donc pendant que Pierre est dans 
l'étonnement et l'incertitude que viennent ces 
hommes pour dissiper cette obscurité. Le Sei- 
gneur avait bien permis aussi que l'époux de la 
Vierge fût dans le doute avant de lui envoyer 
l'archange. Une àme que l'inquiétude a fatiguée 
reçoit avec plus de bonheur la lumière. Le doute, 
de Pierre n'était pas ancien, il n'avait pas duré 
longtemps ; c'était au moment du repas, a Comme 
Pierre réfléchissait sur la vision, l'Esprit lui dit : 
Voici des hommes qui te cherchent. Lève-toi 
donc, descends et ne crains pas d'aller avec eux; 
car je les ai envoyés. » C'est un autre moyen de 
justification que Pierre pourra faire valoir au- 
près de ses disciples : ils sauront qu'il avait douté, 
et de plus qu'il avait appris à ne pas douter. 
« Car je les ai moi-même envoyés. » Notez quelle 
est la puissance de l'Esprit. Ce que Dieu fait, 
l'Esprit est censé le faire. Il n'en est pas ainsi de 
l'ange; après avoir dit : « Vos prières et vos au- 
mônes..., » il ajoute : « Envoyez, » montrant 
qu'il remplit lui-même une mission ; tandis que 
l'Esprit dit avec une autorité suprême : « Je les 
ai envoyés. » 

L'auteur continue : « Or Pierre, descendant 
vers ces hommes, leur dit : Me voici, je suis celui 
que vous cherchez. Quelle est la cause qui vous 
amène? Ils répondirent : Corneille le centurion, 
homme juste et craignant Dieu , selon le témoi- 
gnage que lui rend toute la nation des Juifs, a 
reçu d'un ange, d'un esprit pur, l'ordre de vous 



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30 HOMÉLIES SUR LES 1 

appeler chez lui et d'écouter vos paroles. » Ils 
font l'éloge du centurion, pour mieux l'incliner 
à croire qu'un ange lui soit apparu. « Pierre les 
fit donc entrer et les reçut dans sa demeure. » 
Ainsi commence la conversion des Gentils, par 
un homme pieux, que ses œuvres ont fait juger 
digne d'une telle initiative. Si l'événement ainsi 
ménagé est pour les Juifs un sujet de scandale, 
que n'auraient-ils pas dit, supposé que cela ne 
fût pas arrivé? « Il les introduisit et les reçut 
dans sa demeure. » Quelle sécurité I 11 les met 
d'abord à l'abri de tout danger, et puis il les 
admet dans son intimité avec une entière con- 
fiance. « Le lendemain , Pierre se levant partit 
avec eux , et quelques-uns des frères de Joppé 
l'accompagnèrent. Le jour suivant, ils entrèrent 
à Césarée. » C'était un homme éminent, et qui 
de plus se trouvait dans une ville célèbre. De là 
vient que la Providence conduit tout par rap- 
port à lui ; et la Judée est le point de départ de 
la transformation qui se prépare. Il est à remar- 
quer aussi que la vision de Pierre n'a pas lieu 
pendant son sommeil, qu'il veille, que la chose 
se passe en plein jour, vers la neuvième heure, 
et qu'il est dès lors en pleine possession de lui- 
même. 

Revenons maintenant sur les textes cités. 
« L'ange lui dit : Vos prières et vos aumônes 
sont montées en présence de Dieu, qui s'est sou- 
venu de vous. » Cela prouve clairement que 
l'ange fit entendre une parole distincte, et que 
par suite Corneille le vit. Si la voix n'avait pas 
frappé son oreille , il n'aurait pas eu cette vue. 
Ainsi tout concourait à fixer son attention. 
« Faites appeler Simon , surnommé Pierre. » Il 
l'assure déjà que cette démarche aura pour ré- 
sultat un bien; mais quel sera ce bien , il ne le 
dit pas encore. Pierre ne dit pas tout non plus. 
Partout il y a quelque réticence, dont l'effet doit 
être de stimuler les auditeurs. C'est de la même 
manière que Philippe est appelé seul dans le 
désert. « Pierre monta au haut de la maison , 
vers la neuvième heure, pour prier. Et son àme 
fut saisie d'un ravissement; il vit alors comme 
une nappe. » La faim ne le pousse pas à se pré- 
cipiter sur cette nappe. Pour qu'il n'hésite pas ce- 
pendant davantage, la voix lui dit : « Lève-toi, 



CTES DES APOTRES. 

Pierre, tue et mange. » Probablement il était à 
genoux quand il eut cette vision ; et je suis per- 
suadé qu'il l'eut dans l'intérêt de sa mission 
apostolique. Ce qui montre que c'était là quelque 
chose de divin, c'est d'abord que l'objet de la 
vision descendait du ciel, et puisqu'il était lui- 
même dans l'extase; ajoutez encore que la voix 
vient d'en-haut, qu'elle se fait trois fois entendre, 
que le ciel est ouvert et que ce qui en était des- 
cendu y remonte : autant de signes certains que 
c'était là l'œuvre de Dieu. 

3. Pourquoi ce fait étrange? En faveur de 
ceux qui devaient l'entendre raconter ; car l'a- 
pôtre avait ouï cette parole : « Vous n'irez pas 
dans la voie des nations. » Matth. , x, 5. Il ne faut 
pas en être surpris. Si Paul jugea nécessaires la 
circoncision et le sacrifice, à plus forte raison 
de tels prodiges l'étaient-ils dans les premiers 
temps de la prédication, dans cet état de fai- 
blesse et d'enfance. « Et voilà que les hommes 
envoyés par Corneille se tinrent devant la porte ; 
et, ayant appelé , ils demandèrent si là demeu- 
rait Simon, surnommé Pierre. » La maison est 
de pauvre apparence, ils vont droit au but, et 
ne s'informent pas auprès des voisins. « Comme 
Pierre méditait sur cette vision, l'Esprit lui dit : 
Lève-toi, descends, va sans hésitation aucune; 
car je les ai moi-même envoyés. » Observez qu'il 
ne dit pas : C'est pour cela que tu as eu cette vi- 
sion ; mais bien : « Je les ai moi-même envoyés, » 
nous apprenant par là comment il faut obéir et 
ne pas demander la cause de ce qui nous est 
ordonné. C'était assez pour l'apôtre d'être as- 
suré qu'il avait entendu l'Esprit lui dire : Pais 
ceci, dis cela. Il n'avait pas à demander autre 
chose, a Or Pierre étant descendu leur dit : Me 
voici , je suis celui que vous cherchez. » Pour- 
quoi ne les introduit-il pas immédiatement, et 
leur fait-il une question préalable ? 11 voit que 
ce sont des soldats ; aussi ne fait-il la question 
qu'après avoir déclaré qui il est ; c'est alors seu- 
lement qu'il leur demande le but de leur voyage : 
on ne pourra donc pas croire qu'il les interroge 
dans l'espoir de se cacher. Il s'informe si la chose 
est pressante , prêt à partir aussitôt; ou bien, 
si elle ne l'est pas, il les accueillera dans sa de- 
meure. Pourquoi lui disent-ils : a Le centurion 



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HOMÉLIE XXII. 

vous appelle chez lui? » Parce que tel était 
Tordre qu'il leu* avait donné. Il est probable 
qu'ils tâchent de justifier sa conduite en ajou- 
tant : Ne le condamnez pas ; s'il vous envoie des 
messagers , ce n'est certes pas qu'il vous mé- 
prise, c'est qu'il a reçu l'ordre d'agir ainsi. 
« Corneille les attendait, après avoir convoqué 
ses parents et ses amis intimes. » Il faisait bien; 
car il n'eût pas été juste de laisser de côté les 
parents et les amis. D'ailleurs, étant là présents 
ils devaient entendre la parole sacrée dans des 
conditions plus favorables. Avez-vous remarqué, 
dans ce discours et dans le précédent, la puis- 
sance de l'aumône? Elle délivrait d'abord de la 
mort temporelle, et maintenant c'est de la mort 
éternelle qu'elle va délivrer ; elle ouvre les portes 
du cieL Observez encore le mérite de la foi de 
Corneille : elle fait qu'un ange est envoyé, que 
l'Esprit exerce son action, que le coryphée des 
apôtres intervient, qu'une admirable vision a 
heu; rien ne manque à l'œuvre de Dieu. Que de 
centurions alors, que de tribuns, que de mo- 
narques même; et pas un n'obtint la même fa- 
veur. 

Ecoutez vous tous qui portez les armes et qui 
marchez à côté des souverains. « Il était plein 
de religion et craignant Dieu; » chose encore 
plus remarquable, il était tel « avec toute sa 
maison. » Il ne se bornait pas à diriger sa propre 
vie , il veillait à ce qu'il en fût de même de sa 
famille, tant son zèle était grand. Pour nous, 
au contraire , nous ne négligeons rien pour que 
nos serviteurs nous craignent, nous ne faisons 
rien pour qu'ils soient pieux. Bien différent était 
cet homme, c'est avec toute sa maison qu'il ser- 
vait Dieu; il était en quelque sorte le père, non- 
seulement de ceux qui l'entouraient , mais en- 
core des soldats qui servaient sous ses ordres. 
Ecoutez ce que les messagers disent de plus, al- 
lant au-devant d'une difficulté qui se fût pré- 
sentée d'elle - même : « Il a le témoignage de 
toute la nation. » On n'avait plus à se récrier 
alors : Mais à quoi bon, s'il est incirconcis? 
Les Juifs eux-mêmes lui rendent donc témoi- 
gnage. Concluons que rien n'égale l'aumône, 
que rien n'est aussi puissant, pourvu qu'elle 
émane d'une source pure; car celle qu'on ferait 



31 

avec un bien mal acquis serait comme une fon- 
taine qui donne une eau bourbeuse; tandis que 
l'aumône faite d'un bien légitimement acquis 
est comme un ruisseau frais et limpide, coulant 
au milieu des jardins , agréable à la vue et non 
moins doux au tact, nous faisant éprouver une 
délicieuse impression au fort de la chaleur. Oui, 
voilà ce qu'est l'aumône. Auprès de cette source 
ne croissent pas des arbres matériels, tels que les 
pins et les cyprès ; elle nourrit des plantes d'une 
beauté supérieure et d'un plus riche rapport, 
l'amour de Dieu, le respect de l'homme, la gloire 
du Créateur, la bienveillance des créatures , la 
rémission des péchés , une sécurité profonde , le 
mépris des biens temporels, la générosité pour 
les pauvres, sève substantielle de la charité. Rien Comment 
ne nourrit cette vertu comme l'exercice constant dVetoppt.* 8 
de la miséricorde. Elle pousse alors de vigoureux 
rameaux. Il y a là une source supérieure à celle 
qui coulait dans le paradis ; car elle ne se divise 
pas en quatre branches, elle s'élance jusqu'au 
ciel : elle donne naissance à ce fleuve qui jaillit 
jusqu'à la vie éternelle. Dès que la mort y tombe, 
elle est absorbée comme une étincelle qui tombe 
dans l'eau. Une goutte suffit pour produire par- 
tout les plus grands biens. Elle éteint le fleuve de 
feu comme si ce n'était qu'une étincelle: elle 
suffoque le ver rongeur comme un néant. Qui 
la possède n'a pas à redouter le grincement de 
dents. Une goutte de cette eau venant à tomber 
sur les chaînes, les dissout; dans les fournaises 
les plus ardentes, elle les éteint absolument. 

4. De même que cette source du paradis cou- 
lait sans interruption, et ne s'arrêtait jamais, 
puisque c'était une source; de même il faut que 
notre charité déborde avec une abondance tou- 
jours croissante , et d'une manière spéciale sur 
les plus malheureux, sous peine de n'être plus 
une source. Elle réjouit celui qui reçoit; pour 
mériter de porter son nom, elle doit couler 
sans cesse et non répandre un flot passager. 
Voulez-vous que la divine miséricorde s'épanche 
sur vous comme d'une source intarissable, ayez 
une source en vous. Si vous laissez un libre cours 
à cette dernière, la divine source versera des 
flots tellement abondants qu'ils triompheront de 
tous les abîmes. Dieu ne demande qu'une occa- 



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32 HOMÉLIES SUR LES 

sion qui lui soit fournie par nous-mêmes, et 
soudain il déverse dans notre cœur tous ses tré- 
sors. Quand on donne , on s'enrichit , quand on 
prodigue on devient opulent. La source est in- 
tarissable; pure et limpide en est l'eau. Ne l'ob- 
struez pas, et vous n'arrêterez pas la source cé- 
leste. Ne laissez pas croître sur ses bords un 
arbre inutile, qui l'absorberait sans fruit. Les 
richesses affluent-elles autour de vous, ne plantez 
pas là des saules. Telle est la volupté : elle ab- 
sorbe beaucoup, et non-seulement elle ne pro- 
duit rien, mais encore elle stérilise. Non, ni 
saule, ni pin, ni rien de semblable, aucun arbre 
improductif et dévorant. Tel est le soin des pa- 
rures, belles à l'œil, inutiles à la vie. Remplissez 
mieux vos sillons; répandez une féconde se- 
mence, sans y regarder et sans compter, dans 
les mains des pauvres. Il n'est pas de terre plus 
fertile; bien pelite est la capacité de la main, et 
cependant l'arbre dont elle a reçu le germe s'é- 
lèvera jusqu'au ciel et ne sera jamais ébranlé. 
Voilà une plantation véritable. Ce qui germe sur 
la terre peut subsister aujourd'hui , mais aura 
disparu dans cent ans. Pourquoi plantez -vous 
des arbres dont vous ne recueillerez pas les 
fruits, puisque la mort sera venue vous enlever 
auparavant? C'est quand vous ne serez plus qu'ils 
vous donneront des fruits. Si vous plantez , que 
ce ne soit pas en donnant toute satisfaction à la 
gourmandise; ce serait planter pour l'ignomi- 
nie : plantez dans les privations et dans l'absti- 
nence, pour que les fruits vous soient réservés 
dans le ciel. Procurez du soulagement à l'àme 
du pauvre plongé dans la douleur, afin de ne 
pas élever d'obstacle sur la voie que vous avez 
à parcourir. Voyez - vous comment les arbres 
qu'on arrose outre mesure pourrissent par les 
racines, et comment ceux qu'on arrose avec mo- 
dération, grandissent et se fortifient? Ne rem- 
plissez pas votre estomac de boissons , si vous 
ne voulez pas détruire le germe du bien; donnez 
à boire à celui qui a soif, et vous en aurez la 
récompense. Le soleil ne fait pas périr les plantes 
modérément arrosées, mais bien celles qui le 
sont trop : telle est la nature de cet astre. L'excès 
est un mal partout; retranchons-le donc, pour 
arriver au but de' nos désirs. 



CTES DES APOTRES. 

Les sources jaillissent, dit-on , des lieux les 
plus élevés. Que notre àme monte à de sublimes 
hauteurs, et l'aumône s'épanchera d'elle-même. 
Une àme élevée sera nécessairement charitable, 
une àme charitable ne peut manquer d'être une 
àme élevée. Celui qui méprise les richesses est 
au-dessus de la racine des màux. Les sources 
naissent le plus souvent dans les déserts : déro- 
bons notre àme au tumulte du monde, et l'au- 
mône en jaillira. Plus on veille à la pureté d'une 
source, plus elle devient abondante : il en est de 
même de nous, plus nous donnons avec pureté 
d'àme, plus nous recueillons de biens. Celui qui 
possède une source ne saurait redouter la pénu- 
rie; si nous avons en nous cette source qui est 
la charité, nous n'avons rien à craindre. Qu'il 
faille étancher la soif, arroser la terre, bâtir une 
maison, la source sert à tout. Rien n'est meil- 
leur qu'une telle boisson; elle ne produit jamais 
l'ivresse : mieux vaut avoir une telle source que 
des ruisseaux d'or. Il n'est pas de terre aurifère 
qu'on puisse comparer à l'àme possédant l'or 
pur de la charité. Ce trésor nous accompagne, 
non dans le palais des rois, mais dans le palais 
céleste. C'est l'ornement de l'Eglise de Dieu; de 
cet or est formé le glaive de l'Esprit, ce glaive 
qui tranche la tête du dragon. De cette source 
sortent les pierreries dont rayonne la couronne 
du Roi. Ne négligeons donc pas de semblables 
richesses; faisons l'aumône avec ampleur, afin 
d'acquérir des titres à l'amour de Dieu, par la 
grâce et la bonté de son Fils unique, à qui gloire, 
puissance, honneur soient pleinement rendus, 
en même temps qu'au Saint-Esprit, dans les 
siècles des siècles. Ainsi soit-il. 

i i h .i ii i i i m h ii « 

HOMÉLIE XXIII. 

a Le lendemain, Pierre se levant partit avec eux, et 
quelques-uns des frères vinrent avec lui de Joppé à 
Césarée. Or Corneille les attendait, ayant convoqué ses 
parents et ses amis intimes. » 

1 . Après avoir bien accueilli les messagers dans 
sa demeure, l'apôtre sort avec eux. A merveille I 
il les traite d'abord avec bonté, parce qu'ils sont 



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HOMÉLIE XXIIt. 



33 



accablés de fatigue, il les admet dans sa fami- 
liarité, ptds il part avec eux. « Le lendemain, 
Pierre se levant partit avec eux, et quelques-uns 
des frères. » Il ne part donc pas seul, plusieurs 
fidèles viennent avec lui; et c'est une disposition 
providentielle, ils pourront ensuite servir de té- 
moins, lorsque Pierre sera dans l'obligation de 
se défendre, a Or Corneille les attendait, ayant 
convoqué ses parents et ses amis les plus in- 
times. » C'était la conduite d'un véritable ami, 
d'un véritable serviteur de Dieu, de les appeler 
avant tous les autres à participer à de tels biens. 
C'est à bon droit qu'il convoque des hommes qui 
ont mérité sa confiance, et qu'il leur commu- 
nique ce que d'autres auraient probablement 
entendu sans fruit. Ces parents et ces amis me 
semblent, en effet, avoir été formés par ses le- 
çons. «Dès que Pierre fut entré, Corneille vint à 
lui, et, se prosternant à ses pieds, lui rendit hom- 
mage. Mais Pierre, le relevant, lui dit : Levez- 
vous; car je ne suis moi-même qu'un homme. » 
Par une telle action, il montre son humilité, il 
instruit les spectateurs, il témoigne à Dieu sa 
reconnaissance, il laisse éclater aussi la piété qui 
l'anime, bien qu'en ce moment il exécute un 
ordre. Quelle est la parole de Pierre? « Levez- 
vous; car je ne suis moi-même qu'un homme. » 
Voyez comme il leur apprend avant toute chose 
à n'avoir de lui aucune haute idée. « Et, s'en- 
tretenant avec lui, il entra; et dans la maison il 
trouva beaucoup de personnes réunies; il leur 
dit alors : Vous savez combien c'est repoussant 
pour un Juif de se mettre en rapport avec un 
étranger. » Le voilà donc qui commence à parler 
de la bonté divine, en manifestant les bienfaits 
qu'elle a répandus sur eux. 

Il ne faut pas seulement admirer ici qu'il leur 
adresse un tel langage; sa modestie rapprochée 
d'un langage aussi sublime ne doit pas moins 
nous frapper. Il ne dit pas, en effet : Nous qui 
ne devrions entrer en relation avec personne, 
nous venons cependant à vous. Que dit-il donc : 
u Vous savez (et c'est Dieu même qui l'ordonne) 
qu'un Juif ne saurait sans prévariquer se mettre 
en rapport avec un étranger. » Après cela, pour 
ne pas s'attribuer le mérite de sa démarche, il 
ajoute : u Dieu m'a appris à n'appeler aucun 
tom. vni. 



homme impur ou profane. » Il ne faut pas qu'on 
puisse croire, encore une fois, qu'il se décerne 
un éloge. « C'est pourquoi je suis venu sans op- 
poser de résistance, dès que vous m'avez mandé.» 
Il ne veut pas qu'ils s'imaginent que sa condes- 
cendance à l'égard d'un homme puissant va jus- 
qu'à lui faire transgresser la loi; il veut qu'ils 
attribuent tout à Dieu : aussi déclare-t-il que de 
tels rapports ne sont pas permis, « Je vous de- 
mande donc dans quel but vous m'avez fait ve- 
nir. » S'il interroge, ce n'est pas qu'il ignore. 
Pierre avait tout appris dans la vision, et de plus 
les soldats l'ont instruit; ce qu'il se propose, 
c'est d'obtenir d'abord leur confession et de les 
engager dans les liens de la foi. Que répond Cor- 
neille? Il ne répond pas : Les soldats nous l'ont 
dit. Voyez plutôt avec quelle douceur et avec 
quelle modestie il parle : « Depuis quatre jours 
et jusqu'à cette heure j'étais à jeûner, à la neu- 
vième heure je priais dans ma maison ; et voilà 
qu'un homme vêtu d'une robe éclatante se pré- 
sente devant moi, et me dit : Corneille, ta prière 
a été exaucée, et tes aumônes sont montées en 
présence de Dieu, qui s'est souvenu de toi. » «A 
la neuvième heure je priais. » Que signifie cette 
parole? Mon opinion est que le centurion s'était 
fixé des jours et des heures pour les exercices 
d'une vie plus fervente. De là ce premier mot : 
« Depuis quatre jours. » Quelle grande chose 
que la prière I Quand cet homme a fait assez de 
progrès dans la piété, il reçoit la visite d'un ange. 
Voilà le premier jour, le deuxième est celui du 
départ des envoyés, le troisième celui de leur 
retour, et nous touchons au quatrième ; c'est au 
deuxième donc qu'appartient l'apparition. 

« Et voilà qu'un homme s'est présenté devant 
moi avec une robe éclatante. » Il ne dit pas 
même un ange, tant il est éloigné de toute os- 
tentation. « Et il m'a dit : Corneille, ta prière a 
été exaucée, et tes aumônes sont montées en pré- 
sence de Dieu, qui s'est souvenu de toi. Envoie 
donc à Joppé, et fais venir Simon, surnommé 
Pierre ; il demeure dans la maison de Simon le 
corroyeur près de la mer; il te parlera dès qu'il 
sera venu. J'ai donc aussitôt envoyé vers vous, 
et vous avez bien fait de venir. Maintenant nous 
sommes tous ici devant Dieu pour écouter tout 



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34 HOMÉLIES SUR LES 

ce que vous aurez à nous dire de sa part. » C'est 
pour obtenir cette explication que Pierre avait 
dit : et Dans quel but m'avez-vous mandé? » 
L'auteur continue : « Pierre, ouvrant la bouche, 
parla ainsi : En vérité, j'ai reconnu que Dieu ne 
fait point acception de personnes, et dans toute 
nation celui qui le craint et pratique la justice 
est agréable à ses yeux, » qu'il soit circoncis ou 
incirconcis. Paul le déclare de la même façon : 
« Dieu ne fait point acception de personnes. » 
Rom., il, 11. « Maintenant nous voici donc tous 
devant Dieu. » Quelle foi, quelle piété ! Il sait que 
la parole de Pierre n'est pas celle d'un homme; 
« Dieu me l'a montré, » dit-il. C'est pour cela 
qu'il ajoute : « Nous sommes là pour écouter 
tout ce que vous aurez à nous dire par l'ordre 
de Dieu. » Quoi donc, un habitant de la Perse 
n'aurait-il pas également accès auprès de Dieu? 
S'il s'en montre digne, il sera reçu de même, il 
* obtiendra la foi. L'eunuque venu d'Ethiopie ne 
fut pas dédaigné. — Et que direz-vous, me de- 
mandera-t-on, des hommes religieux qui ont été 
Aucun nom- réprouvés ? — Cela ne saurait être, aucun homme 
n^r^'d^u religieux n'est dédaigné. Non , il n'est pas pos- 
gné - sible qu'avec de semblables dispositions on ne 
soit pas accueilli. « Dans toute nation, celui qui 
craint Dieu et pratique la justice. » La justice 
s'entend ici de toute vertu. 

2. Il est aisé de voir que l'apôtre prévient dans 
l'âme du centurion toute pensée d'orgueil, puis- 
que u chez une nation quelconque celui qui 
craint Dieu » recevra le même accueil. C'est 
comme s'il disait : Il ne rejette personne, il ad- 
met tous ceux qui croient. Pour montrer ensuite 
à tous qu'ils ne sont pas rejetés, Pierre ajoute : 
« Dieu a envoyé son Verbe aux enfants d'Israël, 
leur annonçant la paix par Jésus-Christ, qui est 
le Seigneur de tous. » Oui, c'est en faveur des 
personnes présentes et pour les bien persuader, 
qu'il s'exprime de la sorte. C'est pour cela qu'il 
avait mis Corneille en demeure déparier. «Dieu 
a envoyé son Verbe aux enfants d'Israël. » Vous 
le voyez, il sauvegarde encore leur prérogative. 
Il les prend ensuite pour témoins : a Vous savez 
la parole qui s'est accomplie dans toute la Judée, 
en commençant par la Galilée, à partir du bap- 
tême prêché par Jean. » La suite confirme cette 



ICTES DES APOTRES. 

assertion : a Comment Dieu a oint de son Esprit 
et de sa force Jésus de Nazareth. » Il ne leur 
demande pas s'ils ont connu Jésus, sachant bien 
qu'ils n'avaient pas eu l'occasion de le voir ; il 
leur expose ses œuvres : « Qui a passé en faisant 
le bien et en guérissant tous ceux qui étaient 
opprimés par le diable. » Il rappelle par là les 
ravages exercés par cet esprit pervers jusque 
dans le corps de ses victimes, a Parce que Dieu 
était avec lui. » Il prend un ton plus humble, non 
sans motif, je présume, mais pour attester que 
le Christ était véritablement homme. « Et nous 
sommes les témoins de tout ce qu'il a fait dans 
la contrée des Juifs ainsi qu'à Jérusalem. » Vous 
pourriez l'attester comme nous, semble-t-il dire. 
<( Ils l'ont fait mourir, le suspendant à la croix. x> 
Il proclame donc le mystère de la passion. « Dieu 
l'a ressuscité le troisième jour, et il a voulu qu'il 
se manifestât, non à tout le peuple, mais à des 
témoins prédestinés à cela par lui-même, à nous, 
qui avons mangé et bu avec lui, après qu'il était 
ressuscité d'entre les morts. » C'est la preuve la 
plus évidente de la résurrection. « Et il nous a 
commandé de prêcher au peuple, et d'attester 
que c'est lui qui a été établi par Dieu juge des 
vivants et des morts. » Rien de plus propre à 
montrer qu'ils sont dignes de foi. L'apôtre in- 
voque cependant une autorité en disant : « Tous 
les prophètes lui rendent ce témoignage, que 
tous ceux qui croient en lui reçoivent par son 
nom la rémission des péchés. » Cette prédiction 
se rapporte à ce qui doit avoir lieu dans la suite, 
et Pierre la corrobore en la citant à-propos. 

Reportons-nous à ce qui a été dit plus haut de 
Corneille, a II envoya des hommes à Joppé pour 
faire venir Pierre. » Il ne douta pas qu'il ne vint, 
et c'est pour cela qu'il envoya. « En s'entretenant 
avec lui, il entra dans la maison. » De quoi s'en- 
tretenait-il? Probablement des choses qui pré- 
cèdent. « Et, tombant à ses pieds, il lui rendit 
hommage. » Le discours est partout exempt d'a- 
dulation, vous le remarquerez sans doute, et 
plein d'humilité. Voilà comment aussi se montra 
digne l'eunuque dont nous avons parlé. « Il pria 
Philippe dç monter et de s'asseoir à côté de lui 
sur son char ; » il ignorait néanmoins quel était 
cet homme, n'ayant rien entendu de lui qu'un 



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mot concernant le prophète. Et bientôt il tomba 
lui-même à ses pieds. Quelles mœurs simples 
et modestes! Considérez maintenant comment 
Pierre signale dans sa venue quelque chose de 
divin, a Vous savez qu'il n'est pas permis, » 
s*empresse-t-il de dire. Et pourquoi ne parle-t-il 
pas avant tout de la nappe symbolique? Parce 
qu'il est extrêmement éloigné de toute recherche 
personnelle. Il avoue qu'il est envoyé de Dieu ; 
mais les circonstances de cette mission, il ne les 
révèle que par nécessité. « Vous savez qu'il n'est 
pas permis à un Juif d'entrer en rapport avec 
un étranger. » Déjà vous pouvez remarquer sa 
modestie. « Vous savez ; » en s'exprimant de la 
sorte, il fait appel à leur sentiment. Que dit 
alors Corneille? « Nous sommes ici devant Dieu 
pour écouter tout ce que vous nous enseignerez 
par son ordre. » Devant Dieu, non en présence 
de l'homme ; ce qui nous fait comprendre dans 
quelles dispositions il faut approcher des servi- 
teurs de Dieu. Quelle âme vigilante, comme elle 
se montre digne des faveurs qu'elle reçoit ! « Ou- 
vrant alors la bouche, Pierre dit : En vérité, j'ai 
reconnu que Dieu ne fait pas acception de per- 
sonnes. » Il se justifie devant les Juifs qui sont 
là présents. Comme il va livrer aux étrangers la 
divine parole, c'est une précaution qu'il prend. 
Quoi donc, est-ce que Dieu faisait auparavant 
acception de personnes? Loin de nous cette 
pensée ; il a toujours été le même. « Quiconque 
craint Dieu et pratique la justice, est agréable à 
ses yeux. » C'est le sens de cette parole de Paul : 
« Quand les nations qui n'ont pas la loi se con- 
forment aux préceptes de la loi... » Rom*, il, 14. 
C'est le dogme qu'il établit, en même temps que 
la règle de conduite. 

Si le Seigneur n'a pas dédaigné les mages, ni 
l'Ethiopien, ni le larron, ni la courtisane, moins 
encore dédaignera-t-il ceux qui pratiquent la 
justice et veulent le bien. — Mais qu'arrivera-t-il 
si des hommes modérés et doux n'acceptent pas 
la foi? — Vous énoncez vous-même la cause de 
leur exclusiôn : ils refusent de croire. On peut 
dire aussi que l'homme modéré dont il est parlé 
dans le texte n'est pas précisément celui qui pra- 
tique la douceur, mais bien celui qui pratique la 
justice; et celui-là se rend en tout agréable à 



HOMÉLIE XXIIÏ. 35 

Dieu, il le craint comme il convient de le crain- 
dre. Or, Dieu seul sait quel est cet homme. Voyez 
comment celui-ci lui plut : à peine eut-il en- 
tendu, qu'il obéit. — Supposez qu'un ange 
vienne encore aujourd'hui, me dira-t-on, et nul 
ne refusera de croire. — Il se produit de nos 
jours des miracles beaucoup plus grands que 
dans les premiers siècles; que d'hommes cepen- 
dant restent dans l'incrédulité ! L'apôtre expose 
ensuite la doctrine, sans porter atteinte à la di- 
gnité des Juifs. « Dieu, dit-il, a envoyé son Verbe 
aux enfants d'Israël, annonçant la paix; et ce- 
lui-là est le Seigneur de tous. » Il parle d'abord 
de sa puissance, et dans les termes les plus élevés, 
comme il le pouvait, certes, puisqu'il traitait 
avec une âme d'une grande élévation elle-même 
et qui recevait avec ardeur tout ce qui lui était 
transmis. Il le montre ensuite comme le Seigneur 
universel , comme le prédicateur de la paix, qui 
dès lors est venu pour exercer sa miséricorde et 
non sa justice. 

3. Il enseigne que le Verbe a premièrement 
paru chez les Juifs ; ce qu'il démontre ensuite 
par les œuvres qu'il a opérées dans toute la Judée. 
« Vous savez ce qui s'est passé dans toute la con- 
trée des Juifs (et, chose étonnante), en commen- 
çant par la Galilée, à partir du baptême prêché 
par Jean. » Après avoir proclamé les œuvres 
éclatantes du Sauveur, il déclare sans crainte 
quelle est sa patrie : « Jésus de Nazareth. » Il 
sait bien que le nom de cette patrie était un ob- 
stacle de plus. « Comment Dieu l'a oint de son 
Esprit et de sa force. » Il va le prouver ; qu'on 
écoute ce qui suit , et le doute ne sera pas pos- 
sible : « Il a passé en faisant le bien, et en gué- 
rissant tous ceux qui étaient opprimés par le 
diable. » Les œuvres que Jésus accomplit servent 
à faire voir la grandeur de sa vertu : il faut 
qu'elle ait été bien grande, en effet, pour qu'il 
ait triomphé du prince des démons. Voici la 
cause de cette victoire : « Parce que Dieu était 
avec lui. » Les Juifs tenaient aussi le même lan- 
gage : « Nous savons que vous êtes venu de la 
part de Dieu pour nous instruire; car nul ne 
pourrait faire de tels miracles , si Dieu n'était 
avec lui. » Joan., ni, 2. Après avoir montré que 
Jésus était l'envoyé de Dieu, il ajoute qu'il a été 



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36 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



mis à mort; et de la sorte il écarte toute fausse 
imagination. Vous le voyez, nulle part les dis- 
ciples ne dissimulent la croix ; ils vont même 
jusqu'à rappeler les circonstances, a Ils l'ont fait 
mourir, en le suspendant à un bois infâme. Et 
Dieu a voulu qu'il se manifestât, non à tout le 
peuple , mais à des témoins prédestinés à cela 
par Dieu même. » C'était leur maître cependant 
qui les avait choisis; mais il attribue ce choix à 
Dieu, et de là le mot : « Prédestinés. » Remar- 
quez le signe par lequel il établit la résurrection : 
c'est l'action de manger. Pourquoi Jésus ne fait-il 
aucun miracle après qu'il est ressuscité, et se 
contente-t-il de manger et de boire? Parce que 
sa résurrection même était un miracle étonnant, 
et que rien n'en démontrait mieux la réalité que 
de manger et de boire. « Pour rendre témoi- 
gnage, » est-il dit. Terrible parole que celle-là; 
on ne pourra plus prétexter l'ignorance. L'Apôtre 
ne dit pas : Il est le Fils de Dieu. Il dit une chose 
bien plus propre à les effrayer : a C'est lui qui a 
été établi par Dieu juge des vivants et des morts. » 
Puis vient l'imposante autorité des prophètes, 
que les Juifs avaient en si grande vénération. 
a Tous les prophètes lui rendent témoignage. » 
A l'impression de la terreur il fait succéder l'es- 
poir du pardon, sur la foi des prophètes encore, 
et non directement sur celle de Jésus : de telle 
sorte qu'il semble attribuer à celui-ci les me- 
naces, à ceux-là les promesses. 

Vous tous qui avez reçu ce pardon avec le don 
de la foi , dès que vous aurez appris l'impor- 
tance d'une telle grâce , ayez soin , je vous en 
conjure , de ne pas outrager votre bienfaiteur. 
S'il nous a pardonné, ce n'est pas apparemment 
pour que nous devenions pires, c'est plutôt pour 
que nous avancions dans le chemin dé la vertu. 
Dieu n'est Que personne donc ne dise que Dieu est la cause 
S^^^^de nos désordres, parce qu'il ne nous frappe 
pas, parce qu'il ne nous inflige pas le supplice. 
S'il arrivait qu'un magistrat renvoyât absous 
un homicide, serait-il censé, je vous le demande, 
l'auteur des meurtres que ce dernier pourrait 
commettre après un tel pardon? Non, n'est-ce 
pas? Comment alors, quand nous osons attaquer 
Dieu par des paroles sacrilèges, ne sommes-nous 
pas saisis de crainte et d'horreur? Que ne dit-on 



dres, 



pas néanmoins? Quelle mesure garde-t-on dans 
son langage? — C'est lui qui l'a permis ! Il eût 
dû punir les coupables au lieu de les honorer; 
les châtier comme ils le méritaient, au lieu de 
leur donner des dignités et des couronnes : c'est 
lui qui les rend criminels en récompensant ainsi 
leurs premiers crimes. — Qu'il ne se trouve per- 
sonne parmi nous, je vous en supplie, qui pro- 
fère de semblables paroles. Mieux vaudrait mille 
fois descendre dans le sein de la terre que les 
faire parvenir à l'oreille de Dieu. Les Juifs aussi 
disaient au Seigneur : « Toi qui détruis le tem- 
ple et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi- 
même ; » puis encore : « Si tu es le Fils de Dieu, 
descends de la croix. » Matth, , xxvn, 40. Ce qu'on 
entend aujourd'hui est même plus grave. Ne 
soyons pas la cause qu'on l'appelle un docteur 
d'iniquité ; n'assumons pas la responsabilité de 
tels blasphèmes, selon ce qu'il nous a dit : a A 
cause de vous, mon nom est blasphémé parmi 
les nations* » Rom. } n, 24. Faisons en sorte 
qu'on dise le contraire, en menant une vie digne 
de notre vocation, en nous approchant du bap- 
tême qui nous fait enfants de Dieu. Elle est 
grande, en effet, la vertu du baptême, puisqu'il 
nous transforme en d'autres êtres aussitôt que 
nous le recevons, puisqu'il dépouille l'homme 
de sa faible humanité. Donnez aux Gentils une 
haute idée de cette puissance de l'Esprit par 
votre transformation même. 

Pourquoi renvoyez-vous votre conversion à la 
dernière heure de votre vie, tel qu'un fugitif, 
tel qu'un homme dévoué au mal, comme si vous 
ne deviez pas vivre pour Dieu? Pourquoi vous 
conduisez-vous et pensez-vous comme si vous 
aviez un maître inhumain et sans pitié? Quoi 
de plus insipide, quoi de plus misérable que 
ceux qui reçoivent le baptême à cette extrémité? 
Dieu vous a fait son ami , il vous a comblé de 
biens , pour que vous lui donniez à votre tour 
les témoignages d'une amitié véritable. Dites- 
moi, si quelqu'un que vous auriez outragé de 
mille manières , que vous auriez abreuvé d'af- 
fronts , vous tenant un jour sous sa main , ne 
vous punissait de vos injustices qu'en vous trai- 
tant avec honneur, en vous faisant part de sa 

fortune, en vous mettant au rang de ses amis, 

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H0MÉL1 

en se plaisant à vous nommer son enfant, ne 
loi donneriez-vous pas des larmes dans le cas où 
il viendrait à mourir? Ne sentiriez-vous pas 
cette perie? Ne diriez-vous pas : Je voudrais qu'il 
eût vécu, ne serait-ce que pour avoir la possi- 
bilité de lui témoigner ma reconnaissance, de le 
payer de retour, de n'être pas accusé d'ingrati- 
tude envers un tel bienfaiteur? — Voilà ce que 
vous êtes pour l'homme; et, lorsqu'il s'agit de 
Dieu, vous prenez vos dispositions pour quitter 
la terre sans avoir prouvé votre reconnaissance 
à l'auteur de tant de dons! Allez donc à lui 
tandis que vous pouvez espérer faire quelque 
chose pour reconnaître ses bienfaits. Pourquoi 
fuyez-Tous de la sorte? — Je comprends, me di- 
rez-vous ; mais je n'ai pas la force de me mo- 
dérer. — Accuseriez-vous Dieu de nous com- 
mander l'impossible? Ah! si tout est bouleversé 
dans le monde, si nous y voyons régner la cor- 
ruption, c'est que personne ne s'applique à vivre 
selon Dieu. Les catéchumènes, n'ayant pas 
d'autre souci que de retarder, ne s'occupent 
nullement de la bonne direction de la vie ; les 
initiés ne montrent pas plus de zèle, soit qu'ils 
aient reçu le baptême quand ils étaient encore 
enfants, soit qu'ils aient été baptisés après bien 
des retards dans une grave maladie; ceux-là 
mêmes qui l'ont été se portant bien, ne té- 
moignent que peu de zèle, ils ont éteint ce beau 
feu dont ils furent d'abord enflammés. Mais enfin 
est-ce que je vous interdis la gestion de vos af- 
faires? Est-ce que je brise les liens du mariage? 
Je vous défends la fornication. Ai-je blâmé l'u- 
sage de vos biens ? Je n'ai blâmé que l'avarice et 
la rapine. Est-ce que je vous oblige à tout don- 
ner? Je ne vous ai demandé pour les pauvres 
qu'une légère partie de vos revenus, disant avec 
l'Apôtre : « Que votre abondance vienne au se- 
cours de leur pénurie ; » II Cor., vin, 14 ; et je 
n'ai pas même pu l'obtenir. Ai-je voulu vous 
forcer à jeûner? Je condamne l'ivresse et la 
gourmandise. Nous retranchons ce qui fait votre 
ignominie, ce que vous-même déclarez digne 
d'horreur et de répulsion, sans égard à la gé- 
henne. Vous ai-je défendu de vous réjouir? 
Non, pourvu que ce soit d'une manière honnête 
et pure. 



E XXIQ. 37 
4. Pourquoi craignez-vous? D'où viennent vos 
incertitudes et vos terreurs? Dans le mariage, 
dans de légitimes possessions, dans l'usage mo- 
déré des biens terrestres, où donc est l'occasion 
de péché? Mais voilà que les pouvoirs humains Différence 
commandent le contraire , et ils sont obéis. Ils en d^ 8 le d a ° r " 
n'exigent pas seulement de ce qui surabonde ; ^ 8t d e * 
ils disent : Donnez tout ; et vous avez beau monde, 
mettre en avant votre indigence, ils ne se dé- 
sistent pas pour cela. Le Christ ne tient pas ce 
langage ; il dit : Fais-moi part de ce que tu pos- 
sèdes, et je te mets au premier rang. Eux parlent 
ainsi : Si tu veux arriver aux distinctions, laisse- 
là père, mère, parents et serviteurs ; viens à la 
cour pour y subir tous les genres de labeurs et 
de misères, toutes les humiliations et tous les 
tourments de la servitude. — Le Christ reprend : 
Reste dans ta maison, avec ta femme et tes en- 
fants, fais régner là l'ordre et l'harmonie, si bien 
que ta vie s'écoule dans le calme et la sécurité. 
— Sans doute, me répondrez-vous ; mais ceux-là 
me promettent des richesses? — Et celui-ci vous 
promet un royaume, et les richesses par surcroît, 
puisqu'il a dit : a Cherchez d'abord le royaume 
des cieux, et toutes ces choses vous seront don- 
nées ensuite. » Matlh. y vi, 33. Le monde ne vous 
donne aucun gage gratuit; c'est par là que le 
Christ commence : « J'ai été jeune, dit le Pro- 
phète royal, et je suis devenu vieux : je n'ai ja- 
mais vu le juste dans l'abandon, ni sa race men- 
diant le pain, d Psalm. xxxvi , 25. Embrassons 
donc avant tout la vertu, posons la base, n'ayons 
pas d'autre préoccupation, et vous verrez quels 
biens en seront la conséquence. Est-ce que vous 
servez le monde sans travail, vous si lâche dans 
le service de Dieu? — Je l'avoue, cela ne me 
coûte rien , ceci m'est extrêmement pénible. — 
Que dites-vous? Non, il n'en est pas ainsi. Si 
nous voulons être sincères, nous verrons là des 
labeurs incessants, une accablante fatigue ; ici 
le travail rendu facile par la bonne volonté. 
Parmi les soldats, il en est qui s'acquittent mal 
de leur devoir, il en est qui le remplissent d'une 
manière remarquable : les uns , on les oublie ; 
les autres, on les imite. Combien d'hommes, 
après avoir été baptisés , sont devenus des 
anges! 



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38 HOMÉLIES SUR LES 

Redoutez les incertitudes de l'avenir. La mort 
viendra comme le voleur qui se cache dans les 
ténèbres ; elle nous envahira pendant le sommeil, 
elle surprendra ceux qui vivent dans la négli- 
gence. Si Dieu ne nous permet pas de soulever 
le voile de l'avenir, c'est pour que cette attente 
nous tienne toujours attachés à la vertu. — Mais 
il est plein de clémence, me direz-vous. — Jus- 
ques à quand irez-vous répétant cet insipide et 
ridicule prétexte? Et moi, je déclare non-seule- 
ment qu'il est clément, mais encore que sa clé- 
mence est sans bornes, et qu'il a tout disposé 
dans notre vie d'une manière avantageuse. Com- 
bien ne voyez-vous pas d'hommes cependant qui 
sont affligés d'une lèpre incurable? combien qui 
sont frappés de cécité depuis l'enfance jusqu'à la 
vieillesse, ou qui sont devenus aveugles dans un 
âge plus ou moins avancé? combien qui vivent 
dans la pauvreté, dans les prisons, au fond des 
mines, où ils trouvent souvent leur tombeau? 
combien d'autres sont moissonnés par la guerre? 
Sont-ce là des preuves de bonté, je vous le de- 
mande? Dieu ne pouvait-il pas empêcher ces 
malheurs s'il l'avait voulu? Il les a permis. — 
Sans nul dpute, me répondrez-vous; mais vous- 
même, dites-moi pourquoi tant d'autres ne sont 
on ne doit pas aveugles dès leur enfance. — Je ne vous le 

pasdifférerlc . , , 

baptême. dirai pas que vous ne m ayez promis de recevoir 
le baptême, et de vivre dans la pratique du bien 
après l'avoir reçu. Il ne vous appartient pas 
d'aborder cette doctrine, et la parole sainte n'est 
pas un vain amusement. Si je résolvais cette 
question, une autre se présenterait aussitôt; car 
l'Ecriture est un profond abîme. 

Accoutumez-vous donc, non à poser des ques- 
tions pour avoir le plaisir de les entendre ré- 
soudre, mais à garder un silence prudent; sans 
cela, les questions n'auraient pas de terme : une 
première solution les ferait naître en foule. Par 
conséquent, apprenons plutôt à le chercher 
qu'à résoudre de nouvelles questions. Les ré- 
soudrions-nous d'ailleurs, que ce ne serait ja- 
mais d'une manière complète. Selon le raison- 
nement humain , la vraie solution est dans la 
foi, et consiste à savoir que Dieu fait toute 
chose avec justice , avec bonté , pour un but 
utile, et de plus à reconnaître que nous ne pou- 



CTES DES APOTRES. 

vons comprendre sa pensée. Voilà Tunique so- 
lution, il n'en est pas de meilleure. Et quel doit 
être le résultat d'une solution? N'est-ce pas au 
fond de n'avoir plus à s'occuper de la difficulté 
résolue? Si vous demeurez bien persuadé 
que la divine Providence dirige tout, per- 
mettant certaines choses pour des raisons qui lui 
sont connues , accomplissant elle-même les au- 
tres, vous n'avez plus rien à demander ; tout le 
bénéfice de la solution vous est acquis. Résu- 
mons-nous. Voyant que tant d'hommes sont dans 
la peine, et que ce ne saurait être sans la per- 
mission de Dieu, usez de la santé du corps pour 
acquérir la santé de l'âme. Peut-être me direz- 
vous : A quoi bon m'imposer tant de labeurs et 
d'ennuis , quand je puis tout résoudre sans au- 
cune fatigue? — Voilà qui n'est certes pas évi- 
dent. Non-seulement vous n'obtenez pas la solu- 
tion sans un travail pénible , mais il arrive que 
vous mourez sans avoir rien résolu. Du reste, 
en serait-il autrement, qu'un tel langage serait 
toujours intolérable. 

Dieu vous pousse au combat, il a mis sous vos 
yeux des armes d'or; et puis, lorsqu'il faut 
les saisir et les manier, vous préférez vivre sans 
gloire et ne rien faire pour le bien. Supposez 
que vous êtes au milieu de la guerre, que le roi 
est présent, que vous voyez vos concitoyens, les 
uns se précipiter sur les phalanges ennemies, 
donner la mort, frapper à coups redoublés, les 
autres accepter un combat singulier, d'autres 
encore monter à cheval pour s'élancer avec plus 
de vigueur, et tous- recevoir les éloges du roi, 
s'attirer l'admiration publique, provoquer les 
applaudissements et remporter des couronnes ; 
tandis que plusieurs, craignant les blessures, se 
tiennent au dernier rang : supposez encore 
que la guerre est finie, et qu'alors on appelle 
les premiers pour les combler de louanges et de 
présents, le nom des seconds restant dans un 
profond oubli, eux-mêmes ne devant leur salut 
qu'à la vaillance de leurs frères : de quel côté, 
je vous prie, voulez -vous être? Serez-vous 
plus froid que la pierre, plus insensible que la 
matière inanimée, ne choisirez-vous pas mille 
fois d'être du nombre des premiers? — Oui, je 
le veux, je le désire. — Faudrait-il tomber en 



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HOMÉLIE XXIV. 



39 



combattant, n'est-ce pas le parti que vous de- 
vriez embrasser avec courage? Ne voyez-vous 
pas de quel renom et de quelle gloire sont en- 
tourés ceux qui meurent dans les batailles? Et 
cependant le prince ne peut rien pour eux quand 
ils sont morts. Dans la lutte que je vous propose, 
rien de pareil; vous aurez une gloire sans tache, 
si vous portez là-haut de nobles cicatrices. Puis- 
sions-nous tous les montrer, même en dehors 
des persécutions, par Jésus-Christ Notre-Sei- 
gnenr, à qui gloire, puissance, honneur, en 
même temps qu'au Père et au Saint-Esprit, 
maintenant et toujours, et dans les siècles des 
siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE XXIV. 

c Gomme Pierre parlait encore, l'Esprit saint descendit sur 
tous ceux qui écoutaient la parole. Et les fidèles circoncis 
qui étaient venus avec Pierre , furent extrêmement 
étonnés de voir que la grâce du Saint-Esprit s'était 
répandue sur les Gentils; car ils les entendaient parler 
plusieurs langues et glorifier Dieu. » 

i. Voyez l'économie de la Providence. Dieu 
n'attend pas que le discours soit fini, ni que le 
baptême soit donné par les soins de Pierre ; ces 
hommes ont manifesté d'admirables sentiments, 
ils ont reçu le germe de la doctrine, ils croient 
que les péchés sont absolument remis par le 
baptême : c'en est assez, l'Esprit descend. Les 
choses se passent ainsi, parce que Dieu veut four- 
nir d'avance à Pierre un grand moyen de justi- 
fication. Mais encore pour qui prend-il cette me- 
sure? Pour les Juifs, qui ne le voyaient qu'avec 
une profonde peine. Aussi l'action de Dieu se 
fait-elle Sentir partout et toujours. Pierre n'est 
là que comme par occasion, leur enseignant que 
les apôtres doivent aller désormais vers les na- 
tions, que tout cela doit avoir lieu à cause 
d'elles. N'en soyez pas étonnés. Tant de contro- 
verses s'élevèrent après de telles manifestations, 
soit à Césarée, soit à Jérusalem; que ne serait- 
il pas arrivé, si ces manifestations ne s'étaient 
pas produites? De là ce qu'elles ont de frappant. 
Observez comment Pierre saisit la circonstance 
pour se justifier; sa réponse vous est signalée 



dans le récit de l'Evangéliste : « Alors Pierre 
répondit : Peut-on refuser l'eau du baptême à 
ceux qui ont reçu l'Esprit saint comme nous? » 
On sent qu'il en vient à ses fins ; il laisse éclater 
son impatience; cette pensée était depuis long- 
temps dans son cœur. « Peut-on refuser l'eau 
du baptême? » s'est-il écrié. C'est presque un 
mouvement d'indignation contre ceux qui l'em- 
pêchaient et qui soutenaient que cela ne devait 
pas se faire. C'est bien ce qui devait s'accomplir, 
semble-t-il dire, ce baptême dont nous sommes 
nous-mêmes baptisés. « Il donna ordre de les 
baptiser au nom de Jésus-Christ. » S'étant jus- 
tifié, il fait donner le baptême, et c'est par les 
choses mêmes qu'il instruit ses auditeurs , tant 
celle-ci était odieuse aux Juifs. C'est pour cela 
qu'il a commencé par sa propre défense, bien 
que les actes parlent assez haut; et l'ordre vient 
ensuite. « Alors ils le prièrent de rester avec eux 
quelques jours; » ce qui fait qu'il "se montre 
plein de confiance et qu'il reste en effet. 

« Or les apôtres et les frères qui étaient dans 
la Judée apprirent que les Gentils avaient aussi 
reçu la parole de Dieu. Pierre étant après cela Reproches 
remonté à Jérusalem, les fidèles circoncis (Us- ^"èiesc^- 
putaient contre lui, disant : Pourquoi êtes- °° ncisà8aint 
vous entré chez les incirconcis et avez -vous 
mangé avec eux? » Après ce qui s'était passé, 
« les fidèles circoncis disputaient; » non les 
apôtres. Que signifie ce mot, « disputaient? d II 
nous montre à quel point ils étaient scandalisés. 
Et voyez ce qu'ils objectent. Ils ne disent pas : 
Pourquoi les avez-vous évangélisés? Non ; mais : 
a Pourquoi avez-vous mangé avec eux? » Pierre 
ne s'arrête pas à cette insipide parole; car elle 
mérite bien cette qualification. Il en vient à la 
grande en disant : Dès qu'ils avaient reçu l'Es- 
prit, pouvions-nous ne pas le leur accorder? 
— Mais comment n'en a-t-on pas agi de même 
envers les Samaritains, les a-t-on même traités 
d'une manière tout opposée, après le baptême 
comme auparavant? — Ils ne s'étaient pas scan- 
dalisés de cette conduite; bien plus, ils avaient 
envoyé dans ce but. Leur accusation ne porte 
pas ici sur le même objet : ils savent bien que 
c'est l'œuvre de la grâce divine. Voici leur ques- 
tion : a Pourquoi avez-vous mangé avec eux? » 



Pierre. 



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40 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



Il y avait d'ailleurs une incommensurable diffé- 
rence entre les Samaritains et les Gentils. On 
peut dire encore que Dieu permet une telle ac- 
cusation pour l'instruction de ceux qui la for- 
mulent; car ce n'est pas sans motif que Pierre 
leur raconte ce fait. Et voyez quelle simplicité, 
quelle modestie dans son langage : « Or Pierre, 
commençant, leur exposa par ordre ce qui s'é- 
tait passé, et s'exprima de la sorte : J'étais en 
prière dans la ville de Joppé. » Il ne dit pas 
dans quel but, ni à quelle occasion. « Et j'eus 
dans un ravissement de mon âme une vision : 
c'était une vaste nappe qui descendait du ciel, 
suspendue par les quatre coins, et qui vint jus- 
qu'à moi. J'y plongeai mes regards, et je vis 
des animaux terrestres à quatre pieds, des bêtes 
sauvages, des reptiles, et des oiseaux du ciel. 
J'entendis alors une voix qui me disait : Lève- 
toi, Pierre, tue et mange. » 

Que prétend-il donc ? C'était assez, semble- 
t-il dire, d'avoir vu la nappe pour connaître la 
vérité; mais de plus la voix s'est fait entendre. 
« Et je répondis : Non, Seigneur; car jamais 
rien de commun ou d'immonde n'est entré dans 
ma bouche. » Vous l'entendez, il déclare qu'il a 
a fait tout ce qui dépendait de lui, qu'il a pro- 
testé n'avoir jamais mangé des choses impures. 
C'était répondre à ce qu'ils disaient : « Vous 
êtes entré dans leur maison et vous avez mangé 
avec eux. » Il n'avait pas donné ces explications 
à Corneille, qui n'en avait aucun besoin. La voix 
se faisant entendre de nouveau du haut du ciel, 
m'a dit : a Ce que Dieu lui-même a purifié ne l'ap- 
pelle pas impur. » Cela s'est renouvelé trois fois; 
et toutes ces choses sont rentrées dans le ciel. 
Et voilà que trois hommes se présentèrent aus- 
sitôt dans la maison où j'étais, envoyés de Cé- 
sarée vers moi. Il raconte simplement ce qui est 
nécessaire, taisant à dessein le reste, mais au 
fond insinuant ceci par cela. Remarquez de 
quelle façon il établit sa défense, ne voulant pas 
user de son autorité de docteur; car il savait 
bien que, plus sa parole serait modeste, plus il 
gagnerait le cœur de ceux qui l'entendaient, 
a Jamais, dit-il, rien de commun ou d'immonde 
n'est entré dans ma bouche. » Ainsi se justifiait 
pleinement l'économie du pian divin. « Et voilà 



que trois hommes se présentèrent aussitôt dans 
la maison où j'étais. Or l'Esprit me dit d'aller 
avec eux seins hésiter un instant. » 

2. C'est donc l'Esprit qui commande. « Avec 
moi vinrent les six frères que voilà. » Se peut-il 
une humilité plus grande que celle de Pierre, 
ayant ainsi recours au témoignage des simples 
fidèles ? a Avec moi vinrent les six frères que 
voilà, et nous entrâmes dans la maison de cet 
homme. Alors il nous raconta comment un ange 
lui était apparu debout dans cette même mai- 
son, et lui disant : Envoie des hommes à Joppé, 
et fais venir Simon surnommé Pierre, qui te 
dira des paroles par lesquelles tu seras sauvé 
toi et toute ta famille. » Il ne rapporte pas ce que 
l'ange avait dit à Corneille : « Tes prières et tes 
aumônes sont montées en présence de Dieu, qui 
s'est souvenu de toi. » Il ne veut pas heurter 
ceux qui l'écoutent ; il se borne à cette simple 
affirmation : « Qui te dira des paroles par les- 
quelles tu seras sauvé , toi et toute ta famille. » 
Son empressement s'explique, vous le voyez, 
par la cause que j'ai signalée. Il ne dit rien de 
la vertu du centurion. Lors donc que l'Esprit 
l'envoyait, qu'il avait l'ordre de Dieu même, 
qu'un ange l'appelait, le pressait de partir, tran- 
chait les difficultés de l'affaire , quelle conduite 
avait-il à tenir ? il n'invoq[ue aucune de ces rai- 
sons, il n'en appelle qu'à l'événement, qui du 
reste était par lui-même une preuve convain- 
cante. — Pourquoi dès lors , me demandérez- 
vous, n'est-ce pas la seule chose qui soit arri- 
vée? — « C'est Dieu qui permet ce surcroit de 
lumière, voulant démontrer ainsi que le com- 
mencement ne dépendait pas de l'apôtre. » Si ce 
dernier était parti de son propre mouvement], 
sans aucun de ces préliminaires, les auditeurs 
eussent été profondément choqués. Il les gagne 
à son sentiment dès le principe quand il leur 
dit : « lis ont reçu l'Esprit saint comme nous ; » 
puis encore : « Comme j'avais commencé de 
parler, l'Esprit saint descendit sur eux ainsi qu'il 
descendit sur nous à l'origine, d II ne s'arrête 
pas là, il rappelle la parole du Seigneur, a Je 
me souvins alors de cette parole que le Seigneur 
avait dite : Jean a baptisé dans l'eau ; pour 
vous , c'est dans l'Esprit saint que vous serez 



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H0MÉL1 

baptisés. » Matth., m, 11. Il n'est donc rien ar- 
rivé d'étrange, tout est conforme à la prédiction. 

Il n'était pas besoin de baptême, m'objectera- 
t-oh ; c'était un baptême parfait que la descente 
de l'Esprit saint dans leur âme. — Aussijne dit-il 
pas : J'ordonnai d'abord qu'ils fussent baptisés. 
Quoi donc? « Quelqu'un pourrait-il empêcber 
qu'on donne à ceux-ci l'eau du baptême? » C'est 
montrer qu'il s'est abstenu de toute initiative. — 
Ce que nous possédions , ils l'ont reçu à leur 
tour, a Par conséquent, si Dieu leur a donné la 
même grâce qu'à nous, qui avons cru dans le 
Seigneur Jésus, qui étais-je, moi, pour tenter 
de m'opposer à Dieu ? » C'est pour achever de 
leur fermer la bouche, qu'il parle de cette même 
grâce reçue. Ainsi donc, Dieu ne permet pas 
qu'ils reçoivent moins ceux qui ont cru de la 
même manière. Il les a traités comme nous, les 
premiers fidèles du Sauveur; et c'est pour cela 
qu'il les a purifiés. Pierre ne se sépare pas des 
autres dans la forme de son allocution , afin de 
la mitiger. Pourquoi vous indigneriez- vous, 
semble -t-il dire, quand je déclare que nous 
sommes tous dans la même condition? « Ayant 
entendu ces choses, ils gardèrent le silence, puis 
ils glorifièrent Dieu, en disant : Dieu a donc ou- 
vert aux Gentils la voie de la pénitence pour les 
conduire à la vie. » C'est le discours de Pierre, 
cette fidèle narration des faits accomplis , qui a 
produit tous ces heureux résultats. Voilà les fi- 
dèles glorifiant Dieu de ce qu'il a fait part aux 
étrangers des mérites de la pénitence, tant ce 
qu'ils viennent d'entendre les a radoucis. La 
porte est définitivement .ouverte à toutes les na- 
tions. 

Si vous le voulez bien, revenons sur les textes 
cités. Il n'a pas été dit que Pierre disputait, mais 
seulement « les frères circoncis. » Pour lui, il 
n'était pas dans l'ignorance de ce qui se prépa- 
rait. C'était une chose digne d'admiration que 
la manière dont les Gentils avaient embrassé la 
foi, et les fidèles en l'apprenant n'éprouvent 
aucune fâcheuse impression : c'est lorsqu'ils 
voient de plus que Dieu leur a donné l'Esprit 
saint, lorsque Pierre raconte sa vision, et dé- 
clare avoir appris de Dieu à ne regarder aucun 
homme comme impur, qu'ils sont péniblement 



S XXIV. 41 

impressionnés. Quant à Pierre, je l'ai dit, il le 
savait d'avance. Aussi avait-il accommodé sa 
parole aux Gentils , afin de montrer qu'ils ces- 
saient de 1 être du moment où la foi s'était ma- 
nifestée. Il ne faut donc pas s'étonner qu'ils 
eussent reçu l'Esprit saint avant le baptême ; 
car c'est une chose qui s'est renouvelée de notre 
temps. Pierre montre encore par là qu'ils ont 
été baptisés dans des conditions exceptionnelles. 
Il multiplie les raisons pour empêcher ses au- 
diteurs de réclamer, et les obliger à regarder les 
nouveaux fidèles comme leurs égaux. 

a Ils le prièrent de rester, » poursuit le texte. 
Voyez comme les Juifs sont défiants envers lui, 
et quel zèle ils témoignent pour la loi. Ils ne ré- 
vèrent pas la dignité de Pierre , ni les miracles 
opérés, ni cette grande œuvre, ni le succès de la 
prédication ; ils disputent sur de. légers incidents. 
Et cependant, si rien de cela n'avait eu lieu, le 
résultat n'aurait pas été le même. Mais Pierre 
ne se justifie pas ainsi ; il est trop prudent pour 
cela. Disons mieux, ce n'est pas sa prudence qui 
parle , c'est l'Esprit même de Dieu ; et dans sa 
défense, l'Apôtre attribue tout à Dieu, rien à 
lui-même. Il ne se borne pas à leur dire : Lui- 
même a jeté mon àme dans le ravissement, 
tandis que je m'adonnais simplement à la prière ; 
la vision est venue de lui, et la résistance de 
moi ; il a parlé de nouveau, et je n'ai pas encore 
obéi; l'Esprit m'ordonna de partir, et je me mis 
en route sans empressement. Dieu m'avait donc 
envoyé, je l'ai dit, et toutefois je ne me hâtai 
pas de donner le baptême : c'est donc lui qui a 
tout fait; le baptême est son œuvre, et non la 
mienne. — Il n'ajoute pas : Après toutes ces 
choses ne fallait-il pas enfin recourir à l'eau?— 
Non ; rien ne manque, dirait-on ; il s'écrie : a Qui 
étais-je, moi, pour tenter de m'opposer à Dieu ? » 
Justification étrange ! Il ne dit pas : Les faits 
vous étant ainsi connus, tenez-vous en repos. 
Quelle est donc sa conduite? Il essuie d'abord 
leur emportement, puis il répond à l'accusation : 
« Qui étais-je, moi , pour tenter de m'opposer à 
Dieu? » C'est une défense dont la force est irré- 
sistible. Il n'y a rien à dire à ceci : Je ne pouvais 
pas m'opposer. Aussi les auditeurs restent -ils 
saisis de crainte , et finissent par glorifier Dieu. 



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42 HOMÉLIES SUR LES 

3. Nous devons le glorifier nous-mêmes quand 
il arrive un bonheur à notre prochain, et gar- 
dons-nous de murmurer contre nos frères, comme 
le font trop souvent les nouveaux initiés, quand 
ils en voient initier d'autres qui meurent aussi- 
tôt. Il faut même rendre gloire à Dieu de ce qu'il 
ne leur accorde pas une prolongation de vie. 
Vous avez , si vous voulez en profiter, un plus 
grand don ; et ce don n'est pas précisément l'il- 
lumination, dont ils ont été gratifiés tout comme 
vous ; c'est le temps qui vous est laissé pour ac- 
complir de bonnes œuvres. Ils ont reçu la robe 
blanche , mais non la possibilité de se produire 
avec un tel ornement : au contraire, Dieu vous 
a donné toute liberté d'user avec honneur des 
armes spirituelles, et de vous perfectionner dans 
ce noble exercice. Votre frère est parti , n'ayant 
droit qu'à la récompense de la foi : vous demeu- 
rez dans l'arène, et par vos actions vous pouvez 
acquérir de nombreuses couronnes; vous pouvez 
l'emporter en éclat sur lui comme le soleil l'em- 
porte sur la plus petite des étoiles, le général, 
ou le roi lui-même , sur le dernier des soldats. 
N'accusez donc que vous, ou plutôt, au lieu de 
vous livrer à des accusations inutiles, travaillez 
sans cesse à vous corriger : il ne suffit pas de 
condamner sa conduite, il faut renouveler le 
combat. Avez-vous été terrassé, avez-vous reçu 
de graves atteintes, relevez-vous, ranimez votre 
courage : vous êtes encore dans la lice , le spec- 
tacle n'est pas terminé. Combien n'en connaissez- 
vous pas qui s'étaient d'abord laissé battre, et 
qui sont ensuite revenus disputer la victoire? 
L'essentiel est que vous ne succombiez pas vo- 
lontairement. Vous déclarez heureux celui qui 
a quitté la terre ; félicitez-vous plutôt de votre 
propre bonheur. Il est à l'abri du péché sans 
doute; mais vous, si vous le voulez, vous ferez 
une grande provision de mérites, tout en effa- 
çant vos péchés, ce qui ne lui est plus possible. 
Il nous est toujours permis de revenir au bien. 
Nombreux Nombreux sont les remèdes de la pénitence; que 
mède« de la personne donc ne tombe dans le décourage- 
pénitence, ment. On ne doit désespérer que de celui qui 
désespère de lui-même : c'est lui qui se ferme la 
voie du salut. 
Ce n'est pas chose aussi funeste de tomber 



ACTES DES APOTRES. 

au fond de l'abîme du mal, que d'y rester en- 
suite; l'impie n'est pas précisément celui qui se 
plonge dans cet abîme , c'est celui qui méprise 
quand il est au fond. Est-ce bien quand vous 
devriez avoir la plus vive sollicitude , que vous 
concevez ce froid mépris? Il est vrai que vous 
êtes tombé sous des coups sans nombre; mais il 
n'est pas de blessure dans notre àme qui ne 
puisse être guérie. Il en est beaucoup dans 
le corps; il n'en est aucune dans l'âme. Et ce- 
pendant nous ne négligeons rien pour guérir 
les premières, tandis que nous n'avons aucun 
souci des secondes. Ne savez-vous pas que peu 
d'instants suffirent au larron pour acquérir une 
gloire immortelle ? En fallut-il davantage aux 
martyrs pour gagner le suprême bonheur? — 
Nous ne sommes plus au temps du martyre. — 
Si nous le voulons, c'est toujours le temps des 
luttes, comme je l'ai souvent répété. « Ceux qui 
veulent mener une vie pieuse dans le Christ 
Jésus, dit l'Apôtre, souffriront la persécution. » 
II Tim.) m, 12. Oui, ceux qui vivent dans la 
pratique de la piété seront persécutés, sinon par 
les hommes, du moins par les démons; et c'est 
ici sans contredit la persécution la plus cruelle. 
Avant tout on est persécuté par sa propre in- 
curie quand on ne veille pas sur soi-même. Or, 
pensez-vous que ce soit une légère persécution 
de vivre avec cet ennemi domestique? C'est le 
mal le plus affreux, plus affreux que la persé- 
cution même. Telle qu'un écoulement perma- 
nent, l'incurie détrempe l'âme. Entre l'incurie 
et la persécution, il y a la même différence 
qu'entre l'hiver et l'été. 

Pour vous convaincre que c'est ici la plus fa- 
tale des persécutions, songez qu'elle répand dans 
l'àme un léthargique sommeil, qu'elle détruit 
toute énergie morale, qu'elle excite toutes les 
passions, fournissant des armes au faste, à la 
volupté, à la colère, à la vaine gloire, à la ja- 
lousie. Cette tourbe ne s'agite pas durant la per- 
sécution; la crainte alors étouffe ces divers mou- 
vements de l'àme, comme le fouet fait taire un 
chien qui nous importune de ses aboiements. 
Qui cherche la gloire ou le plaisir pendant que 
la persécution se déchaîne? Personne assuré- 
ment; on tremble, la crainte pénètre partout, 



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HOMÉLIE XXIV. 

faisant régner le calme, disposant les âmes à la ses lois. 



43 



piété, leur préparant comme un port tranquille. 
Je me souviens d'avoir entendu dire par nos 
pères — et puissions-nous n'avoir rien de sem- 
blable à raconter de notre temps, puisque nous 
sommes réduits à ne pas désirer l'épreuve! — 
qu'autrefois, quand sévissaient les persécutions, 
on voyait des hommes vraiment chrétiens. Nul 
ne se préoccupait de sa fortune, de sa femme, 
de ses enfants, de sa maison ou de sa patrie ; 
leur unique soin à tous était de sauver leur âme. 
Les uns se cachaient dans les monuments et les 
tombes, les autres s'enfonçaient dans les déserts. 
Et ce n'était pas les hommes seuls; des femmes 
tendres et délicates fuyaient aussi, se cachaient, 
continuellement en butte à la faim. Vous ima- 
ginez-vous une femme cachée dans un tombeau, 
attendant là qu'une servante puisse lui porter 
quelque nourriture, craignant à tout instant 
d'être découverte, renfermée comme dans une 
fournaise, et s'occupant alors de luxe ou de plai- 
sirs ? Ne voyez-vous pas que la persécution est 
maintenant plus terrible, toutes les passions con- 
jurées se précipitant sur notre âme comme au- 
tant de bêtes féroces? C'est quand nous croyons 
être à l'abri des persécutions, que la persécution 
est dans toute sa force. Ce qu'il y a de plus dan- 
gereux dans cette guerre, c'est que nous y voyons 
la paix; et de la sorte nous ne prenons pas les 
armes, nous restons dans l'inaction, nul ne se 
prémunit, nul ne tremble. 

Si vous ne me croyez pas, demandez aux per- 
sécuteurs eux-mêmes quand est-ce que l'état du 
christianisme était le plus florissant, quand est- 
ce que les chrétiens avaient la gloire la plus 
pure. Ils étaient moins nombreux à cette époque ; 
mais combien n'étaient-ils pas plus riches en 
vertus? A quoi bon, dites -moi, entasser la 
paille, quand on pourrait acquérir des diamants? 
Ce n'est pas la multitude, c'est la splendeur de 
la vertu qui fait la véritable grandeur. Elie était 
seul, et le monde n'était pas digne de cet homme. 
Le monde comprend cependant des milliers 
d'individus; mais ces milliers sont comme s'ils 
n'existaient pas, puisqu'ils ne valent pas un seul 
homme. « Mieux vaut un homme faisant la vo- 
lonté du Seigneur que mille transgresseurs de 



» Eccli.) xvi, 3. Un sage insinue la 
même chose quand il dit : « Ne désirez pas un 
grand nombre d'enfants inutiles. » Ibid. 9 v, 1. 
Des chrétiens comme nous en voyons tant pro- 
voqueraient moins de blasphèmes s'ils ne l'é- 
taient pas. Que me fait la multitude? C'est un 
plus grand aliment pour le feu. Votre corps 
même vous en fournit un exemple : peu de nour- 
riture avec la santé est préférable à des mets 
abondants avec le malaise. Cette surabondance 
n'est que l'aliment de la maladie. Quelque chose 
de pareil se voit dans la guerre : dix soldats 
expérimentés et courageux valent plus qu'une 
foule sans courage et sans expérience; outre 
qu'elle ne fait rien, elle embarrasse les autres et 
les empêche d'agir. On le voit encore dans un 
navire : deux matelots rompus à la mer rendent 
plus de services qu'une tourbe ignorante; celle- 
ci ne servirait qu'à faire périr le vaisseau. 

4. Si je tiens ce langage, ce n'est pas que votre 
multitude m'inspire de la répulsion, c'est que je 
voudrais vous voir tous dignes d'éloges, et non 
rassurés par cette multitude même. Ils sont de 
beaucoup les plus nombreux ceux qui tombent 
dans la géhenne; mais le royaume n'en est pas 
moins supérieur, malgré le petit nombre de ceux 
qui l'obtiennent. Le peuple égalait les grains de 
sable de la mer, et c'est un seul qui le sauva. 
Le seul Moïse eut plus de pouvoir que tous en- 
semble ; le seul Josué se montra plus fort que six 
cent mille. Ne nous occupons pas seulement 
d'augmenter le nombre, occupons-nous encore 
et surtout d'agrandir la dignité de chacun. Que 
ceci s'accomplisse, et cela s'accomplira bientôt. 
On ne songe pas d'abord à faire une maison spa- 
cieuse, il faut en premier lieu qu'elle soit solide 
et durable; on n'en jette pas les fondements 
pour être ensuite un objet de risée. Que la soli- 
dité donc passe dans nos aspirations avant l'é- 
tendue. Le bien entraine après soi le nombre, 
et le nombre sans le bien n'est qu'une grande 
inutilité. Ayons dans l'Eglise des hommes re- 
marquables par leur vertu, la foule ne tardera 
pas à le devenir elle-même; si ceux-là ne s'y 
trouvent pas, celle-ci demeurera toujours dans 
ses ténèbres. Combien pensez-vous qu'il y ait 
dans notre ville de personnes devant arriver au 



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44 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



saint Jean- salut? Il m'en coûte de le dire; je le dirai cepen- 
^t^uT dant. Dans cette foule immense, il n'en est pas 

nrabra do ceTL ^ ^ seront 91111 v ^ s ; et encore ne suis-je pas 
son peuple s ûr de ce nombre. Quelle corruption dans la jeu- 

serasauvé. _ , . ... „ , . . * 

nesse, et dans la vieillesse quelle apathie ! Per- 
sonne qui s'occupe d'élever les enfants comme 
ils doivent l'être; personne, voyant un sage 
vieillard , ne s'applique à l'imiter, lies bons 
exemples disparaissent; aussi dans les jeunes 
gens plus rien qui mérite l'admiration. 

Ne me dites pas : Nous sommes le grand 
nombre. — C'est une parole dénuée de sens. 
Elle pourrait être admise s'il fallait satisfaire 
les hommes; elle n'est rien quand il s'agit de 
Dieu, qui n'a nul besoin de nous. Elle est même 
insipide à l'égard des hommes; écoutez plutôt : 
Que n'aura pas à souffrir un maître entouré de 
nombreux domestiques, s'ils sont pervers? Celui 
qui n'en a point juge pénible de n'être pas servi ; 
mais celui qui n'en a que de mauvais court 
avec eux à sa perte, et le malheur est tout autre- 
ment grand. Il serait d'ailleurs bien plus difficile 
d'être toujours en lutte avec autrui que de ser- 
vir soi-même. Je ne le dis pas pour qu'on n'ad- 
mire plus la prodigieuse extension de l'Eglise, 
je le dis pour que nous travaillions avec zèle à 
rendre cette multitude digne de lui appartenir, 
pour que chacun y contribue de son côté, en 
attirant au bien, non-seulement les parents, les 
amis ou les voisins, comme je le dis sans cesse, 
mais encore les étrangers. Voyez néanmoins ce 
qui se passe : La prière a commencé ; jeunes gens 
et vieillards gisent là tous également saisis d'une 
froideur mortelle. La jeunesse, que j'appellerai 
plutôt un égout, se livre au rire, aux grossières 
plaisanteries, aux conversations frivoles. Je l'ai 
moi-même entendue. Ces hommes insultent les 
autres, quoique se tenant à genoux comme eux. 
Quand vous serez là, témoin de ces choses, que 
vous soyez jeune ou vieux, reprenez-les avec 
force, ne craignez pas, et, s'ils méprisent vos 
représentations, appelez lediacre, élevez la voix, 
faites tout ce qui dépendra de vous; s'ils osent 
vous résister en face, les auxiliaires ne vous man- 
queront pas. Quel est le fidèle assez peu raison- 
nable qui, vous voyant leur adresser d'aussi 
justes reproches, ne prendra pas parti pour vous? 



En vous retirant vous emporterez la récompense 
de votre prière. 

Dans la maison du maître, les serviteurs qui ne 
souffrent pas qu'un objet ne soit à sa place, sont 
ceux que nous estimons les plus dévoués. Si vous 
aperceviez un vase d'argent qu'on aurait jeté 
dehors par mégarde, ne le rapporteriez-vous pas 
dans la maison, dites-moi, quand même vous ne 
seriez nullement chargé de ce soin? Si c'est un 
vêtement qu'on aurait jeté de la même manière, 
vous auriez beau n'avoir pas qualité pour cela, 
avoir même des sentiments de haine pour celui 
que ce soin regarderait, ne le releveriez-vous 
pas néanmoins par égard pour le maître ? Agis- 
sez de même ici. Vous avez devant vous des 
vases; ils sont dispersés, remettez -les en ordre. 
Venez à moi, j'y consens; demandez-moi de 
vous éclairer. Je ne puis pas tout voir par moi- 
même, usez de générosité. Voyez quelle perver- 
sité règne dans le monde. Avais-je tort de vous 
dire que nous offrons l'aspect d'un tas de paille, 
d'une mer bouleversée? Je ne parle plus de ceux 
qui sont coupables de tels désordres , mais bien 
de ceux qui viennent avec une telle apathie, 
avec une telle somnolence, qu'ils n'essaient même 
pas de les corriger. J'en vois d'autres qui se 
tiennent debout et causent ensemble pendant 
que la prière se fait, pendant que les vrais fi- 
dèles se tiennent là respectueux, soit quand on 
prie, soit quand le prêtre donne la bénédiction. 
0 témérité ! d'où nous viendra le salut? com- 
ment pourrons-nous apaiser la colère divine? Si 
vous allez aux amusements du monde, vous 
verrez les chœurs organisés d'une façon irrépro- 
chable, et rien n'y fait défaut. De même que, 
dans une lyre dont les diverses parties sont par- 
faitement en ordre, de cet ordre résulte une 
agréable symphonie; de même ici, du parfait 
accord de toutes les âmes devrait résulter l'har- 
monie la plus parfaite. Nous ne formons tous 
qu'une Eglise, membres unis et coordonnés sous 
un chef unique : nous formons tous un seul et 
même corps. Qu'un membre quelconque soit 
dans l'abandon, et tout se corrompt et se dé- 
grade. Le désordre de l'un se communique bien- 
tôt aux autres, et Tordre général en est ébranlé. 
Ce qu'il y a de terrible, c'est que vous ne venez 



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HOMÉLIE XXV. 



45 



pas ici compléter un amusement, un chœur de 
danse; le désaccord va beaucoup plus loin. Igno- 
rez-vous que vous êtes en présence des anges, 
que vous chantez avec eux les hymnes sacrées? 
Et c'est là pour vous un objet de plaisanterie! 
N'est- il pas étonnant que la foudre n'éclate pas, 
non-seulement sur les coupables, mais encore 
sur nous tous? Le châtiment ne serait pas au- 
dessus du crime. Devant nous est le Roi , pas- 
sant en revue son armée; et sous les yeux de 
tels spectateurs, vous vous livrez au rire, encore 
une fois, vous n'imposez pas silence aux autres I 
Mais jnsques à quand ferons-nous entendre 
ces récriminations et ces plaintesj? N'eùt-il pas 
fallu considérer ces hommes comme autant de 
fléaux, comme des êtres corrompus et corrup- 
teurs, couverts de mille souillures, et dès lors 
les chasser du lieu saint? Quand est-ce qu'ils 
cesseront de rire ceux qui rient à ce redoutable 
instant? Quand est-ce qu'ils s'abstiendront de la 
frivolité ceux qui ne savent pas même être sé- 
rieux durant l'oblation du sacrifice? N'ont-ils 
donc aucun respect pour l'assemblée , aucune 
crainte de Dieu? N'était-ce pas assez de notre 
négligence spirituelle, des divagations de notre 
esprit quand nous prions? Fallait -il de plus 
donner l'exemple de ces rires insultants et con- 
tagieux? Sommes-nous ici dans un théâtre? Ah ! 
je suis persuadé que le théâtre est la source d'une 
pareille impiété ; car il a pour effet de rendre les 
hommes impudents et désordonnés. Ce que nous 
édifions avec tant de peine, c'est là qu'on le dé- 
truit. Ce n'est pas assez dire ; c'est là qu'on puise 
tous les genres d'impureté. Nos efforts ressem- 
blent à ceux du maître d'un champ qui travaille 
sans cesse à le purifier, mais en vain, parce qu'il 
est sans cesse inondé d'une boue fétide : plus 
vous travaillez à l'assainir, plus y descend l'eau 
bourbeuse. La même chose arrive ici. Après que 
nous avons purifié ceux que le théâtre avait 
plongés dans l'ordure, eux-mêmes vont s'y plon- 
ger encore et plus avant, comme si leur vie n'a- 
vait d'autre but que de nous procurer des fa- 
tigues; et nous les voyons revenir infectés de 
nouveau dans leurs habitudes, dans leur exté- 
rieur, dans leurs paroles, dans leurs amusements 
et leur paresse. Nous nous remettons à l'œuvre 



avec énergie, pour avoir à la recommencer en- 
suite : telle est l'horrible tâche qui nous est im- 
posée. Aussi estrce à Dieu que je vous livre. A 
partir de ce moment , vous qui n'avez pas subi 
la contagion, vous encourrez un jugement sé- 
vère, une sentence de mort, je vous l'atteste, 
si vous n'avertissez pas, si vous ne corrigez 
pas vos frères qui se conduisent ainsi, qui se 
permettent ces entretiens scandaleux. Les re- 
prendre vaut mieux que prier. Suspendez votre 
prière, et réprimandez - les : vous leur aurez 
fait du bien, sans rien perdre pour vous- 
même. De la sorte, nous pourrons tous ac- 
quérir le salut et le royaume des cieux. Puis- 
sions-nous avoir ce bonheur par la grâce et 
l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui 
gloire, puissance, honneur, en même temps 
qu'au Père et au Saint-Esprit, maintenant et 
toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi 
soit-il. 



HOMÉLIE XXV. 

« Or ceux qui avaient été dispersés par la persécution 
déchaînée à l'occasion d'Etienne, passèrent jusqu'en 
Phénicie, en Chypre, à Antioche, ne prêchant la parole 
à personne, si ce n'est aux Juifs. » 

i. Ce n'est pas un léger mobile que la persé- 
cution pour les progrès de la parole sainte. 
« Quand on aime Dieu, dit l'Apôtre, tout coopère 
au bien. » Rom., vin, 28. Ayant à cœur de fon- 
der l'Eglise, les premiers docteurs n'avaient rien 
de mieux à faire qu'à se disperser. Et voyez jus- 
qu'où s'étend alors leur prédication : « lis pas- 
sèrent jusqu'en Phénicie, en Chypre, à Antioche, 
ne prêchant la parole à personne, si ce n'est aux 
Juifs. » Voyez aussi comme tout arrive provi- 
dentiellement à l'égard de Corneille. La disper- 
sion achève d'ailleurs de justifier le Christ et de 
condamner les Juifs. C'est donc lorsqu'on a fait 
mourir Etienne, lorsque Paul a deux fois couru 
les derniers risques, lorsque les apôtres ont été 
flagellés et chassés à plusieurs reprises, c'est 
alors que les nations étrangères et les Samari- 
tains sont admis. Paul le proclame de toutes ses 
forces : « Il fallait avant tout vous annoncer la 



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46 



HOMÉLIES SUR LES ACTÉS DES APOTRES. 



parole de Dieu ; mais puisque vous la repoussez 
et que vous vous jugez indignes, voici que nous 
nous tournons vers les nations. » AcL, xm, 46. 
Donc ils vont partout , ils parlent aux Gentils. 
« Il y en avait plusieurs d'entre eux , hommes 
de Chypre et de Cyrène, qui, étant entrés dans 
Antioche, parlaient aux Grecs, leur faisant con- 
naître le Seigneur Jésus. Et la main du Seigneur 
était avec eux, et beaucoup crurent et se con- 
vertirent à Jésus-Christ. » C'en est fait, les Grecs 
entendent l'Evangile. Quelques-uns savaient 
donc parler la langue grecque, et, dans le fait, 
elle était assez connue à Antioche. « Et la main 
du Seigneur était avec eux , » est-il dit ; ce qui 
signifie qu'ils opéraient des miracles. « Le bruit 
de cet événement parvint aux oreilles de l'Eglise 
qui était à Jérusalem, et dès lors Barnabé reçut 
mission de se rendre à Antioche. • Pourquoi, 
lorsqu'une si grande ville accueillait la parole 
sainte, les apôtres se contentèrent-ils d'envoyer 
Barnabé, et ne vinrent-ils pas eux-mêmes? C'est 
à cause des Juifs. 

Ce n'est pas une chose de peu d'importance 
qui s'accomplit lorsque Paul arrive dans cette 
même ville; ce n'est pas en vain, ce n'est pas 
sans une disposition particulière de la Provi- 
dence qu'on veut l'éloigner : il ne fallait pas 
qu'elle restât enfermée dans Jérusalem cette 
grande voix de la prédication , 'cette trompette 
Le christ céleste. Voyez-vous comment le Christ fait servir 
f ^r^raUé la k P^nrerafté des hommes à l'accomplissement de 



battant unique , au lion. Les expressions me 
manquent; tout ce que je pourrais dire resterait 
au-dessous du mérite de Paul. Il vient à ce chien 
incomparable, à cet intrépide chasseur qui tuera 
même les lions, à ce puissant taureau , à cette 
lampe qui rayonnera sur le monde, à cette bou- 
che qui pariera au genre humain tout entier. Si 
les disciples reçurent dans cette ville d' Antioche 
le nom de chrétiens , c'est vraiment parce que 
Paul y fit un si long séjour, a Or, il arriva qu'ils 
demeurèrent toute une année dans cette Eglise, 
et qu'ils enseignèrent une grande multitude ; de 
telle sorte que ce fut à Antioche qu'on nomma 
pour la première fois les disciples chrétiens. » 
Ce n'est pas une médiocre gloire pour cette ville. 
Elle peut opposer à toutes les autres ce bonheur 
qu'elle eut avant toutes d'entendre les accents 
de cette grande voix, et d'être comme le second 
berceau du christianisme. Comprenez -vous à 
quel comble d'honneur et d'illustration fut élevée 
cette ville? Et c'est là l'œuvre de Paul. Où les 
trois mille , les cinq mille , une foule immense 
avaient cru, rien de pareil ne s'était accompli : 
on les appelait là les partisans de cette nouvelle 
croyance, ici on les nomme chrétiens. 

a Dans ces jours, des prophètes descendirent 
de Jérusalem àj Antioche. » Comme il fallait que 
là germât aussi le fruit de l'aumône, Dieu per- 
met que des prophètes y soient envoyés. Consi- 
dérez, je vous prie, que les nouveaux fidèles 
n'ont pour docteur aucun homme célèbre; ce 



de 
lontés. 



des hommes ses volontés, au triomphe du bien, et la haine sont des Cypriotes et des Cyrénéens qui les ont 

s. l'&oconi- 

plissement des Juifs contre Paul à l'édification de l'Eglise 
' chez les Gentils? Voyez aussi comment Barnabé 
lui-même, cet autre saint, sans égard à ses pro- 
pres intérêts, se hâte d'aller à Tarse, « Lequel 
étant venu et voyant le succès de la grâce divine, 
fut rempli de joie, et les exhorta tous à persé- 
vérer dans la résolution qu'ils avaient prise d'être 
au Seigneur ; car c'était un homme bon , plein 
de l'Esprit saint et de foi. Et une grande foule 
se convertit au Seigneur. Puis Barnabé partit 
pour Tarse, afin d'en amener Saul. L'ayant 
trouvé, il le conduisit à Antioche. » Oui, c'était 
un homme excellent, d'une simplicité parfaite, 
et de plus un intime ami de Paul. C'est pour 



instruits. Il est vrai que Paul vint les joindre, 
lui qui devait tant l'emporter sur eux, bien qu'il 
eût eu pour maîtres Ananie et Barnabé ; mais 
c'était le Christ qui l'avait formé lui-même. 
« L'un de ces prophètes nommé Agabus, se le- 
vant alors, prédit une grande famine qui devait 
s'étendre dans le monde entier, et qui réelle- 
ment eut lieu sous Claude César. » II importait 
que cette prédiction fût faite, et l'événement la 
confirme d'une manière éclatante. C'est pour 
qu'on n'attribuât pas ce fléau à rétablissement 
du christianisme, à la fuite des démons, que 
l'Esprit saint le fait annoncer : ainsi le Christ 
avait prédit lui-même bien des événements fu- 
cela qu'il vint à l'athlète, au général, au corn- turs. Cette famine n'était pas du reste dans le 



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HOMÉLIE XXV. 

cours ordinaire des choses, il faut y voir un châ- 
timent des persécutions exercées contre les apô- 
tres. Dieu les avait supportées avec patience 
pendant quelque temps; mais, comme on s'ob- 
stina, survint la famine, prélude des maux af- 
freux qui allaient fondre sur les Juifs. — Si la 
famine avait pour but de châtier ce peuple, il ne 
fallait pas qu'elle sévît contre les autres. De quel 
tort s'étaient rendus coupables les Grecs, par 
exemple, pour avoir part à ce terrible châti- 
ment? — Supposez que ce ne soit pas à cause 
des Juifs, et vous direz alors qu'il faut leur dé- 
cerner des éloges , parce qu'ils ont fait tout ce 
qui dépendait d'eux, parce qu'ils exerçaient une 
vengeance légitime, en mettant à mort, en per- 
sécutant les fidèles par tous les moyens possibles. 
Remarquez d'ailleurs le moment où la famine se 
déclare : c'est quand des Gentils ont été déjà 
reçus dans l'Eglise. 

2. Mais si la famine était un châtiment, me 
dira-t-on, les disciples devaient en être exemptés. 
— Et pourquoi, je vous le demande? Le Christ 
ne leur avait-il pas dit : « Vous aurez des tribu- 
lations à souffrir dans le monde? » Joan., xvi, 
33. — Vous qui parlez ainsi, vous ajouterez sans 
doute qu'ils n'auraient pas dû subir la flagella- 
tion. — Reconnaissez que la famine fut pour 
eux une cause de salut , une occasion d'exercer 
la miséricorde, une source de biens, comme elle 
aurait pu le devenir pour vous-mêmes, si vous 
l'aviez voulu : c'est la volonté qui vous a man- 
qué. Elle fut prédite pour que les fidèles fussent 
mieux disposés à l'aumône , à raison des mal- 
heurs qui pesaient sur ceux de Jérusalem, af- 
franchis jusque-là d'une telle souffrance. On 
envoya Paul et Barnabé pour en faire la distri- 
bution, u Les disciples donnèrent chacun selon 
ses ressources. » Voyez-vous comme le fruit de 
leur conversion se fait aussitôt sentir, non-seu- 
lement autour d'eux, mais encore au loin? Ceci 
me parait se rapporter à ce que Paul dit ailleurs : 
« En nous donnant la main à Barnabé et à moi, 
ils nous admirent dans leur société ; ils nous re- 
commandèrent d'avoir soin des pauvres. » Galat. , 
H, 9-10. Tels furent les avantages de la famine. 
Au lieu de s'abandonner aux lamentations et de 
verser des larmes, comme nous le faisons dans 



47 

les épreuves de la vie, les disciples entreprennent 
une œuvre sublime et dévouée : ils prêchent 
avec encore plus d'assurance la parole de Dieu. 
Ils ne disent pas : Nous, des Gyrénéens et des 
Cypriotes, nous abordons cette grande el splen- 
dide cité. Non ; pleins de confiance dans la divine 
grâce, les uns s'emploient au ministère de l'en- 
seignement, et les autres ne dédaignent pas de 
recevoir leurs leçons. Vous le voyez, tout s'ac- 
complit par le concours des petits et des humbles, 
la prédication s'étend, les fidèles de [Jérusalem 
pensent comme les autres, le monde entier nous 
apparaît déjà comme une seule famille. Ap- 
prennent-ils que la parole est accueillie par les 
Samaritains, ils envoient Pierre et Jean ; aussitôt 
que leur parviennent les nouvelles d'Antioche, 
ils envoient Barnabé. La distance était considé- 
rable, et de plus il ne fallait pas que les apôtres 
s'éloignassent de la ville sainte, ni qu'ils eussent 
l'air de fuir et de délaisser leur troupeau. Ils se 
séparèrent, mais nécessairement alors, quand 
l'état des Juifs fut jugé par eux entièrement in- 
curable, quand la guerre fut imminente, la 
ruine sur le point d'éclater, quand enfin allait 
s'exécuter la sentence ; car ils étaient restés là 
jusqu'à l'époque où Paul se rendit à Rome. Au 
reste, ce n'est pas la crainte de la guerre qui les 
fit partir; et comment les accuser d'une pareille 
crainte, puisqu'ils allaient vers les futurs assié- 
geants? Ajoutons que la guerre n'eut lieu qu'a- 
près la mort des apôtres, et qu'alors s'accomplit 
cette parole de Paul : « A la fin sur eux est tom- 
bée la colère. » I Thess., n, 16. C'est donc lorsque 
les prédicateurs étaient le moins connus, que la 
grâce brillait davantage, opérant de grandes 
choses par de faibles instruments. 

Reprenons notre texte : « Il les exhortait tous 
à demeurer dans le Seigneur, parce que c'était 
un homme bon. » Bon me parait signifier ici 
simple et droit, sans dissimulation, désirant ar- 
demment le salut du prochain. Non-seulement 
c'était un homme bon, il était en outre plein de 
l'Esprit saint et plein de foi. C'est pour cela qu'il 
en appelle aux sentiments de leur cœur, c'est-à- 
dire qu'il leur donne de grands éloges. Aussi 
voyez comme cette ville, tel qu'un sol fécond, 
reçoit la parole sainte et produit des fruits abon- 



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48 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



très-petits. 



dants. Pourquoi Barnabé va-t-il chercher Saul à 
Tarse et l'amène-t-il ici? Cela n'a pas lieu sans 
cause ; de magnifiques espérances brillaient de 
ce côté, la ville d'ailleurs était beaucoup plus 
grande, une foule nombreuse se trouvait déjà 
réunie. Voyez-vous comme la grâce est le prin- 
Les com- cipe de tout, et non précisément Paul? Les petits 
dT^ristu! ont commencé l'œuvre, et c'est quand elle a jeté 
nisme forent q^q^ £ c i a t qu'on envoie Barnabé. Pour quel 
motif les apôtres ne l'envoyèrent-ils pas plus tôt? 
Ils avaient à s'occuper de bien des choses, et de 
plus ils ne voulaient pas donner aux Juifs une 
occasion de les accuser d'admettre les Gentils. 
Comme ils étaient nécessairement mêlés avec 
eux, comme ils avaient à soutenir de nombreuses 
discussions, ils pouvaient déjà s'appuyer sur la 
conversion de Corneille. Alors fut également 
prononcée cette parole : A nous d'aller vers les 
nations, eux s'adresseront aux circoncis. 

Remarquez une fois encore l'occurrence pro- 
videntielle de la famine pour favoriser cette fu- 
sion avec les Gentils, dès qu'on sut à Jérusalem 
qu'elle avait commencé. Voilà des hommes d'au- 
tant plus aptes à prêcher qu'ils ne supportaient 
pas le malheur avec tristesse, comme nous le 
faisons, et qui parlaient alors avec une plus 
grande assurance, éloignés qu'ils étaient de ceux 
qui les entravaient, et se trouvant au milieu 
d'un peuple que les Juifs n'intimidaient pas : 
c'était là un nouvel élément de succès. Ils pas- 
sèrent même jusqu'en Chypre, où leur liberté 
devait être plus grande, ainsi que leur sécurité. 
« Ils ne prêchaient la parole à personne, est-il 
dit, si ce n'est aux Juifs. » Ce n'est pas qu'ils 
craignissent les hommes, cette crainte était bien 
au-dessous d'eux ; ils agissaient ainsi par tolé- 
rance et par égard pour la loi. « Or, dans la 
ville d'Antioche se trouvaient des Cypriotes et 
des Cyrénéens. » Ceux-là surtout ne se préoccu- 
paient nullement des Juifs. « Ils parlaient aux 
Grecs, leur annonçant le Seigneur Jésus. » L'au- 
teur appelle Grecs ceux qui probablement ne 
connaissaient pas la langue hébraïque. « Lorsque 
Barnabé fut arrivé et qu'il eut vu le succès de la 
grâce divine , » non le travail des hommes , « il 
les exhortait à demeurer dans le Seigneur. » Les 
éloges et l'approbation qu'il donnait à la foule, 



lui communiquaient sans doute une plus grande 
force de persuasion. Et pourquoi les disciples ne 
se contentent-ils pas d'écrire à Paul, et lui dé- 
pêchent-ils Barnabé? Ils ne savaient pas encore 
quelle était la vertu de l'homme; et de là vient 
que Barnabé seul se rendit auprès de lui. La 
multitude étant si considérable, et personne ne 
s'opposant à la prédication , la foi n'eut pas de 
peine à germer; ce qui s'explique surtout par 
l'absence de toute épreuve et par la parole en- 
traînante de Paul, qui là n'était pas forcé de 
prendre la fuite. Ce ne sont pas heureusement 
les prédicateurs qui annoncent la famine, pour 
ne pas produire une fâcheuse impression; ce 
sont les prophètes. Une chose mérite encore 
notre admiration , comment les habitants d'An- 
tioche ne ressentent aucune peine de ce qu'on 
semble les dédaigner, et se montrent satisfaits 
de leurs instituteurs : cela prouve combien tous 
brûlaient d'amour pour la parole elle-même. 
Sans attendre que la famine eût éclaté, chacun 
d'eux envoya selon ses ressources. 

3. Observez que les apôtres abandonnent à 
d'autres un tel soin, tandis qu'il incombe ici à 
Paul et Barnabé. Cette disposition n'est pas sans 
importance ; de plus, on était alors au commen- 
cement, il fallait d'autant mieux éviter tout sujet 
de scandale. On n'agit plus dejmème aujourd'hui, 
quoique lafaim sévissed'une manière plus cruelle 
qu'alors. Un malheur commun n'est pas aussi 
sensible qu'une calamité particulière, et les pau- 
vres sentent plus vivement leurs privations en 
voyant l'abondance régner partout. La famine 
était générale, et ceux qui donnaient étaient 
pauvres eux-mêmes; « ils donnaient selon leurs 
facultés, » est-il dit. Il y a maintenant double 
famine comme aussi double abondance; on 
éprouve la faim, une faim terrible, non d'en- 
tendre la parole de Dieu, mais de recevoir par 
l'aumône l'aliment de chaque jour. A cette 
époque, et les pauvres de la Judée, et ceux qui 
d'Antioche envoyaient de l'argent, trouvaient 
en cela leur avantage, les seconds encore plus 
que les premiers. Aujourd'hui nous souffrons 
tous la faim, nous et les pauvres : eux, parce 
qu'ils manquent de la nourriture nécessaire; 
nous, parce que nous avons un extrême besoin 



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HOMÉLIE XXV, 



49 



de la divine bonté. C'est ici la nourriture la plus 
indispensable. Quand on la reçoit, on ne subit 
aucun des inconvénients qui résultent de la sa- 
tiété, on n'éprouve aucune perte. Rien n'est 
beau, rien n'est vigoureux comme une âme qui 
se nourrit ainsi : elle est au-dessus de toute fai- 
blesse, de tout besoin, de toute influence, de 
toute maladie; il est impossible de la saisir. Pa- 
reille à un corps de diamant que le fer ne saurait 
entamer, ni aucune autre chose, Tàme affermie 
par l'exercice de l'aumône brave impunément 
tous les assauts. A quoi serait-elle donc jamais 
accessible? A la pauvreté? Nullement, puisqu'elle 
est établie dans les trésors du Roi. Aux voleurs, 
aux brigands? Il n'en est pas qui puissent percer 
les murs qui la protègent. Aux vers? Ce trésor 
n'est pas moins supérieur à leurs atteintes. A la 
crainte, à l'envie? Elles ne l'atteignent pas non 
plus. Aux sycophantes, aux embûches? Pas da- 
vantage ; je l'ai dit, c'est un trésor absolument 
inaccessible. 

Mais il serait honteux pour moi de vous mon- 
trer seulement les biens qui se trouvent dans 
l'aumône, et de ne vous rien dire des vices op- 
posés. Elle est à l'abri de l'envie, vous venez de 
l'entendre ; de plus , elle recueille d'incessantes 
bénédictions de la part de ceux qui la reçoivent. 
De même que les hommes sans pitié provoquent 
l'aversion de ceux qui n'ont rien à souffrir d'eux, 
comme de leurs victimes, la sympathie leur sus- 
citant partout des accusateurs; de même les 
hommes qui répandent de nombreux bienfaits 
sont loués par ceux-là mêmes qui ne profitent 
pas de leur générosité. Pourquoi me borner à 
dire qu'ils sont à l'abri de l'envie? J'ajoute qu'ils 
n'ont rien à craindre ni des manœuvres insi- 
dieuses, ni de la violence déclarée. Je ne dis pas 
encore assez ; le bien dont ils font un tel usage, 
loin de diminuer, augmente et se multiplie. Qui 
fut jamais plus couvert de souillures, plus chargé 
d'iniquités qu'un Nabuchodonosor? Cet homme 
était au comble de l'impiété; il avait vu des 
signes éclatants, des miracles sans nombre, et 
rien n'avait pu le changer : il jeta les serviteurs 
de Dieu dans la fournaise , sauf à les honorer 
plus tard. Que lui dit cependant le prophète? 
« Roi, veuillez agréer mon conseil : rachetez 
tok. vm. 



vos péchés par des aumônes, et vos iniquités en 
prenant pitié des pauvres, peut-être alors y aura- 
t-il un pardon pour vos crimes. » Dan., iv, 24. 
Il n'hésite pas en parlant de la sorte, il est par- 
faitement sûr de ce qu'il dit ; il veut augmenter 
la terreur du monarque par un doute apparent, 
et lui mieux persuader aussi combien son con- 
seil est nécessaire. S'il avait affirmé d'une ma- 
nière absolue , il n'aurait pas au même point 
stimulé le zèle. 

Et nous-mêmes, nous n'excitons jamais mieux 
quelqu'un qu'en lui disant : Exhortez donc cet 
homme ; peut-être vous écoutera-t-il. Nous ne 
donnons pas le succès comme certain; car du 
doute naît la crainte, et de la crainte une plus 
grande ardeur. De là vient que le prophète ne 
s'exprime pas avec une entière assurance. — Que 
dites-vous? Est-il donc un pardon pour de pa- 
reilles impiétés? — Oui certes. Il est un remède 
souverain pour une blessure quelconque. Quoi 
de plus triste que l'état de publicain? C'est l'oc- 
casion de toute iniquité ; et voilà que Zachée se 
relève pleinement de cette dégradation. Voyez 
comme le Christ manifeste la même vérité, quand 
il confie à l'un des siens la bourse commune, 
dans laquelle les offrandes étaient recueillies. 
Paul dit aussi : « Seulement ayons soin de nous 
souvenir des pauvres. » Galat., n, 10. Il en est 
souvent question dans les Ecritures, a Le prix 
de l'âme d'un homme, est-il écrit, est dans ses 
propres richesses. » Prov., xm, 8. Le Christ 
dit encore : « Si tu veux être parfait, vends tout 
ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, puis 
viens et suis-moi. » Matth., xix, 21. Telle est la 
vraie perfection. Or, l'aumône ne s'exerce pas. 
uniquement par les dons, elle s'exerce aussi par 
les œuvres. Nous pouvons protéger, par exemple, 
nous pouvons tendre la main; et la protection 
effective a sauvé plus d'hommes que le don ma- 
tériel de l'argent. 

4. Courage donc, et mettons en œuvre ici-bas 
tous les genres d'aumône. Pouvez-vous l'exercer 
en donnant, ne balancez pas. Pouvez-vous l'exer- 
cer par la parole et l'action, ne dites pas que les 
ressources vous manquent. Ce serait ne rien dire ; Différentes 

* formes de 

car cette assistance est ce qu'il y a de plus grand, raumône. 
et c'est comme si vous aviez donné de l'or. Pou* 



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50 



HOMÉLIES SUR LES 



vez-vous aider le prochain par vos services, n'y 
faites pas défaut. Si vous êtes médecin, donnez 
vos soins aux malades : c'est une grande chose 
aussi. Etes-vous capable d'éclairer les autres par 
vos conseils , voilà le moyen le plus noble et le 
plus parfait de secourir ses frères et de se faire 
du bien à soi-même : ce n'est plus la famine 
alors, c'est la mort la plus funeste que vous 
chassez devant vous. Tel fut le ministère que 
les apôtres remplirent avec tant de générosité, 
c'est pour cela qu'ils remirent à des inférieurs la 
dispensation des aumônes , se réservant de se- 
courir les hommes par l'enseignement. Regar- 
deriez -vous comme une légère aumône, de 
soustraire à sa douleur une âme dans l'angoisse, 
placée sur les limites du désespoir, dévorée par 
les ardeurs de la fièvre? Si c'est un ami, par 
exemple, dont l'avarice se soit emparé, ayez 
pitié de cet homme. Il va bientôt être suffoqué, 
éteignez la flamme. — Et s'il ne m'écoute pas? 
— Faites ce qui dépend de vous, ne vous laissez 
pas seulement aller à l'indolence. Vous le voyez 
portant de lourdes chaînes, et l'amour de l'or 
n'est pas la moins lourde de toutes ; allez à lui, 
tâchez de l'éclairer, de le ranimer, de l'arracher 
à l'esclavage. S'il ne veut pas, ce sera sa faute. 
Voyez-vous un pauvre nu, un étranger sans asile, 
et celui-là n'a ni demeure ni vêtement dans le 
ciel, qui ne suit pas le droit chemin sur la terre, 
donnez-lui l'hospitalité, couvrez-le des habits de 
la vertu, faites qu'il acquière droit de cité dan3 
la patrie céleste. — Comment, me direz -vous, 
si je suis nu moi-même? — Commencez alors 
par vous vêtir; vous savez bien que c'est la 
première chose à faire, du moment où vous 
avez conscience de votre nudité. La nature même 
de cette nudité détermine pour qui la connaît 
celle du vêtement à prendre. 

Que de femmes couvertes de soie, et dé- 
pouillées de toute vertu ! Que les maris s'occupent 
avant tout de leur donner ce vêtement néces- 
saire. — Mais elles n'en veulent pas, elles n'ad- 
mettent que l'autre. — Inspirez-leur d'abord le 
désir de la parure spirituelle, montrez -leur clai- 
rement qu'elles sont nues, parlez-leur du juge- 
ment à venir, et concluez de la sorte : Il nous 
faut d'autres vêtements que ceux dont vous êtes 



ACTES DES APOTRES. 

engouées. — Si vous avez le courage dé m'en- 
tendre, je vous dirai ce que c'est que la nudité. 
Dans la saison rigoureuse, l'homme nu tremble 
de tous ses membres, il se contracte et se raidit, 
il serre convulsivement ses bras; mais durant 
l'été ce n'est plus la même chose. Si je vous fais 
voir maintenant que les hommes ou les femmes 
riches sont dans une nudité d'autant plus grande 
que leurs vêtements sont plus beaux, ne re- 
poussez pas ma parole. Dites-moi, quand nous 
prenons ici pour sujet les tourments de la gé- 
henne, est-ce que les riches ne frissonnent et 
ne tremblent pas beaucoup plus que les pauvres 
durant l'hiver? est-ce qu'ils ne gémisseni pas 
davantage, réduits qu'ils sont à se condamner? 
Je vous le demande encore, lorsqu'ils approchent 
de quelqu'un et lui disent : Priez pour moi , ce 
cri n'est-il pas le même que celui de l'indigence? 
Mais nous avons beau vous donner ces explica- 
tions, cette nudité ne vous est pas maintenant 
évidente ; elle vous le sera plus tard. Comment, 
de quelle façon? Ce sera lorsque, dépouillés de 
ces vêtements de soie et de ces pierres précieuses, 
tous apparaîtront avec les seuls vêtements du 
vice ou de la vertu ; lorsque les pauvres seront 
là tout rayonnants de gloire, et que les riches, 
dans une honteuse nudité, seront traînés aux 
supplices. Quel luxe plus effréné que celui du 
riche vêtu de pourpre? Quel plus profond dé- 
nùment que celui de Lazare? Lequel des deux 
cependant en vint à tenir le langage de la men- 
dicité? Lequel des deux parut dans l'abondance? 
Qu'un homme habite une maison toute couverte 
de tapis, lui-même étant entièrement nu, quel 
avantage y trouvera-t-il? Ainsi en est-il des 
femmes : elles surchargent de mille ornements 
la maison de l'àme, je veux dire le corps; et la 
mère de famille gît là dépouillée de tout. 

Suivez-moi des yeux de l'esprit, et je vous 
montrerai cette nudité intérieure. Quel est le 
vêtement de l'âme? La vertu sans nul doute. 
Quelle est sa nudité? Le vice. Dépouillez de ses 
habits un homme ayant quelque dignité, il rou- 
git, il se cache et disparaît : regardez une âme 
dépouillée des vêtements qui lui sont propres, 
elle ne rougit pas moins. Combien n'en est-il 
pas, à votre avis, qui sont maintenant couvertes 



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HOMÉLIE XXVI. 

de honte, et qui volontiers rentreraient dans le 
sein de la terre, comme pour s'en faire un vête- 
ment, en écoutant nos paroles? Celles dont la 
conscience est tranquille, sont au contraire dans 
la joie, tressaillent de bonheur, parce que dans 
ces mêmes paroles elles trouvent un sujet de 
gloire. Apprenez ce qui nous est raconté de la 
bienheureuse Thècle : elle donna tout son or 
pour avoir la satisfaction de voir l'Apôtre. Et 
vous, pour voir le Christ, vous ne donneriez pas 
même une obole : vous admirez son action, sauf 
à ne pas l'imiter. N'avez- vous pas entendu com- 
bien les miséricordieux sont proclamés heureux 
dans l'Evangile? « Heureux les miséricordieux, 
parce qu'ils obtiendront miséricorde. » Matth., 
V, 7. De quelle utilité sont les riches habits? 
Jusques à quand soupirerons-nous après une 
telle pompe? Revêtons - nous de la grâce du 
Christ, ne demandons notre éclat qu'à cette pa- 
rure ; et nous serons loués ici-bas, nous obtien- 
drons de plus les biens célestes , par la grâce et 
l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui 
gloire, puissance, honneur, en même temps 
qu'au Père et au Saint-Esprit, maintenant et 
toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi 
soit-il. 



51 



Le roi Hé- 
rode pereé- 



HOMÉLIE XXVI. 



« Or, en ce même temps le roi Hérode étendit les mains 
, pour persécuter quelques-uns des membres de l'Eglise. 
11 fit mourir par le glaive Jacques, frère de Jean. Et, 
voyant que cela plaisait aux Juifs, il résolut de faire 
arrêter Pierre. C'étaient les jours des Azymes. » 



I. Quel est ce temps dont l'Evangéliste parle 
en commençant? Celui qui venait immédiate- 
ment après. C'est ainsi qu'il faut l'entendre dans 
ce texte, bien qu'il en soit autrement ailleurs. 
Lorsque Matthieu dit, par exemple : « En ces 
jours-là Jean vint prêcher, • Matth., ni, 1, il 
ne désigne pas les jours qui suivent , mais bien 
ceux où s'accomplit l'événement qu'il va ra- 
conter. Tel est l'usage des Ecritures : parfois la 
narration ne laisse pas de lacune; parfois elle 
se transporte à des faits éloignés comme s'il 



n'existait pas d'intervalle. C'est avec raison qu'il 
est dit : a Le roi Hérode : » car ce n'est plus celui 
qui est nommé à l'occasion du Christ. Voici donc i es C dis 
surgir une autre épreuve. Observez de quelle «pieadusau- 
façon les choses se compliquent, ainsi que je 
vous le disais dès le principe, comme le calme 
et la tribulation concourent au même but. Ce 
ne sont plus les Juifs, ce n'est plus le conseil de 
la nation, c'est un roi maintenant qui persécute 
les disciples. Plus grand est le pouvoir, plus re- 
doutable sera la guerre, surtout parce qu'il 
cherche à plaire aux Juifs. « Il fit mourir par le 
glaive Jacques, frère de Jean. » C'est sans but 
et comme au hasard. Si quelqu'un nous de- 
mande pourquoi Dieu le permit, nous répon- 
drons que ce fut pour les Juifs eux-mêmes: 
d'abord, pour leur bien montrer que la mort 
n'était pas un obstacle à la victoire, comme on 
l'avait vu dans le martyre d'Etienne ; puis, pour 
leur inspirer la pensée de revenir de leur fré- 
nésie après en avoir suivi l'impulsion ; enfin , 
pour qu'il fût évident que ces choses mêmes ar- 
rivaient parce qu'il les avait permises. « Voyant 
que cela plaisait aux Juifs , il résolut aussi d'ar- 
rêter Pierre. » Etrange et multiple fureur ! de- 
vait-il donc se les rendre favorables par des 
meurtres inutiles et sans motif? «C'était le jour 
des Azymes. » Vaines prétentions que celles des 
Juifs ? Bien loin d'empêcher de tels crimes , ils 
les commettaient durant ces jours sacrés. 

« Après l'avoir saisi , il le jeta dans une pri- 
son, le confiant à quatre troupes de soldats, 
composées de quatre hommes chacune. » Là se 
trouvent mêlées la rage et la peur. Vous l'avez 
vu, a il fit mourir par le glaive Jacques, frère 
de Jean. » Avez-vous aussi remarqué le courage Courage des 
des disciples? Pour qu'on ne prétendît pas qu'ils apôtre8, 
affrontaient la mort sans crainte en l'affrontant 
sans péril, vu que Dieu les en délivrait, Dieu 
permit qu'ils fussent réellement immolés, les 
coryphées surtout, apprenant de la sorte aux 
meurtriers que ce moyen même n'arrêterait ni 
n'entraverait le ministère. « Pierre était donc 
gardé dans la prison , et les prières de l'Eglise 
s'élevaient constamment à Dieu pour lui. » C'est 
pour la tète que la lutte était alors engagée. La 
crainte que leur avait causée la mort de l'un leur 

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52 HOMÉLIES SUR LES 

était également causée par l'emprisonnement de 
l'autre. « Mais, la nuit qui précéda le jour où 
Hérode devait le livrer à la mort, Pierre dormait 
entre deux soldats, lié de deux chaînes, et des 
gardiens veillaient à la porte de la prison. Et 
voilà qu'un ange du Seigneur parut, et la lu- 
mière brilla dans cette demeure. Poussant alors 
Pierre par le côté, l'ange Té veilla et lui dit: 
Lève-toi promptement. Les chaînes aussitôt tom- 
bèrent de ses mains. » Vous le voyez , il est dé- 
livré cette nuit-là même. « Et la lumière brilla 
dans la prison , » afin que l'apôtre ne crût pas 
avoir un fantôme devant lui. Personne autre 
ne vit cependant cette lumière. Quoique la chose 
se passât ainsi, Pierre s'imaginait encore être le 
jouet d'une illusion, tant le fait était inattendu : 
quelle n'eût pas été la force de cette persuasion 
dans le cas contraire? Il était donc bien prêt à 
mourir ; et cela, parce que rien n'avait été tenté 
pour le délivrer, malgré la longueur de sa dé- 
tention. — Et pourquoi, me demandera-t-on , 
Dieu ne permit-il pas qu'il tombât définitive- 
ment entre les mains d'Hérode , pourquoi l'en 
délivra-t-il alors ? — Le délivrer auparavant eût 
été frapper ces hommes de stupeur ; et ceci s'ac- 
complissait pour leur' bien. On n'aurait pas cru 
qu'ils étaient hommes, si tout dans leur vie avait 
porté un caractère divin. Que ne fît pas Dieu 
pour Etienne ? Ne fit-il pas briller son visage 
comme celui d'un ange ? Quelle lacune pour- 
rait-on signaler ici ? 

« Et l'ange lui dit : Prends ta ceinture et mets 
ta chaussure à tes pieds. » Autant de circons- 
tances qui rendent impossible l'idée d'une su- 
percherie; celui qui méditerait une effraction ne 
songerait guère ni à la chaussure ni à la cein- 
ture. « Il fit ainsi, et l'ange dit encore : Prends 
ton vêtement et suis-moi. Et Pierre étant sorti 
le suivait, ne sachant pas que ce qui se faisait 
par l'ange fût réel; car il pensait avoir une vi- 
sion. Or, après qu'ils eurent passé la première 
et la seconde garde , ils vinrent à la porte de fer 
placée du côté de la ville, et qui d'elle-même 
s'ouvrit devant eux. » Voilà le deuxième mi- 
racle. Lorsque l'ange eut disparu, Pierre revint 
à lui-même. « Une fois dehors, ils traversèrent 
un quartier de la ville, et l'ange alors s'éloigna 



ACTES DES APOTRES. 

de lui. Pierre, revenu donc à lui-même, se dit : 
Maintenant je vois que le Seigneur a vraiment 
envoyé son ange, et qu'il m'a délivré des mains 
d'Hérode et de toute l'attente des Juifs. » « Main- 
tenant je vois, » dit-il, et non alors. Pourquoi 
la chose se passe-t-elle ainsi? Pourquoi Pierre 
n'a-t-il pas le sentiment de ce qui lui arrive, 
bien qu'il eût senti le bonheur de cette liberté 
quand tous étaient délivrés? Dieu veut d'abord 
briser ses chaînes, et puis l'apôtre se rendra 
compte des faits accomplis. Du reste, la preuve 
qu'il ne cherchait pas à fuir, c'est que les chaînes 
étaient tombées de ses mains, « Et, réfléchissant, 
il vint à la maison de Marie, mère de Jean, sur- 
nommé Marc, où plusieurs étaient assemblés et 
priaient. Or, comme il frappait à la porte, une 
jeune fille nommée Rhodé s'avança pour écou- 
ter. Et, dès qu'elle eut reconnu la voix de Pierre, 
dans sa joie elle n'ouvrit pas la porte. » Pierre 
ne se présente donc pas tout à coup, il prend la 
précaution d'annoncer aux siens la bonne nou- 
velle. « Elle courut dire que Pierre était à la 
porte. Mais eux lui répondirent : Vous avez 
perdu l'esprit. Elle assurait que la chose était 
réelle. » 

2. Vous le voyez, il n'est pas jusqu'aux ser- 
vantes qui ne fussent remplies de piété. L'excès 
de la joie faisait oublier à celle-ci d'ouvrir la 
porte ; et les membres de la réunion ne croyaient 
pas à ce qu'elle disait. « Elle affirmait qu'il en 
était ainsi. C'est un ange, répondirent-ils. Et 
Pierre continuait à frapper. Lorsqu'ils eurent 
ouvert, ils le virent et furent hors d'eux-mêmes. 
Leur faisant signe de la main pour obtenir le 
silence, il leur raconta comment le Seigneur 
l'avait tiré de prison, et il dit : Annoncez-le 
à Jacques et aux frères. Et sortant il dirigea ses 
pas ailleurs. » Reprenons la suite de la narra- 
tion : a En ce même temps , le roi Hérode éten- 
dit les mains pour persécuter quelques-uns des 
membres de l'Eglise. » Tel qu'une bête féroce, 
il se jette indistinctement sur tous. C'est bien là 
ce que le Christ avait prédit : a Le calice que je 
dois boire, vous le boirez aussi; vous recevrez le 
baptême que j'aurai moi-même reçu. » Marc, 
x, 39. « Il fit mourir par le glaive Jacques, frère 
de Jean. » — Et pourquoi, me demandera-t-on, 

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HOMÉLIE XXVI. 



53 



ne fit-il pas mourir alors Pierre ? — L'auteur 
sacré nous en donne la raison : « C'était le jour 
des Azymes ; » eî le tyran voulait que la mort 
de l'apôtre eût plus de retentissement. Les Juifs 
s'abstenaient du meurtre à cause de l'opinion 
émise par Gamaliel ; ils n'avaient pas d'ailleurs 
de motifs pour s'y livrer ; mais ils tâchaient d'ar- 
river au même résultat par les autres. Jacques 
est ici désigné comme « frère de Jean , » pour 
qu'on ne le confondît pas avec Jacques, frère 
du Seigneur. Les affaires importantes roulaient 
toujours sur les trois , et plus spécialement sur 
Pierre et Jacques. Ainsi se trouvaient surtout 
condamnés les ennemis de l'Evangile. En effet, 
il était évident désormais que la prédication dé- 
passait le pouvoir de l'homme, et cette prophétie 
s'accomplissait : a Nous avons été considérés 
comme des brebis qu'on égorge. » Psalm. xun, 
22. « Voyant que cela plaisait aux Juifs, il ré- 
solut aussi de faire arrêter Pierre. » Oui, le 
meurtre plaisait, et l'injustice avec le meurtre. 

Grande était la folie d'Hérode : il se faisait 
l'esclave de leurs aveugles passions. Alors qu'il 
aurait dû s'opposer à cette fureur, les empêcher 
de se perdre, il les excitait, bourreau de ces 
malades plutôt que leur médecin ; et cependant 
il avait de nombreux exemples devant les yeux, 
de son aïeul et de son père : celui-là s'était attiré 
mille maux à cause du massacre des enfants; 
celui-ci, par le meurtre de Jean, avait provoqué 
une guerre cruelle, a Après l'avoir saisi, il le 
jeta dans une prison. » Il craignait que la mort 
de Jacques n'inspirât à Pierre la pensée de s'en- 
fuir, il s'en assura donc en le renfermant dans 
un cachot. Mais plus on serre le captif de près, 
plus merveilleux sera le spectacle. Tout cela de- 
vait tourner à l'avantage, de Pierre, en faisant 
éclater sa force et sa vertu. « Des prières s'éle- 
vaient sans interruption. » La prière était un 
témoignage d'amour. Tous cherchaient le père, 
un père plein de douceur. « Des prières s'éle- 
vaient sans interruption. » Comprenez quels 
étaient les sentiments des fidèles pour leurs ins- 
tituteurs. Ils ne s'abandonnaient pas au trouble, 
à la consternation, ils se tournaient vers la prière, 
ils se réfugiaient dans cet exercice si fatal aux 
ennemis. Aucun d'eux ne disait : Je ne suis rien, 



et j'oserais prier pour lui! Comme ils agissaient 
par charité, de telles pensées ne se présentaient 
pas à leur âme. 

Voulez-vous savoir le résultat obtenu par les 
Juifs, bien involontairement sans doute? Ils 
contribuèrent à la gloire des uns et à l'ardeur 
des autres. Remarquez, en effet, que les épreuves 
ont lieu pendant une solennité, comme pour 
rendre les victimes plus illustres. « Or, la nuit 
qui précéda le jour où Hérode devait le livrer à 
la mort, Pierre dormait. » Il était donc bien au- " 
dessus de toute inquiétude et de toute frayeur. 
Durant cette nuit-là même qui devait être suivie 
de son supplice, il dormait, s'en remettant en- 
tièrement à Dieu. Ajoutez cette circonstance : il 
dormait « entre deuxsoldats, lié de deux chaînes.» 
C'est ainsi qu'il était gardé dans son sommeil 
par des soldats et des chaînes. Quel soin jaloux, 
quel luxe de précautions I a Et voilà qu'un ange 
du Seigneur se présenta devant lui et lui dit : 
Lève-toi promptement. » Les gardiens s'étaient 
endormis ; aussi ne s'aperçurent-ils de rien. La 
lumière brilla s pour que Pierre vît et comprît 
mieux, pour qu'il ne pensât pas être le jouet 
d'une illusion; et, pour le stimuler davantage, 
Tange le frappa au côté. Il ne se borne pas à lui 
dire : « Lève-toi ; » il ajoute : <t Promptement; » 
tant l'apôtre dormait d'un profond sommeil. 
« Or, il s'imaginait avoir une vision , » poursuit 
l'auteur sacré. « Il traversa la première et la se- 
conde garde. » Que les hérétiques se présentent 
ici, qu'ils nous disent comment il put passer. 
Ils n'auront pas d'explication plausible. Si l'ange 
lui commande de plus de se ceindre et de se 
chausser, c'est pour mieux détruire toute idée 
d'illusion, pour achever de dissiper le sommeil, 
pour établir enfin la réalité de la chose. Aussitôt 
les chaînes tombent des mains du prisonnier, et 
il entend cette parole : « Lève-toi promptement. » 
Evidemment ce n'est pas pour troubler l'âme de 
Pierre, c'est pour prévenir tout retard qu'elle est 
prononcée. « Il n'osait croire que tout cela fût 
une réalité; il s'imaginait avoir une vision. » 
Cela s'explique par l'étrangeté même de l'événe- 
ment. 

3. Comprenez-vous, en effet, la grandeur du 
prodige, combien il devait frapper celui qui le 

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54 



HOMÉLIES SUR LES 



voyait et lui paraître incroyable? Si Pierre a 
tant de peine à secouer l'hallucination, bien qu'il 
se soit ceint et chaussé, que n'aurait pas éprouvé 
un autre à sa place? « Après avoir traversé la 
première et la seconde garde, ils arrivèrent à la 
porte de fer; et sortant, ils parcoururent un 
quartier de la ville ; aussitôt l'ange s'éloigna de 
lui. » Ce qui s'était accompli dans la prison était 
plus admirable ; le reste se rapproche du cours 
ordinaire de la vie. Tout obstacle ayant disparu, 
l'ange disparut à son tour. Il n'eût pas quitté 
Pierre lorsque tant d'obstacles l'entouraient, 
dans la stupeur dont il était frappé. « Mainte- 
nant je vois que le Seigneur a vraiment envoyé 
son ange, qu'il m'a délivré des mains d'Hérode 
et soustrait à toute l'attente du peuple juif. » 
Maintenant, mais non quand j'étais dans les 
chaînes. « Et, réfléchissant, il vint à la maison 
de Marie, mère de Jean. » Réfléchissant, à quoi 
donc? A sa situation présente. On pourrait dire 
aussi qu'il pensait à ne pas s'éloigner sans avoir 
exprimé sa reconnaissance à son bienfaiteur. 
C'est avec de telles pensées qu'il se rendit à la 
maison de Marie. Quel est ce Jean dont il est ici 
parlé? Peut-être celui qui était toujours avec les 
disciples; et c'est pour cela qu'on ajoute son 
La triboia- surnom. C'est donc un grand bien que la tribu - 
tion est uo i at i on> et ceux qui priaient durant la nuit y trou- 
vaient les plus précieux avantages, un surcroît 
de vigilance et d'ardeur. Avez-vous observé les 
heureux résultats de la mort sanglante d'Etienne, 
et ceux de la captivité de Pierre? Ce n'est pas en 
frappant leurs persécuteurs que Dieu signale la 
grandeur de l'Evangile ; c'est plutôt en les épar- 
gnant qu'il fait ressortir que les tribulations 
elles-mêmes sont quelque chose de grand, afin 
de nous apprendre à ne pas trop désirer d'en 
être délivrés, à ne pas appeler la vengeance. 

Considérez à quel point les simples servantes 
étaient désormais tenues sur un pied d'égalité 
dans la famille. « Dans l'excès de sa joie, celle-ci 
n'ouvrit pas la porte. » Au fond , cela eut lieu 
pour que la présence subite de l'apôtre ne leur 
causât pas un trop grand saisissement, et ne les 
empêchât ainsi de croire ; leur esprit devait se 
familiariser avec cette pensée. Ce que nous avons 
coutume de faire dans la surprise , la servante 



grand bien. 



ACTES DES APOTRES. 

le fit aùssi : elle s'empressa d'annoncer la bonne 
nouvelle ; et pouvaient-ils en recevoir une plus 
agréable pour eux? Cependant ils lui dirent : 
« Vous perdez l'esprit. Elle, de son côté, per- 
sistait à dire que Pierre était là. Eux lui disaient : 
C'est un ange. » Ceci confirme la croyance que 
chacun de nous a son ange protecteur. Et d'où 
leur vint l'idée que c'était un ange? La circons- 
tance même du temps la leur suggéra, « Mais 
Pierre continuait à frapper, et quand ils eurent 
ouvert, ils le virent et furent hors d'eux-mêmes. 
Et lui, leur faisant signe de la main » pour 
obtenir le silence , parvint à se faire entendre. 
Il était devenu beaucoup plus cher aux disciples, 
non-seulement parce qu'il venait d'échapper à la 
mort, mais encore parce qu'il était là devant eux 
et qu'il s'était hâté d'accourir. Tout se manifeste 
aux amis, les étrangers viennent même à l'ap- 
prendre, inutilement, il est vrai, parce qu'ils 
refusent d'y croire. La même chose était arrivée 
par rapport au Christ. « Annoncez-le à Jacques 
et aux frères. » Remarquez avec quelle attention 
il fuit la vaine gloire : c'est aux frères seule- 
ment, et non à tout le monde sans distinction, 
qu'ils doivent communiquer le fait, a Puis il di- 
rigea ses pas ailleurs. » Il ne voulait pas tenter 
Dieu, ni se jeter de lui-même dans les épreuves ; 
les disciples se bornaient à faire ce qui leur était 
ordonné. « Entrez dans le temple, fut-il dit un 
jour, et parlez au peuple. » Act. } v, 20. A peine 
eurent-ils entendu qu'ils obéirent. Ici l'ange ne 
renouvelle pas cette injonction ; en se retirant 
lui-même en silence, en faisant sortir Pierre 
pendant la nuit, il lui donne la liberté de cher- 
cher la solitude. 

S'il en est ainsi, c'est pour nous apprendre 
que beaucoup de choses s'accomplissent selon le 
cours ordinaire de la vie, c'est encore pour que 
l'apôtre ne tombe pas de nouveau. Il ne fallait 
pas non plus que les disciples réunis pussent dire 
après son départ, comme ils l'avaient dit avant, 
que c'était là son ange; aussi le virent-ils, et 
cette supposition ne fut plus possible. Un ange 
d'ailleurs n'eût pas frappé à la porte et ne se fût 
pas dirigé vers un autre endroit. Une circons- 
tance achève de les convaincre, c'est que cela n'a 
pas eu lieu pendant le jour. Libres, ils s'appli- 

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HOMÉLIE XXVI. 

quaient à la prière, et l'apôtre enchaîné dor- 
mait. S'il avait d'abord eu conscience de la vé- 
rité, sa terreur aurait été si grande qu'il ne se 
serait souvenu de rien ; mais , comme il s'ima- 
ginait voir un rêve, son âme n'était pas troublée. 
« Us vinrent à la porte de fer ; » une barrière 
assez forte déjà par elle-même. « Traversant 
donc la première et la seconde garde, ils vinrent 
à la porte de fer. » — Et pourquoi, me deman- 
dera-t-on, les apôtres n'agissaient-ils pas ainsi 
par eux-mêmes? — Pourquoi? C'est un honneur 
que Dieu leur fait en les délivrant par le minis- 
tère des anges. — Pour quelle raison alors n'en 
a-t-il pas été de même à l'égard de Paul? — 
Parce que dans cette circonstance Dieu voulait 
appeler à la foi le gardien de la prison , tandis 
qu'il suffisait ici que l'apôtre recouvrât sa li- 
berté ; ajoutez que les voies de la Providence ne 
sont pas toujours les mêmes. Paul chantait des 
hymnes , Pierre dormait. Ne tenons pas cachés 
les divins miracles; ne cessons de les publier, et 
pour notre bien, et pour l'édification des autres. 
S'il est admirable celui qui se laisse enchaîner, 
celui-là l'est encore plus qui ne consent pas à 
s'éloigner avant d'être venu tout annoncer aux 
siens. « Annoncez-le à Jacques et aux frères. » 
— Dans quel but cette recommandation? — Dans 
le but de leur causer une grande joie et de faire 
cesser leur inquiétude ; il se propose encore d'in- 
former les chefs par les disciples, et non les dis- 
ciples par les chefs, tant il a soin de la portion 
la plus humble. 

Donc rien de plus avantageux que la tribula- 
tion, pourvu qu'elle ne dépasse pas certaines 
bornes. Vous représentez-vous le bonheur et les 
transports de ces premiers fidèles? Oseraient- 
elles maintenant se montrer les femmes qui 
donnent au sommeil la nuit entière? Où sont 
également ces hommes qui ne bougent pas de 
leur lit? Contemplez la vigilance des anciens : 
ils louaient Dieu de concert avec leurs femmes, 
leurs enfants et même leurs servantes, devenus 
qu'ils étaient par la tribulation plus purs que le 
ciel. Aujourd'hui, si nous apercevons le moindre 
danger, nous voilà dans la consternation. Rien 
de plus éclatant que cette primitive Eglise. Ra- 
nimons-nous à cette vue , imitons de tels exem- 



55 



pies. Non, la nuit n'est pas faite pour que nous 
la passions tout entière dans l'inaction et le som- 
meil. C'est ce que nous attestent les veilles des 
artisans, des hommes adonnés au négoce, les 
veilles surtout de l'Eglise de Dieu. Levez-vous 
comme elle durant la nuit, et contemplez le 
chœur des étoiles, le silence des éléments, cette 
profonde paix de la nature, admirez la sagesse 
et l'amour du Seigneur. En ce moment l'âme 
est plus pure, plus légère et plus dégagée; elle 
s'élance à des hauteurs plus sublimes. L'obscurité 
et ce vaste silence nous portent à la componc- 
tion. Si vous regardez le firmament, où scin- 
tillent de toute part comme des yeux innom- 
brables, ce spectacle vous inonde de joie, parce 
qu'il vous élève à la connaissance du Créateur. 
Si vous songez que dans ce même temps les 
hommes qui consacrent le jour à l'agitation, au 
plaisir, aux clameurs, aux danses, au calcul, à 
l'injustice, à la haine, à toute sorte d'iniquités, 
sont comme réduits à l'état de cadavres, vous 
condamnerez toute prétention dans un être aussi 
faible que l'homme. Le sommeil est survenu et 
l'a subjugué; c'est l'image de la mort, l'image 
de la consommation finale. Si vous reportez les 
yeux sur un groupe d'habitations, vous n'en- 
tendrez pas une voix ; si vous pénétrez par la 
pensée dans Intérieur de chacune, vous verrez 
tous les habitants qui semblent reposer dans le 
tombeau. Tout cela certes est fait pour stimuler 
une âme et pour lui rappeler la fin des choses. 

4. Ma parole s'adresse sans distinction aux Exhortation 
hommes comme aux femmes. Fléchissez les ge- 
noux, livrez-vous aux gémissements, suppliez le 
Seigneur de vous être propice : les prières de la 
nuit lui sont spécialement agréables, il écoute 
ces soupirs que vous poussez dans le temps du 
repos. Souvenez-vous de ce que disait le Roi- 
prophète : « J'ai travaillé dans les gémissements, 
chaque nuit je laverai ma couche , j'arroserai 
mon lit de mes larmes. » Psalm. vi, 7. Votre 
luxe, quelque grand qu'il soit, ne l'emporte pas 
sur celui de ce monarque; quelque riche que 
vous soyez, vous n'êtes pas plus riche que David. 
Voici comment il s'exprime encore : a Au milieu 
de la nuit je me levais pour vous louer sur les 
jugements de votre justice. » Psalm. cxvin, 62 # 

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morale. 



56 HOMÉLIES SUR LES i 

La vaine gloire ne saurait alors vous assaillir; 
et comment le pourrait-elle quand tout le monde 
dort, quand personne n'est témoin de votre 
prière? Vous n'êtes pas non plus envahi par la 
négligence et la torpeur; cela serait-il possible 
lorsque de si magnifiques choses donnent à votre 
âme un si généreux essbr? Après de telles veilles, 
suave est le sommeil, admirables sont les révé- 
lations. Homme, agissez ainsi, ne laissez pas ce 
soin à votre femme seule. Que votre maison soit 
une église où les deux sexes se trouvent réunis. 
N'y aurait-il pas d'autre homme que vous, votre 
femme n'aurait-elle pas de compagne, ce n'est 
pas une raison de croire que cela ne puisse avoir 
lieu, a Où deux personnes sont réunies en mon 
nom, a dit le Christ, je suis là au milieu d'elles. » 
Matth.y xviii, 20. Dès que le Christ est au milieu, 
grande est la multitude ; car avec le Christ doi- 
vent être nécessairement les anges, les archanges 
et les autres puissances supérieures. Souvenez- 
vous aussi que le Prophète a dit : a Mieux vaut 
un seul accomplissant la volonté du Seigneur 
que mille qui la transgressent. » EcclL, xvi, 3. 
Rien de plus faible qu'une réunion de pécheurs ; 
rien de plus fort qu'un homme vivant selon la 
loi divine. 

Avez-vous des enfants, obligez-les à veiller 
avec vous ; et que votre maison offre durant la 
nuit l'aspect d'une église. Sont-ils encore trop 
petits, et dès lors incapables de veiller, qu'ils 
prennent part à quelques prières, et puis laissez- 
les reposer. Vous, ne manquez pas du moins de 
vous lever, contractez cette heureuse habitude. 
Pas de trésor comparable à celui où vont s'en- 
tasser de semblables prières. Ecoutez la parole 
du Prophète : a Si je me suis souvenu de vous 
dans mon lit , ma pensée se reportera sur vous 
le matin. » Psalm. lxh, 7. — J'ai beaucoup tra- 
vaillé le jour, me direz-vous peut-être, et je ne 
saurais veiller. — Vaines excuses, inutiles pré- 
textes. Quel que soit votre labeur, il n'égale pas 
celui de l'ouvrier qui façonne l'airain , dont le 
bras se fatigue sans cesse à frapper avec un lourd 
marteau sur le métal incandescent, dont tout le 
corps s'imprègne de fumée, et qui néanmoins 
poursuit sa rude tâche la majeure partie de la 
nuit. Femmes, vous ne pouvez pas ignorer vous- 



CTES DES APOTRES. 

mêmes, si vous avez eu besoin parfois de vous 
rendre à la campagne ou de prolonger vos veilles, 
que ces mêmes ouvriers savent employer la nuit 
entière à leur travail. Pour vous, ayez une offi- 
cine spirituelle , où vous façonnerez, non plus 
des vases matériels, mais votre àme elle-même, 
à laquelle ne peuvent se comparer ni l'airain ni 
l'or passant par les mains de l'ouvrier. Placez 
sur le métier de la confession cette àme défigurée 
par les péchés, frappez à bras déployés, ne lui 
ménagez pas les reproches,' allumez le feu de 
l'Esprit. Vous exercez un art d'une nature bien 
plus exquise. Vous ne fabriquez pas des vases 
d'or, je viens de le dire, un objet matériel quel- 
conque; vous agissez directement sur un être de 
beaucoup supérieur, sur une àme immortelle, et 
vous la débarrassez des illusions ou de la rouille 
du temps. Ayez, vous aussi, votre lampe, celle 
dont le Prophète a dit : « Que votre loi soit la 
lampe qui guide mes pas. & Psalm. cxviii, 105. 
Chauffez votre âme au feu de la prière, et, lors- 
que vous la verrez assez incandescente, prenez- 
la, donnez-lui la forme que vous voudrez. 

Non , en vérité , le feu n'enlève pas la rouille 
matérielle avec autant d'efficacité que les pieuses 
veilles enlèvent la rouille des péchés. Si nous 
n'avons égard à aucun autre exemple, considé- 
rons du moins celui des gardes de nuit : pour 
accomplir une loi faite par les hommes, ils s'en 
vont, bravant la rigueur des saisons, crier dans 
toutes les rues de la ville, souvent pénétrés par 
la pluie, raidis par le froid, et cela, pour sauve- 
garder votre vie et vos biens. Quoi I cet homme 
montre une telle vigilance pour votre argent, 
et vous n'en avez aucune pour votre àme? Je ne 
vous oblige pas à circuler en plein air comme 
lui, à pousser des cris pénibles; c'est dans un 
paisible réduit, dans votre chambre même que 
vous devez ployer les genoux et prier le Sei- 
gneur. Pourquoi le Christ a-t-il lui-même passé 
la nuit sur la montagne? N'est-ce pas pour nous 
donner l'exemple? Les plantes respirent pendant 
la nuit, et notre âme reçoit encore mieux la 
rosée céleste. Ce que le soleil a brûlé dans le 
jour, la fraîcheur de la nuit le ranime. Les larmes 
versées dans les ténèbres sont plus fécondes que 
la rosée, elles éteignent tous les genres de con- 



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HOMÉLIE XXVII. 



57 



cupiseence, elles tempèrent l'ardeur des passions, 
elles nous mettent à l'abri de toute atteinte dan- 
gereuse. L'âme privée de cette rosée sera brûlée 
pendant le jour. Que nul de vous ne devienne la 
victime de ce feu. Puissions-nous tous, rafraîchis 
et ranimés par la divine miséricorde, nous dé- 
gager du fardeau de nos péchés, par la grâce et 
l'amour 'de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui 
gloire, puissance, honneur, en même temps 
qu'au Père et au Saint-Esprit, maintenant et 
toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi 
soit-il. 



HOMÉLIE XXVII. 

« Le jour ayant para, ce ne fut pas un léger trouble parmi 
les soldais, de savoir ce qu'était devenu Pierre. Uérode 
Tayant fait chercher et n'ayant pu le trouver, fit mettre 
. en jugement les gardes, et puis donna l'ordre de les 
emmener au supplice. Et quittant la Judée, il se rendit 
à Césarée, où il demeura. » 

1. Beaucoup se demandent avec inquiétude 
comment Dieu permit d'abord que les enfants 
fussent massacrés à camuse de lui, et que les 
soldats soient maintenant mis à mort à cause 
de Pierre , quand il pouvait si facilement les 
sauver avec l'apôtre. Mais, supposé que l'ange 
les eût fait sortir en même temps que le pri- 
sonnier, on n'eût pas manqué de dire qu'ils 
avaient pris la fuite. — Pourquoi dès lors n'a- 
voir pas autrement disposé les choses? Quel 
malheur n'en est-il pas résulté? — Si nous 
avions présent à la pensée que les victimes 
d'une persécution inique n'en éprouvent réelle- 
ment aucun mal, nous ne ferions pas de sem- 
blables questions. 11 fallait demander aussi pour- 
quoi Jacques ne fut pas soustrait aux mains du 
tyran. Etait-ce donc le moment du jugement dé- 
finitif, pour que chacun reçût selon son mérite? 
Ce n'est pas l'apôtre non plus qui fut la cause 
de cette mort. Hérode ne pouvait pas supporter 
d'avoir été pris pour dupe, comme son aïeul 
l'avait été par les mages; à son ressentiment 
s'ajoutaient les moqueries du monde. Il importe 
ici de bien peser les expressions de l'historien 
sacré : « Le jour ayant paru, ce ne fut pas un 



léger trouble parmi les soldats de savoir ce qu'était 
devenu Pierre. Or Hérode, l'ayant fait chercher 
et ne l'ayant pas trouvé, fit mettre en jugement 
les gardes , et puis donna l'ordre de les emme- 
ner au supplice ; » et cela , bien qu'en les in- 
terrogeant il eût recueilli de leur bouche que les 
chaînes étaient restées là, que le prisonnier s'é- 
tait donné le temps de prendre ses sandales, que 
jusqu'à cette nuit il se trouvait au milieu d'eux. 
Qu'avaient-ils tenu caché ? Pourquoi ne s'étaient- 
ils pas enfuis avec lui? Le monarque aurait dû 
plutôt être saisi d'étonnement et d'admiration, 
La mort des gardes atteste donc en même temps 
la réalité du miracle et la scélératesse du tyran. 

La narration ne tait aucune de ces choses, 
elle les mentionne avec soin pour notre instruc- 
tion. Elle poursuit : « Et, quittant la Judée, Hé- 
rode se rendit à Césarée, où il demeura. U était 
alors irrité contre les Tyriens et les Sidoniens ; 
mais eux, d'un commun accord, vinrent vers lui ; 
et, ayant gagné Blaste, qui était chambellan du 
roi, ils demandèrent la paix, parce que leur pays 
tirait sa subsistance des terres de ce même roi. 
Au jour marqué, Hérode, revêtu de ses habits 
royaux, s'assit sur son trône et les harangua. 
Or, le peuple s'écriait : C'est la voix d'un Dieu et 
non celle d'un homme. En ce moment, l'ange du 
Seigneur le frappa, parce qu'il n'avait pas rendu 
gloire à Dieu; et voilà qu'il mourut dévoré par 
les vers. Et la parole de Dieu croissait et se ré- 
pandait de plus en plus. » Ce n'est pas là un fait 
de peu d'importance. La justice divine frappe 
donc Hérode aussitôt ; et, n'eût-elle pas vengé 
Pierre, qu'elle aurait encore puni l'orgueilleuse 
parole du persécuteur. — Mais, si lepeuple l'accla- 
mait, me direz-vous, que pouvait-il y faire? — Il 
agréa ces acclamations, il crut mériter une telle 
louange. C'est une grande leçon, pour les hommes 
surtout qu'on exalte sans motif. Tous étaient 
dignes d'un châtiment sans doute; lui seul néan- 
moins en est atteint. Ce n'était pas le temps du 
jugement, je le répète ; le supplice tombe sur le 
plus criminel, et les autres sont épargnés pour 
qu'ils puissent profiter de cet exemple. « Et la 
parole de Dieu croissait et se répandait de plus 
en plus, » à la suite de cet événement. Remarquez- 
vous ici les voies de la Providence? a Or, Bar- 

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58 HOMÉLIES SUR LES 

nabé et Saul revinrent de Jérusalem après avoir 
rempli leur mission, emmenant avec eux Jean, 
qu'on surnommait Marc. Il y avait dans l'E- 
glise d'Antioche des prophètes et des docteurs, 
Barnabé et Siméon, autrement appelé Niger, et 
Lucius de Cyrène, et Manahem, frère de lait 
d'Hérode le tétrarque, et Saul. » Voilà donc que 
Barnabé est encore nommé le premier; jusque- 
là Paul n'était pas célèbre et n'avait accompli 
aucun prodige. 

« Or, pendant qu'ils offraient leur ministère 
au Seigneur et qu'ils jeûnaient, le Saint-Esprit 
leur dit : Séparez-moi Barnabé et Saul pour 
l'œuvre à laquelle je les ai destinés. Alors, jeû- 
nant encore et priant, ils leur imposèrent les 
mains et les laissèrent partir. » Quel est le mi- 
nistère dont ils s'acquittaient? Celui de la pré- 
dication. « Séparez -moi Barnabé et Saul. » Que 
signifie cette première expression ? Réserve-les 
pour une œuvre, pour un apostolat. Ils reçoivent 
une nouvelle imposition des mains, vous le voyez, 
de la part de Lucius le Cyrénéen et de Manahem, 
disons mieux, du Saint-Esprit lui-même, car 
plus humbles sont les personnes, plus se montre 
avec éclat la grâce de Dieu. Voilà donc Paul 
élevé au rang des apôtres, pouvant désormais 
prêcher avec autorité. Gomment donc lui-même 
a-t-il dit : « Ce n'est pas de la part des hommes, 
ni par les hommes? » Galat., i, i. Il veut dé- 
clarer par là : d'abord , que l'homme ne l'a pas 
appelé, ne l'a pas attiré; et puis, qu'il n'a pas 
reçu mission d'un autre que de l'Esprit saint. 
Aussi l'historien ajoute: a Ceux-ci donc, étant 
envoyés par l'Esprit, descendirent à Séleucie; 
de là ils firent voile vers Chypre. » Reprenons 
les textes cités : « Le jour étant venu, ce ne fut 
pas un léger trouble parmi les soldats au sujet de 
Pierre. . . Après avoir mis en jugement les gardes, 
il donna l'ordre de les emmener au supplice. » 
Hérode était comme frappé d'aliénation, au 
point de sévir indistinctement et sans justice. Je 
me prends à soutenir la cause des soldats. Le pri- 
sonnier portait une double chaîne, les gardiens 
étaient dans la prison même, les portes étaient 
fermées, les murs n'ont aucune brèche, tous les 
accusés s'accordent à dire que cet homme n'a 
pas été enlevé ; pourquoi dès lors les condamnez- 



CTES DES APOTRES. 

vous? S'ils avaient voulu le délivrer, ou bien 
ils l'auraient fait avant cette heure, ou bien ils 
seraient partis avec lui. — Ils ont reçu de l'ar- 
gent. — Comment leur en eût donné celui qui 
n'avait pas eu même de quoi faire l'aumône à 
un pauvre? De plus, les chaînes n'avaient été 
ni brisées ni défaites. Il fallait donc voir là l'ac- 
tion de Dieu , et non celle de l'homme. Après 
cela, comme l'auteur allait toucher à l'histoire, 
les noms propres paraissent dans son récit, pour 
mieux en établir la vérité, « Et, ayant gagné 
Blaste, le chambellan du roi , ils demandèrent 
la paix. » C'est la famine qui les y forçait. « Au 
jour marqué, Hérode, s'étant assis sur son trône, 
les harangua... En ce moment, l'ange du Sei- 
gneur le frappa ; et voilà qu'il mourut dévoré 
par les vers. » 

2. Josèphe confirme ce trait, en disant que le 
roi tomba dangereusement malade. Le grand 
nombre l'ignorait, et l'apôtre le raconte. Cette 
ignorance pouvait même produire un bien , 
parce qu'on attribuait la maladie d'Hérode à la 
mort de Jacques et au meurtre des soldats. Il est 
à remarquer que le monarque s'était abstenu 
d'un semblable appareil dans la première et dans 
la seconde exécution : il avait gardé le silence. 
Incertain et confus, on peut le croire, il avait 
quitté la Judée pour se rendre à Césarée. Pour 
moi, je suppose qu'il parut devant ces étran- 
gers pour tâcher de les séduire en se justifiant; 
mais ses paroles flatteuses envers les uns dégui- 
saient mal sa haine contre les autres. Voyez 
combien cet homme était vaniteux ! Il parlait 
pour obtenir les applaudissements de la foule. 
Josèphe nous apprend qu'il portait un vêtement 
splendide et dont l'argent formait le tissu. Con- 
sidérez encore la bassesse de ses auditeurs et la 
sagesse des apôtres. Celui qu'une nation entière 
adulait, ces derniers le dédaignent. Sa mort leur 
donne un instant de répit / la vengeance qui le 
frappe est la source des plus grands biens. S'il fut 
ainsi traité parce qu'il avait gardé le silence quand 
on disait : a C'est la voix d'un Dieu et non celle 
d'un homme, » comment n'eût pas été châtié le 
Christ, supposé qu'il ne fût pas Dieu, pour avoir 
dit lui-même : «Ma parole n'est pas de moi..., 
mes ministres combattraient pour ma défense, » 



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HOMÉLIE XXVII. 

Joan., xiv, 10; xvm, 36, et tant d'antres choses 
dans le même sens? Hérode meurt dans un état 
repoussant et misérable , ne laissant rien après 
lui. Remarquez aussi comme il subissait l'in- 
fluence d£ Blaste, et de plus avec quelle facilité 
ce vil serviteur passe de la colère à l'indulgence, 
dépourvu de tout noble sentiment, toujours es- 
clave de la faveur populaire. 

Considérez après cela la manière dont l'Esprit 
saint manifeste son autorité : « Pendant qu'ils 
remplissaient leur ministère envers le Seigneur 
et qu'ils pratiquaient le jeûne, l'Esprit saint leur 
dit : Séparez-moi Barnabé et Saul. » Qui donc, 
n'ayant pas une telle puissance, eût osé parler 
ainsi? Il en résulte que les disciples ne demeu- 
rèrent pas ensemble. Il les voyait armés d'une 
plus grande vertu, et pouvant dès lors suffire à 
de plus nombreuses entreprises. Mais par quel 
moyen leur parla- t-il? Apparemment par les 
prophètes; car l'auteur avait dit auparavant que 
là se trouvaient aussi des prophètes, qui jeûnaient 
en accomplissant les devoirs du ministère, ce qui 
vous montre de quel avantage est la sobriété. 
C'est dans Antioche que Paul reçoit l'imposition 
des mains , c'est là qu'il prêche. Pourquoi l'Es- 
prit dit-il : « Séparez-moi , » et non : Séparez 
pour le Seigneur? Pour bien établir qu'il a la 
même puissance et la même autorité. Voyez- 
vous quelle grande chose c'est que le jeûne? Il 
manifeste que tout est opéré par l'Esprit. Oui , 
le jeûne est un grand bien, un bien qui ne con- 
naît pas de bornes. Faut-il imposer les mains, 
les disciples jeûnent; c'est encore pendant qu'ils 
jeûnent qu'ils entendent les paroles de l'Esprit 
saint. Mais le jeûne ne consiste pas seulement à 
s'abstenir de nourriture, c'est jeûner aussi que 
de s'abstenir des délices. Et tel est le seul jeûne 
que je vous prescris : mangez, pourvu que vous 
vous éloigniez des plaisirs dangereux. Cherchons 
une nourriture saine, et non la corruption ; cher- 
chons le vrai plaisir, et non celui qui nous rend 
malades, malades de l'àme et du corps : ne con- 
fondons pas avec le plaisir véritable une volupté 
féconde en douleurs. L'un est suave, l'autre est 
funeste ; l'un est la joie, l'autre est la souffrance ; 
l'un est conforme, l'autre est contraire à la na- 
ture. Dites-moi, si quelqu'un vous donnait à 



59 

boire un breuvage empoisonné, ne regarderiez- 
vous pas cela comme contraire à la nature? Ne 
repousseriez-vous pas de même le bois ou la 
pierre qu'on voudrait vous faire manger? Et 
vous auriez raison , parce que c'est contre na- 
ture, encore une fois. Telle est aussi la volupté. 
La perturbation et le tumulte qui régnent dans 
une ville assiégée, quand les ennemis l'esca- 
ladent, régnent également dans une âme quand 
elle est en butte aux envahissements du vin et 
du plaisir. « A qui les malédictions, à qui les 
bouleversements, à qui les tortures et les décep- 
tions, à qui la sentence? N'est-ce pas à ceux qui 
passent leur temps à boire du vin ? Quel est celui 
dont les yeux se chargent d'humeurs? » Prov., 
xxm, 29-30. 

Quoique nous disions, néanmoins, nous ne 
convertirons pas les hommes adonnés aux dé- 
lices , à moins que nous n'attaquions une autre 
maladie. Et d'abord, que notre parole s'élève 
contre les femmes. Rien de plus honteux qu'une Rien de pia« 
femme esclave de la volupté, rien de plus re- qu »une Xm- 
poussant qu'une femme ivre : l'harmonie de ses m t a JaM. P 
traits est alors altérée, ses yeux ont perdu leur 
éclat et leur douceur, c'est comme lorsqu'un 
épais nuage éteint les rayons du soleil. On voit 
là tous les caractères de la servitude et de l'igno- 
minie. Qu'elle est repoussante, encore une fois, 
quand elle exhale l'odeur du vin avec celle des 
viandes en décomposition, pliant sous le fardeau, 
incapable de se tenir debout, d'une rougeur ex- 
cessive, chancelant en quelque sorte dans les 
ténèbres I Telle n'est pas la femme qui s'abstient 
de ce qui flatte les sens : elle commande le res- 
pect, elle porte l'empreinte de la sagesse, et la 
tempérance rehausse sa beauté ; car l'heureuse 
disposition de l'àme se reflète toujours sur le 
corps. Représentez-vous une jeune fille très- 
belle, mais qui soit en même temps turbulente, 
loquace, toujours prête à lancer des propos in- 
jurieux, passionnée pour la boisson et le luxe : 
n'est-elle pas plus odieuse à la vue que la femme 
la plus difforme? Celle, au contraire, dont la 
pudeur est l'ornement, qui sait se taire, rougir, 
parler avec modestie, s'imposer quelques jeûnes, 
vous apparaît revêtue d'une double beauté, elle 
a plus de grâce, la chasteté lui donne une spien- 



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HOMÉLIES SUR LES ACTÉS DES APOTRES. 
Parlerons-nous des hommes, nous imposent une douleur momentanée et nous 



60 

deur supérieure 
maintenant? Quoi de plus dégradant chez eux 
que l'habitude de l'ivresse? Dans cet état l'homme 
excite la pitié de ses domestiques et le rire de ses 
ennemis, il est la honte de ses amis, tout le 
monde le condamne ; c'est une bête plutôt qu'un 
homme : la gloutonnerie n'appartient qu'aux 
tigres, aux lions, aux ours. Eux sont dans leur 
droit, n'ayant pas une àme raisonnable. Encore 
ne sont-ils pas à l'abri des effets les plus désas- 
treux, quand ils dépassent les bornes qui leur 
sont fixées par la nature. Combien plus ne doit-il 
pas en être ainsi de nous? C'est pour cela que 
Dieu nous a fait un estomac d'une faible capa- 
cité : c'est pour nous enseigner que nous devons 
avant tout nous occuper de notre àme. 

3. Portons les yeux sur la constitution même 
de notre corps, et nous verrons combien est res- 
treint le domaine de la sensualité. Notre bouche 
et notre langue sont destinées aux saints can- 
tiques, et le gosier donne la voix. La nature 
nous a donc imposé des limites, pour que nous 
n'allions pas nous jeter dans de graves difficultés 
comme en dépit de nous-mêmes. Si la volupté 
n'entraînait pas des fatigues et des maladies, 
peut-être serait-elle tolérable; mais non, vous 
ne pouvez pas franchir les limites sans porter la 
peine de cette transgression. Est-ce le plaisir qui 
vous attire, mon bien- aimé? Yous le trouverez 
dans la tempérance. Est-ce la santé que vous 
cherchez, l'absence de tout malaise , la liberté 
de l'esprit, la force du tempérament, la sérénité 
de l'âme, l'éveil de toutes vos facultés? Vous les 
y trouverez de même. Tous les biens sont là. 
Dans la sensualité, vous trouverez tout le con- 
traire, le malaise, les infirmités, l'esclavage, la 
dépense. — Mais alors , me dira-t-on , pourquoi 
nous y portons-nous tous avec tant d'ardeur? 
— C'est que nous sommes déjà malades. A votre 
tour, expliquez-moi, je vous prie, pourquoi les 
malades désirent ce qui leur est nuisible. N'est-ce 
pas même un signe de la maladie? Pourquoi tel 
homme se tralne-t-il au lieu de marcher? N'est- 
ce pas à cause de sa négligence et parce qu'il ne 
veut pas recourir au médecin? Il est des choses 
qui donnent un plaisir passager et produisent de 
continuelles souffrances; il en est d'autres qui 



procurent une éternelle joie. L'homme assez 
lâche, assez mou pour ne pas sacrifier les délices 
du temps à celles de l'éternité, se laissera bien- 
tôt prendre. Dites-moi, d'où vint le malheur 
d'Esaù? Comment préféra-t-il la volupté pré- 
sente au bonheur futur? Cela vint de sa mol- 
lesse. — Et la mollesse elle-même, me deman- 
derez-vous, d'où vient-elle? — De nous; et ce 
qui le prouve d'une manière évidente, c'est que 
nous ne manquons ni de patience ni d'énergie 
quand nous le voulons bien. Quand la nécessité 
nous presse, ou même par esprit de contention 
quelquefois, nous voyons bien ce qui nous est 
utile. 

Sur le point de vous laisser subjuguer par la 
volupté, songez donc à la rapidité du plaisir et 
à la gravité du dommage, dommage qui consiste 
tout simplement à se perdre soi-même en per- 
dant ce qu'on avait ; songez à ces funestes con- 
séquences, et vous mépriserez la volupté. Com- 
bien voulez-vous que je vous énumère de ces 
malheureuses victimes de l'ivresse? Noé tomba 
dans la nudité, et vous savez quels maux en ré- 
sultèrent. Par gourmandise, Esaû vendit son 
droit d'aînesse et alla jusqu'à vouloir tuer son 
frère. « Le peuple d'Israël s'assit pour manger 
eiboire, puis ils se levèrent pour jouer. » Exod.^ 
xxxn, 6. De là ce conseil : « En prenant même 
ta nourriture, souviens -toi du Seigneur ton 
Dieu. » DeuL, vi, 12. Ils ont roulé dans un pré- 
cipice , tous ceux qui sont tombés dans les dé- 
lices, a La veuve , est-il écrit , qui vit dans la 
mollesse, quoique vivante, est déjà frappée de 
mort. » I Tïm., v, 6. Il est dit ailleurs : « En- 
graissé, plein d'embonpoint, mon bien-aimé a 
donné des signes de révolte. » Deut., xxxn, 15, 
L'Apôtre dit encore : « Ne flattez pas la chair, 
n'en ayez pas trop de soin dans vos convoitises; » 
Rom.) xin, 14. Je ne vous fais pas une loi du 
jeûne, et qui donc m'écouterait? mais je re- 
tranche les délices, je condamne les plaisirs im- 
modérés , et cela, pour votre avantage. Comme 
un torrent impétueux, le plaisir déchaîné bou- 
leverse tout; rien ne l'arrête, il faut qu'il vous 
jette hors du royaume. Que vous dirai-je de 
plus? Aimez-vous tant les délices? donnez donc 



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HOMÉLIE 

aux pauvres, invitez le Christ, et votre plaisir 
ne cessera pas quand vous aurez quitté la table. 
Dans votre état actuel vous n'avez pas un plaisir 
réel, et c'est un bien pour vous ; car les choses 
présentes n'offrent aucune consistance : vous 
l'aurez alors. Yous l'obtiendrez en nourrissant 
votre àme, en lui donnant les aliments qui sont 
conformes à sa nature, en ne la laissant pas 
mourir de faim. 

C'est le temps de la guerre , c'est l'heure du 
combat ; et vous vous endormez dans les délices? 
Ne voyez-vous pas ceux même qui portent le 
sceptre vivre de peu quand ils sont à la tête des 
armées? « Nous n'avons pas à combattre contre 
la chair et le sang; » Ephes., vi, 12; et vous 
vous préparez au combat par une nourriture 
délicate? Votre antagoniste est là grinçant des 
dents ; et la mollesse vous plonge dans l'inac- 
tion, et la table vous absorbe? Je n'ignore pas 
que je tiens en vain ce langage, pas pour tous, 
cependant, a Que celui qui a des oreilles pour 
entendre entende. » Luc, vin, 8. Le Christ est 
consumé par la faim, tandis que les mets ab- 
sorbés causent votre torture : c'est trop des deux 
côtés. Quel mal ne produisent pas les délices? 
Elles s'excluent réciproquement : aussi ne puis-je 
pas comprendre comment elles ont reçu ce nom ; 
à moins que ce ne soit au même titre que la 
gloire , qui souvent est de l'infamie , et que les 
richesses , qui sont une véritable pauvreté. Si 
nous nous engraissons de la sorte, serait-ce donc 
parce que nous devons être immolés? A quoi 
bon préparer aux vers une table aussi somp- 
tueuse? Pourquoi préparer un plus grand amas 
de nourriture, une source de putrides exhalai- 
sons? Pourquoi vous rendre incapable d'accom- 
plir quoi que ce soit? Voulez-vous que votre œil 
ait toute sa force visuelle? maintenez la santé 
de votre corps. Dans la lyre , une corde épaisse 
et souillée rend un son discordant, celle qui est 
pure et bien tendue concourt seule à l'harmonie. 
Faut-il donc que vous ensevelissiez votre àme, 
que vous rendiez chaque jour sa prison et plus 
forte et plus sombre? Pourquoi cette noire fu- 
mée? Ce sont bien de lourdes vapeurs, en effet, 
qui s'élèvent de toute part. Si nul autre ne le 
peut, que les athlètes du moins vous apprennent 



XXVIH. 61 

que le corps est plus robuste à mesure qu'il est 
plus dégagé. Ainsi l'àme est plus énergique 
quand elle s'adonne à la philosophie. On pour- 
rait la comparer encore à celui qui guide le 
char, ou même aux coursiers qui le traînent. 
Et, dans le fait, tels que des hommes obèses et 
mous, des chevaux trop gras sont peu propres à 
la course et donnent beaucoup de peine au co- 
cher. Celui dont le cheval est obéissant et vigou- 
reux obtient la palme, aux applaudissements de 
tous. Mais quand on est obligé de le traîner soi- 
même, quand il tombe à chaque instant sans 
qu'on puisse parvenir à le relever à moins d'em- 
ployer l'aiguillon, quelque expérimenté que l'on 
soit, on perd nécessairement la victoire. 

Si nous sentons notre àme blessée par le corps, 
ne la négligeons pas; tâchons plutôt de la rendre 
plus libre et plus pure, donnons à son aile plus 
de légèreté, relâchons du moins ses liens, ali- 
mentons-la par la parole et la tempérance , de 
telle sorte que le corps ne soit pas affaibli, qu'il 
ne souffre pas, qu'il soit même sain et robuste. 
En disposant ainsi la marche de notre vie, nous 
pourrons atteindre au faîte de la vertu et gagner 
les biens de l'éternité, par la grâce et l'amour 
de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui gloire, 
puissance, honneur, en même temps qu'au Père 
et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et 
dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE XXVIH. 

« Eux donc, ayant reçu mission de l'Esprit saint, se 
rendirent à Séleucie, et de là firent voile vers Chypre. 
Et, quand ils furent arrivés à Salamine , ils prêchaient 
la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs. Et Jean 
était avec eux pour les seconder. » 

4. Aussitôt qu'ils ont reçu l'imposition des 
mains , ils partent ensemble et se dirigent vers 
l'île de Chypre, parce que là n'existait aucune 
opposition, et que la parole s'y trouvait déjà ré- 
pandue. Dans la ville d'Antioche, les prédica- 
teurs étaient nombreux; la Phénicie d'ailleurs 
n'est pas éloignée de la Palestine, tandis que l'île 
de Chypre en est assez loin. Puis, comme c'est 
l'Esprit saint qui les pousse, comme ils ont reçu 



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62 HOMÉLIES SDR LES 

de lui la mission aussi bien que l'ordination, ne 
demandez pas pourquoi, a Etant arrivés à Sala- 
mine , ils prêchaient la parole de Dieu dans les 
synagogues des Juifs. » Voyez-vous avec quelle 
attention ils commencent par annoncer la parole 
à ce peuple, afin de ne pas le jeter de plus en 
plus dans l'obstination. Ceux-là parlent aux 
Juifs seuls, ceux-ci se rendent aux synagogues. 
« Après avoir parcoururl'île tout entière jusqu'à 
Paphos, ils y rencontrèrent un Juif magicien et 
faux prophète, nommé Bar-Jésu, qui était avec 
le proconsul Sergius Paulus, homme d'une 
grande prudence. Celui-ci lit venir Barnabé et 
Saul, désirant entendre la parole de Dieu. Mais 
Elymas le magicien (car c'est ce que signifie ce 
nom) leur faisait opposition , cherchant à dé- 
tourner le proconsul d'embrasser la foi. » Voilà 
donc un autre Juif magicien, comme Simon. 
Remarquez qu'il ne s'indignait guère quand les 
disciples prêchaient aux autres, et que son in- 
dignation éclate seulement quand ils abordent le 
proconsul. Ce qu'il y a d'admirable dans ce der- 
nier, c'est que , séduit par les prestiges de cet 
homme, il ait voulu cependant entendre les 
apôtres. Ainsi avaient fait les Samaritains; et 
de la comparaison résulte la victoire , la magie 
est terrassée. Partout la vaine gloire et l'amour 
du pouvoir sont une source de maux. « Alors 
Saul, qui n'est autre que Paul, rempli de l'Es- 
prit saint, fixant les yeux sur Elymas, lui dit : 
Homme plein de ruse et de perfidie, enfant du 
diable, ennemi de toute justice, ne cesseras-tu 
pas de pervertir les voies droites du Seigneur? 
Et maintenant voici que la main du Seigneur 
est sur toi, et tu seras aveugle, tu ne verras pas 
le soleil de quelque temps. » Le nom de cet 
apôtre fut changé après son ordination, comme 
l'avait été celui de Pierre. 
Commenta Dans ce qu'il dit ne voyez pas un tissu d'in- 
îesoîSîw jures, c'est une sévère objurgation. Voilà corn- 
dents " DPU ment ^ * aut ré P r * mer * es opiniâtres et les im- 
pudents. « Homme plein de ruse et de perfidie, 
enfant du diable, ennemi de toute justice. » C'est 
mettre à découvert ce que l'imposteur avait dans 
l'&me, alors qu'il perdait le proconsul sous pré- 
texte de le sauver* « Ne cesseras-tu pas de per- 
vertir les voies du Seigneur? » En vérité, tes 



ACTES DES APOTRES. 

attaques ne sont pas dirigées contre nous ; tu 
pervertis les voies du Seigneur, qui sont droites. 
— La véhémence de ce langage inspire la con- 
viction. « Et maintenant voici que la main du 
Seigneur est sur toi', tu seras aveugle. » Le signe 
par lequel il avait lui-même été ramené, il l'em- 
ploie pour ramener ce nouvel adversaire. Le 
mot « pour un temps, » marque le désir de la 
conversion et nie la soif de la vengeance. S'il 
avait prétendu châtier, il aurait infligé la cécité 
perpétuelle ; mais non , pour gagner le procon- 
sul, il limite la correction. « Et soudain les té- 
nèbres tombèrent sur lui, il perdit la vue; errant 
çà et là, il cherchait quelqu'un qui lui donnât la 
main. Le proconsul alors, voyant ce miracle, 
embrassa la foi, pénétré d'admiration pour la 
doctrine du Seigneur. » Rien de plus juste ; cette 
punition devait éclairer celui qui s'était laissé 
tromper par de vains prestiges. Ainsi furent 
jadis instruits par les pustules les magiciens de 
l'Egypte. Il est à considérer que le proconsul 
étant converti, les apôtres ne prolongent pas 
leur séjour, dans l'espoir d'y recueillir des 
louanges et des honneurs ; ils se remettent aussi- 
tôt à l'œuvre, ils traversent de nouveau la mer 
pour aller dans d'autres régions. « Lorsque Paul 
et ceux qui étaient avec lui furent partis de l'île 
de Chypre, ils vinrent à Perge en Pamphylie. Or 
Jean, se séparant d'eux , retourna à Jérusalem. 
Pour eux, traversant Perge, ils arrivèrent à An- 
tioche de Pisidie; et, étant entrés le jour du 
sabbat dans la synagogue, ils s'assirent. » Ils se 
rendent de nouveau dans la synagogue selon la 
coutume des Juifs, afin de n'être pas persécutés 
et chassés : c'est par là qu'ils venaient à bout de 
leurs entreprises. « Après la lecture de la loi et 
des prophètes, les chefs de la synagogue en- 
voyèrent vers eux en disant : Frères, si vous avez 
une exhortation à faire au peuple, parlez. » Nous 
apprendrons désormais ce qui regarde Paul, 
après avoir assez longuement entendu: parler de 
Pierre. 

Ce qui précède rappelle toutefois notre atten- 
tion. « Quand ils furent arrivés à Salamine, ils 
prêchaient la parole de Dieu : » Salamine était 
la métropole de l'île de Chypre. Antioche les 
avait retenus un an. Us devaient quitter cette 



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ville, et ne pas toujours y rester ; il fallait aux 
nouveaux fidèles la parole des premiers docteurs. 
Vous avez dû remarquer qu'ils ne s'étaient pas 
arrêtés à Séleucie ; c'est qu'ils n'ignoraient pas 
que les habitants de cette ville avaient beaucoup 
profité du voisinage d'Antioche. Aussi les apôtres 
n'ont-ils fait que passer, se hâtant d'aller à des 
œuvres plus urgentes. Dès qu'ils sont arrivés à 
la métropole de l'île, ils vont droit au proconsul 
pour tâcher de le convertir. C'était, ajoute l'au- 
teur, « un homme plein de prudence. » Or, que 
ce ne soit pas là une vaine flatterie, les faits 
mêmes vous le montrent : il n'a pas besoin de 
beaucoup de discours pour être éclairé, il a voulu 
entendre lui-même le prédicateur. L'écrivain 
nomme ensuite les villes parcourues, nous fai- 
sant comprendre de la sorte qu'il était nécessaire 
de confirmer dans la foi des hommes récemment 
imbus de la céleste doctrine : c'est pour cela 
qu'ils les visitent souvent. Vous aurez aussi re- 
marqué sans doute que Paul ne dit rien au magi- 
cien, tant que celui-ci ne l'oblige pas à parler; 
les apôtres annoncent simplement la parole évan- 
gélique. Voyant que tous écoutaient cet ensei- 
gnement, le magicien n'avait qu'un but, d'em- 
pêcher le proconsul de croire. Pourquoi Paul 
n'opère-tril pas ici quelque autre miracle? C'est 
qu'il n'en est pas d'égal à cette défaite d'un en- 
nemi. 

2. Examinez encore : à la suite des reproches 
vient le châtiment. Ce châtiment est équitable, 
on le montre au patient quand on lui dit : 
« Homme plein de ruse, » en qui rien n'est 
exempt d'artifice et de tromperie, o Plein de 
ruse, » ce mot peint bien la dissimulation de 
l'imposteur. « Enfant du diable, » puisqu'il en 
accomplit les œuvres. « Ennemi de toute jus- 
tice, » c'est toute justice que les apôtres viennent 
enseigner. En s'exprimant de la sorte, l'apôtre 
me parait stigmatiser aussi la vie de cet homme. 
Pour faire voir que de telles expressions ne sont 
pas dictées par la colère, l'auteur a dit aupara- 
vant que Paul était « rempli de l'Esprit saint, » 
c'est-à-dire, de la vertu de l'Esprit saint, a Et 
maintenant voici que la main du Seigneur est 
sur toi, » non pour se venger, mais pour te 
guérir. Ce n'est pas moi qui frappe, c'est la main 



HOMÉLIE XXVIII. 63 
de Dieu. — Voyez comme il s'efface. — « Et tu 



seras aveugle, tu ne verras pas le soleil de quelque 
temps. » Il lui parle ainsi pour l'engager à faire 
pénitence. Jamais les apôtres n'eussent voulu 
trouver un sujet de gloire dans les malheurs 
d'autrui , alors même que ces malheurs tom- 
baient sur des ennemis. Us se réjouissaient uni- 
quement de leurs propres infortunes, et certes à 
bon droit; il n'en était plus de même de celle 
des autres , pour qu'on ne crût pas qu'ils agis- 
saient par la contrainte et la terreur. Un signe 
non équivoque de la cécité du magicien , c'est 
qu'il cherche quelqu'un qui le conduise. A la 
vue de ce signe, le proconsul embrasse immé- 
diatement la foi. C'est qu'il est hors de lui-même ; 
il voit qu'ici ce ne sont plus des paroles , mais 
bien des effets , qui ne sauraient tromper. Quel 
amour pour la doctrine dans un homme investi 
d'un si grand pouvoir I Paul ne dit pas au ma- 
gicien : Tu ne cesses d'égarer le proconsul. Non ; 
il lui dit , éloignant tout soupçon de flatterie : 
a Ne cesseras-tu pas de pervertir les voies du Sei- 
gneur? » ce qui du reste est plus fort. 

Pourquoi Jean se sépara-t-il d'eux? L'auteur 
le dit expressément : « Jean se séparant d'eux 
retourna à Jérusalem. » C'est qu'ils entrepre- 
naient un plus long voyage ; et les périls qu'ils 
allaient affronter ne devaient pas être partagés 
par ce^disciple. Non contents d'être venus à 
Perge, ils passent à travers d'autres cités, se 
hâtant d'arriver à la métropole, qui était An- 
tioche. Notez la précision du récit. « Ils s'assirent 
dans la synagogue le jour du sabbat , » se dis- 
posant à prendre la parole. Ils ne la prennent 
pas toutefois de leur propre mouvement, ils at- 
tendent qu'on les invite et qu'on les interpelle 
comme des étrangers. S'ils ne s'y étaient pas ar- 
rêtés, ils auraient manqué l'occasion d'annoncer 
l'Evangile. Voici la première fois que Paul va 
prêcher. Remarquez sa prudence : où la parole 
était déjà parvenue, il passe outre; il s'arrête 
dans les villes qui ne l'ont pas encore entendue. 
Lui-même le déclare dans une de ses épitres : 
a J'ai pris soin d'annoncer l'Evangile où le Christ 
n'avait pas été nommé. » Rom., xv, 20. C'est la 
preuve d'un grand courage. Dès le début ce fut 
un homme vraiment admirable. Crucifié, mis en 



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64 HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 

face des ennemis, il savait quelle grâce lui était norés de toute façon pour le plaisir et l'argent, 
donnée, et son zèle rivalisait avec la grâce. Il ne II en est enfin qui n'ont pas reculé devant les 
s'irrita pas contre Jean, n'étant pas à ses ordres ; pertes les plus graves pour satisfaire leur res- 
l'œuvre l'absorbait tout entier. Il ne trembla pas, sentiment, en qui la colère a détruit toute autre 
il ne craignit rien , bien qu'il fût entouré par la pensée que celle d'arriver à leur but. Et ce qu'a 
foule. Observez que la Providence ne permet pas pu la passion, la crainte de Dieu ne le peut pas 
que Paul prêche à Jérusalem; c'était assez qu'on en nous! Et que dis-je, la passion? Le respect 
sût qu'il avait embrassé la foi , on n'aurait pas humain obtient souvent ce que la crainte de 
voulu l'entendre comme prédicateur : il va dans Dieu n'obtient pas. Nous faisons beaucoup de 
des contrées où son nom n'est pas connu. D'abord bonnes actions et nous commettons beaucoup de 
il confond le magicien et le dévoile tel qu'il est, péchés par égard pour les hommes; mais nous 
ce que le miracle confirme aussitôt. Ce miracle n'avons aucun égard pour Dieu. Combien qui 
symbolise en même temps l'aveuglement de cette dépensèrent leurs richesses par un sentiment de 
âme. Le châtiment passager qu'elle subit a pour honte? Combien qui cherchèrent les honneurs 
but de la faire se reconnaître. Paul entre avec sans avantage pour eux-mêmes, pour rendre de 
raison dans la synagogue un jour de sabbat, funestes services à des amis? Combien de péchés 
quand tous étaient réunis. « Après la lecture de commis sous l'empire d'une telle affection? 
la loi et des prophètes, les chefs de la synagogue 3. Si donc l'amour et la crainte des hommes 
envoyèrent vers eux , en disant : Frères, si vous ont le pouvoir de nous faire accomplir de bonnes 
avez quelque exhortation à faire au peuple, par- ou de mauvaises actions , c'est à tort que nous 
lez. » En ce moment ils donnent toute permis- prétendons ne pouvoir pas dompter la passion, 
sion, ils ne manifestent aucune jalousie ; après, Nous le pouvons, si nous le voulons bien; et le 
il n'en sera plus de même. — Si telle était votre vouloir, c'est une rigoureuse obligation pour 
intention, mieux valait exhorter vous-mêmes. tous. Pourquoi ne viendriez-vous pas à bout de 
Mais que ne font pas et l'amour du pouvoir et la vaine gloire, dites-moi, lorsque tant d'autres 
le désir de la vaine gloire? Comme ils boule- ayant la même âme, le même corps, la même 
versent et ruinent tout! Sous cette influence, on forme, la même vie que vous avez, ont vaincu 
s'attaque à son propre salut comme à celui de cette passion? Pensez à Dieu, pensez à la gloire 
ses semblables, on est frappé d'aveuglement, au céleste, mettez les choses du temps en présence 
point d'avoir besoin d'un guide. Et plût à Dieu des choses éternelles, et vous aurez bientôt re- 
qu'ils reconnaissent ce besoin, qu'ils aient re- poussé la gloire d'ici-bas. Si vous désirez tant la 
cours à des maîtres ; malheureusement ils n'en gloire, cherchez du moins la gloire réelle. Quelle 
veulent pas , ils ne s'en reposent que sur eux- est cette gloire qui produit l'infamie? Quelle est 
mêmes. Cette cupidité ne laisse à personne la cette gloire qui vous fait courir après des hon- 
faculté de voir : c'est un épais nuage qui s'abat neurs infimes et qui vous en impose même la 
sur nous et nous ôte la vue. Quel moyen de jus- nécessité? L'honneur véritable est dans la libre 
tification aurons-nous , si nous ne triomphons possession des biens supérieurs. Dès lors, si vous 
d'un autre vice que par celui-là, et non par la aimez la gloire, aimez de préférence celle qui 
divine grâce? Ainsi, des hommes en même temps vient de Dieu. Aimant celle-là, vous mépriserez 
voluptueux et cupides ont réprimé la luxure par l'autre et vous verrez ce qu'elle a de vil : tant 
l'avarice. Et d'autres ont méprisé l'argent pour que vous ne porterez pas les yeux vers la pre- 
satisfaire la luxure. Il en est à qui la vaine gloire mière, vous ne les ouvrirez pas sur la seconde, 
dont ils sont épris a fait vaincre ces deux vices, vous ne comprendrez pas combien elle est hon- 
qui dépensaient l'argent sans mesure et qui pra- teuse et ridicule. Un homme qui s'est laissé 
tiquaient la continence sans profit. Il en est, au captiver par une femme perverse, difforme, re- 
contraire, qui ont fait taire en eux le désir im- poussante, ne saurait apercevoir sa laideur tant 
pétueux de la vaine gloire, qui se sont désho- qu'il l'aime, la passion obscurcissant sa raison. 

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HOMÉLIE XXIX. 



65 



11 en est de même ici ; tant que la passion nous 
possède , nous sommes incapables de voir com- 
bien c'est un grand mal. — Comment donc, me 
demandera-t-on peut-être, nous en affranchi- 
rons-nous? — Songez à ceux qui dépensèrent 
d'immenses richesses, sans que cela leur fût 
d'aucune utilité* Songez aux morts qui par- 
vinrent à la gloire, mais à cette gloire qui n'a 
rien de stable, qui tombe et disparait : souve- 
nez-vous que c'est un nom, et rien de plus. 

Qu'est-ce que la gloire, dites-le-moi? donnez- 
m'en une définition quelconque. — C'est d'être 
pour tous un objet d'admiration, me répondrez- 
vous. — A tort ou à raison? Si c'est à tort, ce 
n'est plus de l'admiration, c'est plutôt une accu- 
sation, une adulation, une calomnie même : si 
c'est à bon droit, la chose n'est pas possible ; car 
le vulgaire ne saurait porter un jugement éclairé, 
il admire ceux qui se font les instruments de ses 
convoitises. Regardez, si vous voulez bien, les 
hommes qui ont donné tout leur avoir à des 
courtisanes, à des cochers, à des danseurs. — Ce 
n'est pas de ceux-là que nous parlons , me ré- 
pliquerez-vous, c'est des hommes droits et justes, 
qui sont aptes à faire un grand bien. — Plût à 
Dieu que telle fût leur volonté et qu'ils la missent 
immédiatement en pratique; pour le moment, 
ce n'est pas là ce qu'ils font. Quel est celui qui 
de nos jours exalte l'homme droit et juste? Le 
contraire a constamment lieu. Quelle pitoyable 
illusion au juste, s'il poursuit dans le bien qu'il 
fait la gloire que décerne la foule. Il agit comme 
le ferait un peintre habile dans son art, qui, fai- 
sant le portrait du monarque, chercherait l'ap- 
probation des ignorants. Celui qui vise à la gloire 
humaine , ne tardera pas d'ailleurs à quitter le 
chemin de la vertu ; car il en viendra à faire ce 
qui convient à ceux dont il réclame les louanges, 
et non ce qui lui convient. Quel est donc le con- 
seil que je vous donnerais pour l'avenir? De vous 
appliquer uniquement à Dieu, de vous contenter 
de ses éloges, de vous proposer en tout son bon 
plaisir, de pratiquer le bien, de n'avoir aucun 
souci des choses humaines, puisque c'est là l'écueil 
du jeûne, de l'oraison, de l'aumône, en un mot, 
de toutes nos vertus* N'ayons les yeux fixés que 
sur une chose, sur la gloire qui vient de Dieu, 
tom. vin. 



sur ce qu'il approuve, sur ce que pensera de 
nôus le souverain Maître de l'univers ; et de la 
sorte, après avoir passé la vie présente dans 
l'exercice des bonnes œuvres, nous obtiendrons, 
avec ceux qui l'aiment, les biens qu'il nous a 
promis, par la grâce et la charité de Notre- 
Seigneur Jésus-Christ, à qui gloire, puissance, 
honneur, en même temps qu'au Père et au Saint- 
Esprit, maintenant et toujours, et dans les 
siècles des siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE XXIX. 

c Et Paul, se levant et faisant signe de la main pour obtenir 
le silence, dit : Israélites et vous qui craignez Dieu, 
écoutez. Le Dieu de ce peuple choisit nos pères et 
glorifia ce môme peuple pendant qu'il était étranger 
dans la terre d'Egypte , d'où il le tira par la force de 
son bras. » 



4 . Y oyez Barnabé cédant le pas à Paul, comme Humilité de 
Jean le cède partout à Pierre. C'est lui cependant Barnabé * 
qui l'avait ramené de Damas, il le précédait en 
honneur ; mais l'un et l'autre n'avaient en vue 
que le bien de tous. « Et, se levant, il fit signe 
de la main pour demander le silence. » C'était une 
coutume chez les Juifs ; et c'est pour cela qu'il 
prélude de la sorte. Voyez aussi comme il pré- 
pare les voies à son discours : il commence par 
faire leur éloge et par leur témoigner un grand 
dévouement. C'est le sens de cette parole : a Et 
vous qui craignez Dieu. » Après cela il entre en 
matière. Il se garde bien de prononcer le nom 
de prosélytes, qui désignait un état inférieur. 
« Le Dieu de ce peuple a choisi nos pères. » Il 
a soin de déclarer que le Dieu de qui le genre 
humain relève , est spécialement leur Dieu ; il 
leur rappelle les merveilleux bienfaits qui leur 
furent jadis accordés, comme du reste l'avait fait 
Etienne. C'est un moyen qu'ils emploient pour 
leur annoncer ensuite que ce même Dieu, tou- 
jours semblable à lui-même, vient de leur en- 
voyer son Fils. Ce que le Christ disait de 
la vigne , nous l'entendons encore ici : a II 
a glorifié ce peuple pendant qu'il était étranger 
dans la terre d'Egypte, d'où il le tira par la force 
de son bras. » Malgré les persécutions, les des- 

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66 HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES 

cendants d'Israël se multiplièrent, et des mi- 



racles furent opérés en leur faveur. Les prophé- 
ties mentionnent constamment ces événements 
accomplis en Egypte. Observez avec quelle at- 
tention l'Apôtre passe sur les calamités, et s'ab- 
stient de mettre en avant les sujets de reproche, 
pour s'étendre sur l'amour de Dieu , laissant le 
reste à leurs propres réflexions. 

« Et, durant quarante ans, il les supporta 
dans le désert. » Puis vient leur établissement 
dans la terre promise : « Et, détruisant sept na- 
tions dans le pays de Chanaan , il leur en dis- 
tribua les terres par la voie du sort. » Or, un 
long espace de temps s'était écoulé, quatre cent 
quarante ans. « Environ quatre cent quarante 
ans après, il leur donna des juges, jusqu'au pro- 
phète Samuel. » Il signale ici là diversité des 
secours qui leur sont accordés par la divine sa- 
gesse. « Ils demandèrent ensuite un roi. » Ja- 
mais il ne parle de leur ingratitude, toujours de 
l'amour de Dieu pour eux. « Et Dieu leur donna 
Saùl, fils de Cis, homme vaillant de la tribu 
de Benjamin , qui régna quarante ans. L'ayant 
plus tard rejeté , il éleva David sur le trône ; et 
voici le témoignage qu'il rendit à ce dernier : 
J'ai trouvé David, fils de JJessé, homme selon 
mon cœur, qui remplira toutes mes volontés. » 
Et ce qui n'était pas chose de peu d'importance, 
c'est que le Christ devait naître de la race de 
David. Jean paraît à son tour rendant son té- 
moignage. « De la postérité de ce roi, selon la 
promesse, il a fait naître le Sauveur d'Israël, 
Jésus, dont l'avènement était proclamé par Jean, 
qui prêchait le baptême de la pénitence à tout 
le peuple d'Israël. Or, comme Jean achevait sa 
course, il disait : Je ne suis pas celui que vous 
pensez; celui-là vient après moi, et je ne suis 
pas digne de dénouer les cordons de sa chaus- 
sure. » Le témoignage de Jean présente donc ce 
caractère distinctif, qu'il repousse une gloire 
que tout le monde veut lui décerner. Et l'abné- 
gation qui n'éprouve pas de résistance ne sau- 
rait se comparer à celle qui lutte contre le sen- 
timent de tous, et qui de plus s'exprime avec 
tant de modestie. 

« Hommes mes frères, enfants de la race d'A- 
braham, c'est à vous, comme à tous ceux qui 



parmi vous craignent Dieu, qu'est envoyée eettë 
parole de salut. Ceux qui habitaient Jérusalem 
et leurs princes, n'ayant pas connu le Messie ni 
compris les sentences des prophètes , qu'on lit 
cependant chaque jour de sabbat, les ont accom- 
plies en le condamnant. Et, sans trouver en lui 
aucune cause de mort , ils ont ^obtenu de Pilate 
qu'il le fît mourir. » Partout les apôtres s'ef-? 
forcent de montrer aux Juifs que c'est là pro- 
prement leur bien, afin qu'ils ne s'éloignent pas 
de Jésus comme d'un étranger, par la raison 
qu'ils le crucifièrent. « Ils ne l'ont pas connu ; » 
c'est un péché d'ignorance, — Paul pousse donc 
la bonté jusqu'à leur trouver des excuses. Il va 
plus loin, il ajoute que les choses devaient ar- 
river ainsi. Après cela, pour que personne ne 
dise : Comment sait-on qu'il est ressuscité ? il 
déclare que les disciples « en sont les témoins. » 
Et puis il en appelle encore à l'autorité des Ecri- 
tures. « Quand ils eurent accompli tout ce qui 
était écrit de lui, ils le déposèrent de la croix, 
et l'ensevelirent. Mais Dieu l'a ressuscité d'entre 
les morts le troisième jour, et il a été vu pendant 
plusieurs jours par ceux qui de la Galilée étaient 
montés avec lui à Jérusalem, et qui maintenant 
sont ses témoins auprès du peuple. Nous vous 
annonçons donc l'accomplissement de la pro- 
messe faite à nos pères ; car Dieu Ta réalisée pour 
nous leurs descendants, en ressuscitant Jésus 
selon cette parole consignée dans le deuxième 
psaume : Vous êtes mon Fils, et c'est aujour- 
d'hui que je vous ai engendré. Et qu'il ne doive; 
pas, après l'avoir ressuscité, le laisser retourner 
à la corruption, il le déclare en ces termes: 
J'accomplirai fidèlement les serments faits à 
David. Isa., lv, 3. C'est pour cela qu'il dit ail- 
leurs : Vous ne permettrez pas que votre Saint 
voie la corruption. Psalm. xv, 10. Car David en 
son temps, après avoir servi les desseins de Dieu, 
s'est endormi ; il a été mis à côté de ses pères, et 
il a vu la corruption, mais celui-là ne l'a pas vu, 
que Dieu a ressuscité d'entre les morts. » Le 
discours de Paul prend désormais plus de véhé- 
mence; voici ce que Pierre n'a jamais dit : « Sa* 
chez donc, hommes mes frères, que par ce même 
Jésus nous est annoncée la rémission des pé~ 
chés, et que par lui quiconque croit, sera justk 



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HOMÉLIE XXTX. 



67 



fié dè tontes les choses dont vous ne pouviez pas 
être justifiés dans la loi de Moïse. » Voici main- 
tenant de terribles paroles : « Prenez donc garde 
que ne vienne sur vous ce qu'ont dit les pro- 
phètes : Voyez , contemplez, considérez, admi- 
rez, et soyez confondus ; car je vais opérer dans 
vos jours une œuvre que vous ne croiriez pas; 
si quelqu'un vous la racontait. » Habac., i, 5. 

2. Observez comme l'Apôtre forme le tissu de 
son discours, et des événements présents, et des 
prophéties, et de cette famille dépositaire de la 
promesse. Mais revenons sur les textes cités, 
a Hommes mes frères, enfants de la race d'A- 
braham. » 11 les désigne par le nom de leur père. 
« C'est à vous qu'est envoyée cette parole de 
salut. » Ce « vous » ne s'adresse pas aux Juifs 
d'une manière absolue ; c'est une voie qui leur 
est ouverte pour se séparer des meurtriers du 
Christ. On le voit clairement par la suite : a Ceux 
qui habitaient Jérusalem, ne l'ayant pas connu 
et ne comprenant pas les sentences des prophètes, 
qui sont lues cependant chaque jour de sabbat, 
les ont accomplies en le condamnant. » Grave 
accusation que celle de n'avoir pas respecté ce 
qu'on ne cesse pas d'entendre. Mais cela ne doit 
pas étonner; ce qui nous est rapporté de leur 
conduite dans l'Egypte et dans le désert suffit 
certes à démontrer leur obstination et leur in- 
gratitude. — Et comment pouvaient-ils ignorer, 
me dira-t-on , ce qu'ils venaient d'entendre de 
la bouche de Jean ? — Les prophètes n'avaient- 
ils pas assez souvent élevé la voix, sans être 
mieux écoutés? Une autre accusation vient en- 
suite : a N'ayant trouvé en lui aucune cause de 
mort. » Ce n'est plus là de l'ignorance. Mettons 
qu'ils ne l'aient pas reconnu pour le Christ, 
quelle raison avaient-ils de le faire mourir ? « Ils 
demandèrent à Pilate de l'envoyer à la mort. Or, 
quand ils eurent exécuté tout ce qui était écrit 
de lui, ils le déposèrent de la croix et l'enseve- 
lirent. » Comme cela leur tient à cœur ! Paul 
précise le-genre de mort et cite le nom de Pilate ; 
le jugement subi donne plus de retentissement 
à la passion du Sauveur, et rend ses ennemis 
plus inexcusables, puisqu'ils l'ont livré à un 
étranger. L'Apôtre ne dit pas: Ils portèrent 
plainte. Non : a Ils demandèrent, » n'ayant, en- 



core une fois, aucun motif, aucun prétexte à 
faire valoir. Il devient ainsi manifeste qu'ils ar- 
rachèrent une faveur, et que le juge ne voulait 
pas prononcer une condamnation ; ce que Pierre 
avait dit d'une manière formelle : « Il jugeait 
qu'il fallait renvoyer l'accusé. » Act., m, 13. 
Paul avait pour eux une bien vive affection. 
Vous l'avez vu passer sur l'ingratitude de leurs 
pères ; mais il leur inspire maintenant une sa- 
lutaire frayeur. Etienne avait pu leur tenir un 
autre langage, sur le point d'être immolé, n'ayant 
pas pour but de les instruire, leur montrant 
seulement que la loi était désormais abrogée: 
l'Apôtre n'agit pas de même, il se contente de 
menacer et d'effrayer. 

« Dieu l'a ressuscité d'entre les morts; et il a 
été vu pendant plusieurs jours par ceux qui de 
la Galilée étaient montés avec lui à Jérusalem. » 
Il est visible que le prédicateur obéit à l'impul- 
sion de l'Esprit saint ; il revient constamment à 
la passion et à la sépulture. « Et nous vous an- 
nonçons, poursuit-il, l'accomplissement de la 
promesse faite à nos pères. » C'est comme s'il 
disait : Us ont eu la promesse, vous avez la 
réalité. Après avoir invoqué le témoignage de 
Jean par ces paroles : « De cette race il a fait 
naître le Sauveur d'Israël; et son avènement 
était proclamé par Jean, qui prêchait le baptême 
de la pénitence ; » il le fait de plus s'exprimer 
de la sorte : « Je ne suis pas celui que vous pen- 
sez. » Il fait ensuite comparaître les apôtres 
comme témoins de la résurrection : « Ils sont ses 
témoins auprès du peuple. » A son appel, David 
lui-même se lève pour témoigner : « Vous ne 
souffrirez pas que votre Saint voie la corrup- 
tion. » Les choses anciennes ne semblent pas 
avoir isolément assez de consistance, ni les choses 
nouvelles sans celles-là; aussi les confirme-t-il 
dans son discours les unes par les autres. Cou- 
pables de la mort du Christ, les Juifs étaient 
saisis de crainte, la conscience les tenait éloignés ; 
les apôtres dès lors évitent de leur reprocher ce 
crime; c'est un bien de famille qu'ils viennent 
leur offrir, et non un bien étranger. Sachant à 
quel point leur était cher le nom de David, Paul 
le met en avant pour se faire mieux accepter. 
— C'est le fils de ce monarque qui va régner sur 

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B8 HOMÉLIES SUR LES 

vous, semble-t-il leur dire, ne repoussez donc 
pas son autorité. — Que signifie cette parole : 
a J'accomplirai fidèlement les serments faits à 
David? » Ils sont inébranlables, ils ne sauraient 
jamais être effacés, 
saint Paul Mais il ne s'arrête pas à des choses dont ses 
^mcnt quf auditeurs né doutent pas ; il leur parle du chà- 
jSfc 100 les t™ 611 * 3 u i l es menace; puis, quand il leur a si- 
gnifié l'abrogation de la loi, il passe à ce qui 
peut leur être agréable, sans dissimuler ce qui 
leur est avantageux : je veux dire les grands 
biens promis à l'obéissance, et les maux non 
moins grands réservés à l'indocilité. Il fait en- 
coré après cela l'éloge de David : « Lorsqu'il eut 
en son temps servi les desseins de Dieu, David 
fut déposé à côté de ses pères. » C'est ainsi que 
Pierre disait : « Qu'il me soit permis de parler 
avec assurance du patriarche David. » Act., n, 
29. Au lieu de dire que le Roi-prophète était 
mort, l'Apôtre dit : « Il fut déposé à côté de ses 
pères ; » c'est un euphémisme. Il ne va pas louer 
les bonnes œuvres des Juifs ; il relève leurs fautes. 
Or, déclarer qu'ils avaient demandé et obtenu, 
c'était une grave accusation. Il rappelle les bien- 
faits dont Dieu les a comblés : « II les a choisis, 
exaltés, nourris. » Ce n'est pas là leur éloge, 
c'est celui de Dieu. Parmi les hommes, il ne loue 
que David, parce que le Christ devait naître de 
sa race. Cet avènement du Messie que Jean pro- 
clame en face du Messie lui-même, c'est l'incar- 
nation, c'est la venue du Christ dans la chair. 
Dans son Evangile, l'homonyme du Précurseur 
en appelle souvent à celui-ci, à cause de l'auto- 
rité qui s'attachait partout à son nom. Voyez 
aussi qu'il s'efface en quelque sorte pour laisser 
parler cet illustre témoin. 

3. Remarquez-le, l'action providentielle est ici 
mise à découvert avec le plus grand soin. Ecou- 
tons encore ce que répètent les apôtres pour 
opérer la persuasion : Il a été crucifié. Et ce- 
pendant quoi de moins croyable? 11 est enseveli 
par ceux auxquels il a promis le salut ; enseveli, 
il remet les péchés que la loi ne saurait remettre ! 
Paul n'accuse pas la volonté, il affirme l'impuis- 
sance : « Les choses dont vous ne pouviez pas 
être justifiés dans la loi de Moïse, tout croyant 
en est justifié» » La loi n'a pas cette vertu de 



ACTES DES APOTRES. 

justification. « Tout croyant, » entendez-le bien; 
nulle exception n'est admise. Sans de tels ré- 
sultats, à quoi bon ces mystères? Il énonce le 
bienfait qui résume tous les autres, la rémission 
des péchés : ce que la loi ne pouvait faire, celui 
qui a souffert l'accomplit par sa mort d'une ma- 
nière éclatante. C'est donc une belle parole que 
celle-ci : « Ils sont ses témoins auprès du peu- 
ple , » de ce même peuple qui l'a fait mourir. 
Jamais ils n'auraient rendu ce témoignage, si la 
force même de Dieu ne les avait soutenus ; ils 
n'auraient pas osé tenir ce langage devant des 
hommes de sang , devant les meurtriers eux- 
mêmes. La citation : « Aujourd'hui je t'ai en- 
gendré, » s'explique par ce qui suit dans le texte 
sacré. Mais pourquoi ne se trouve pas là le té- 
moignage qui persuaderait aux Juifs que par 
Jésus aura lieu la rémission des péchés? — Parce 
que le but de l'Apôtre est avant tout de leur 
montrer qu'il était ressuscité; dès qu'ils en con- 
viendraient, ils devaient admettre le reste comme 
une conséquence nécessaire. On peut dire aussi 
qu'il voulait exciter en eux le désir d'un tel bien. 
Donc la mort du Christ n'était pas un abandon, 
elle était l'accomplissement des prophéties. Paul 
leur rappelle des faits appartenant à leur his- 
toire, et dont l'oubli les a jetés dans un abîme 
de maux. C'est ce qu'il leur insinue en termi- 
nant : « Voyez, contempteurs, et considérez. » 
Mais il coupe court à des expressions aussi fortes. 
« De peur que ne vienne sur vous ce qu'a dit un 
prophète : Je vais accomplir une œuvre que vous 
ne croiriez pas si quelqu'un vous la racontait. » 
Quoique ce soit incroyable, n'en soyez pas sur- 
pris ; cela était dit d'avance. 

On pourrait bien aussi nous adresser ce lan- 
gage, au sujet de ceux qui nient la résurrection : 
« Voyez, contempteurs. » En effet, l'état de 
l'Eglise est déplorable , quand vous vous per- 
suadez que tout est en paix. Ce qu'il y a surtout 
de grave, c'est que nous ignorons le mal dans 
lequel nous sommes plongés. — Que dites-vous? 
Nous avons des temples, des biens, beaucoup 
d'autres choses , les divins mystères sont célé- 
brés, chaque jour le peuple est là, et nous 
sommes des contempteurs ! — Ce n'est pas ainsi 
qu'on fera jamais respecter l'Eglise. — Et com- 

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HOMÉLIE XXIX, 



-ment donc ? — Par une piété sincère, en rentrant 
chaque jour dans nos maisons avec un gain spi- 
rituel, petit ou grand, en accomplissant la loi 
divine dans toute son étendue. Quel est celui 
qui se trouve plus avancé dans le bien après 
avoir fréquenté pendant un mois nos saintes 
^réunions? Voilà ce qu'il faut chercher; car ce 
que nous regardons comme une bonne œuvre 
n'est qu'une triste illusion, si nous n'en retirons 
aucun avantage. Hélas ! au lieu de progresser, 
aujourd'hui nous allons en arrière. En quoi les 
mystères auxquels vous assistez vous ont-ils 
rendus meilleurs? S'ils ne vous étaient pas inu- 
tiles, depuis longtemps vous pratiqueriez tous 
la céleste philosophie , quand deux fois par se- 
maine tant de prophètes, d'apôtres et d'évangé- 
listes vous prodiguent leurs instructions, vous 
enseignent la doctrine du salut, les préceptes les 
plus capables de faire régner l'ordre et la pureté 
dans votre vie. Le soldat qui suit les leçons du 
gymnase devient plus habile dans son métier ; 
l'athlète qui se rend assidûment à la palestre 
disputera le prix avec plus de succès ; le médecin 
formé par un bon maître se montrera plus ca- 
pable dans l'exercice de son art, agrandira chaque 
jour ses connaissances. Et vous, qu'avez-vous 
gagné? Je m'adresse à ceux qui dès leur enfance 
ont fréquenté nos assemblées , et non pendant 
un an. Cette simple présence, la prenez-vous 
pour la piété? Elle n'est rien , je vous le répète, 
si vous n'en retirez aucun fruit ; si vous sortez 
d'ici les inains vides, mieux eût valu rester dans 
votre maison. 

En nous construisant ces églises, nos pères 
n'ont pas prétendu nous convoquer pour nous 
montrer les uns aux autres ; nous avions assez 
pour cela de l'agora, des bains et des parades 
publiques : ils ont voulu mettre en présence les 
disciples et les docteurs, afin qu'ils devinssent 
meilleurs les uns par les autres. Ce n'est pins 
désormais qu'une obligation dont on se débar- 
rasse, une vaine formalité, une pure habitude. 
La pâque vient, grande agitation, foule immense ; 
je ne dis pas beaucoup d'hommes : est-ce que 
l'homme est là pour quelque chose? La fête 
passée, plus d'agitation, un calme également 
infructueux. Qu« de veilles, que de chants I et 



puis quoi de plus? Un mal peut-être; car plu- 
sieurs ne suivent ces exercices que par ostenta- 
tion. De quelle douleur ne pensez-vous pas que 
je sois saisi, quand tout va se perdre à mes yeux 
dans un tonneau percé? — Nous connaissons les 
Ecritures, me direz-vous assurément. — A quoi 
bon? Si votre conduite en donnait la preuve, là 
serait le gain, vous auriez profité. On pourrait 
comparer l'église à l'officine d'un teinturier : si 
vous n'en emportez aucune empreinte, à quoi 
vous sert d'y venir si souvent? Vous n'en rece- 
vez qu'un plus grand dommage. Qui donc ajoute 
aux lois qu'il tient de ses pères? Je parle de celui, 
par exemple, qui fait habituellement mémoire 
d'une mère, d'une épouse, d'un enfant, par suite 
de nos instructions, ou même sans avertissement 
à cet égard , guidé qu'il est par l'usage et la 
conscience. — Le blàmeriez-vous? me deman- 
dera-t-on. — Non certes ; j'en éprouve plutôt de 
la joie. Seulement je voudrais qu'il tirât aussi 
quelque profit de notre parole, que l'usage n'eût 
pas plus de pouvoir que nous, qu'il nous fût 
donné d'introduire un autre usage. Pourquoi 
m'imposerais-je autrement un vain et stérile la-; 
beur, si vous devez toujours demeurer les mêmes, 
si nos réunions ne vous font aucun bien? 

4. Du moins nous prions, me direz-vous en- 
core. — Qu'est cela, vous répondrai-je, sans les 
œuvres? Ecoutez ce que le Christ disait : « Qui- 
conque me dit : Seigneur, Seigneur, n'entrera 
pas dans le royaume des cieux, mais uniquement 
celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans 
les cieux. » Matth., vn, 21. Plus d'une fois la 
pensée m'est venue de me taire, quand je voyais 
que vous ne tiriez aucune utilité de mes entre- 
tiens. Peut-être m'arrive-t-il , à cause de l'insa- 
tiable avidité qui me possède, d'éprouver ce 
qu'éprouvent les hommes qui poussent jusqu'à 
la folie l'amour des biens terrestres. De même 
qu'ils estiment ne rien avoir, quoiqu'ils accu- 
mulent sans cesse; de même, absorbé que je suis 
par la pensée de votre salut, je compte n'avoir 
rien fait, tant que vous ne déploierez pas plus 
de zèle; car mon vœu le plus cher est de vous 
conduire au faite de la perfection. Je voudrais 
qu'il en fût ainsi ; je me persuade même que 
mon amour aurait atteint ce but, n'eût été votre 



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50 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



indolence ; et je crains bien de n'être pas dans 
Terreur. Vous devez croire, en effet, que nous 
aurions déjà gardé le silence, si tant d'années 
avaient produit quelque bien. D'autres instruc- 
tions ne vous seraient pas nécessaires, quand 
celles que vous avez reçues jusqu'ici suffiraient 
pour procurer même l'amélioration de vos frères, 
en supposant toujours que vous en eussiez pro- 
fité, eux n'étant pas là pour les entendre. Dès 
qu'il faut continuellement vous exhorter, c'est 
une preuve certaine que votre état ne saurait 
encore nous rassurer de tout point. Qu'espérer 
et que faire? Nous ne devons pas seulement ré- 
primander. Je vous prie donc et je vous conjure 
de ne pas songer uniquement à vous réunir dans 
l'église, mais d'aviser encore au moyen d'em- 
porter d'ici, quand vous rentrez dans vos de- 
meures, des remèdes propres à guérir chacune 
de vos passions, remèdes que vous aurez puisés 
dans l'Ecriture, sinon dans nos instructions. 
Les remèdes Un homme est-il sujet à la colère, qu'il écoute 
2s ^ 'trou- avec attention les Livres saints, et bien certai- 
rent dan» les nemen |; n trouvera, soit dans la partie histo- 

saintes Ecn- * 

tores. jique, soit dans la partie morale, ce qui convient 
à son état. Voici quelques sentences tirées de 
cette dernière : a Un moment de fureur perd ce- 
lui qui s'y laisse aller; » Eccli., 1,28; «L'homme 
irascible n'a point de modération; » Prov., xi, 
25, et d'autres semblables. A cela se rapporte 
encore cette sentence : « L'homme qui s'aban- 
donne à l'impétuosité de sa langue sera sans 
direction. » Psalm. cxxxix, 12. Le Christ dit 
aussi : « Celui qui sans motif s'irrite contre son 
frère... » Matth., v, 22. Le Prophète avait dit de 
plus : « Fâchez -vous, mais ne péchez pas. » 
Psalm. iv, 5. Encore un texte : a Maudite est 
leur fureur, parce qu'elle est opiniâtre. » Gen., 
xlix, 7. L'histoire lui montrera tantôt un Pha- 
raon et tantôt un roi d'Assyrie périssant l'un et 
l'autre pour s'être abandonnés à leur emporte- 
ment. L'esclave des richesses entendra de son 
côté : a Rien de plus pervers que l'avare; car il 
met en vente son âme elle-même. » Eccli., x, 9. 
Le Christ lui dira : « Vous ne pouvez pas servir 
Dieu et l'argent; » Matth., vi, 24; l'Apôtre : 
« L'avarice est la racine de tous les maux; » 
I Titn., vi, 10; et le Prophète : « Si les richesses 



abondent, n'y attachez pas votre cœur. » Psalm* 
lxi, 10. Dans les livres historiques il trouvera 
Giézi , Judas , les chefs des scribes. N'oublions 
pas ce mot : « Les présents aveuglent les yeux 
des sages. » Exod., xxiu, 8, Deut., xvi, 19. 
Que l'orgueilleux écoute ces paroles : a Dieu 
résiste aux superbes; » Jacob., iv, 6; et puis : 
« La base de l'orgueil, c'est le péché ; » Eccli., 
x, 14 ; enfin : « Quiconque dont le cœur s'élève 
est impur devant le Seigneur. » Prov., xvi, 5. 
Dans l'histoire, voyez la chute du diable et celle 
des autres orgueilleux. Je ne puis pas énu- 
mérer tous les vices; qu'il me suffise de dire en 
général que chaque malade peut choisir dans 
les divines Ecritures le remède à ses plaies. Si 
vous ne le prenez pas tout à la fois, commencez 
aujourd'hui, continuez demain, et toujours ainsi 
jusqu'à ce que la guérison soit complète. Qu'il 
s'agisse de la pénitence, de la confession, de 
l'aumône, de la modération, de la chasteté, 
d'une vertu quelconque, là des enseignements et 
des exemples, a Toutes ces choses, en effet, furent 
écrites pour notre instruction.» Rom., xv, 4. 

Puis donc que tout a pour but notre bien et 
que cette instruction s'étend à tout , portons-y 
l'application qu'elle commande. Pourquoi nous 
tromper nous-mêmes, et sans profit aucun? Je 
crains que nous ne puissions dire, nous aussi : 
« Nos jours se sont perdus dans la vanité, et nos 
années ont fui comme une ombre. » Psalm. 
lxvii, 33. Quel est celui que nos exhortations 
ont détourné des théâtres ou soustrait au culte 
de l'argent? A qui avons-nous inspiré l'amour 
de l'aumône? Je voudrais bien le savoir, non 
par vaine gloire, certes, mais pour puiser un 
redoublement de zèle dans l'heureux fruit de 
mes travaux. Comment aurais-je maintenant la 
force de continuer mon œuvre, quand, après 
de si larges ondées de doctrine, je ne vois aucun 
accroissement dans la moisson, les fruits ne sont 
pas plus abondants? C'est le moment où la gerbe 
est dans l'aire, le van est là. Or, je crains que 
tout ne soit paille; je crains que nous ne soyons 
tous jetés au feu. L'été n'est plus, voici l'hiver ; 
jeunes gens et vieillards, nous sommes pris dans 
nos vices. Ne me dites pas : Je m'abstiens de la 
fornication. De quoi cela vous servira-t-il, si 



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HOMÉLIE XXIX. 



"71 



•vous êtes avare? Jl n'est pas nécessaire que l'oi- 
seau soit entièrement enveloppé, il suffit qu'il 
ait la patte prise dans le lacet pour que sa perte 
soit certaine ; ses ailes ne lui sont d'aucun se- 
cours. Il en est de même de vous : libre du côté 
de l'impureté , vous portez les chaînes de l'ava- 
jice. Vous êtes donc captif, peu importe le genre 
de captivité. Le jeune homme aurait beau dire 
aussi qu'il n'est pas avare ; s'il est fornicateur, 
son esclavage n'est pas moins funeste. Tous les 
vices ne se trouvent pas réunis dans un même 
âge ; chaque période de la vie a les siens : et c'est 
une attention de la Providence, qui n'a pas voulu 
nous imposer un trop rade combat et nous ren- 
dre en quelque sorte la victoire impossible. 
.Quelle lâcheté dès lors de ne plus vaincre sépa- 
rément les ennemis qui nous attaquent, de subir 
une défaite à chaque époque de la vie, et puis 
de s'enorgueillir comme d'une chose méritoire 
de ce qui n'est que le bénéfice de l'âge t 

Voyez les cochers du cirque : quel zèle ils dé- 
ploient , à quels exercices, à quels pénibles la- 
beurs ils se soumettent, quel soin ils apportent 
jusque dans le choix de leurs aliments, afin de 
n'être pas précipités dans l'arène. Voyez aussi 
quelle est la puissance de l'art. Un homme plein 
de force ne vient pas toujours â bout de mai- 
.trifier un seul cheval ; tandis qu'avec le secours 
de l'art un adolescent en gouverne deux sans 
peine et les guide à son gré. On dit que dans les 
Indes un formidable colosse, l'éléphant, subit 
avec une docilité parfaite la loi d'un enfant de 
quinze ans. Où vont ces comparaisons? C'est 
que, si nous parvenons à dompter les éléphants 
et les chevaux les plus emportés, bien mieux 
pouvons -nous dompter nos propres passions. 
D'où vient cette mollesse qui pèse sur toute 
notre vie? Nous n'avons pas à cœur l'art divin 
qui nous ferait remporter la victoire ; jamais, 
dans les moments de trêve, nous ne cherchons 
.ce qui pourrait nous être avantageux. Nous ne 
montons sur le char que pour entrer en lice ; et 
• de là le ridicule dont nous nous couvrons. N'ai-je 
pas dit souvent : Exerçons-nous avec nos proches 
.avant que vienne l'épreuve? Souvent dans nos 
maisons des enfants nous mettent hors de nous- 
mêmes : c'est là que nous devons calmer nos 



emportements, si nous voulons ensuite nous 
montrer modérés à l'égard de nos amis. Nous 
avons des armes diverses, un enseignement 
suivi pour tout le reste, pour les sciences et les 
combats : pour la vertu rien de semblable. 
L'homme des champs n'oserait pas toucher à la 
vigne s'il n'avait pas appris à la cultiver; un 
matelot ne s'asseoira pas au gouvernail s'il n'en 
connaît pas le maniement : et nous , sans expé- 
rience aucune, nous prétendons gouverner. 
Nous devrions garder le silence, et ne nous mê- 
ler des intérêts du prochain ni dans les actes ni 
dans les paroles, jusqu'à ce que nous eussions 
apprivoisé la bète féroce qui vit en nous. 

Est-ce que la colère et la convoitise ne nous La colère 
.attaquent pas avec plus de fureur qu'une bête J^J^™" 
féroce quelconque? Ne vous transportez pas dans ia * nei £ a J® c 
l'agora, suivi de ces animaux sauvages, avant de reur que dos 
les avoir solidement enchaînés ou d'avoir mo- bète8 féroces 
difié leur nature. Ne voyez-vous pas ces hommes 
qui mènent sur la place publique des lions ap- 
privoisés, le gain qu'ils font et l'admiration qu'ils 
excitent, parce qu'ils ont rendu si doux un ani- 
mal privé de raison? Mais si le lion donne tout 
à coup des signes de colère , il frappe d'épou- 
vante tous ceux qui sont dans l'agora, son con- 
ducteur lui-même est en péril et peut aisément 
devenir pour les autres une cause de mort. Com- 
mencez, vous aussi, par apprivoiser le lion, et 
vous pourrez alors le mener avec vous ; et ce ne 
sera pas pour recueillir de l'argent, ce sera pour 
gagner une récompense à laquelle on ne saurait 
rien comparer. Rien de comparable, en effet, à 
la modération; cette vertu fait le bonheur de 
ceux qui la possèdent et de ceux qui en profitent. 
Attachons-nous donc à la pratiquer, afin que, 
après avoir exactement fourni la carrière de la 
vertu , nous obtenions les biens impérissables, 
par la grâce et l'amour de Notre-Seigneur Jésus- 
Christ, à qui gloire, puissance, honneur, en 
même temps qu'au Père et au Saint-Esprit, main- 
tenant et toujours, et dans les siècles des siècles. 
Ainsi soit-il. 



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7* 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



HOMÉLIE XXX. 

• Comme ils sortaient, on les priait de revenir le prochain 
jour de sabbat parler sur les mêmes matières. » 

Prudence de 4. Voyez-vous la prudence de Paul? Non-seu- 
Mint Paul, jgujgut ii i eg f r appe d'admiration par sa parole, 
mais encore il fait naître en eux le désir de l'en- 
tendre de nouveau : c'est un germe qu'il dépose 
dans les âmes, en ne disant pas tout à la fois, en 
s'imposant des bornes; il se concilie par là leur 
» sympathie et leur bienveillance, au lieu de pro- 
voquer leur dégoût par l'excès. Il avait dit : 
« Par lui vous obtiendrez la rémission des pé- 
chés; » mais de quelle manière, c'est ce qu'il 
n'avait pas exposé. Il revient ensuite à parler de 
lui-même ; et vous savez avec quelle générosité. 
L'auteur rapporte que beaucoup d'auditeurs le 
suivirent. Pourquoi ne les baptisa-t-il pas aussi- 
tôt? Ce n'était pas encore le moment, il fallait 
d'abord les instruire pour les rendre stables dans 
la foi. « Et, quand l'assemblée fut congédiée, 
beaucoup de Juifs et de prosélytes qui servaient 
Dieu suivirent Paul et Barnabé; et ceux-ci con- 
tinuant à leur parler les exhortaient à se main- 
tenir dans la grâce de Dieu. Le sabbat suivant, 
presque toute la ville se réunit pour écouter la 
divine parole. Or, les Juifs voyant cette grande 
foule, furent transportés de jalousie, et contre- 
disaient avec des blasphèmes les paroles de Paul . » 
Vous le voyez, quand elle frappe, la malice est 
elle-même frappée. Bien ne contribuait à la 
gloire des apôtres comme de telles oppositions. 
En premier lieu, les Juifs leur avaient demandé 
spontanément de parler; et maintenant ils les 
contredisent, et de plus ils blasphèment. Quelle 
aveugle impétuosité! Ce qui méritait leur ap- 
probation excite leur colère. 

« Alors Paul et Barnabé leur dirent avec assu- 
* rance : C'est à vous que nous devions première- 
ment annoncer la parole de Dieu; mais puisque 
vous la repoussez et que vous vous jugez vous- 
mêmes indignes de la vie éternelle, voici que 
nous allons vers les Gentils. » C'est donc par les 
contradictions surtout qu'ils étendaient le règne 



de l'Evangile. C'est là ce qui les fit se tourner 
vers les nations, après s'être toutefois mis hors 
de tout reproche et de toute récrimination au- 
près de leurs concitoyens. Paul ne dit pas : Vous 
êtes indignes ; il dit : « Vous vous jugez vous- 
mêmes indignes. » Sa parole n'a de la sorte rien 
de blessant, « Voici que nous allons vers les Gen- 
tils. Tel est le précepte que le Seigneur nous a 
donné : Je vous ai posés pour être la lumière des 
nations, pour que vous soyez leur salut jusqu'aux 
extrémités de la terre. » Isa., xux, 6. De peur 
que plus tard les Gentils, apprenant le langage 
tenu par l'Apôtre, n'en fussent attristés, comme 
ne devant pas leur conversion an zèle des pré- 
dicateurs, il invoque le témoignage du prophète. 
« Je vous ai posés pour être la lumière des na- 
tions, pour que vous soyez leur salut jusqu'aux 
extrémités de la terre. A cette parole, les Gen- 
tils... d Les prosélytes en éprouvèrent sans doute 
un redoublement d'ardeur, voyant que leurs 
frères jouiraient du bonheur qu'eux-mêmes 
goûtaient déjà; mais les Juifs n'en étaient que 
plus irrités. « A cette parole, les Gentils se ré- 
jouirent et glorifièrent la parole du Seigneur; 
tous ceux qui étaient prédestinés à la vie éter- 
nelle embrassèrent la foi , » ceux dont Dieu avait 
prévu la conversion. Voyez ensuite avec quelle 
rapidité se répand le divin secours. « Or, la pa- 
role du Seigneur se disséminait dans toute la 
contrée. » Elle était divulguée par la nature des 
œuvres en même temps que par le zèle des apô- 
tres. Ce zèle était néanmoins plein de feu : voici 
qu'ils vont accomplir de plus grandes choses, 
qu'ils se disposent à prendre un plus libre essor, 
à se transporter au milieu des nations ; écoutez 
encore de quelle manière : « Paul et Barnabé 
leur dirent avec assurance : C'est à vous pre- 
mièrement que nous devions annoncer la parole 
de Dieu; mais puisque vous la repoussez, voici 
que nous allons vers les nations. » 

Ils allaient donc franchir les limites du ju- 
daïsme, tout en gardant une certaine mesure 
dans cet élan de leur foi, et certes avec raison ; 
car si Pierre se défendait à cette occasion, bien 
plus ceux-ci devaient-ils se tenir en garde, per- 
sonne ne les ayant appelés de ce côté. En leur ' 
déclarant que la prédication devait commencer 

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HOMÉLIE XXX, 
par les Juifs, Paul leur montrait bien qu'ils n'en 
étaient pas exclus; et de plus il leur disait for- 
mellement qu'elle leur était nécessaire. « Mais 
puisque vous la repoussez... » qu'ajoutera-t-il? 
des malédictions ou des menaces? Non : « Nous 
allons vers les Gentils. » Quelle modération dans 
k fermeté! a Or, les Juifs, ayant excité des 
femmes pieuses et d'une condition honorable, 
ainsi que les principaux de la cité, allumèrent 
une persécution contre Paul et Barnabé, et ils 
les chassèrent de leur pays. » Voyez-vous à quel 
excès d'audace se portent les ennemis de la pré- 
dication , quelle impudence ils inspirent à ces 
femmes? a Ayant alors secoué contre ces per- 
vers la poussière de leurs pieds, ils vinrent à 
Iconium. » Us accomplissaient à la lettre le ter- 
rible précepte donné par le Christ : « Si quel- 
qu'un ne vous accueille pas, sortez et secouez la 
poussière de vos pieds. » Matth., x, 14; Marc, 
vi, 11 . Ce n'est pas sans motif ni de prime abord 
qu'ils agissent ainsi, c'est après avoir été chassés. 
Cela du reste ne fut nullement préjudiciable aux 
disciples ; ils n'en furent que plus persévérants 
dans le ministère de la parole. L'auteur l'indique 
clairement : « Mais les disciples, dit-il, étaient 
remplis de joie et de l'Esprit saint. » Les tri- 
bulations du maître ne rendent pas le disciple 
moins confiant, elles augmentent plutôt son ar- 
deur et son courage, a II arriva à Iconium qu'ils 
entrèrent ensemble dans la synagogue des Juifs, 
et ils parlèrent de telle sorte qu'un grand nom- 
bre de Juifs et de Gentils embrassèrent la foi. » 
Les voilà de nouveau dans une synagogue. Ils 
n'exprimaient donc pas un sentiment de crainte 
lorsqu'ils disaient : « Nous allons vers les Gen- 
tils. » C'était là cependant ôter à leurs conci- 
toyens tout moyen de justification, « Un grand 
nombre de Juifs et de Gentils embrassèrent la 
foi. » On doit en conclure qu'ils prêchaient aux 
seconds comme aux premiers. 

a Mais ceux des Juifs qui restèrent incrédules 
soulevèrent et ameutèrent les esprits des Gentils 
contre les frères. » Gomme si ce n'était pas assez 
de leur propre fureur, ils appellent les étran- 
gers à leur aide. Pourquoi dès lors les apôtres 
ne s'éloignèrent - ils pas aussi de cette ville? 
c'est qu'on ne les expulsait pas, et qu'on se bor- 



73 

nait à les combattre, a Ils y demeurèrent donc 
longtemps, agissant librement dans le Seigneur, 
qui rendait témoignage à la parole de sa grâce, 
et qui leur donnait le pouvoir d'opérer des 
signes et des prodiges. » C'est ce qui produisait 
la confiance, et leur noble générosité la pro- 
duisit encore mieux. Aussi n'avaient-ils pas fré- 
quemment recours aux miracles, parmi lesquels 
il faut bien compter la foi de leurs auditeurs. 
La fermeté dont ils donnaient l'exemple n'était 
donc pas sans effet. « Et toute la ville se divisa : 
les uns se rangèrent du côté des Juifs, les autres 
du côté des apôtres. » Une pareille division n'é- 
tait pas un mince grief contre leurs adversaires. 
Voilà ce que le Christ avait dit : « Je ne suis pas 
venu apporter la paix, mais le glaive. » Matth., 
x, 34. « Or, comme les Gentils et les Juifs avec 
leurs chefs allaient se précipiter sur eux pour les 
accabler d'outrages et les lapider, les apôtres, 
l'ayant appris, se réfugièrent dans les villes voi- 
sines de la Lycaonie , Lystres et Derbé , et dans 
toute la contrée des environs, et ils y prêchaient 
l'Evangile. » 

2. Les ennemis de la prédication semblent de 
nouveau vouloir contribuer à l'étendre, après 
les développements qu'elle a déjà pris, en les 
chassant de nouveau. Partout les persécutions 
servent au triomphe du bien : les persécuteurs Les persé- 
succombent, les persécutés revêtent un éclat vent°toajou« 
immortel. A Lystres, Paul opère un miracle, en J^^ 1 * 1 ' 110 
redressant un boiteux auquel il s'adresse d'une 
voix forte; comment, écoutez : a II y avait 
à Lystres un infirme qui se tenait toujours assis, 
boiteux dès le sein de sa mère, n'ayant jamais 
marché. Cet homme écoutait Paul parler; et 
Paul, le regardant et voyant qu'il avait la con- 
fiance de pouvoir être sauvé, dit d'une voix 
forte : Lève-toi droit sur tes pieds. Et l'infirme 
bondit et se mit à marcher. » Pourquoi l'Apôtre 
élève-t-il la voix ? Pour frapper et persuader la 
multitude. Remarquez avec quelle attention Je 
boiteux écoute la parole sainte; c'est ce que si- 
gnifie ce mot a il écoutait. » Quelle philosophie! 
L'infirmité n'étouffait nullement en lui le désir 
de s'instruire. « Paul , le regardant, et voyant 
qu'il avait la confiance de pouvoir être sauvé. » 
L'ordre suivi par l'Apôtre est bien arrêté, quoi- 



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74 HOMÉLIES SUR LES 

que le contraire eût eu lieu pour les autres. On 
avait d'abord guéri les corps, pour en venir 
ensuite à la guérison des âmes : ce n'est pas ce 
qui se passe ici , et Paul me parait porter avant 
tout ses regards sur l'âme. « La foule, à la 
vue de ce que Paul avait fait, se mit à pousser 
de grands cris, disant en lycaonien : Des dieux 
revêtus d'une forme humaine sont descendus 
vers nous. Or ils appelaient Barnabé Jupiter, 
et Paul Mercure, parce que c'est lui surtout qui 
portait la parole. Le prêtre même de Jupiter, 
dont le temple était près de leur ville, vint de- 
vant la porte avec des taureaux et des couronnes, 
et voulait, ainsi que tout le peuple, leur offrir 
des sacrifices. » Leur intention n'était pas d'a- 
bord manifeste; car c'est en leur langue qu'ils 
disaient : « Des dieux revêtus d'une forme hu- 
maine sont descendus vers nous, d Aussi les 
apôtres ne leur disaient-ils rien ; mais, quand ils 
virent les couronnes, ils sortirent en se déchi- 
rant les vêtements. « Dès qu'ils l'entendirent, 
les apôtres Paul et Barnabé, déchirant leurs ha- 
bits, se jetèrent au milieu de la foule, en s'é- 
criant : Hommes, qu'allez-vous faire? Nous ne 
sommes nous-mêmes que des hommes passibles 
et mortels comme vous. » Vous les voyez par- 
tout ennemis de la vaine gloire , non-seulement 
ne la recherchant pas , mais encore la repous- 
sant quand on la leur offre. 

Telle était aussi la parole de Pierre : « Pour- 
quoi vos yeux sont-ils fixés sur nous, comme si 
nous avions fait marcher cet homme par notre 
puissance et notre piété? » Act., ni, 12. Vous 
entendez ici le même langage. Joseph disait éga- 
lement à propos des songes ! « N'est-ce pas de 
Dieu que vient cette interprétation ? » Gènes., 
xl, 8; et de même Daniel : « Cela ne m'a pas 
été révélé par une sagesse qui me soit person- 
nelle. » Dan., 11, 30. Paul revient sans cesse 
sur cette pensée, comme par exemple, quand il 
dit: « Qui serait capable d'un tel ministère...? 
Ce n'est pas que nous puissions de nous-mêmes 
avoir une bonne pensée; tout notre pouvoir 
émane de Dieu seul. » II Cor., 11, 16; m, 5. 
Reprenons les textes cités. Ce n'est pas sans 
raison que la foule s'attachait aux apôtres ; mais 
de quelle façon? Elle les priait de lui redire les 



ACTES DES APOTRES. 

mêmes choses, et c'est par les œuvres qu'elle 
témoignait l'ardeur de son désir. Elle ne se bor- 
nait pas aux prières, elle y joignait les louanges 
et les remerciements. Aussi les apôtres « lui par- 
lèrent-ils en l'exhortant à demeurer dans la 
grâce de Dieu. » Pourquoi les contradictions ne 
s'élevaient-elles pas alors? C'est que les con- 
seillers gardaient encore le silence. Ceux-ci n'é- 
taient jamais mus que par la passion. Non con- 
tents de contredire, ils blasphémaient; car la 
perversité ne connaît pas de bornes. Quelle fer- 
meté dans les prédicateurs ! « C'est à vous que 
nous devions premièrement annoncer la divine 
parole: mais, puisque vous la repoussez... » 
Point d'injure. Les prophètes avaient rencontré 
la même opposition ; on refusait de les entendre. 
« Puisque vous la repoussez, » ce n'est pas sur 
nous que retombent votre résistance et vos ou- 
trages. « Puisque vous vous jugez vous-mêmes 
indignes , » ajoute Paul , ce qui ne permet pas 
de voir un acte de religion dans la conduite des 
Juifs; « puisque vous la repoussez, nous allons 
vers les Gentils. » 

Quelle modération dans ce langage t II ne dit 
pas : Nous vous abandonnons. Non ; il leur laisse 
l'espoir du retour. — Nous ne voulons pas vous 
faire insulte; nous obéissons simplement à l'ordre 
qui nous est donné. Les Gentils devaient en- 
tendre la parole ; maiâ ce n'est pas à nous, c'est 
à vous que sera due l'instruction qu'ils vont re- 
cevoir par notre ministère, a Le Seigneur nous 
a donné ce précepte : Je vous ai posés pour être 
la lumière et le salut des nations; » c'est-à-dire 
pour transmettre à toutes les nations la science 
du salut. Voilà ce qu'indique cette parole : 
« Tous ceux qui étaient prédestinés pour la vie 
éternelle. » D'où il résulte clairement que leur 
élection vient de Dieu, mais sans que le mot 
prédestination, ou plutôt préordination, sui- 
vant le texte, implique une nécessité, a Ceux 
qu'il a prévus , dit-il ailleurs , il les a prédesti- 
nés. » Rom., vin, 29. Les apôtres ne s'en te- 
naient plus aux villes , ils se répandaient dans 
la contrée. En les écoutant, plusieurs des Gen- 
tils ne tardèrent pas à s'approcher. « Les Juifs 
alors excitèrent des femmes pieuses et provo- 
quèrent une persécution. » N'oubliez pas que le 

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HOMÉLIE XXX. 

zèle aveugle de ces femmes n'est que leur ins- 
trument, a Ils les expulsèrent de leur pays , » 
de la contrée tout entière, et non de la ville 
seulement. Une chose plus terrible : « Et les 
disciples étaient remplis de joie et de l'Esprit 
saint » Les maîtres étaient chassés, et cependant 
ils étaient dans l'allégresse. Vous voyez éclater 
ici la merveilleuse puissance inhérente à l'Evan- 
gile. « Ils ameutèrent les esprits des Gentils 
contre les frères , » ils les calomniaient, ils sou- 
levaient contre eux des accusations sans nombre, 
ils maltraitaient de toute manière ces hommes 
simples et droits. 

3. Remarquez comme l'auteur ne cesse de tout 
rapporter à Dieu. « Ils y demeurèrent long- 
temps, dit-il, agissant avec assurance dans le 
Seigneur, qui rendit témoignage à la parole de 
sa grâce. » Ne voyez pas ici un amoindrissement. 
Quand l'Apôtre disait : « Il a rendu témoignage 
sous Ponce-Pilate, » I Tim., vi, 13, c'est la con- 
fiance qu'il manifestait ; maintenant il parle du 
peuple. Donc ils n'attendirent pas, ils prévinrent 
l'attaque, « et se réfugièrent dans les villes de 
la Lycaonie, Lystres et Derbé, d'où ils se répan- 
dirent dans les contrées environnantes. » Ils 
échappaient de la sorte à la fureur des ennemis. 
De plus, leur zèle s'exerçait dans les campagnes, 
et ne se renfermait pas dans l'enceinte des cités. 
Remarquez aussi la droiture des étrangers et la 
perversité des Juifs. C'est par leurs actes que les 
premiers se montraient dignes d'entendre la 
parole, et les miracles seuls leur arrachaient 
déjà les plus grands hommages. Pendant que 
les uns honoraient les apôtres comme des dieux, 
les autres les chassaient comme des êtres fu- 
nestes. Non-seulement ceux-là ne s'opposaient 
pas à la prédication , mais encore Us disaient : 
a Des dieux revêtus d'une forme humaine sont 
descendus vers nous; » et les Juifs de se scan- 
daliser, a Ils appelaient Barnabé Jupiter, et Paul 
Mercure. » Je suppose que Barnabé avait un 
aspect imposant. Ce n'était pas une légère ten- 
tation qui naissait de cette ardeur excessive; 
elle ne servait néanmoins qu'à faire ressortir la 
vertu des apôtres. Voyez comme toujours ils 
-rapportaient tout à Dieu. 

Marchons sur leurs traces; n'estimons pas que 



rien nous appartienne en propre, puisque la foi 
même n'est pas de nous. Qu'elle n'ait pas en 
nous son origine, mais en Dieu, c'est Paul qui 
le déclare; écoutez : « Et cela ne vient pas de 
nous, c'est un don de Dieu. » Ephes., n, 8. Re- 
jetons donc les pensées superbes , ne nous en- 
flons pas; car après tout nous sommes des 
hommes, terre et cendre, ombre et fumée. Et 
d'où vous vient, dites-moi, cette haute opinion 
de vous-même? Serait-ce de ce que vous avez 
fait l'aumône et distribué de l'argent ? Eh 
quoi I Et si Dieu n'avait pas voulu vous faire 
riche? Songez donc à ceux qui n'ont rien; son- 
gez à ceux qui se sont sacrifiés eux-mêmes, 
et qui se regardaient comme des malheureux, 
après avoir cependant tout donné. C'est dans 
votre intérêt que vous avez fait quelques lar- 
gesses, le Christ s'est immolé pour vous : vous 
avez payé simplement une dette, le Christ ne 
vous devait rien. Pensez aux incertitudes de l'a- 
venir, et vous éprouverez de la crainte, au lieu 
de l'orgueil. N'éteignez pas la vertu sous l'ar- 
rogance. Voulez-vous accomplir quelque chose 
de grand? ne présumez jamais de vos grandes 
œuvres. Vous êtes vierge? Les vierges dont 
parle l'Evangile ne Tétaient pas moins ; mais la 
virginité ne leur fut d'aucun avantage, parce 
qu'elles n'avaient aucun sentiment de charité. 
Rien n'est comparable à l'humilité : elle est la 
mère, la racine , l'aliment , la base , le lien de l'humilité, 
toutes les vertus; sans elle nous ne méritons 
que le mépris et l'abomination , nous sommes 
plongés dans l'impureté. Supposez, s'il est pos- 
sible, que quelqu'un ressuscite les morts, re- 
dresse les boiteux, détruise la lèpre, mais avec 
orgueil : c'est le dernier des misérables et le 
plus audacieux des impies. N'imaginez pas avoir 
un bien quelconque en partage. Avez-vous le 
privilège de l'éloquence et la grâce de l'ensei- 
gnement? ne croyez pas pour cela être au-dessus 
des autres. Si vous avez reçu de plus grands 
dons, c'est un motif d'être plus humble. La mi- 
séricorde dont vous avez été l'objet doit être la 
mesure de votre amour. 

Humiliez-vous donc en voyant que Dieu vous 
a favorisé plus que les autres. Que cette vue vous 
remplisse d'une salutaire frayeur ; car vous y 



Rien de 
comparable à 



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76 HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



trouveriez infailliblement votre perte, si vous 
n'étiez pas vigilant. De quoi vous enorgueillissez- 
vous? De ce que vou&enseignez en paroles? Mais 
il est aisé de philosopher ainsi. Enseignez-moi 
par le caractère de votre vie : c'est renseigne- 
ment par excellence. Vous voulez prouver la né- 
cessité de la modestie, et là-dessus vous déroulez 
un long discours, vous déployez une facile rhé- 
torique. On vous répondra que celui-là vaut plus 
que vous, qui nous persuade la même vérité par 
i/action plus ses œuvres. La parole n'imprime pas les idées 
que ia parole i'£ me comme l'action : vos discours ne pro- 

imprime les ' * 

idées dans duisent aucun bien, et font plutôt du mal, si 
vous n'y joignez l'exemple. Mieux vaudrait ne 
pas parler. Pourquoi? Parce que vous me pro- 
posez une chose impossible. En effet, voici quelle 
est alors ma pensée : Si vous ne faites pas ce que 
vous dites , ce que vous dites avec tant d'éclat , 
je suis beaucoup plus excusable en ne le faisant 
pas, moi qui garde le silence. Voilà pourquoi le 
prophète parle ainsi : « Dieu a dit au pécheur : 
Comment oses-tu raconter mes justices? » Ps. 
xlix, 16. C'est un grand fléau qu'un homme en- 
seignant bien par la parole et détruisant son en- 
seignement par sa conduite. C'est dans les églises 
la source d'un nombre incalculable de maux. 
Aussi pardonnez-moi , je vous en conjure*, si je 
m'étends longuement sur ce sujet. Il en est beau- 
coup qui mettent tout en jeu pour arriver à pro- 
noncer un grand discours au milieu du peuple; 
et, s'ils provoquent les applaudissements de la 
foule, c'est comme s'ils étaient couronnés rois; 
si l'auditoire ne les accueille que par le silence , 
c'est pour eux un chagrin qui leur donne un 
avant-goùt de la géhenne. Ce qui ruine encore 
les Eglises, c'est que vous, au lieu de rechercher 
des discours de pénitence et de piété, ne courez 
qu'après les mots qui flattent l'oreille, comme s'il 
s'agissait d'aller entendre des chanteurs ou des 
joueurs de flûte, et que nous avons, nous, la dé- 
plorable lâcheté de flatter cette sorte de convoi- 
tise, que nous devrions exterminer. 

4. Nous ressemblons à ce père esclave des ca- 
prices de son enfant, et qui, lorsque celui-ci est 
malade, ne lui refuse aucune satisfaction, lui 
donne des friandises et des boissons froides, sans 
souci de ce qui pourra lui faire du bien ; puis, 



les médecins venant à le blâmer, croit se jus- 
tifier en disant : Que faire? je ne puis pas sup- 
porter ses pleurs. — Misérable, homme vil et 
traître , à qui ne convient plus le nom de père , 
ne valait-il pas mieux , au prix d'une passagère 
contradiction, le rendre entièrement à la santé, 
que lui procurer un plaisir cause d'une perpé- 
tuelle affliction? Ainsi faisons-nous quand nous 
courons après une parole recherchée, quand nous 
mettons tous nos soins à l'harmonie du discours, 
nous proposant de plaire et non de faire le bien, 
d'exciter l'admiration et non d'instruire, de pro- 
curer un agrément et non d'inspirer la componc- 
tion, d'obtenir de bruyants éloges et non de cor- 
riger les mœurs. Croyez à la sincérité de ma 
parole, lorsqu'il m'arrive en prêchant d'être ap- 
plaudi par vous, j'éprouve au moment même un 
gentiment humain, — et pourquoi ne dirais-je 
pas la vérité? — je ressens une secrète complai- 
sance, une sorte d'enivrement; mais, dès que je 
suis rentré dans ma demeure, pensant que vous 
ne retirez aucun fruit de mes instructions mal- 
gré vos louanges , et que votre enthousiasme a 
peutrêtre été l'obstacle au bien qui devait s'opé- 
rer, je suis dans l'angoisse, je gémis, je verse 
des larmes, je déplore l'inutilité de mes efforts, 
et je me dis à moi-même : De quel profit me se- 
ront les sueurs que j'ai versées, mes auditeurs 
n'en trouvant aucun dans mes paroles, parce 
qu'ils ne l'ont pas voulu? J'ai souvent eu l'in- 
tention de porter une loi prohibant les applau- 
dissements, et vous obligeant à recueillir la doc- 
trine dans un profond silence, avec un ordre 
parfait. Soyez donc calmes, je vous en prie, 
écoutez mon conseil, et d'un commun accord 
posons cette loi : que nul ne puisse interrompre 
par des applaudissements le ministre de la pa- 
role sainte. Si l'on veut admirer, qu'on admire 
en silence, personne ne vous en empêchera; mais 
portez toute votre attention et tout votre zèle à 
l'enseignement qui vous est transmis. 

Pourquoi donc avez-vous applaudi? C'est ce 
que j'entends vous défendre; et vous ne m'écou- 
tez même pas à cet égard. La discipline de la 
philosophie est aussi la source des plus grands 
biens. Quand les philosophes de la Grèce par- 
laient, aucun auditeur n'osait applaudir; nous 



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HOMÉLIE XXX. 



77 



ne voyons pas non pins que la prédication des 
apôtres fût jamais accueillie par des acclama- 
tions et des applaudissements. Cet ordre sera 
pour nous un grand avantage. Il ne reste qu'à 
l'établir : écoutez tous avec calme, et nous dirons 
tout avec liberté. Vous retireriez-vous après avoir 
applaudi, retenant ce que vous avez entendu, 
que cet éloge serait encore inutile. Je ne récla- 
merais pas cependant, de peur qu'on ne m'accu- 
sât d'être d'une humeur sauvage; mais, comme 
il n'en résulte maintenant aucun gain, que nous 
y trouvons plutôt un dommage, retranchons cet 
abus, enlevons cet obstacle, débarrassons l'âme 
d'une pareille superfétation. Le Christ prêcha 
sur la montagne ; et personne ne dit rien jusqu'à 
ce qu'iL eût fini de parler. Je ne porte aucun 
préjudice à ceux qui désirent l'approbation ; je 
fais même qu'ils soient plus admirés. Mieux vaut 
écouter d'abord en gardant le silence, et puis 
emporter dans sa mémoire de quoi toujours ap- 
plaudir, dans sa maison et jusque sur la place 
publique , que de rentrer chez soi l'esprit vide , 
ayant tout oublié , ne conservant plus dès lors 
un motif raisonnable d'applaudir. N'est-on pas 
un auditeur ridicule, un moqueur même, quand 
on déclare que le maître a bien parlé, mais sans 
pouvoir rien répéter de ce qu'il a dit? C'est là 
du moins de l'adulation. Qu'on l'éprouve lors- 
qu'on vient d'entendre des joueurs de flûte ou 
des acteurs, c'est tout naturel; il n'est pas facile 
de reproduire leurs chants et leurs mélodies; 
mais, lorsqu'il s'agit des sentences de la philo- 
sophie et des principes de la vertu , que chacun 
peut énoncer sans peine, comment justifier celui 
qui ne sait pas rendre compte de son admira- 
tion? De plus, rien ne convient dans l'église 
comme le silence et la modestie. Que le tumulte 
règne au théâtre, dans les bains publics, dans les 
pompes du monde et l'agora : l'ordre et la tran- 
quillité, le respect et la sagesse doivent régner 
dans cette école de la céleste doctrine; c'est un 
port où l'agitation ne saurait pénétrer. 

Persuadez-vous bien de cette vérité, je vous 
le demande et je vous en supplie. Je suis à la 
recherche de tous les moyens par lesquels je 
puis être utile à vos âmes. Et celui-là ne me pa- 
rait pas le moins important : vous n'en profiterez 



pas seuls, nous en profiterons nous-mêmes. Il 
nous préservera de l'abattement comme de l'a- 
mour des louanges et de la gloire ; il nous met- 
tra dans la nécessité de vous édifier, au lieu de 
flatter vos oreilles, et de consacrer nos efforts et 
notre temps à la solidité des pensées, non au 
brillant des expressions. 

Entrez dans l'atelier d'un peintre, et vous y 
garderez aussitôt un silence complet. Agissez de 
même dans cette enceinte; et nous aussi, nous 
peignons, mais uniquement des images royales, 
jamais le portrait d'un simple particulier, tant 
nos couleurs sont supérieures. Que faites-vous? 
quoi, vous applaudissez encore! Ce n'est pas 
chose facile, je le vois, de corriger un abus in- 
troduit par la coutume cependant plus que par 
la nature. Notre langue est l'instrument de l'é- 
crivain, et l'Esprit saint est l'artiste. Est-ce qu'il 
y a du tumulte ou du bruit pendant les saints 
mystères, je vous le demande? Le calme et le 
silence ne règnent-ils pas pendant qu'on baptise, 
quand s'accomplit toute autre cérémonie sacrée? 
C'est la beauté spéciale qui brille au ciel. Ce tu- 
multe nous attire le blâme des Gentils : ils nous 
accusent de tout faire par ostentation et par or- 
gueil. En supprimant ce désordre, nous contri- 
buerons à détruire l'ambition. Si quelqu'un aime 
les louanges, qu'il sache les voir dans les heu- 
reux fruits que- ses instructions auront portés. 
J'insiste donc pour que nous établissions cette 
loi, afin que, nous étant conformés en tout au 
bon plaisir de Dieu, nous obtenions plus tard sa 
miséricorde, par la grâce et l'amour de son Fils 
unique, Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui gloire, 
puissance, honneur, en même temps qu'au Père 
et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et 
dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 



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78 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



HOMÉLIE XXXI. 

« A ces paroles les apôtres Paul et Barnabé se déchi- 
rèrent les habits et se jetèrent au milieu de la foule, 
en s'écriant : Hommes, que faites- vous? Nous sommes 
comme vous des hommes sujets à la souffrance, et qui 
venons vous apprendre à vous détourner de ces vains 
simulacres pour vous convertir an Dieu vivant, à 
l'Auteur du ciel , de la terre , de la mer et de tout ce 
qu'ils renferment. » 

véhémence 1. Quelle véhémence dans toute la conduite 
d daUe a deT" des ap ôtresI Ils déchirent leurs vêtements, ils 
apôtres, s'élancent, ils élèvent la voix, donnant ainsi les 
plus grands signes d'émotion, d'horreur et de 
désolation. En effet, c'eût été la plus désolante 
des calamités, un désastre irréparable qu'on les 
eût tenus pour des dieux, qu'ils eussent agrandi 
le domaine de l'idolâtrie, alors qu'ils étaient ve- 
nus pour le détruire. Le diable agissait en cela. 
Mais eux ne demeurent pas dans l'inaction, 
o Nous sommes comme vous des hommes sujets 
à la souffrance , » ont-ils dit ; et soudain ils ar- 
rêtent le mal dans son principe. Ils ne se bornent 
pas à cette qualification d'hommes; « comme 
vous , » ont-ils ajouté. Puis , pour ne point pa- 
raître honorer les dieux, ils poursuivent en ces 
termes : « Vous exhortant à quitter ces vains 
simulacres pour vous convertir au Dieu vivant, 
qui a fait le ciel , la terre et la mer, et tout ce 
qu'ils renferment. » Ps. cxlv, 6. Ils ne parlent 
nullement ici des prophètes , ils ne disent pas 
non plus pour quelle cause le Créateur de l'uni- 
vers a laissé les nations suivre leurs lois, a Lui 
qui dans les générations antérieures a laissé tous 
les peuples marcher dans leurs voies. » Us affir- 
ment le fait, ils n'en donnent pas la raison ; tout 
entiers à ce qui les occupe, ils ne prononcent 
pas même le nom du Clirist. « Mais il n'a pas 
voulu rester sans témoignage ; il a répandu ses 
bienfaits du haut du ciel, nous donnant les pluies 
et les saisons favorables, nous accordant la 
nourriture avec abondance et remplissant de 
joie nos cœurs. » L'Apôtre n'entend pas aggra- 
ver leur faute ; il leur apprend à tout rapporter 
à Dieu. Il avait appris de bonne source qu'il faut 
moins s'appliquer à célébrer dignement la gloire 



divine dans ses discours qu'à dire des choses 
utiles aux auditeurs. Voyez avec quels ménage- 
ments il glisse son accusation : Dieu les ayant 
ainsi traités, ils méritaient bien d'être punis 
ceux qui profitaient de ses largesses et ne sa- 
vaient pas même reconnaître qu'il les nourris- 
sait. Il ne le dit pas d'une manière formelle, il 
l'indique seulement : « Du haut du ciel il nous 
donne les pluies. » David avait parlé de même : 
a En récoltant le froment, le vin et l'huile, ils 
ont été comblés. » Ps. iv, 8. Parlant souvent de 
la création , il se plaît dans ces images. Jérémie 
parle également de la création d'abord, de la 
divine prévoyance ensuite, laquelle se manifeste 
par les pluies ; pénétré de cette doctrine, il voit 
Dieu a prodiguant à ses créatures la nourriture 
et la joie. » Jerem., v, 24. Dieu ne donne pas 
avec parcimonie, il ne donne pas le strict néces- 
saire ; il donne avec magnificence. 

a Ils dirent et à peine purent-ils calmer la foule 
et l'empêcher de leur sacrifier. » Cette conduite 
redoubla l'admiration. Remarquez les efforts 
qu'ils sont obligés de faire pour dissiper cette 
frénésie, a Survinrent alors des Juifs d'Antioche 
et d'Iconium qui poussèrent le peuple à lapider 
Paul, et puis le traînèrent hors de la ville, le 
croyant mort. » Vrais enfants du diable, ce n'est 
pas dans leurs propres villes seulement, c'est 
dans les villes étrangères qu'ils agissent ainsi ; 
ils mettent autant de zèle à détruire la prédica- 
tion que les apôtres en mettent à l'établir. 
« Ayant excité le peuple à lapider Paul, ils le 
traînèrent hors de la ville. » Là s'accomplit cette 
parole : a Ma grâce te suffit; car ma force éclate 
dans la faiblesse. » II Cor., xn, 9. C'est plus que 
de redresser un boiteux. Les Gentils les regar- 
daient comme des dieux, et leurs propres frères 
excitaient la multitude et les traînaient hors des 
murs ; parmi les premiers même, tous apparem- 
ment ne les admiraient pas. Voilà donc que dans 
la même ville ils étaient à la fois un objet d'ad- 
miration et de fureur. C'était encore une utile 
leçon pour les spectateurs de cette double scène. 
L'Apôtre lui-même déclare qu'il a souffert pour 
ce motif, quand il tient ce langage : « Pour que 
personne ne m'estime au-dessus de ce qu'il voit 
en moi ou de ce qu'il en entend dire. » Ibid.; 6, 



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HOMÉLIE XXXI 

<( Mais les disciples s'étant assemblés autour de 
lui, il se leva et rentra dans la ville. » Quelle 
ardeur 1 quel zèle invincible! quelle àme de 
feu! Paul rentre donc dans la même ville, 
montrant par là qu'il n'avait d'abord fui la 
persécution que pour aller répandre la parole 
et pour ne pas surexciter la fureur des ennemis. 
Voilà des choses qui faisaient la gloire des apô- 
tres non moins que les miracles, et qui leur 
causaient encore plus de joie; nulle part il n'est 
dit qu'ils se fussent retirés heureux d'avoir opéré 
des prodiges; tandis qu'ils l'étaient d'avoir subi 
les outrages pour le nom de Jésus. Lui-même les 
avait formés à de tels sentiments : a Ne vous 
réjouissez pas de ce que les démons vous obéis- 
sent. » Luc., x, 20. La vraie joie consiste à souf- 
frir pour le Christ. Du reste, ils revinrent tous 
dans les mêmes villes où leur vie avait été me- 
nacée. « Et le jour suivant, il partit avec Bar- 
nabé pour Derbé. Après avoir évangélisé cette 
ville et fait connaître à plusieurs la vérité, ils 
retournèrent à Lystres, à Iconium et à Antioche, 
fortifiant l'âme des disciples, les exhortant à de- 
meurer fermes dans la foi , et leur enseignant 
qu'il faut passer par beaucoup de tribulations 
pour entrer dans le royaume de Dieu. » 

2. Ce qu'ils disaient, ils le montraient par leurs 
exemples, a Fortifiant, est-il écrit, l'âme des dis- 
ciples. » Non contents de les fortifier, ils les re- 
cevaient dans les rangs des fidèles, et par leurs 
instructions, ils les prémunissaient contre toute 
chute. Dieu permettait comme à dessein que les 
épreuves des apôtres fussent partagées par les 
disciples, pour leur apprendre dès le commence- 
ment la puissance de la prédication et la néces- 
sité des souffrances, pour leur inspirer la géné- 
rosité, non-seulement à la vue des miracles, mais 
encore et surtout en face des tribulations. Paul 
le dira dans la suite : « Vous aurez à soutenir le 
même combat que vous m'avez vu soutenir ou 
dont on vous a rendu témoignage. » Philipp., i, 
30. Les persécutions succédaient aux persécu- 
tions : partout les guerres, les assauts, les lapi- 
dations. Quelle doctrine ! Comment persua- 
daient-ils en commençant par annoncer des 
souffrances? Voici maintenant une consolation 



7» 

chaque Eglise , en priant et jeûnant , ils les re- 
commandèrent au Seigneur, en qui ils avaient 
cru. » Voyez-vous encore une fois la brûlante 
piété de l'Apôtre : « Parmi les prières et les 
jeûnes, ils les recommandèrent au Seigneur. » 
Le jeûne accompagnait donc l'imposition des 
mains. Le jeûne vous apparaît là de nouveau 



Lo jeûne 

comme la purification de nos âmes. « Et, tra- J^es. 6 008 
versant la Pisidie, ils arrivèrent en PamphyUe; 
et, après avoir porté la parole à Perge, ils des- 
cendirent à Attalie. » De peur que la confiance 
des disciples ne fût ébranlée à la vue des mau- 
vais traitements infligés à ceux qu'on prenait 
tout à l'heure pour des dieux, les apôtres vien- 
nent les trouver et leur parlent. Remarquez 
ceci : Paul va d'abord à Derbé , leur laissant de 
la sorte un moment de trêve; puis il se rend à 
Lystres, à Iconium et à Antioche; il s'éloigne 
des furieux, il se montre de nouveau quand ils 
sont calmés. Tout n'est pas évidemment l'œuvre 
de la grâce, le zèle agit aussi. 

« De là ils naviguèrent vers Antioche, d'où ils 
étaient partis , se livrant à la divine grâce pour 
l'œuvre qu'ils venaient d'accomplir. » Dans quel 
but sont-ils retournés à Antioche? Pour annon- 
cer ce qui s'était fait ailleurs. Ajoutez qu'une 
grande question se trouvait par là même résolue, 
qu'il fallait désormais prêcher avec confiance 
aux nations étrangères. Ils viennent donc le 
faire savoir ; et il arrive providentiellement qu'ils 
rencontrent ceux qui ne voulaient pas qu'on en- 
trât en rapport avec les Gentils : maintenant les 
prédicateurs partiront de Jérusalem avec une 
complète assurance. On pourrait dire aussi que 
l'historien a voulu prouver par là combien l'ar- 
rogance était étrangère à leur conduite. En ve- 
nant, ils témoignent à la fois de la confiance 
qui les a fait porter de leur propre mouvement 
l'Evangile aux nations, et de leur obéissance, 
puisqu'ils rendent compte du ministère qu'ils 
ont rempli : ce n'est donc pas l'orgueil qui les a 
guidés dans cette œuvre importante. « D'où ils 
étaient partis, dit l'auteur, livrés à la divine 
grâce. » Ils avaient obéi sans doute àl'Esprit saint, 
comme il l'a déclaré ; mais ils savaient que la 
volonté de l'Esprit était la même que celle du 



a Et, quand ils eurent établi des prêtres dans Fils, tout comme la puissance et la nature* 



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80 HOMÉLIES SUR LES 

« Quand ils furent arrivés, ils assemblèrent 
l'Eglise, et ils racontèrent les grandes choses 
que Dieu avait accomplies avec eux, et com- 
ment il avait ouvert aux Gentils les portes de la 
foi. Et ils demeurèrent là pendant assez long- 
temps avec les disciples. » Leur séjour était bien 
motivé : cette ville si grande avait besoin de 
docteurs. 

C'est le moment de revenir sur ce qui précède. 
Les apôtres avaient frappé de stupeur les idolâ- 
tres en se déchirant devant eux les habits. Jésus, 
fils de Navé, fit de même dans un désastre public. 
Ne regardez donc pas cette action comme indigne 
d'eux et de leur ministère ; ils n'eussent pas au- 
trement arrêté l'élan du peuple, éteint l'incen- 
die. Faudrait -il donc recourir à de pareilles 
démonstrations, ne nous y refusons pas. Les 
apôtres réussirent à peine en employant un tel 
moyen : que serait-il arrivé s'ils ne l'avaient pas 
employé? On n'eût pas manqué de dire qu'ils 
étaient pleins d'eux-mêmes, qu'ils cherchaient à 
briller. Remarquez cependant la modération 
qu'ils savent garder dans de si vifs reproches, 
où se manifestent surtout l'étonnement et la 
surprise. Voici ce qui frappa le plus les idolâ- 
tres : « Nous sommes comme vous des hommes 
sujets à la souffrance , venant vous enseigner à 
quitter ces vains simulacres pour vous convertir 
à Dieu. » Nous sommes néanmoins des hommes, 
supérieurs dès lors à vos idoles, lesquelles ne 
vivent pas. — Non contents de réfuter, ils en- 
seignent, mais sans parler encore des choses in- 
visibles. « Qui a fait le ciel , la terre et la mer, 
avec tout ce qu'ils renferment. » Ils se donnent 
les siècles pour témoins. Quelle rage chez les 
Juifs ! Ils ont l'audace de circonvenir un peuple 
prêt à rendre aux apôtres de tels honneurs, et 
finissent par lapider Paul. Ils le traînent hors 
de la ville , peut-être à cause de la crainte qu'il 
leur inspirait. « Parmi les prières et les jeûnes, 

Dans les 

ils le recommandèrent au Seigneur. » Ils nous 
fdut]eûner! apprennent de la sorte que dans les épreuves il 
faut jeûner. Les apôtres ne parlent pas de ce 
qu'ils ont fait, mais bien de ce que Dieu a fait 
avec eux; et je suppose qu'ils font allusion aux 
épreuves. Ce n'est pas sans but, moins encore 
pour éviter la fatigue, qu'ils y sont venus ; l'Es- 



ACTES DES APOTRES. 

prit saint les a conduits pour fonder la prédica- 
tion auprès de la gentilité. Et pourquoi, me 
demandera-t-on, n'ont-ils ordonné de prêtres ni 
dans l'île de Chypre, ni dans la Samàrie? Parce 
que ce dernier pays était rapproché des apôtres, 
et que le premier n'était pas loin d'Antioche, où 
la prédication existait déjà dans toute sa vi- 
gueur; tandis que les autres provinces récla- 
maient un secours immédiat, surtout pour les 
Gentils , dont l'instruction était plu^ difficile et 
plus longue. Eux avaient commencé cette ins- 
truction avec autorité, parce qu'ils avaient reçu 
mission de l'Esprit saint. Et voyez avec quelle 
ardeur Paul accomplit l'œuvre : il ne demande 
pas s'il faut parler aux nations étrangères, il 
parle sur-le-champ. De là ce qu'il disait : « Je 
n'ai pas été guidé par la chair et le sang. » 
Galal., i, 16. 

3. C'est assurément un grand bien que la tri- 
bulation , là se démontre une âme noble et gé- 
néreuse. Que d'hommes ont depuis embrassé la 
foi, mais aucun avec une pareille gloire? Tous 
nous avons besoin d'une ferveur pleine d'élan et 
de constance, d'une àme toujours prête à braver 
la mort : nous ne pouvons pas conquérir le 
royaume autrement que par la croix. Ne nous 
trompons pas nous-mêmes. S'il est incapable de 
supporter les rudes labeurs de la guerre, le vo- 
, luptueux, le lâche, l'esclave de l'argent et de la 
table, moins encore pourra-t-il figurer dans cette 
guerre. Et ne pensez-vous pas que nous exer- 
cions la plus terrible de toutes les milices? a Nous 
n'avons pas à lutter, dit l'Apôtre, contre des 
êtres de sang et de chair. » Ephes., vi, 12. Par- 
tout l'ennemi nous guette, aux repas, à la pro- 
menade, au bain. Il ne connaît pas de trêve, si 
ce n'est pendant notre sommeil ; et je me trompe 
encore, souvent alors il nous attaque, jetant dans 
notre àme des pensées impures, nous portant 
au mal par des images lascives. Et nous, comme 
si nous n'attachions aucun prix à l'objet du com- 
bat qu'il nous livre , nous ne pratiquons ni la 
sobriété ni la vigilance, nous ne considérons 
pas la multitude des puissances déchaînées contre 
nous, nous ne songeons pas au malheur qui nous 
menace : dans ce cercle d'ennemis, nous nous 
abandonnons aux délices comme si nous étions 



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HOMÉLIE XXXI. 



81 



en pleine paix. Croyez-moi, nous avons en face me direz-vous, plus on montrera d'insolence. — 

de nous des choses plus effrayantes que celles Vous vous affligez donc de l'accroissement de 

dont Paul fut assailli.^ Qu'avons-nous donc à récompense qu'on vous procure? — C'est un 

faire? Ce que lui-même fit : il ne conçut pas de homme sans retenue, me direz-vous encore. — 

haine contre ceux qui l'avaient lapidé ; traîné Vaine excuse de votre pusillanimité ; il sera 

hors des murs, il rentra soudain dans la ville, sans retenue peut-être, si vous essayez de vous 

prêt à faire du bien à ses persécuteurs. Si vous venger. 

avez supporté des insultes non moins iniques Si Dieu avait prévu qu'en vous interdisant la 

que graves, on peut dire que vous aussi vous vengeance il ôterait tout frein à la méchanceté 

avez été lapidé. * des autres, il n'aurait pas fait une telle loi, il 

Ne dites pas : Je n'ai fait de mal à personne, aurait dit, au contraire : Venge-toi. Mais non, il 

— A qui Paul avait-il fait du mal pour qu'on le sait que la patience vous est mille fois plus avan- 
lapidàt? Il annonçait le royaume, il retirait les tageuse. Ne vous faites pas une loi qui soit l'op- 
hommes de l'erreur, il les amenait à Dieu : au- posé de la loi divine ; contentez-vous *d'obéir. 

tant de choses qui méritaient des couronnes, Vous n'êtes apparemment pas plus parfait que Manière de 
des éloges solennels, des biens sans nombre, et l'Auteur de votre être. Il a dit : Supportez les "^re*. 6 ' 
non une grêle de pierres, ce qui fut cependant injures. — Et vous dites : Je les rends, dans Tin- 
la récompense de son dévouement. Glorieuse térêt de celui-là même qui me les a faites. — 
victime que celle-là. « On le traîna hors de la Vous avez donc plus de sagesse que Dieu? De 
ville. » On vous traîne aussi quelquefois; mais telles paroles ne peuvent venir que de la pas- 
ne vous livrez pas à la colère, continuez à pré- sion, de la colère , |de l'orgueil ; elles s'élèvent 
cher avec douceur. Quelqu'un vous a-t-il fait contre la loi divine. Ne devons-nous pas nous 
outrage? Gardez le silence, ou ne répondez que soumettre à cette loi, lors même qu'il en résul- 
par des bénédictions, si vous le pouvez; et vous- terait pour nous un préjudice? Quand le Sei- 
mème alors vous avez prêché, vous avez en- gneur a parlé, gardons-nous bien de dire le 
seigné la modération et la mansuétude. J'ai contraire, a Une réponse modeste, est-il écrit, 
connu beaucoup d'hommes qui ne ressentaient dissipe l'emportement. » Prov., xv, 1. Ce n'est 
pas aussi vivement les coups matériels que les pas la contention , c'est la soumission qui pro- 
blessures faites avec la parole; on le comprend, duit cet heureux effet. En vous faisant du bien 
puisque les uns tombent sur le corps et que les à vous-même , vous en faites à votre ennemi ; 
autres atteignent l'àme. Ne gémissons pas, sa- mais si vous vous causez un dommage, à vous 
chons même supporter ceux qui gémissent. Ne qui deviez le ramener au bien , beaucoup plus 
voyez-vous pas avec quelle énergie les athlètes le lui causerez-vous. « Médecin , guéris-toi toi- 
supportent la douleur, quand ils reviennent de même. » Luc., iv, 23. Vous a-t-on dénigré , ré- 
l'arène la tête ensanglantée, les dents brisées? pondez par des éloges; vous a-t-on injurié, 

— H ne s'agit pas ici de grincements ou de n'ayez que de douces paroles; a-t-on voulu vous 
morsures. — Souvenez-vous de Paul. Songez causer un tort , faites du bien : prenez toujours 
que battu vous avez remporté la victoire, et que le moyen opposé, si vous avez à cœur le salut 
l'auteur des coups subit la défaite; tout sera de de votre frère, si vous ne cherchez pas à satis- 
la sorte guéri. Ce n'est qu'un moment de souf- faire votre gassion. — Mais après avoir si sou- 
ffrance; ne vous laissez pas emporter, et l'œuvre vent éprouvé ma patience, il n'en est devenu 
est parfaite; ne soyez pas ébranlé, et le mal a que plus méchant. — Ce n'est pas votre affaire, 
complètement disparu. C'est une grande conso- c'est la sienne. 

lation de souffrir quelque chose pour le Christ : Voulez-vous savoir ce que le Seigneur a souf- 

vous ne prêchez pas la doctrine de la foi seule- fert? On renversa ses autels, on mit à mort ses 

ment, vous prêchez encore celle de la philoso- prophètes; et il supporta tout. Ne pouvait-il pas 

phie. — Mais plus je montrerai de modération, lancer sa foudre? Après qu'on avait immolé les 



tom. vm. 




82 HOMÉLIES SUR LES j 

prophètes envoyés par lui, c'est son propre Fils 
qu'il envoya. Le plus grand de ses bienfaits coïn- 
cide avec l'impiété la plus grande. Soyez, vous 
aussi, d'autant plus conciliant qu'un homme sera 
plus irrité contre vous : l'adoucissement doit être 
dans la proportion même de la frénésie. Oui, la 
gravité de l'insulte vous indique jusqu'où vous 
devez porter la douceur. Il en est de cet homme 
comme d'un malade dans toutes les ardeurs de 
la fièvre : il ne faut pas le contrarier. Quand une 
bête fauve entre en fureur, nous fuyons tous : 
ainsi devons-nous agir à l'égard de celui que la 
colère transporte. Ne regardez pas cela comme 
un hommage qu'on lui rend. Prétendons-nous 
honorer une bête féroce lorsque nous la fuyons? 
Ce n'est donc pas un honneur que nous faisons 
à l'homme furieux ; ce serait plutôt une insulte, 
si ce n'était pas un acte de piété. Ne voyez-vous 
pas comme les matelots serrent les voiles quand 
le vent souffle avec impétuosité , pour éviter la 
perte du navire ; et le cavalier, quand le cheval 
s'emporte, lui rendre la main, au lieu d'essayer 
vainement de le contenir en s'exposantlui-mème? 

4. Voilà des exemples que vous devez imiter. 
C'est un feu que la colère, c'est une flamme ar- 
dente qui ne demande qu'un aliment : ne four- 
nissez pas cet aliment à la flamme, et vous aurez 
pris le meilleur moyen de l'éteindre. La colère 
demeure sans effet, elle se perd dans le vide, 
quand personne n'est là pour l'alimenter. Vous 
n'avez pas d'excuse ; tandis que cet homme est 
le jouet de la fureur et ne sait pas ce qu'il fait. 
Si, le voyant, vous imitez sa conduite, bien loim 
d'en devenir plus sage, quelle indulgence méri- 
terez-vous? Supposez que, vous rendant à la 
salle du festin, vous rencontrez dans le vestibule 
un homme en état d'ivresse ; si vous tombez en- 
suite dans le même état, n'ètes-vous pas plus 
inexcusable que lui, l'exemple de sa dégrada- 
tion ne vous ayant servi de rien? Raisonnons ici 
de la même manière. Ne croyez pas vous justi- 
fier en disant : Je n'ai pas commencé. C'est là pré- 
cisément votre condamnation, que vous n'ayez 
pas eu plus de réserve, quand vous aviez un tel 
spectacle sous les yeux. Autant vaudrait dire : 
Je n'ai pas le premier donné la mort. Vous n'en 
méritez que mieux le supplice, puisque la vue 



CTES DES APOTRES. 

d'un meurtrier ne vous a pas rendu plus maître 
de vous-même. Je reviens à l'exemple déjàdonné : 
Vous voyez donc cet homme ivre vomir, se tordre 
dans la souffrance, ouvrir des yeux égarés, 
souiller la table d'immondices et tout le monde 
s'éloigner de lui; si vous ne respectez pas après 
cela les bornes de la tempérance, vous méritez 
assurément un blâme beaucoup plus rigoureux. 
Tel est l'homme dans l'accès de la colère : ses 
veines sont plus enflées que dans les efforts du 
vomissement, ses yeux jettent des flammes, ses 
entrailles sont déchirées, il vomit des paroles ré- 
voltantes, il tient les plus indigestes propos, sans 
pouvoir rien achever sous l'empire de la colère; 
de même que l'estomac surchargé se soulève 
dans un désordre complet, de même l'excès de 
l'emportement ébranle l'àme tout entière, ne 
lui permettant pas de garder les plus impor- 
tants secrets , lui faisant tout dire sans distinc- 
tion, de telle sorte qu'elle couvre de honte, non 
les auditeurs , mais elle-même. Eloignons-nous 
donc de ce furieux comme de celui qui vomit. 
Que faire ensuite? Couvrir de cendre les vomis- 
sements , envoyer les chiens pour les faire dis- 
paraître, et détourner les yeux. 

Je provoque vos nausées sans doute ; mais je 
voudrais que vous eussiez cette même impres- 
sion lorsque vous voyez de telles choses, au lieu 
d'y trouver un plaisir. L'insulteur est vraiment 
plus abominable que le chien qui revient à son 
vomissement. S'il s'arrêtait à la première explo- 
sion, la comparaison ne serait pas juste; c'est 
en récidivant qu'il la justifie. Quoi de plus hor- 
rible, quoi de plus dégoûtant que de prendre 
une telle nourriture? La nature en est révoltée; 
l'une de ces choses est contraire à ses lois aussi 
bien que l'autre. Comment? Il n'est pas dans la 
nature de se répandre en outrages, c'est même 
contraire à la nature ; aussi n'est-ce plus un 
homme qui parle alors, c'est une bête qui hurle, 
ou bien un fou. Une telle maladie n'est pas moins 
en dehors de la nature que toute maladie du 
corps; et la preuve, c'est qu'en y demeurant on 
finirait par en être la victime, tandis qu'on ne 
périt pas en respectant les lois de la nature. J'ai- 
merais mieux supporter la vue d'un homme qui 
mange des immondices qu'entendre celui qui 



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HOMÉLIE XXXII. 

parle ainsi. En vérité, ne croirait-on pas voir un 
pourceau vorace? Et que peut-on concevoir de 
plus hideux que les paroles qu'on prononce dans 
l'accès de la rage ? Il semble qu'on aurait peur 
de dire quelque chose de raisonnable, de ré- 
servé, de ne pas choquer assez violemment la 
raison et la décence ; et, ce qui fait le plus de 
mal, on sé déshonore soi-même tout en croyant 
ruiner l'honneur des autres. Que cela soit vrai , 
je vais vous le montrer par un exemple. Repré- 
sentez-vous, non point un simple menteur, mais 
une courtisane des plus effrontées ou telle autre 
personne échappée des coulisses, cherchant que- 
relle à quelqu'un ; si celui-ci ose lui renvoyer 
les injures qu'elle lui lancera, pour qui sera sur- 
tout la honte? L'une de ces personnes n'a rien 
entendu qu'elle ne sût déjà, et son ignominie ne 
pouvait pas s'accroître de la sorte ; c'est l'autre 
qui s'est déshonorée. Supposé même qu'il y ait 
des actions qui ne soient connues que de l'in- 
sulteur, et qu'après avoir gardé le silence là- 
dessus, il vous jette cette dernière insulte, encore 
alors la honte retombera sur lui. Cela se com- 
prend sans peine : Il a révélé le mal, il encourt 
l'infamie d'un abus de confiance; et soudain il 
verra tout le monde lui reprocher sa lâcheté ; 
chacun tiendra ce langage : S'il avait connais- 
sance d'un meurtre commis, il n'eût pas man- 
qué de le publier. On le fuira d'un commun ac- 
cord comme si ce n'était pas un homme, on le 
haïra, on le traitera de bête féroce ; tandis qu'on 
aura de l'indulgence pour l'insulté. 

Nous ne détestons pas, en effet, l'homme 
grièvement blessé ; mais nous avons en horreur 
ceux qui mettent à nu ses blessures. En pareil 
cas, on outrage donc moins la victime que soi- 
même , tous les auditeurs et la nature humaine 
tout entière : c'est frapper un coup sans pouvoir 
prétexter une utilité quelconque. A ce propos 
revient la leçon de Paul : « Ne prononcez que 
des paroles capables d'édifier et de communiquer 
la grâce à ceux qui vous écoutent. » Ephes., iv, 
29. Que notre langue prononce uniquement de 
sages discours, et nous recueillerons l'estime et 
l'affection. Mais tout est tellement bouleversé 
dans le monde que la plupart des hommes se 
glorifient de ce qui devrait les faire rougir. On 



83 

entend à chaque instant cette menace : Je vous 
dirai des choses devant lesquelles vous ne tien- 
drez pas. Les femmes parlent ainsi, celles-là 
surtout qui marchent courbées sous le poids de 
l'âge et de l'ivresse; les êtres les plus vils circu- 
lant dans l'agora s'expriment de la même ma- 
nière. Or, riçn de plus honteux, rien de moins 
digne d'un homme, rien de plus dégradant que 
de mettre sa force dans l'impudence de sa 
langue, de s'enorgueillir de son effronterie, à 
l'exemple des baladins et des mimes , des para- 
sites et des courtisans. Ceux qui y font con- 
sister leur gloire, sont plutôt des pourceaux 
que des hommes. Quand vous devriez rentrer 
sous terre , quand vous devriez fuir comme un 
danger capital, comme un déshonneur suprême, 
le reproche fondé qu'un autre vous ferait à cet 
égard, c'est vous-même qui faites parade de vos 
injures. Encore une fois , le préjudice n'est pas 
pour celui que vous insultez. 

Je vous en conjure donc, reconnaissant tout Exhortation 
ce qu'il y a de perversité dans une telle ostenta- moral0 ' 
tion, rentrons en nous-mêmes, corrigeons de 
plus ceux que possède cette folie , purgeons la 
cité de pareils entretiens, donnons à notre parole 
la beauté de la sagesse, ne prononçons plus un 
mot déplacé, afin que, purifiés de toutes nos 
fautes, nous puissions mériter la bienveillance 
et l'amour de Dieu, par la grâce et la charité de 
son Fils unique, à qui gloire, puissance, hon- 
neur, en même temps qu'au Père et au Saint- 
Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles 
des siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE XXXII. 

a Or ils y demeurèrent pendant un temps assez long avec 
les disciples. Et quelques-uns qui étaient venus de la 
Judée, enseignaient cette doctrine aux frères : Si vous 
n'êtes pas circoncis conformément à la loi de Moïse, 
voua ne pouvez pas être sauvés. » 

1. Le salut va toujours et nécessairement des Loeaiutde* 
Juifs aux Gentils. D'abord l'Apôtre répond aux £ 
accusations, et tâche en parlant de se faire par- aux Qenlil> - 
donner son zèle, ce qui prépare mieux les voies à 
son enseignement; puis, voyant la résistance de 



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84 HOMÉLIES SUR LES 

ses compatriotes, il se dirige vers les étrangers. 
Dans une autre circonstance la même opiniâtreté 
l'oblige à porter une loi. Gomme les ministres 
de l'Evangile, suivant les instructions qu'ils ont 
reeues de Dieu , parlent indistinctement à tout 
le monde, ceux des Juifs qui sont présents se 
laissent entraîner par la jalousie. Non-seule- 
ment ils prêchent la circoncision, mais encore 
ils la déclarent nécessaire au salut. Il fallait s'op- 
poser à cette doctrine et protester que désormais 
la circoncision était un obstacle au salut. Vous 
le voyez, sans cesse de nouvelles épreuves, soit 
au dedans, soit au dehors. Dieu permet que 
l'erreur se produise devant Paul, afin qu'il 
puisse la combattre. L'Apôtre ne dira pas cepen- 
dant : Eh quoi , ne croit-on pas à ma parole , 
après avoir vu de tels prodiges? Il cède par égard 
pour eux. Et tous, même les Samaritains, ap- 
prenant ce qui s'est accompli parmi les Gentils, 
s'en réjouissent. « Un grand débat entre eux et 
les deux apôtres s'étant élevé , il fut convenu 
que Paul et Barnabé, avec quelques autres, mon- 
teraient à Jérusalem , vers les premiers apôtres 
et prêtres , pour faire décider cette question. Or 
les envoyés de l'Eglise , en traversant la Phéni- 
cie et la Samarie, racontaient la conversion des 
Gentils, et remplissaient ainsi de joie l'âme de 
tous Jes frères. Quand ils furent arrivés à Jéru- 
salem , ils furent accueillis par cette Eglise , par 
les apôtres et les prêtres, et ils leur annoncèrent 
les grandes choses que Dieu avait faites avec 
eux. » Voyez se dérouler la pensée divine. « Or 
quelques-uns de la secte des pharisiens qui 
avaient embrassé la foi se levèrent, disant qu'il 
fallait les circoncire et leur commander de gar- 
der la loi de Moïse. Les apôtres donc et les 
prêtres se réunirent pour juger cette question. 
Comme on la discutait avec ardeur, Pierre se 
leva et leur dit : « Hommes, mes frères, vous sa- 
vez que dès les premiers jours Dieu m'a choisi 
parmi vous pour faire entendre sa parole aux 
Gentils par ma bouche et les amener à la foi. » 

Ainsi Pierre avait reçu dès le commencement 
cette destination, et cependant judaïsait encore. 
« Vous savez , » dit-il. Là se trouvaient peut- 
être ceux qui s'étaient auparavant élevés contre 
lui lors de la conversion de Corneille, et puis 



ACTES DES APOTRES. 

l'avaient suivi : il en appelle à leur témoignage. 
a Dès les premiers jours, Dieu m'a choisi parmi 
vous. » Que signifie cette dernière parole? Dans 
notre patrie, ou bien en votre présence. « Par 
ma bouche. » C'est déclarer hautement qu'il est 
l'organe de la divinité, qu'il n'y a rien d'humain 
dans son langage. « Et Dieu, qui connaît les 
cœurs , leur a rendu témoignage. » Il leur pré- 
sente maintenant un témoignage spirituel, e En 
leur donnant l'Esprit saint comme à nous. » Il 
établit en tout l'égalité parfaite. « Le Seigneur 
n'a fait aucune différence entre eux'et nous, 
ayant purifié leurs cœurs par la foi. » C'est à 
la foi seule qu'il attribue la participation aux 
mêmes avantages. C'est une leçon indirecte pour 
les nouveaux convertis, et plus encore pour les 
docteurs présents : c'est leur dire que la foi seule 
est nécessaire, et nullement les œuvres légales 
ou la circoncision. De tels principes ont pour 
but, non-seulement de défendre la cause des 
Gentils, mais aussi de détourner les Juifs de la 
loi mosaïque. Cela n'est pas encore cependant 
exprimé d'une manière formelle. « Maintenant 
donc pourquoi tentez-vous Dieu, imposant aux 
disciples un joug que nos pères ni nous n'avons 
pu porter? Nous croyons que nous serons sau- 
vés par la grâce du Seigneur Jésus, comme eux- 
mêmes. » Que veut-il dire : « Pourquoi tentez- 
vous Dieu? » Pourquoi ne croyez-vous pas à la 
puissance de Dieu? Pourquoi le tentez-vous en 
supposant qu'il ne saurait sauver les hommes 
par la foi? Rendre la loi obligatoire, c'est donc 
de l'infidélité. 

Il montre ensuite qu'elle n'a pu rien pour leur 
salut ; il coupe court à toute accusation , en se 
rejetant sur la loi, et non sur ceux qui la main- 
tiennent. « Que nos pères ni nous n'avons pu 
supporter. Nous espérons être sauvés par la 
grâce du Seigneur Jésus, ainsi qu'eux-mêmes. » 
Quelle force dans ces expressions ! Cette même 
vérité, Paul ne cesse de la présenter aux Ro- 
mains , comme dans ce passage : « Si c'est par 
les œuvres qu'Abraham a été justifié, il a sa 
gloire, mais non auprès de Dieu. » Rom., iv, 2. 
Voilà donc l'objet que les apôtres se proposent, 
beaucoup plus que la défense des Gentils. Si 
Pierre avait parlé de la sorte sans qu'on lui en 



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eût donné l'occasion , peut-être ne l'aurait-on 
pas favorablement accueilli; mais, une fois qu'on 
l'a mis sur ce terrain, il s'exprime avec une en- 
tière confiance. Remarquez comme ils profitent 
constamment des questions soulevées par leurs 
adversaires. Si ces derniers n'avaient pas fait 
d'objections dans le cas présent, de telles choses 
n'auraient pas été dites, ni celles qui viennent 
après. Les opposants apprennent par là qu'il n'eût 
pas fallu dédaigner les nations, alors même 
qu'elles auraient repoussé la parole évangé- 
lique. 

Revenons encore sur les textes cités. « Dieu 
m'a choisi parmi vous dès les premiers jours. » 
Gela remonte à l'origine et ne se produit pas 
pour les besoins actuels. Ce n'est pas une chose 
de peu d'importance que l'extension de la foi 
quand elle était déjà professée par des Juifs. 
L'apôtre confirme ce qu'il avance et par le temps 
et par le lieu. Il n'est pas jusqu'au mot choisir 
qui n'ait une portée nouvelle : c'est un choix que 
le Seigneur a fait, et non précisément un acte 
de sa volonté. D'où le savons-nous? Par l'Esprit 
saint lui-même, dit-il. Il montre ensuite que cette 
égalité faite aux Gentils n'est pas seulement 
l'œuvre de la grâce, et qu'elle atteste aussi leur 
vertu. « Il n'a pas fait de différence, ajoute-t-il, 
entre eux et nous. » C'est donc aux dispositions 
du cœur qu'il faut regarder sans cesse ; et de là 
l'à-propos de cette observation : a Dieu qui con- 
naît les cœurs leur a rendu témoignage. » Il 
avait dit dans une autre occasion : « Vous, Sei- 
gneur, qui connaissez les cœurs de tous, mani- 
festez... » Act., i, 24. Que telle soit sa pensée, 
voyez ce qu'il ajoute : « Il n'a fait aucune diffé- 
rence entre eux et nous. » En rappelant le té- 
moignage qui leur a été rendu, il dit cette grande 
chose que Paul exprimait ainsi : « Il n'importe 
nullement d'être circoncis ou d'être incirconcis... 
pour cimenter l'union des deux peuples en lui- 
même. » I Cor., vu, 19; Ephes., n, 15. Tous 
ces enseignements sont en germe dans l'allocu- 
tion de Pierre. Ce ne sont pas les enfants de la 
circoncision qu'il compare aux Gentils, ce sont 
les apôtres : « Nous. » Pour ne point paraître 
les insulter en ne laissant aucune différence, il 
dit aussitôt : « Purifiant leurs cœurs par la foi. » 



XXXII. 85 

Il ôte aux adversaires tout motif de murmure 
ou de soupçon. Après avoir vengé la parole , il 
fait voir que le mal n'est pas dans la loi , qu'ils 
doivent s'en prendre à leur faiblesse. 

2. Il finit, remarquez-le bien, de manière à 
les effrayer. Il ne leur cite pas les prophètes, H 
n'en appelle qu'aux événements présents, à ce 
qu'ils ont vu par eux-mêmes. Et c'est à bon 
droit ; il obtient ainsi leur propre témoignage : 
d'après les faits accomplis, ils confirmeront plus 
tard la parole. Remarquez aussi la conduite de 
Pierre : il permet d'abord que la question soit 
agitée dans l'Eglise, puis il se prononce. Comme 
il a parlé des étrangers et non des circoncis , ce 
qui regardait les premiers s'affermissant de plus 
en plus après avoir été discrètement insinué, et 
ce qui regardait les seconds, à savoir si l'on doit 
désormais supprimer la loi, n'étant encore qu'une 
tentative, observez de quelle façon il agit : il 
leur montre qu'ils sont en danger, puisque la 
loi n'a pas pu ce que la foi peut faire, et que, 
la loi croulant, ils doivent périr avec elle. Il ne 
leur dit pas : Vous êtes des incrédules ; ce qui les 
eût molestés sans aucun profit, l'affaire devant 
toujours avoir la même solution. A Jérusalem 
ne se trouvaient pas des Gentils convertis,ltandis 
qu'il y en avait indubitablement à Antioche. De 
là vient que les apôtres se transportent dans 
cette dernière ville, y séjournent même assez 
longtemps. Or, plusieurs fidèles sortis de la secte 
des Pharisiens , qui ne s'étaient pas encore dé- 
pouillés de tout esprit de domination , préten- 
dirent s'attacher les étrangers ramenés à la foi. 
Paul connaissait certes la loi de Moïse, et n'était 
pas cependant dans de telles dispositions; du 
reste, à son retour, la doctrine était déjà mieux 
connue. Si rien de semblable n'était prescrit à 
Jérusalem, moins encore pouvait-on l'imposer 
ailleurs. 

Remarquez-vous comme on se réjouit dans la 
foi quand on n'a pas d'ambition? Aussi, pas de 
prétention, aucune sorte de vanité dans leur 
récit; il s'agit uniquement de justifier l'exten- 
sion donnée à la prédication : rien de ce qui 
leur est arrivé de la part des Juifs. Grande était 
l'obstination des Pharisiens à maintenir la loi 
sous le règne même de l'Evangile ; l'autorité des 



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86 HOMÉLIES SUR LES , 

apôtres est méconnue par eux. Quelle mansué- 
tude, malgré cela, quelle condescendance dans 
le langage de ces derniers! C'est au fond ce qui 
fait accepter avec plaisir une leçon quelconque, 
c'est ce qui la grave dans les cœurs. Nulle part 
vous ne voyez percer l'ostentation ; les choses 
elles-mêmes parlent et l'Esprit saint.' Quoiqu'ils 
puissent s'appuyer sur ce double témoignage, 
les apôtres ne perdent rien de leur douceur. Ils 
ne viennent pas accuser ceux qui habitaient An- 
tioche ; ce n'est là qu'une occasion dont ils tirent 
parti. Ceux qui furent réprimandés à leur insu 
ne songeaient qu'à dominer. Ce n'était pas néan- 
moins les apôtres qui le leur reprochaient; 
seulement, quand le mal était manifeste, ils leur 
faisaient par écrit de vives représentations. C'est 
partout un grand bien que la modération; je 
dis la modération, et non l'indifférence; la mo- 
dération, et non la flatterie : choses qu'il ne faut 
pas confondre. Rien n'exaspérait Paul, rien 
n'exaspérait Pierre. Pourquoi vous irriter, lors- 
que vous avez des preuves évidentes? Serait-ce 
pour les affaiblir? Pas de persuasion possible 
avec la colère. Quoique nous ayons parlé hier 
de ce vice, il n'est pas hors de propos d'en parler 
encore aujourd'hui ; peutrêtre une exhortation 
Réprimons réitérée produira-t-elle quelque chose. Un re- 
colèr0, mède capable de guérir une plaie, devient com- 
plètement inutile quand on n'en répète pas l'ap- 
plication. Ne pensez pas que je prétende vous 
condamner en revenant sur les mêmes leçons; 
si votre condamnation était déjà prononcée dans 
mon àme, je ne parlerais plus : en parlant, je 
vous prouve que j'espère vous voir revenir au 
bien. Que ne nous est-il possible de traiter sans 
cesse le même sujet ! Plût à Dieu qu'il nous fût 
permis de faire trêve à tout le reste, pour ne 
nous occuper que des moyens de vaincre nos 
passions ! 

Nous voyons les monarques, vivant au sein 
des délices et des honneurs, ne s'occuper d'autre 
chose dans le moment même de leurs repas, 
comme dans toute autre circonstance , que des 
mesures à prendre pour triompher de leurs en- 
nemis, tenir chaque jour des conseils, lever des 
troupes, choisir des chefs, frapper des impôts 
dans le même but; nous voyons dans le gou- 



,CTES DES APOTRES. 

vernement des Etats deux choses seules regar- 
dées comme nécessaires, la victoire à remporter 
sur les ennemis , la paix à donner aux peuples 
qu'on gouverne : et nous, pour qui de telles 
préoccupations ne sont pas même un rêve, nous 
avons à cœur d'acheter des terres, d'augmenter 
le nombre de nos serviteurs, d'agrandir nos ri- 
chesses, sans relâche et sans dégoût. N'est-il pas 
contraire à la raison que, lorsqu'il s'agit ensuite 
de nos intérêts les plus essentiels, de nos seuls 
intérêts véritables, nous ne supportions pas même 
d'en entendre parler, bien loin d'en parler nous- 
mêmes? De quoi donc voulez-vous qu'on vous 
parle, dites-moi? De repas splendides? Mais c'est 
un langage de cuisiniers. De richesses? C'est 
celui des usuriers et des trafiquants. De cons- 
tructions? C'est affaire d'architectes et de ma- 
çons. De terres? Nous laissons cela aux agri- 
culteurs. Pour nous, nous n'avons pas autre 
chose en vue que de travailler à rendre l'âme 
riche. Que de tels discours ne vous rebutent donc 
pas. Reproche-t-on jamais au médecin de parler 
toujours médecine, aux autres artistes de ra- 
mener sans cesse la conversation sur leur art? 
Si vous aviez déjà dompté Vos vices, de telle 
sorte que vous n'eussiez plus besoin de nos avis, 
vous auriez peut-être raison de nous accuser 
d'ostentation ou de vaine gloire; mais non, pas 
même alors, puisque nos exhortations seraient 
encore utiles pour prévenir les rechutes. Les 
médecins ne s'occupent pas uniquement des ma- 
lades, ils donnent aussi leurs conseils à ceux qui 
se portent bien , et dans leurs livres se trouvent 
des instructions ayant pour but la conservation 
de la santé, tout comme la guérison des mala- 
dies. Aurions-nous donc la santé de l'âme , que 
nous ne devrions pas fuir un semblable ensei- 
gnement; il importe de ne rien négliger pour la 
maintenir. 

3. Quand nous sommes infirmes, il nous est 
doublement nécessaire d'entendre la parole 
sainte, et pour nous délivrer du mal, et pour 
acquérir de nouvelles forces. Nous traitons 
maintenant de la guérison, et nous n'en sommes 
pas encore à la santé. Comment retrancher la 
funeste maladie qui nous occupe? Comment dis- 
siper cette fièvre brûlante? Examinons d'où elle 



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HOMÉLIE XXXII. 



87 



provient , attaquons-la dans sa cause. Quelle en rection le mariage n'aura plus lieu, les hommes 
est donc la source accoutumée ? L'excès de l'or- seront comme les anges, d Luc, xx, 35-36. Il a 
gueil et de l'arrogance. Détruisons cette source, dit ailleurs : « Qui peut comprendre , corn- 
et le mal aura disparu. Mais l'arrogance elle- prenne. » Matth., xix , 12. En un mot, c'est la 
même, d'où provient-elle? Nous risquons d'avoir vertu qui fait les anges. Or, la vertu dépend de 
à lutter contre un mal plus profond. Suivons nous. Nous pouvons donc créer des anges, sinon 
sans crainte l'impulsion même du discours, par la force de notre nature, du moins par celle 
allons jusqu'au bout et tâchons d'enlever la der- de notre volonté. Serait-on ange par nature, 
nière racine. D'où naît l'arrogance, encore une cela ne sert de rien sans la vertu; et nous le 
fois? De ce que, négligeant ce qui nous regarde voyons par l'exemple du démon, qui d'abord 
personnellement , nous portons notre attention était ange. D'un autre côté, ce n'est pas un mal- 
sur l'agriculture, par exemple, quoique cela ne heur d'être homme par nature, pourvu qu'on 
soit pas notre état, sur la nature des plantes, soit vertueux; Jean était homme, Elie monta au 
sur la manipulation de l'or, quoique nous ne ciel , et beaucoup d'autres y monteront, en dépit 
soyons pas livrés au négoce; nous nous occupons de cette qualité d'homme. Le corps n'empêche 
de vêtements , de parures, de tout, excepté de pas ceux-ci d'habiter ce séjour immortel, et des 
nous-mêmes : aucune investigation , aucun souci puissances incorporelles n'ont pu s'y maintenir, 
touchant notre propre nature. — Est-ce là, me di- Que personne donc ne s'attriste ou ne s'in- 
rez-vous, une chose que personne puisse ignorer? digne contre la nature, comme si l'obstacle était 
— Beaucoup l'ignorent, je pourrais même dire là, tandis qu'il n'est que dans la volonté. D'es- 
presque tous. Examinons un peu ce point, si prit pur qu'il était, le diable est devenu bête fé- 
vousle voulez bien. Je vous demande d'abord ce roce : « Le diable notre ennemi tourne autour 
qu'est l'homme, puis en quoi l'homme diffère des de nous comme un lion rugissant, cherchant 
animaux et se rapproche des puissances célestes, quelqu'un à dévorer; » I Petr., v, 8; et nous, 
quelle est sa véritable destinée : pourriez-vous d'êtres matériels que nous élions, nous sommes 
répondre d'une manière satisfaisante à de telles devenus anges. Supposez un ignorant qui trouve 
questions? Je n'ose pas le croire. Gomme dans un métal précieux, un diamant, une perle, ou 
une matière quelconque, il y a dans l'homme une tout autre objet de ce genre, et qui le dédaigne 
aptitude indéfinie; il peut devenir ange ou bête, parce qu'il n'en connaît pas le prix; cet homme 
Ce langage vous semblerait-il étrange? Mais perd beaucoup : et nous de même, si nous mé- 
il se rencontre souvent dans les divines Ecri- connaissons notre nature, nous la mépriserons 
tures, et vous l'avez entendu. Il y est dit de absolument, au lieu que, l'appréciant comme 
certains hommes, d'abord : « C'est l'ange du elle doit l'être, nous la .cultiverons avec soin et 
Seigneur, et de ses lèvres on attendra le juge- pour notre plus grand avantage. Nous tirerons 
ment; » Malach., n, 7; ensuite : « J'enverrai de là un manteau royal, une maison royale, les 
mon ange devant ta face. » Ibid. 9 in , i. D'au- qualités intrinsèques d'un roi, une royauté com- 
tres sont nommés « serpents, race de vipères. » plète. N'en abusons pas du moins pour notre 
Matth.y xii, 34. Oui, d'après l'usage qu'il fait malheur. Dieu nous a mis un peu au-dessous des 
de ses facultés, l'homme peut devenir ange tout anges, par la nécessité de subir la mort ; mais 
en restant homme. Je ne dis pas assez ; il peut ce peu se trouve largement compensé. Rien 
devenir fils de Dieu. Voici la parole du Prophète : n'empêche donc que nous ne soyons immédia- 
« Je l'ai dit, vous êtes des dieux, vous êtes tous tement des anges, si nous le voulons. Ayons 
les fils du Très-Haut. » Psalm. lxxxi, 6. Il y a cette volonté, ayons-la ferme et stable ; en nous 
plus , c'est de lui qu'il dépend de devenir ange exerçant nous-mêmes à cette transformation, 
et même fils de Dieu. Un homme, enfin , est le rendons gloire au Père et au Fils et au Saint- 
créateur des anges. Cette proposition vous ef- Esprit, maintenant et toujours, et dans les 
fraie? Ecoutez le Christ vous dire : « À la résur- siècles des siècles. Ainsi soit-il. 




HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



HOMÉLIE XXXHL 

« Et quand ils eurent fait silence , Jacques répondit en 
disant : Mes frères, écoutez-moi : Siméon a raconté 
comment Dieu a commencé à regarder les Gentils pour 
en faire un peuple consacré à son nom. À ceci se rap- 
portent les oracles des prophètes. » 



Jacques 1. Jacques était évèque de l'Eglise de Jéru- 
jé^wiem! salem : aussi parle-t-il le dernier, et de cette 
manière s'accomplit le mot de l'Ecriture : a La 
déposition de deux ou de trois témoins suffira 
pour établir toute vérité.» Deuter.j xvn, 6. 
Dans sa sagesse , cet apôtre appuie la doctrine 
sur l'autorité des prophètes, soit anciens soit 
nouveaux; il ne pouvait, comme Paul et Pierre, 
montrer des œuvres. Ce fut du reste providen- 
tiellement que ces œuvres purent être montrées 
par les apôtres qui ne devaient pas demeurer à 
Jérusalem, sans que l'évêque de Jérusalem leur 
devînt contraire , tout en restant indépendant. 
Quel est le langage de Jacques? a Mes frères, 
écoutez-moi : Siméon vous a raconté. » Suivant 
les uns, ce Siméon serait celui donc Luc a parlé; 
suivant d'autres, ce serait un homonyme. Que 
ce soit celui-ci ou celui-là, nous n'avons pas à 
nous en occuper; nous n'avons qu'à prêter l'o- 
reille avec attention aux faits qui nous sont ex- 
posés. « Mes frères, » dit Jacques. La simplicité 
de ce langage est parfaite, elle est admirable- 
ment propre à mettre fin à toute discussion, 
a Comment Dieu a commencé à regarder les Gen- 
tils pour en faire un peuple consacré à son nom. 
A quoi se rapportent les oracles des prophètes. » 
Siméon n'étant connu que depuis peu de temps, 
et n'ayant pas l'autorité que l'antiquité seule 
donne , Jacques invoque celle d'une prophétie 
antique : a Car il est écrit : Après cela je revien- 
drai, et je rétablirai le tabernacle de Jacob qui 
est tombé et je le relèverai, afin que le reste des 
hommes et toutes les nations, sur lesquelles mon 
nom a été invoqué, me recherchent, dit le Sei- 
gneur, qui fait toutes ces choses. » Amos. y ix, 
il. Que signifient ces paroles? Jérusalem aurait- 
elle donc été réédifiée? N'a-t-elle pas été plutôt 
détruite? Ce n'est pas là ce dont parle le pro- 



phète. Alors, de quelle reconstruction parle-t-il? 
De la reconstruction qui suivit la captivité de 
Babylone. a Dès les siècles les plus reculés, Dieu 
connaît toutes ses œuvres. » Ce qui établit la vé- 
rité de la doctrine précédemment exposée, c'est 
que rien n'est nouveau, que tout a été réglé dès 
l'origine. Jacques énonce ensuite son sentiment : 
a C'est pourquoi je juge qu'il ne faut pas inquié- 
ter ceux des Gentils qui se convertissent à lui , 
mais leur écrire qu'ils s'abstiennent des souil- 
lures des idoles, de la fornication, des chairs 
étouffées et du sang. Quant à Moïse, dès les 
temps anciens, il y a dans chaque ville des 
hommes qui l'annoncent dans les synagogues , 
où on le lit chaque jour du sabbat. » Comme les 
Gentils n'avaient pas oui parler de la loi, Jacques 
s'exprime de la sorte pour ne paraître pas vou- 
loir l'abroger. D'ailleurs ce p'est pas sur l'auto- 
rité de la loi qu'il s'appuie, pour leur imposer 
ces obligations; il s'appuie sur son autorité per- 
sonnelle : « Je juge, » dit-il, non d'après la loi, 
mais d'après moi-même* Aussitôt les apôtres ex- 
priment leur sentiment. 

« II plut alors aux apôtres, aux anciens et à l'as- 
semblée tout entière, de choisir parmi eux quel- 
ques hommes et d'envoyer à Antioche avec Paul 
et Barnabé, Jude surnommé Barsabas et Silas, les 
premiers entre les frères, écrivant par leur entre- 
mise. » Ce n'est pas inconsidérément que ces dis- 
positions sont arrêtées : pour leur concilier toute 
l'autorité désirable, ils choisissent des messa- 
gers dignes de confiance, Paul et ceux que nous 
venons de nommer. Remarquez le ton pressant 
de leur message : « Les apôtres, les anciens et 
les frères, aux frères d'entre les Gentils qui sont 
dans Antioche, en Syrie, en Cilicie, salut : Ayant 
appris que plusieurs d'entre nous semaient le 
trouble parmi vous, bouleversant vos âmes par 
leurs paroles, vous prescrivant, sans en avoir 
reçu l'ordre de nous, la pratique de la circonci- 
sion et les observances légales. » Il n'en fallait 
pas davantage pour signaler ce qu'il y avait 
d'imprudent dans une telle conduite; et, en 
même temps, il était digne de la modération 
des apôtres, de ne pas pousser plus loin leurs 
reproches. « Il nous a plu de nous réunir en- 
semble, de choisir des hommes, de vous les en- 



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HOMÉLIE XXXIII. 



89 



voyer avec nos très-chers Paul et* Barnabé , qui 
ont exposé leur vie poulie nomjde Notre-Sei- 
gneur Jésus-Christ. » Evidemment, il n'y avait 
dans cette mesure rien de tyrannique, tous étaient 
d'accord sur la nécessité de la prendre, et la lettre 
où elle était exposée ne fut écrite qu'après mûre 
délibération. « Des hommes choisis parmi nous. » 
Si l'on envoie Paul et Barnabé, ce n'est pas pour 
les blesser; l'éloge que l'on fait de ces deux 
apôtres le prouve abondamment : « hommes qui 
ont sacrifié leur vie pour le nom"de Notre-Sei- 
gneur Jésus-Christ. Nous vous avons de plus en- 
voyé Jude et Silas qui vous transmettront de 
vive voix les mêmes instructions. Il a donc paru 
bon au Saint-Esprit et à nous. » Puisque l'Esprit 
saint a dicté cet arrêt, il n'y a pas qu'une auto- 
rité humaine. « de ne pas vous imposer un 

fardeau excessif. » Par le mot de fardeau , ils 
désignent la loi. Les points qui suivent seuls 
sont acceptés. « Les seules choses nécessaires , 
consisteront à vous abstenir des viandes immo- 
lées aux idoles, des chairs étouffées, de la forni- 
cation et du sang; toutes ces choses vous ferez 
bien de vous en garder. Adieu. » Ce n'est pas une 
loi nouvelle qui est promulguée; le Christ n'a- 
vait jamais traité cette question : ces disposi- 
tions sont empruntées à la loi mosaïque. « Et 
des chairs étouffées. • C'est une répression du 
meurtre, a Ceux-ci étant donc partis, vinrent à 
Antioche, et, rassemblant le peuple, lui remirent 
la lettre. Quand on en eut fait lecture, tous 
furent dans la consolation et dans la joie. » Voici 
comment ces consolations leur furent données : 
Jude et Silas, qui étaient prophètes, consolèrent 
par leurs nombreux discours, et raffermirent 
les frères. «Après qu'ils eurent demeuré quelque 
temps, ils furent renvoyés en paix par les frères 
vers les apôtres. » 

2. Désormais plus de divisions ni de que- 
relles : la paix rétablie solidement parmi les 
fidèles, les envoyés s'en retournèrent pleins de 
joie. C'était contre Paul principalement que l'op- 
position était dirigée; mais dorénavant il parle 
en toute liberté. Donc nul orgueil dans l'Eglise, 
mais plutôt une parfaite harmonie. Remarquez 
en effet : d'abord, Pierre prend la parole ; puis 
c'est Paul, et nul ne s'y oppose ; Jacques attend 



et ne se retire pas, car on reconnaît volontiers 
sa supériorité. Ni Jean, ni les autres apôtres ne 
prennent la parole et ne témoignent de l'indi- 
gnation; ils gardent un silence qui prouve com- 
bien ils sont étrangers à tout sentiment de vaine 
gloire. Mais revenons sur le texte sacré. « Quand 
ils eurent fait silence, Jacques répondit en disant : 
Siméon vous a raconté comment Dieu a daigné 
visiter... » La véhémence avait caractérisé la 
harangue de Pierre; la douceur caractérise la 
harangue de Jacques. Ainsi doit-il en être de 
l'homme revêtu d'une grande puissance ; lais- 
sant aux autres tout langage impérieux , il doit 
s'exprimer avec mansuétude. « Siméon vous a 
raconté, » dit-il; en quoi il exprimait le senti- 
ment des autres aussi bien que le sien propre. 
Du reste, l'antiquité de ce sentiment est solide- 
ment établie : a Pour se faire un peuple consa- 
cré à son nom. » Outre qu'il l'a choisi, il l'a 
choisi pour son nom, c'est à savoir pour sa 
gloire. Il ne craint pas de se glorifier en prenant 
pour lui les Gentils ; et c'est là sa plus grande 
gloire. Jacques indique ici quelque profond mys- 
tère. Quel est ce mystère? Les Gentils précéde- 
ront tous les autres, a Après cela, je reviendrai 
et je rétablirai le tabernacle de David , qui est 
tombé. » A bien y réfléchir, on verrait que le 
royaume de David subsiste encore. Il subsiste et 
il est universel, puisque l'un de ses descendants 
règne sur l'univers. A quoi bon les villes et les 
maisons si elles ne nous appartiennent pas? 
D'autre part, qu'importe la ruine de Jérusalem, 
si tous les hommes sont prêts à sacrifier leur vie 
pour ce monarque? Non-seulement cet empire 
subsiste, mais il subsistera dans la plus écla- 
tante splendeur, et sur la terre entière , où l'on 
célèbre sa puissance. 

Voilà ce qui est arrivé ; voici conséquemmenf 
ce qui devait arriver. Dès que le prophète a dit : 
a Je rétablirai, » il en ajoute la raison : « Afin que 
le reste des hommes recherche le Seigneur. » 
Si donc la ville a été bâtie pour celui qui devait 
sortir du milieu d'eux , il est manifeste qu'elle 
sera réédifiée pour la conversion des Gentils. De 
qui veut-il parler en disant : « Le reste des 
hommes? » De ceux qui restaient alors. L'ordre 
voulu est observé; ce n'est qu'en second lieu 



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90 HOMÉLIES SUR LES , 

qu'ils sont introduits. « Ainsi parle le Seigneur, 
qui fait toutes ces choses. » Non-seulement il 
parle, mais il fait; d'où il résulte que la voca- 
tion des Gentils est bien son œuvre. A la vérité, 
la question proposée était toute différente , et 
Pierre l'énonçait clairement en disant : Il ne 
faut pas qu'ils soient circoncis. Alors pourquoi 
Jacques s'exprime-t-il en ces termes? Les adver- 
saires de ce sentiment ne prétendaient pas qu'il 
fallût repousser les Gentils qui croyaient , mais 
qu'il fallait, en les recevant, leur imposer comme 
condition l'observation de la loi. Pierre avait 
parlé sur ce point avec beaucoup de sens; mais, 
comme l'esprit des auditeurs était encore dans 
le trouble , Jacques s'efforce de le dissiper. Que 
l'observation de la loi ne fût point obligatoire , 
question qu'il était essentiel de définir, Pierre le 
détermine clairement : que ce fût arrêté dès le 
principe, Jacques le déclare, tout en insistant 
sur une chose dont l'Ecriture ne disait rien : de 
la sorte, après avoir calmé par de sages conces- 
sions les esprits inquiets, il les décidait avec non 
moins de sagesse à se soumettre à ses condi- 
tions, a C'est pourquoi j'estime qu'il ne faut pas 
inquiéter ceux des Gentils qui se convertissent 
au Seigneur, » qu'il ne faut pas les éloigner. 
Dieu les ayant appelés, si nous les éloignons par 
ces exigences, nous nous déclarons contre Dieu. 
« Ceux qui se convertissent au Seigneur ; » ex- 
pression qui fait entendre la sollicitude de Dieu 
sur leur compte , et la docilité avec laquelle ils 
répondent à son appel. Que signifie le mot, « Je 
juge? » Je déclare en vertu de mon autorité, 
que la chose est ainsi. 

« Toutefois, il faudrait leur écrire qu'ils s'ab- 
stiennent des viandes immolées aux idoles, de la 
fornication , des chairs étouffées et du sang. » 
Quoique corporelles, ces observances étaient né- 
cessaires, parce qu'elles avaient la plus haute 
importance dans l'application. Si l'on eût voulu 
objecter : Pourquoi ne pas imposer aux Juifs les 
mêmes prescriptions? Jacques eût ajouté : « De- 
puis longtemps, quant à Moïse, il y a dans toutes 
les villes des hommes qui l'annoncent; » de sorte 
que fréquemment la loi de Moïse retentit aux 
oreilles de tous. C'est là ce que signifient les 
mots : « Tous les sabbats, on en fait lecture. » 



CTES DES APOTRES. 

Quelle condescendance! Dès qu'il n'y a rien de 
grave à redouter, on leur laisse Moïse comme 
docteur, la grâce qui leur est accordée n'est 
pour eux d'aucun obstacle; et, tout en éloignant 
les Gentils de cette sujétion, l'on permet aux 
Juifs d'écouter le législateur de leur nation en 
tout ce qu'il dit. Cependant les mêmes raisons 
en vertu desquelles Moïse est environné d'hon- 
neur et donné pour maître aux enfants d'Abra- 
ham , font que l'on soustrait les nations à l'au- 
torité de son enseignement. Pourquoi donc les 
Juifs n'écoutent-ils pas sa voix? A cause de leur 
esprit d'insubordination. A cette même occasion 
il leur est démontré qu'il n'y a plus pour eux 
obligation d'observer la loi. Si neus ne leur en 
écrivons pas, ce n'est pas qu'ils y soient tenus 
désormais ; c'est plutôt parce qu'on le leur dit 
suffisamment. Jacques ne dit pas, comme l'écri- 
vait Paul aux Galates : Ne les scandalisons pas, 
ne les mettons pas en péril de tomber; mais : 
<c Ne les inquiétons pas, » Galat., i, 7. Il n'y 
avait donc qu'une chose à faire, les laisser dans 
le calme dont ils jouissaient. Toute difficulté peur 
là se trouvait écartée. Si tout d'abord l'autorité 
de la loi paraît maintenue en ce qu'on en extrait 
un petit nombre d'observances, au fond, par 
cela seul qu'on en extrait seulement un petit 
nombre, cette autorité est abrogée. Souvent 
Jacques avait entretenu les Juifs sur ces ma- 
tières; mais, pour rendre honneur à la loi, pour 
parler à leurs yeux au nom des apôtres , et non 
plus au nom de Moïse , il divisa un seul pré- 
cepte en plusieurs préceptes; et il n'en fallut pas 
davantage pour les apaiser. Dieu permit que la 
désunion se produisît à ce sujet, afin que, cette 
désunion étant guérie, la doctrine n'en eût que 
plus de solidité. « Alors il parut bon aux apôtres 
d'envoyer les premiers parmi les frères ; » les 
principaux d'entre eux, non des fidèles sans au- 
torité, « à <5eux qui étaient dans Antioche, dans 
la Syrie et dans la Cilicie, » pays où ce mal avait 
pris naissance. 

3. Aucune parole blessante n'est prononcée 
contre les fidèles de ces contrées ; les apôtres ne 
songent qu'à ceci , à porter remède au mal. Ce 
qui devait en résulter, c'était l'aveu des au- 
teurs de la division. Ils ne les traitèrent ni de 



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HOMÉLIE XXXÏIL 



9i 



séducteurs, ni de gens dangereux, encore que 
Paul n'hésite pas à s'écrier quand il le faut : 
« 0 homme rempli de fourberies de toute sorte ! » 
Act., xm, 10. Toute qualification semblable de- 
venait inutile, puisque les coupables étaient re- 
venus de leur erreur. Les apôtres n'écriront pas 
non plus : Quelques-uns d'entre nous vous ont 
prescrit l'observation de la loi, mais : « Vous 
ont troublés par des paroles qui bouleversaient 
vos âmes. » Aucune expression n'eût été plus 
précise ; nul n'aurait mieux dit. Vos âmes , pa- 
reilles à un édifice, étaient solidement assises, 
et ils les ont bouleversées en voulant les façonner 
à leur guise, « eux à qui nous n'avions donné 
dans ce sens aucun ordre... Il a donc plu à nous 
tous réunis ensemble et de cœur avec nos bien- 
aimés. » S'ils sont bien-aimés, aucun mépris 
n'est à craindre de ce côté ; s'ils ont fait le sa- 
crifice de leur vie, ils méritent qu'on ajoute foi 
à leurs paroles. « Nous vous avons envoyé Jude 
et Silas, qui vous confirmeront de vive voix les 
mêmes choses. » Il ne convenait pas que la lettre 
seule arrivât entre leurs mains; on eût pu croire 
qu'elle avait été arrachée, de façon à ce que 
certaines choses y eussent été mises pour d'au- 
tres. Aussi bien l'éloge de Paul et de ses compa- 
gnons fermait la bouche à tout opposant. Ni Paul 
ni Barnabé ne furent envoyés seuls ; on leur ad- 
joignit d'autres fidèles, de peur que leur opinion 
bien connue ne fît suspecter leur mission ; ni les 
fidèles de Jérusalem non plus n'y vinrent seuls. 
Quant à la créance qu'ils méritaient, elle était 
grande , à s'en rapporter à l'éloge que l'on fait 
d'eux. Point d'orgueil chez eux ; cette folie leur 
était inconnue. « Ils ont sacrifié leur vie pour le 
nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Pourquoi 
est-il dit : a II a paru bon au Saint-Esprit et à 
nous? » Ne suffisait-il pas de mentionner l'Esprit 
saint? — Gomme on y eût pu voir quelque 
chose d'humain, ils disent : a A l'Esprit saint; » 
ils ajoutent : « Et à nous, » pour montrer qu'ils 
ne doivent pas être estimés sans autorité , bien 
qu'ils appartiennent à la circoncision, a De ne 
pas vous imposer un fardeau pour vous exces- 
sif. » Ils s'adressent à des âmes faibles et crain- 
tives; de là ce langage. Néanmoins, ce n'est pas 
un langage de ménagement et de condescen- 



dance; il ne s'agit pas ici d'une concession, 
mais d'un droit. Les apôtres savaient ce qu'il 
fallait respecter, et ce qu'un pareil fardeau de- 
vait avoir d'exagéré. Notez la brièveté , la con- 
cision, la simplicité de cette lettre ; pas de longs 
raisonnements, l'exposé de la ligne à suivre, 
voilà tout; c'était la loi du Saint-Esprit. Sou- 
vent, en effet, la loi est qualifiée de fardeau. 

« La foule ayant été rassemblée, ils leur don- 
nèrent cette lettre. » Après la lettre, des recom- 
mandations verbales ; toutes précautions indis- 
pensables pour écarter l'ombre du soupçon. 
« Gomme ils étaient prophètes, ils consolaient 
les frères par leurs discours multipliés. » On voit 
ici de quelle confiance ils étaient dignes. Paul 
eût bien pu faire de même ; mais la présence de 
Jude et Silas était nécessaire. « Quelque temps 
s'étant écoulé, ils furent renvoyés en paix. » 
Plus de trouble, plus de division. Vraisembla- 
blement ils serrèrent la main les uns des autres, 
car Paul disait : a Ils me donnèrent la main, à 
Barnabé comme à moi, en signe de commu- 
nion. » Galat.y n, 9. Après quoi il concluait en 
ces mots : « Mais ils ne firent aucune observa- 
tion, d lbid.y 6. Ils acceptèrent pleinement sa 
décision, ils l'approuvèrent et l'admirèrent. 
L'intelligence humaine était capable de s'élever 
jusque-là; la lumière de l'Esprit saint n'était 
pas nécessaire pour comprendre que Ton avait 
commis une faute de réparation difficile; car 
dans un tel ordre de faits les lumières naturelles 
suffisent. Quant aux autres observances, elles 
étaient inutiles pareillement ; si les unes étaient 
bonnes, les autres étaient pleinement superflues. 
« Toutes ces choses vous ferez bien de vous en 
garder, » écrivaient les apôtres. C'était assez 
pour les fidèles des pratiques marquées. A la ri- 
gueur, cette décision eût pu se transmettre sans 
lettre aucune; mais on préféra ce moyen, afin 
que le texte de la loi demeurât entre leurs mains. 
Pour les décider à se soumettre à cette décision, 
on leur tient le langage que l'on a vu ; alors les 
fidèles de s'y soumettre sans protestation au- 
cune. 

Que les hérétiques ne soient donc pas pour 
nous un sujet de scandale. Que d'obstacles dès 
le commencement de la prédication évangélique? 



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92 



HOMÉLIES SUR LES 



Je ne parle pas de ceux qui venaient du dehors, 
ceux-là n'étaient rien ; je parle de ceux qui ve- 
naient du dedans. C'est d'abord Ananie, puis les 
murmures qui s'élèvent, puis Simon le magi- 
cien, puis les accusateurs de Pierre au sujet de 
Corneille , puis la disette , puis cette source de 
jamais le maux dont nous nous occupons. Jamais un bien 
produisons ne saura iï se produire sans qu'il se produise aussi 
que le mal ne quelque mal. N'ouvrons donc pas au trouble 

se produise 

également, notre ame, parce que certains se scandaliseront : 
rendons plutôt grâces à Dieu qui veut , par ce 
moyen, éprouver et purifier notre foi. Non-seu- 
lement les chagrins , mais les tentations contri- 
buent à rehausser notre gloire. Si vous n'êtes 
attaché à la vérité que faute d'adversaire cher- 
chant à vous inculquer l'erreur, vous n'aimerez 
jamais passionnément la vérité; celui-là l'aimera 
de cette manière qui la défend en dépit des dé- 
fections nombreuses qui surviennent. — Serait- 
ce donc là l'occasion des scandales accomplis? 
— Il n'entre pas dans mon esprit d'en rejeter sur 
Dieu la responsabilité ; loin de moi pareille pen- 
sée. Je prétends seulement qu'il se sert de la 
perversité des uns pour le bien des autres ; quant 
à lui , jamais il n'eût opéré des choses de cette 
nature. « Accordez-leur qu'ils soient un, » s'é- 
criait le Sauveur. Joan., xvn, 21. Les scandales 
qui se produisent ne nuisent en rien aux servi- 
teurs de Dieu; tout au contraire, ils leur sont 
utiles. Est-ce que les tyrans ne contribuent pas 
malgré eux à la gloire des martyrs qu'ils traînent 
au supplice ? Pourtant, Dieu ne les y pousse pas, 
Conséquemment, ne soyons pas étonnés du nom- 
bre des personnes qui se scandalisent. Si l'on 
nous emprunte, en les altérant, nos croyances ; 
si on les imite , c'est une preuve qu'il y a dans 
ces croyances de l'excellent; on ne les emprun- 
terait pas, s'il n'en était pas ainsi. J'espère vous 
en convaincre à l'instant même. 

4. Les parfums les plus odorants sont les plus 
falsifiés ; par exemple, celui que produit la feuille 
de l'amome. Comme ils sont rares, et néanmoins 
nécessaires, on en donne bien des contrefaçons. 
Ne craignez pas qu'on aille falsifier une chose 
sans valeur. La vertu subit, elle aussi, l'outrage 
de bien des contrefaçons : nul ne tient à passer 
pour méchant, il aimera mieux passer pour ana- 



ACTES DES APOTRES. 

chorète. Que répondre aux Gentils maintenant? 
Un Gentil vient et nous dit : Je veux devenir 
chrétien, mais je ne sais de quel côté me ranger. 
J'aperçois chez vous bien des divergences , bien 
des divisions. Quelle opinion embrasser? A quel 
sentiment donner la préférence? Ecoutez -les 
tous, tous vous diront : C'est moi qui enseigne 
la vérité. Lequel d'entre eux croirai-je, moi qui 
n'ai des Ecritures aucune connaissance? — Tel 
est le raisonnement que l'on met en avant. Et 
nous aussi nous aurions sujet de raisonner de la 
sorte, à un certain point de vue. Je concevrais 
votre embarras , si nous prétendions faire d'un 
raisonnement la base de notre foi ; mais comme 
nous prétendons nous en rapporter à l'Ecriture 
et à des textes clairs et faciles , il ne vous sera 
pas malaisé de discerner entre les diverses opi- 
nions la vérité. Quiconque est d'accord avec 
l'Ecriture est chrétien ; quiconque est en dissen- 
timent avec elle n'est pas chrétien. — Si l'un 
vient me dire : Voilà de quelle manière je com- 
prends l'Ecriture ; si vous ensuite me l'expliquez 
différemment et lui donnez un sens opposé, que 
ferai-je en présence de cette multiplicité d'opi- 
nions contraires? — Avez-vous du jugement et 
de l'intelligence? vous demanderai-je. — Com- 
ment en aurais-je en cette matière, ne con- 
naissant en aucune façon la religion que vous 
professez ? Je n'aspire qu'à devenir simple dis- 
ciple, et vous prétendez me transformer en doc- 
teur. — Quelle réponse ferons-nous, si l'on nous 
tient un pareil langage? Comment parviendrons- 
nous à convaincre un tel adversaire? 

D'abord , examinons si ce ne sont pas là des 
prétextes et des faux-fuyants ; demandons à cet 
homme s'il condamne franchement la religion 
de ses pères. — Assurément il la condamnera, 
me dira-t-on; s'il ne la condamnait pas, il ne 
viendrait pas à nous. — Alors demandons-lui 
pour quelle raison il la condamne ; car il ne la 
condamne pas sans raison. Manifestement il dira 
que les dieux de ses pères étaient de simples 
créatures, et par suite qu'ils n'étaient pas le Dieu 
incréé. — Très-bien. S'il trouve cette vérité dans 
les religions opposées, et si notre religion lui 
fournit la croyance contraire, que sera-t-il be- 
soin d'ajouter? Tous nous reconnaissons que le 



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HOMÉLIE XXXIII. 



93. 



Christ est Dieu. Reste à voir quels sont parmi 
nous ceux qui sont d'accord avec ce principe, et 
ceux qui ne le sont pas. Nous qui soutenons la 
divinité du Christ, nous tenons un langage digne 
d'un Dieu; nous prétendons qu'il est tout-puis- 
sant, qu'il n'est point esclave, qu'il est pleine- 
ment libre, qu'il fait tout par lui-même; tandis 
que nos adversaires disent le contraire. En outre, 
je demanderais à mon néophyte s'il entend se 
rendre compte des choses, ou bien s'il est prêt à 
se soumettre sans réflexion aucune à ce qui 
viendra frapper ses oreilles; et pourtant nom- 
breuses seraient les croyances qu'il entendrait 
exposer. Si vous acceptez sans contrôle ce qu'on 
vous dira, répondrai-je, vous n'agirez pas comme 
un homme doit agir; si, au contraire, vous usez 
de votre raison et de votre discernement , vous 
comprendrez ce qui est vrai, ce qui est bon et ce 
qui ne l'est pas. Nous prétendons que le Christ 
est le Fils de Dieu, et qu'il en est le Fils véri- 
table; nos adversaires le disent, mais ils ne le 
croient pas. Pour m'exprimer avec plus de clarté, 
nos adversaires empruntent leurs noms à cer- 
tains hommes qui sont leurs chefs et les pères 
de leur erreur ; à nous ce n'est point un homme, 
c'est notre foi qui nous a valu notre nom. — 
Mais il n'y a, dans ce raisonnement, qu'un pré- 
texte sans valeur. — Lorsque vous achetez un 
vêtement, pourquoi, s'il vous plaît, vous qui ne 
connaissez rien à l'art du fabricant de drap, 
ne parlez-vous pas ainsi : Je ne sais point 
acheter, on me trompe à coup sûr ; au lieu que 
vous ne négligez rien pour vous rendre compte 
du marché qu'on vous offre. Vous faites de même, 
quelque objet qu'il vous faille acheter. Alors, 
pourquoi .dans le cas présent tenir le langage 
que vous tenez? Vous n'aboutissez donc par ce 
moyen à rien de sérieux. Je suppose qu'un 
homme sans croyance aucune s'empare du rai- 
sonnement que vous tenez à propos du chris- 
tianisme, et qu'il s'écrie : Quelle diversité de 
croyances parmi cette foule humaine ! Fun est 
païen, l'autre juif, l'autre chrétien. Inutile 
d'embrasser une religion ; elles sont toutes op- 
posées les unes aux autres. Je ne suis qu'un dis- 
ciple, je ne saurais m'ériger en juge, et con- 
damner l'une ou l'autre. — Je prétends que l'on 



n'a pas le droit de raisonner ainsi. De même 
que vous avez pu reconnaître la fausseté d'une 
religion, de même vous pourrez, en venant à 
nous, discerner de quel côté se trouve la vérité, 
de quel côté e\le ne se trouve pas. Il est facile de 
parler de cette manière à celui qui approuve 
toutes les religions; mais pour celui qui en dés- 
approuvé quelques-unes, n'en choisît-il aucune 
actuellement, il pourra voir avec le temps quelle 
est celle qui mérite de fixer son choix. 

Laissons de côté tous ces prétextes : au fond , 
ces difficultés n'ont rien de sérieux. Vous mon- 
trerai-je que ce n'est après tout qu'un faux- 
fuyant? Savez-vous bien ce que vous avez à 
faire, et ce qu'il vous faut éviter? Si vous le sa- 
vez, pourquoi faites-vous ceci, pourquoi ne faites- 
vous pas cela? Commencez par pratiquer' le bien, 
puis demandez avec droiture à Dieu la vérité ; 
certainement il vous la découvrira ; « car il n'y 
a pas d'acception de personnes auprès de Dieu ; 
quiconque fait le bien et craint le Seigneur lui 
est agréable, à quelque nation qu'il appar- 
tienne. » Act., x, 34. Il ne saurait arriver que 
l'homme de bonne foi ne soit pas éclairé. Nous 
avons, en quelque façon, une règle propre à 
nous diriger tous ; par suite, il n'est pas besoin 
de réflexions nombreuses , et dès que l'on s'en 
écarte, il est aisé de s'en apercevoir. D'où vient, 
direz-vous, que les hommes ne voient pas le 
vrai? Bien des causes y concourent : des préju- 
gés , des motifs humains. Vous répliquerez que 
nos adversaires en disent autant de nous. De 
quel droit, je vous prie? Est-ce que nous sommes 
sortis de l'Eglise? Estrce que nous avons des hé- 
résiarques? Est-ce que le nom que nous portons, 
ce sont des hommes qui nous l'ont donné? Est-ce Hérésiesjde 
que nous avons, comme eux, pour père et pour ^™a 3 n, e ? e 
chef, un Marcion, un Manès, un Arius? Si nous d'Arius. 
portons le nom de quelqu'un , ce n'est pas du 
moins le nom d'un hérésiarque ; c'est le nom des 
chefs et des gouverneurs de l'Eglise. Nous n'a- 
vons sur la terre aucun maître, bien loin de là; 
nous n'avons qu'un seul Maître, et il est dans 
les cieux. — Vos adversaires, aussi, parlent de 
même. — Ils ont beau parler de même, le nom 
qu'ils portent les accuse et leur ferme la bouche. 
Il y a eu bien des Grecs, et nul n'a posé de sem- 



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94 HOMÉLIES SUR LES j 

blables questions. Les philosophes en étaient là 
pareillement, et cela n'empêchait personne de 
demeurer attaché à l'école qu'il estimait repré- 
senter la vérité. Lorsqu'on soulevait ces diffi- 
cultés , pourquoi n'observait-on pas que les uns 
et les autres étaient juifs? auxquels, dans ce cas, 
devrions-nous nous en rapporter? Ils s'en rap- 
portèrent à ce qui méritait leurs suffrages. 

Accomplissons, nous aussi, les lois divines; 
observons en toute chose la volonté du Sei- 
gneur, vivons selon son bon plaisir sur la terre ; 
de la sorte, après avoir passé dans le culte de la 
vertu le temps que nous avons à demeurer ici- 
bas , nous pourrons être mis en possession des 
biens promis à ceux qui aiment Dieu, et parta- 
ger la gloire réservée à ses élus, par la grâce et 
la charité du Fils unique et de l'Esprit, source 
de sainteté et de vie, de l'unique et véritable 
divinité, maintenant et toujours, et dans les 
siècles des siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE XXXIV. 

a Or, Paul et Barnabé demeuraient à Anlioche, enseignant 
et prêchant avec plusieurs autres la parole du Seigneur. 
Au bout de quelques jours , Paul dit à Barnabé : Re- 
tournons sur nos pas et visitons nos frères dans 
toutes les villes où nous avons prêché la parole de 
Dieu, pour voir en quel état ils se trouvent. » 

i. Avec quelle humilité ils font part à leurs 
frères de la doctrine ! Déjà Luc nous a fait con- 
naître les caractères divers des autres apôtres, 
les uns plus doux et plus affables, les autres 
plus sévères et plus rigides. Les dons divins étant 
variés , on voit qu'il s'agit ici de dons de cette 
nature. Parmi ces dons, il en est qui conviennent 
à tel genre de caractère , il en est d'autres qui 
conviennent à tel autre : que l'un fût mis au lieu 
de l'autre, il n'en résulterait aucune utilité. Si, 
à la surface , on découvre une certaine opposi- 
tion , il n'en est rien au fond : là tout est har- 
monie. La Providence l'avait ainsi ordonné, afin 
qu'à chacun appartint le rôle qui lui convenait. 
Ils ne devaient pas évidemment posséder tous la 
même dignité; si l'un devait commander, les 
autres dôvaient lui être soumis ; l'ordre provi- 



CTES DES APOTRES. 

dentiel ne permettait pas qu'il en fût autrement. 
Les Cypriotes n'avaient pas les mêmes mœurs 
que les habitants d'Antioche et des autres villes; 
aux premiers il fallait un maître rigoureux, aux 
seconds un maître de formes plus douces. 

a Barnabé voulait prendre avec eux Jean sur- 
nommé Marc; mais Paul disait que, les ayant 
quittés depuis la Pamphylie, et n'étant pas allé 
avec eux pour cette œuvre , il ne devait pas les 
accompagner. Il y eut entre eux un débat ; en 
sorte qu'ils se séparèrent l'un de l'autre et que 
Barnabé, prenant Marc, fit voile pour Chypre ; 
tandis que Paul, ayant choisi Silas, partit confié 
par les frères à la grâce de Dieu. » Dans les pro- 
phètes également apparaissent des sentiments 
et des caractères divers ; Elie était remarquable 
par sa sévérité, Moïse par sa mansuétude. Ici 
Paul semble l'emporter en vivacité; néanmoins, 
sa douceur ne laisse pas que d'être remarquable. 
Il disait que Marc, s'étant séparé d'eux depuis 
la Pamphylie, ne devait pas les accompagner. 
Un capitaine ne voudrait pas pour le servir d'un 
soldat qui lui serait toujours à charge. Ainsi 
raisonnait l'Apôtre. Ce fut une leçon pour les 
autres , en même temps que pour Marc une oc- 
casion de s'amender. En conclurons-nous que 
Barnabé cédait à de mauvais sentiments? Gar- 
dons-nous de le faire; il serait même insensé de 
le croire un instant. Car enfin , de quoi s'agis- 
sait-il, sinon d'une chose sans importance? 
D'ailleurs, il n'en résulta point de mal; ce fut 
même un bien que cette séparation de deux 
apôtres capables chacun d'évangéliser des na- 
tions entières. Et puis, si cet incident ne fût sur- 
venu , malaisément ils eussent consenti à sé sé- 
parer. Ce qu'il y a de vraiment admirable, c'est 
que Luc n'ait point passé ce fait sous silence. — 
A devoir se séparer, objecterez-vous, ils eussent 
dû le faire sans débat préalable. — Ce débat ne 
fait que mettre davantage en relief ce qu'il y 
avait de l'homme dans les apôtres. Pour le 
Christ, il fallait qu'il en fût ainsi; combien plus 
le fallait-il pour les apôtres 1 Au surplus, un dé- 
bat n'a rien de mauvais en soi, surtout quand 
il roule sur de pareilles matières, et quand il 
est autorisé par de justes raisons. Si l'un des deux 
apôtres se fût emporté pour revendiquer un in- 



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térèt ou une gloire particulière, on le blâmerait 
avec raison ; mais , dès lors que l'un et l'autre 
ne se proposent que de s'éclairer mutuellement, 
quel mal y a-t-il à ce qu'ils suivent chacun 
une voie différente? L'intelligence humaine les 
inspirait en bien des circonstances ; ils n'étaient 
ni de bois ni de pierre. En cette occasion , Paul 
expose ses griefs et soutient les droits de ce qu'il 
estime la vérité. Bien que son humilité le portât 
à traiter avec déférence Barnabé, qui avait par- 
tagé si souvent ses travaux, il ne le respectait 
pas au point de sacrifier, pour lui être agréable, 
ce qu'il croyait un devoir. 

Lequel des deux était dans le vrai, ce n'est 
pas à nous de le décider ; ce que nous y décou- 
vrons, c'est un dessein providentiel; car diffé- 
remment, certains peuples auraient reçu la vi- 
site des apôtres, mais d'autres ne l'auraient pas 
reçue. S'ils demeurèrent dans Antioche, ils 
avaient leur motif; ils y publiaient la doc- 
trine évangélique. Pourquoi ? Quelques-uns 
croyaient déjà, d'autres ne croyaient pas en- 
core. De plus, les nombreux scandales qui se 
produisaient rendaient leur présence indispen- 
sable. En cette conjoncture, il faudrait moins 
observer le point sur lequel nos deux apôtres se 
divisèrent, que les points sur lesquels ils furent 
d'accord. En résumé, leur séparation n'aboutit 
qu'à produire un bien beaucoup plus considé- 
rable. Croirons-nous qu'ils se séparèrent enne- 
mis l'un de l'autre? Loin de nous pareille pen- 
sée : dans ses Epitres, Paul ne cessa de combler 
Barnabé de louanges. « Un débat s'éleva, » dit 
l'historien sacré, non une division, une inimitié. 
Le débat devint tel qu'ils se séparèrent. Et ils 
eurent raison; car ce que chacun d'eux estimait 
utile n'eût pas été peutrètre ensuite jugé tel, si 
la séparation n'eût pas eu lieu. 

2. A mes yeux, leur séparation fut un acte de 
profonde sagesse; sans doute ils se dirent l'un à 
l'autre : Puisque nos volontés sont opposées en 
ce point, qu'il n'y ait point entre nous de lutte, 
et divisons-nous les contrées à visiter. Us furent 
ainsi guidés par un désir de concession réci- 
proque. C'est parce que Barnabé ne voulait pas 
contredire le jugement formulé par Paul, qu'il 

se retira. De son côté, Paul voulait être agréable 



XXXIV. 95 

à son compagnon; de là son consentement à ce 
projet de séparation. Plût à Dieu qu'il y eût 
parmi nous de ces séparations, dont la consé- 
quence serait la diffusion du royaume divin ! 
« Paul, ayant choisi Silas, partit, confié par les 
frères à la grâce de Dieu. » Quel homme admi- 
rable, quel grand homme que Paul! Ce débat 
fut extrêmement utile à Marc. La rigueur de 
Paul le fit rentrer en lui-même, et la bonté de 
Barnabé fit qu'il ne fut pas laissé de côté. De 
sorte que cette opposition apparente n'empêche 
pas qu'ils n'atteignent l'un et l'autre le même 
but. A la vue de Paul prêt à s'éloigner de lui, 
Marc effrayé condamne sa conduite précédente. 
A la vue de Barnabé le prenant sous sa tutelle, 
il est profondément touché. Conséquemment , 
loin de lui être nuisible, le débat «des maîtres fut 
extrêmement profitable au disciple. S'ils eussent 
agi de cette manière pour leur honneur person- 
nel, Marc en eût été justement blessé; dès qu'ils 
agissent de la sorte en vue de son salut, et pour 
établir la légitimité du sentiment favorable au 
disciple, il n'y a plus rien à dire. 

3. Dans sa nouvelle pérégrination, Paul montre 
sa prudence ordinaire ; avant de visiter d'autres 
villes, il commence par visiter celles qui avaient 
entendu déjà la parole évangélique. a II parcou- 
rait la Syrie et la Cilicie, affermissant les Eglises. 
Or, il parvint à Derbé et à Lystres. » Voyager pour 
voyager, c'est d'un esprit peu sérieux. Prenons 
exemple sur Paul; commençons par bien for- 
mer les premières âmes que Dieu nous envoie , 
afin qu'elles ne deviennent pas un sujet de scan- 
dale pour celles qui viendront après. « Visitons 
nos frères, disait Paul, afin de savoir com- 
ment ils se portent. Il était dans l'ignorance sur 
ce point; ce qui lui fournissait l'occasion de les 
voir une seconde fois. D'une vigilance, d'une 
sollicitude incessante, quelques périls qui l'as- 
siègent, il ne se livre jamais au repos. Ce n'é- 
tait donc point par crainte qu'il était venu à An- 
tioche. Il allait comme un médecin qui* va voir 
ses malades. Quant à la nécessité de les visiter, 
il l'exprime par ces mots : a Où nous avons an- 
noncé la parole divine. » Barnabé quitta^ donc 
l'Apôtre et ne fut plus désormais son compa- 
gnon, a Ayant choisi Silas, et confié à la grâce 



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96 HOMÉLIES SUR LES 

de Dieu, » dit le texte sacré. Quel en est le sens? 
Les fidèles prièrent, supplièrent le Seigneur. 
Grande en toute circonstance est l'efficacité de 
la prière des fidèles. Désormais Paul voyage par 
terre, afin d'être utile en route à ceux qui dési- 
raient lui parler. Quand il était pressé , il pre- 
nait la voie de mer ; ici, c'est tout autrement. 

<( Et voilà qu'il y avait là un disciple nommé 
Timothée, fils d'une femme juive fidèle et d'un 
père gentil. Les frères qui étaient à Lystres et à 
ïconium rendirent à ce disciple un bon témoi- 
gnage. Paul voulut l'emmener avec lui : le pre- 
nant, il le circoncit à cause des Juifs qui étaient 
en ces lieux ; car ils savaient tous que son père 
sagesse et était un gentil. » Admirons ici la sagesse de Paul. 

prudence de . . - 0 

saint Paul. Lui qui avait si ardemment combattu touchant 
la circoncision, qui avait mis tout en œuvre, tout 
soulevé jusqu'à ce qu'il fût arrivé à ses fins , 
lorsque la doctrine est solidement établie, cir- 
concit son disciple. Non-seulement il n'empêche 
pas les autres de le faire , mais lui-même il le 
fait. Encore une fois, quelle prudence que celle 
de l'Apôtre ! En toute chose il se proposait le 
bien; jamais il n'entreprenait rien sans en avoir 
pesé les conséquences, a Paul voulut l'emmener 
avec lui. j> C'est une chose surprenante qu'il ait 
pris, en effet, Timothée. « A cause des Juifs qui 
étaient en ces lieux. » Telle fut la raison pour 
laquelle il le circoncit : les Juifs n'eussent con- 
senti jamais à ouïr la parole d'un incirconcis. 
Comment? Notez ce qu'il y a d'extraordi- 
naire en ceci : Paul circoncit son disciple pour 
détruire la circoncision ; puisque la doctrine prê- 
chée par eux était la doctrine des apôtres. Ainsi, 
d'abord une contradiction apparente; puis, ré- 
sultat de cette contradiction, l'extension du 
royaume de Dieu. La lutte ne vient pas du 
dehors; c'est en prenant des mesures opposées 
quelquefois entre elles que les apôtres élèvent 
l'Eglise du Christ. Ils enseignaient l'inutilité de 
la circoncision , et voilà Paul qui circoncit son 
disciple. « Et ils croissaient chaque jour en 
nombre. » C'est la circoncision qui produit ces 
résultats. L'Apôtre ne séjourne pas indéfiniment 
en cette ville : n'étant venu que pour visiter les 
fidèles, il va plus loin. 

« Allant de ville en ville, ils leur donnaient à 



LCTES DES APOTRES. 

garder les ordonnances faites par les apôtres et 
les anciens qui étaient à Jérusalem. Ainsi les 
Eglises se fortifiaient dans la foi et croissaient 
en nombre tous les jours. Lorsqu'ils eurent tra- 
versé la Phrygie et le pays de Galatie, le Saint- 
Esprit leur défendit d'annoncer la parole de Dieu 
dans l'Asie. Laissant donc la Galatie et la Phry- 
gie, ils s'avancèrent dans les régions du milieu. 
Etant venus en Mysie, ils se disposèrent à passer 
en Bithynie ; mais l'Esprit saint ne le leur permit 
pas. » Pour quelle raison il ne le leur permit 
pas, nous n'en savons rien : l'historien se con- 
tente d'affirmer le fait de la défense, nous ap- 
prenant de cette manière à obéir sans chercher 
la raison des prescriptions divines. En outre, 
nous voyons les apôtres agir en maintes cir- 
constances d'une façon purement humaine. 
« Lorsqu'ils eurent traversé la Mysie, ils des- 
cendirent à Troade. Or, pendant la nuit, Paul 
eut une vision : Un Macédonien se tenait debout 
devant lui, le priant et disant : Passez en Macé- 
doine et secourez-nous. » Pourquoi cette vision, 
pourquoi l'Esprit saint ne donne-t-il pas lui-même 
cet ordre? Il prétendait user de ce moyen pour 
raviver leur ardeur. Plusieurs fois des visions se 
sont montrées aux . saints durant leur sommeil. 
Au commencement de sa conversion , Paul ne 
vit-il pas lui-même en vision un homme entrant 
et lui imposant les mains? C'est donc un moyen 
que le Seigneur emploie pour attirer Paul en 
Macédoine et développer l'œuvre de la prédica- 
tion évangélique. Pressé de la sorte par le Christ, 
il ne saurait plus séjourner dans les autres villes. 
Les habitants de l'Asie devaient jouir longtemps 
de la parole de Jean; d'ailleurs, ils pouvaient 
n'en avoir pas besoin. Il fallait donc que Paul 
se transportât en Macédoine. Il part et se dirige 
vers le but qui lui a été marqué. « Dès qu'il eut 
eu cette vision , nous nous disposâmes à partir 
pour la Macédoine, persuadés que Dieu nous ap- 
pelait à prêcher l'Evangile à ce peuple. Et, par- 
tant de Troade, nous allâmes droit à Samothrace, 
le lendemain à Néapolis, puis à Philippes, qui 
est une colonie romaine et la première ville de 
cette partie de la Macédoine. Nous demeurâmes 
quelques jours en cette ville à délibérer. » Ail- 
leurs également le Christ apparaît à Paul et lui 



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ttOMÉLÎE XXXÎV. 



dit : « Tu dois te présenter devant César. » Art., 
xxvu, 24. Enumération des lieux dans Tordre 
suivant lequel l'Apôtre lésa visités; désignation 
des villes où il a séjourné, voilà ce que fait l'his- 
torien. Se bornant à traverser les villes les moins 
importantes, Paul séjournait dans les plus con- 
sidérables. C'était un honneur pour une ville 
d'être une colonie romaine. Revenons sur ce qui 
précède. L'Apôtre par ces mots : « Visitons les 
villes où nous avons annoncé la parole de Dieu, » 
fait accepter par Barnabé son projet de voyage. 
Toutefois, il entend ne pas y convier celui dont 
il allait signaler la culpabilité. 

4. Nous remarquerons quelque chose de sem- 
blable dans les rapports de Dieu et de Moïse. 
Dieu est irrité, Moïse le supplie. « Encore si son 
père avait craché sur sa face! — Laissez-moi, et 
je détruirai ce peuple dans ma colère, » disait 
le Seigneur. Num., xii, 14; Exod., xxxn, 32. 
11 en était de même quand Samuel pleurait sur 
Saùl : de grands biens furent obtenus par l'un et 
par l'autre de ces prophètes. Pareillement, dans 
le cas présent, Paul se fâche, mais non Barnabé. 
Cela nous arrive à nous également. Du reste, 
ce débat a son utilité : la correction de celui qui 
était en faute; et rien ne rappelle ici un jeu de 
comédie. S'il en eût été autrement, nous n'au- 
rions pas vu Barnabé céder, lui qui en toute cir- 
constance avait cédé à Paul, qui lui avait té- 
moigné tant de dévouement jusqu'ici, qui était 
allé le chercher à Tarse , qui l'avait introduit 
auprès des apôtres, qui avait mis son aumône 
en commun avec lui, et qui lui avait été parfai- 
tement uni quant à la doctrine. Pareille raison 
était incapable de susciter du ressentiment dans 
leur cœur : ils se séparent, mais pour prêcher 
l'Evangile et pour instruire, grâce à cette sépa- 
ration , ceux qui avaient besoin de leur parole. 
C'est le conseil que l'Apôtre donnait en ces 
termes : « Ne vous lassez jamais de faire le bien. » 
II Thess., m, 13. Tout en gourmandant les uns, 
il nous recommande de faire du bien à tous. 
C'est encore une habitude à laquelle nous nous 
conformons tous les jours. Il me semblerait que 
certains fidèles s'indignèrent à cette occasion 
contre Paul; mais Paul, les prenant en parti- 
culier, leur prodigua ses exhortations et ses 
tom. vui. 



conseils. Grande est la puissance de la charité, 
grande la puissance de l'union. Quelque impor- 
tante que soit votre demande, 'fussiez-vous in- 
digne d'être écouté pour vous-même, ne craignez 
rien , vous le serez pour la bonne volonté que 
vous déployez. « 11 traversait les villes. Et voilà 
qu'il y avait un disciple nommé Timothée. A ce 
disciple, les frères de Lystres et d'Iconium ren- 
daient bon témoignage. » 

Quelle admirable foi que la foi de ce Timothée 
auquel tous rendaient témoignage ! Barnabé s'é- 
tant séparé de Paul, un nouveau compagnon 
digne de lui se rencontre. L'Apôtre disait à ce 
Timothée : a Je me souviens de vos larmes et de 
votre foi si franche, qui avait d'abord animé 
votre aïeule Lois et votre mère Eunicé. » II TYm., 
i, 4-5. « Et le prenant, il le circoncit. » Il en in- 
dique le motif par ces mots : cr A cause des Juifs 
qui étaient en ces lieux. » Voilà donc pourquoi 
Timothée est circoncis; ou bien encore l'est-il 
à cause de son père, qui persistait dans l'idolâ- 
trie. Il n'était donc pas circoncis : preuve de 
l'abrogation de la loi. Certains auteurs estiment 
la naissance de Timothée postérieure à la pré- 
dication de l'Evangile ; mais cela ne paraît pas 
probable. « Dès votre enfance, lui écrivait l'Apô- 
tre, vous avez connu les lettres sacrées. » Il faut 
donc s'en tenir à la première explication ;.à moins 
que Paul, devant ordonner Timothée évêque, 
n'ait jugé cette dignité incompatible avec l'in- 
circoncision. Ce qui n'est pas contestable, c'est 
que la loi ne fût pas alors obligatoire pour les 
Gentils. Ce n'était pas un point sans importance, 
puisqu'il en résultait si longtemps après une 
occasion de scandale. Il y avait un commence- 
ment d'abrogation dans l'inobservance de la loi 
par les Gentils, et dans l'innocuité de cette inob- 
servance, aussi bien que dans leur capacité vis- 
à-vis de la foi : du reste , ils en demeuraient 
éloignés très-volontiers. L'intention de Paul étant 
de prêcher l'Evangile, pour ne pas blesser dou- 
blement les Juifs, il circoncit son nouveau dis- 
ciple ; bien que celui-ci n'appartînt à la circon- 
cision qu'à demi, son père étant idolâtre, tandis 
que sa mère était fidèle. Comme c'était une chose 
importante pour les Gentils, Paul ne s'arrêta 
pas à cette particularité; pour faciliter la diflfu- 



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G&ogI( 



98 HOMÉLIES SUR LES 

sion de la parole de Dieu, il n'hésita pas à le 
circoncire. 

Le bien est également ici la conséquence d'une 
mesure qui semblait devoir aboutir à des consé- 
quences contraires, a Et ils croissaient en nom- 
bre, » dit l'historien : en sorte que, loin d'être 
nuisible, cette circoncision produisit d'excellents 
résultats, a Dès qu'il eut eu cette vision , nous 
nous disposâmes à partir pour la Macédoine, 
persuadés que Dieu nous appelait à prêcher 
l'Evangile à ce peuple. » Ce n'est plus un ange 
qui vient instruire Paul, comme il instruisit 
Corneille et Philippe, c'est au moyen d'une vision 
que le Seigneur l'éclairé ; c'est par un moyen 
humain, et non divin. Quand la persuasion doit 
s'obtenir facilement, le moyen employé se rap- 
proche de l'humanité ; quand il faut frapper un 
grand coup, le moyen à mettre en œuvre doit 
présenter un caractère divin. Dès qu'il s'agit de 
hâter la prédication de l'Evangile, un songe 
suffit ; dès qu'il s'agit de décider un apôtre à cette 
prédication, l'Esprit saint intervient directe- 
ment. « Lève-toi , dit-il à Pierre , et descends. » 
Différence Les choses faciles ne requièrent pas l'interven- 
?re e ulT*£ tion directe de l'Esprit divin; dans le cas pré- 
skm et un se nt, c'était assez d'un songe. Joseph étant dis- 

song*. 

posé de lui-même à croire, un songe l'avertit : 
pour les autres, il faut une vision. De même 
pour Corneille, de même pour notre apôtre : 
« Voilà qu'un Macédonien se tenant debout, me 
priait et disait. » Il n'y a pas, me commandait, 
mais : a Me priait , » m'implorait en faveur des 
âmes qui avaient besoin de l'arrivée salutaire de 
Paul. Qu'est-ce à dire, « persuadés? » Nous en 
conclûmes par voie de raisonnement. En effet, 
Paul fut le seul favorisé de cette vision ; l'Esprit 
saint le détournant de séjourner en ces lieux, et 
lui-même se trouvant non loin de la Macédoine, 
ses compagnons rapprochèrent ces circonstances 
diverses et en tirèrent ces conséquences. C'était 
encore ce que la traversée leur faisait compren- 
dre; car il ne s'était pas écoulé beaucoup de 
temps depuis qu'ils étaient venus dans cette 
partie de la Macédoine. L'Esprit saint ne leur 
eût pas autrement indiqué ce but, et la Macé- 
doine elle-même n'eût pas aisément reçu la pa- 
role évangélique. Un pareil succès était la preuve 



ACTES DES APOTRES. 

de ce qu'il y avait de divin en toute cette affaire. 
Le livre des Actes ne dit pas que Barnabé ait 
cédé à un mouvement de vivacité, mais bien : 
« Un débat entre eux s'éleva. » Si Barnabé ne 
s'emporta pas, l'Apôtre de son côté ne s'emporta 
pas davantage. 

5. A nous de prendre bien garde à ne pas 
écouter ce récit avec indifférence ; qu'il soit plu- 
tôt une occasion de nous instruire et de nous 
éclairer; car rien n'a été écrit en vain. C'est un 
grand malheur que l'ignorance de l'Ecriture ; 
alors ce qui doit nous être salutaire nous de- 
vient funeste. Si vous usez hors de propos de 
remèdes efficaces d'ailleurs, ces remèdes com- 
promettront et aggraveront votre état; si vous 
vous servez imprudemment des armes destinées 
à défendre votre vie , elles vous donneront la 
mort. La cause de ce malheur, c'est que nous 
cherchons tout autre chose que le bien de notre 
âme, c'est que nous nous occupons de tout autre 
intérêt que de nos propres intérêts. Nous veillons 
assurément à la solidité de notre maison ; il nous 
en coûterait de la voir tomber de vétusté, chan- 
celer sur ses fondements, et courir le risque 
d'être renversée par la tempête. Quant à notre 
âme, nous en avons un médiocre souci : malgré 
le peu de solidité de ses fondements, malgré le 
mauvais état de ses murailles et de sa toiture, 
nous n'en tenons aucun compte. Sommes-nous 
possesseurs de troupeaux et de bêtes de trait, 
nous sommes en quête de ce qui les pourra fa- 
voriser, nous recourons aux écuyers et aux vé- 
térinaires , nous ne négligeons aucune précau- 
tion , nous prenons soin des édifices destinés à 
les abriter, nous recommandons à leurs gar- 
diens de les conduire avec prudence , de ne pas 
les charger outre mesure, de ne pas les exposer 
aux intempéries des nuits, de ne pas vendre la 
nourriture qui leur est destinée , d'observer en 
un mot toutes les lois édictées chez nous en leur 
faveur. Voilà ce que noys faisons pour des ani- 
maux, tandis que nous ne faisons rien pour 
notre âme. Et que parlé-je des animaux domes- 
tiques? Eux, du moins, nous sont de quelque 
utilité ; mais bien des gens gardent des oiseaux 
qui ne sont utiles qu'à les distraire, et ils se 
gardent bien de les négliger en quoi que ce soit : 



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HOMÉLIE 

des règlements nombreux ont été rédigés à ce 
sujet. Par conséquent, nous nous occupons de 
tout hormis de nous-mêmes, et nous nous cou- 
vrons par là d'ignominie. Si Ton nous jette à 
la face la qualification injurieuse de chien, 
nous en sommes cruellement blessés; si nous 
nous faisons la même injure, non en paroles, 
mais par notre conduite, si nous accordons moins 
de soins à notre âme qu'à notre chien , nous 
l'estimons chose indifférente. Quelles ténèbres 
épaisses planent sur nous ! On voit bien des gens 
veiller à ce que leurs chiens ne dépassent pas en 
mangeant la limite de leurs besoins, de manière 
à ce que sous l'aiguillon de la faim leur rapi- 
dité, leurs instincts de chasseurs se développent ; 
mais d'eux-mêmes, ils ne s'en occupent pas, ils 
se gardent bien de s'interdire les plaisirs qui 
amollissent : en sorte qu'ils tombent dans les 
excès de l'animalité, tout en imposant aux ani- 
maux la mesure de la sagesse. Vraiment, c'est 
à n'y rien comprendre. — Où voyez-vous ces 
animaux philosophes dont vous parlez ? nous de- 
mandera-t-on. — N'est-ce pas de la philosophie 
véritable que la conduite d'un chien respectant 
sa proie, bien que la faim l'aiguillonne, et at- 
tendant son maître ? Rougissez donc de vous- 
mêmes ; et formez votre estomac à une philoso- 
phie pareille. Quelle excuse pourriez-vous allé- 
guer? Si des êtres privés de la raison, incapables 
de parler et de réfléchir, sont susceptibles d'une 
retenue semblable, combien plus n'en seriez- 
vous pas susceptibles? Manifestement, ce n'est 
pas la nature , c'est l'industrie de l'homme qui 
transforme ainsi les animaux : différemment, 
tous les chiens devraient se conduire de la même 
manière. Au moins élevez-vous à la modération 
de ces animaux. 

Pourquoi me forcez- vous. à prendre de tels 
modèles ? Il faudrait prendre les exemples à vous 
proposer dans les cieux; mais, lorsqu'il m'ar- 
rive de le faire , vous prétendez qu'ils sont trop 
haut placés : voilà pourquoi je n'en fais point 
mention. Parlé-je de Paul, vous répondez qu'il 
était apôtre ; je ne dis donc rien de Paul. Si je 
vous parle d'un homme ordinaire , vous me ré- 
pondez : Cet homme a pu s'élever jusque-là. Je 
ne parle donc même pas d'un homme ; je vous 



XXXIV, 99 

parle d'un animal, et d'un animal tel que 
l'homme Ta fait, afin que vous ne me représen- 
tiez pas la force de la nature , et que vous con- 
veniez de la force de la volonté. Que dis-je, de 
la force de la volonté de l'animal? De l'efficacité 
de vos soins. Effectivement, la fatigue qu'il res- 
sent, la course qui l'a brisé, la proie qu'il doit à 
ses propres sueurs ne le touchent en aucune 
manière; insensible à toutes ces choses il garde 
sa proie pour son maître et domine les exigences 
de son appétit. — Oui, me direz-vous, il attend; 
mais il attend des éloges, il attend une meilleure 
chère. — Ainsi , la perspective d'un plaisir plus 
vif inspirerait à l'animal le mépris du plaisir ac- 
tuel; et vous refuseriez de sacrifier les biens 
d'ici-bas à l'espérance des biens futurs! L'ani- 
mal comprend fort bien que, s'il touche à sa 
proie contre la volonté du maître et hors de 
propos , il sera privé de toute nourriture , qu'il 
n'aura pas sa pitance accoutumée , qu'elle sera 
remplacée par des coups; et vous ne sauriez voir 
aussi bien ! et ce que l'habitude lui a montré , 
votre raison ne vous le montrerait pas ! Imitons 
donc en ce point ces animaux. Les aigles et les 
éperviers en font autant , dit-on ; parmi les 
oiseaux ils conservent la supériorité que les 
chiens ont sur les quadrupèdes : en eux aussi 
vous admirerez cette même mesure. En voilà 
bien assez pour nous condamner, en voilà bien 
assez pour nous confondre. Je dirai quelque 
chose de plus : Il est des écuyers qui domptent 
si bien en peu de temps des chevaux sauvages 
et rétifs, prêts à regimber et à mordre, qu'il y a 
plaisir à voir ces animaux régler leur allure sur 
la volonté du cavalier. L'àme a beau déployer 
ses caprices indomptés, nul ne s'en préoccupe; 
elle va bondissant, regimbant, se traînant à 
terre comme un enfant, se déshonorant mille 
fois , personne ne la charge d'entraves et ne lui 
donne un frein , personne ne la soumet à l'ac- 
tion de l'écuyer, seul capable de la dompter, à 
l'action du Christ, veux-je dire. De là ces dé- 
sordres dont nous sommes témoins. Ainsi vous 
formez un chien à réprimer les ardeurs de sa 
faim, vous domptez la férocité du lion, l'ardeur 
du cheval, vous instruisez les oiseaux à parler, 
vous exigez d'êtres privés de raison des actes qui 

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100 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



conviennent seulement à des êtres raisonnables, 
et vous garderiez pour vous les vices qui carac- 
térisent les êtres sans raison! Mais quelle ex- 
cuse pourriez-vous faire valoir? Aucune, cer- 
tainement, aucune. Tous les gens de bien, les 
infidèles comme les fidèles ; seront nos accusa- 
teurs ; car il y a des infidèles qui font le bien , 
tout comme les chiens et les animaux. Nous se- 
rons nos accusateurs aussi à nous-mêmes ; car, 
lorsque nous le voulons , nous faisons le bien ; 
nous ne sommes entraînés que par notre négli- 
gence. Parmi les hommes les plus vicieux na- 
turellement, on en a vu devenir des hommes 
sages , au moment où leur volonté s'est énergi- 
quement prononcée. 

Encore une fois , la cause de ce triste état de 
choses est notre empressement à chercher tout 
ce qui est bon pour les autres, hormis ce qui 
Test pour nous-mêmes. Quand vous bâtissez une 
splendide maison , vous vous occupez des avan- 
tages de votre maison, non de vos propres avan- 
tages. Quand vous vous revêtez d'un habit ma- 
gnifique, vous ornez votre corps, non votre 
àme ; de même , quand vous achetez un excel- 
n faut orner lent cheval. Personne ne s'inquiète du bien de 
préférence à l'àme ; et pourtant, si l'âme est bonne, peu im- 
etlux^bjiu P ortent * es autres avantages; au lieu que, si 
matériel!, l'âme est mauvaise , les autres avantages ne 
servent de rien. Peu importe que le lit nuptial 
soit couvert d'étoffes brochées d'or, que les 
chœurs soient composés de femmes remar- 
quables par leur beauté, qu'il y ait profusion de 
roses et de couronnes, que l'époux soit beau, de 
même que les servantes , que les amis et tous 
les membres du cortège; si l'épouse est con- 
trefaite, à quoi tout cela lui sert-il? Mais, si 
elle est belle, en quoi le contraire lui nuirait-il? 
Elle y gagnerait assurément; car sa beauté 
serait rehaussée par la difformité des autres, de 
même que leur beauté fait ressortir davantage 
sa propre difformité. Ainsi donc, quand l'âme est 
belle, loin d'avoir besoin d'un autre avantage, sa 
beauté propre éclipse toute autre beauté. Vous 
verrez la philosophie briller d'un plus vif éclat 
au sein de la pauvreté qu'au sein des richesses. 
Etes- vous riche, on attribuera votre vertu à la 
richesse, parce que vous n'aurez besoin de 



rien. Etes-vous pauvre, si vous ne consentez 
jamais à rien de vil, si votre vertu brille tou- 
jours du même éclat, nul ne vous disputera la 
couronne de la sagesse. 

Appliquons-nous donc à l'embellissement de 
notre âme, si nous aspirons aux richesses véri- 
tables. De quoi vous sert-il d'être traîné par 
des mules grasses, élégantes et belles, si vous- 
même êtes maigre, difforme et contrefait? De 
quoi vous servira-t-il d'avoir une couche molle, 
riche et d'un art remarquable, si votre âme est 
couverte de haillons hideux et dégoûtants? De 
quoi vous servira-t-il d'avoir un cheval d'une 
allure majestueuse, pleine d'élégance et de 
grâce, et contribuant par l'éclat de son harna- 
chement à l'éclat de La pompe nuptiale, si vous, 
le cavalier, êtes affreusement boiteux, si vos 
pieds et vos mains sont disloqués à l'égal des 
mains et des pieds les plus contrefaits? Seriez- 
vous bien aise qu'on vous offrît un cheval ma- 
gnifique à la condition de briser tous vos mem- 
bres? Votre âme en est là, cependant, et vous 
n'en prenez nul souci. Je vous en prie, occu- 
pons-nous enfin de nous-mêmes. N'allons pas 
nous déshonorer plus que tous les autres. Lors- 
qu'on nous insulte, nous en souffrons, nous en 
gémissons; et, quand nous nous couvrons 
nous-mêmes d'ignominie, nous sommes insen- 
sibles. Revenons enfin à la raison, afin que 
notre âme devenue l'objet de nos soins et con- 
sacrée à la vertu, nous arrivions à la possession 
des biens éternels, par la grâce et la charité de 
Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui gloire, puis- 
sance, honneur, en même temps qu'au Père et 
au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et 
dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE XXXV. 

« Le jour du sabbat , nous sortîmes de la ville du côté de 
la rivière, où était le lieu de la prière ; et, nous asseyant, 
nous parlâmes aux femmes qui étaient assemblées. Une 
d'entre elles nommée Lydie , marchande de pourpre , 
de la ville de Thyalire, servant Dieu, nous écouta : le 
Seigneur ouvrit son cœur et la rendit attentive à ce que 
Paul disait. » 

1. Voyez-vous Paul judaïser de nouveau? Le 
temps et la manière ne permettent pas d'en 

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HOMÉLIE XXXV. 

douter, « Où était ce lien ordinaire de la prière. » 
On ne priait pas seulement dans les synago- 
gues; on le faisait encore dehors : un lieu dé- 
terminé réunissait les Juifs si grossiers dans 
leurs idées. « Le jour du sabbat, » jour où, 
selon toute apparence, ils devaient se rassem- 
bler. « Et, nous asseyant, nous parlâmes aux 
femmes qui se trouvaient en ce lieu. Une d'entre 
elles, nommée Lydie, marchande de pourpre, 
de la ville de Thyatire, servant Dieu, nous 
écouta : le Seigneur ouvrit son eœur et la 
rendit attentive à ce que Paul disait. » Rien de 
plus simple que cette scène. Il s'agit d'une 
femme de condition obscure, ce que montre le 
métier qu'elle exerce. Mais en cette femme 
quelle philosophie 1 Un double témoignage lui 
est rendu, premièrement à l'occasion de sa 
piété envers Dieu, secondement à l'occasion de 
son hospitalité pour les apôtres. « Quand elle 
eut reçu le baptême, elle et sa famille, elle nous 
adressa cette prière en disant : Seigneur, si vous 
me croyez fidèle à mon Dieu, entrez dans ma 
maison, et demeurez-y. Et elle nous força d'y 
entrer. » « Quand elle eut reçu le baptême, elle 
et sa famille. » Admirez la vertu persuasive de 
cette femme ; admirez encore sa prudence, dans 
la prière qu'elle adresse aux apôtres, l'humilité 
de son langage, sa parfaite sagesse : « Si vous 
me croyez fidèle à mon Dieu. » Elle ne pou- 
vait pas s'exprimer d'une façon plus touchante. 
Comment n'être pas ému par ces paroles? Elle 
ne se contente pas de prier, de supplier, de les 
laisser libres d'accepter, elle les force par ses 
instances d'entrer chez elle ; car tel est le sens 
manifeste du texte sacré. Dès le premier ins- 
tant, en elle la foi porte ses fruits, elle estime 
sa vocation un bien de la plus haute importance. 
A coup sûr, vous m'avez jugée fidèle, puisque 
vous m'avez admise à de si grands mystères, 
ce que vous n'auriez point fait si vous m'en 
aviez jugée indigne. Avant le baptême, elle 
n'osa pas leur offrir l'hospitalité, elle attendit 
qu'il lui eût été conféré; preuve de la confiance 
qu'elle avait mise en cet argument pour se faire 
écouter. Pourquoi ce refus de Paul et de ses 
compagnons, pourquoi ces hésitations qui provo- 
quèrent les instances de la nouvelle chrétienne? 



101 

Pour raviver encore plus son zèle ; peutrètre aussi 
pour se conformer aux paroles du Christ : « En 
quelque ville que vous entriez, demandez quel 
est le plus digne, et demeurez chez lui. » 
Luc, x, 8. Ils se proposaient donc en toute 
chose une fin digne de Dieu. 

« Il arriva qu'allant au lieu de la prière, nous 
rencontrâmes une fille possédée de l'esprit de py- 
thonisse, qui rapportait un grand profit à ses 
maîtres par son esprit de divination. Cette fille, 
en nous suivant ainsi que Paul, criait : Ces hommes 
sont des serviteurs du Dieu très-haut, et ils 
vous annoncent la voie du salut. » Pourquoi cet 
aveu du démon? pourquoi le silence que Paul 
lui impose? Le démon, en parlant de cette ma- 
nière, obéissait à son esprit de perversité; Paul 
à son esprit de sagesse : il ne voulait pas que 
l'on crût à la véracité de Satan. Si Paul n'eût 
pas protesté contre ce témoignage, plusieurs 
fidèles, se guidant d'après l'approbation tacite 
de l'Apôtre, eussent été induits en erreur : au 
fond, l'esprit du mal n'exaltait les apôtres que 
pour consolider son propre empire, et son res- 
pect apparent pour la vérité ne tendait qu'à la 
perte des âmes. Aussi Paul ne l'écoute-t-il pas ; 
il le répudie ouvertement, et ne veut pas de ces 
prodiges trop aisés. La fille continuant durant 
plusieurs jours à crier, invoquant les faits à 
l'appui : « Ces hommes sont les serviteurs du 
Dieu très-haut, et vous annoncent la voie du 
salut ; » Paul prescrivit au démon qui la possé- saint Paul 
dait de la quitter. « Paul, le souffrant avec aS^^édée 
peine, se tourne et dit à l'esprit : Je te com- ^£ e 0 8 * rit de 
mande, au nom de Jésus-Christ, de sortir de cette 
fille. Et il sortit à l'heure même. Mais ses maî- 
tres, voyant qu'ils perdaient ainsi l'espoir de 
leur gain, se saisirent de Paul et de Silas, et les 
conduisirent sur la place publique devant les ma- 
gistrats; et ils les leur présentèrent en disant : 
Ces hommes sont des Juifs qui troublent notre 
ville, et qui enseignent des pratiques qu'il ne 
nous est pas permis de recevoir ni d'observer, 
puisque nous sommes Romains. » Partout à 
l'origine du mal vous trouvez l'argent. Quelle 
cruauté dans ces païens ! Pour gagner davantage, 
ils eussent souffert que cette jeune fille fût pos- 
sédée du démon, « Ils se saisirent de Paul et de 



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loi 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 
Ces hommes troublent notre complir, le lieu le plus propre à la divulgation 



Silas, et dirent 
ville. » Que font-ils pour cela? D'où vient que 
vous ne les avez pas accusés plus tôt? « Parce 
qu'ils sont Juifs, » répondirent-ils, tant ils s'at- 
tachaient à ce nom de réprobation, « Et ils en- 
seignent des pratiques qu'il ne nous est pas 
permis de recevoir ni d'observer, puisque nous 
sommes Romains. » Us transforment leur dépo- 
sition en accusation de crime de lèse-majesté. 
« En même temps le peuple s'éleva contre eux. » 
Quelle folie ! On ne réfléchit pas, on n'examine 
rien ; quand le miracle récemment opéré devait 
inspirer à tous les habitants de la ville les sen- 
timents du plus profond respect envers l'Apôtre, 
et leur découvrir, en ses compagnons et en lui 
des bienfaiteurs et des amis. Si vous voulez des 
richesses, pourquoi ne pas vous empresser après 
de semblables trésors? Est-ce que le pouvoir de 
mettre les démons en fuite ne nous honore pas 
plus que la soumission à ces mêmes démons? 
Ainsi la cupidité parla plus haut que ne parlè- 
rent les miracles. 

a Et les magistrats, ayant fait déchirer leurs 
vêtements, les condamnèrent à être battus de 
verges. Et, après qu'on les eut accablés de 
coups, on les plongea dans un cachot, ordonnant 
au geôlier de les garder soigneusement. » A 
Paul donc la prédication et les miracles; à Silas 
de partager les épreuves de Paul. Que signifient 
les mots : « Paul le souffrant avec peine? » Il 
comprenait la méchanceté du démon, selon la 
parole qu'il écrivait une autre fois : « Nous n'i- 
gnorons pas quels sont ses desseins. » II Cor., 
il, 11. Pourquoi ses ennemis ne s'écrient-ils pas : 
Ils ont chassé une divinité, ils ont traité Dieu 
avec une impiété souveraine ; mais le poursui- 
vent-ils comme coupable de lèse-majesté? C'est 
que, dans le premier cas, leur confusion eût été 
complète. De même, les Juifs disaient au sujet 
du Christ: « Nous n'avons d'autre roi que César. 
Quiconque se déclare roi est l'ennemi de César. » 
Joan., xix, 12-15. « On les plongea dans un 
cachot. » Telle était la fureur du peuple, a Le 
geôlier, ayant reçu cet ordre, les enferma dans 
un cachot, et leur mit les ceps aux pieds. » On 
les jeta donc dans un cachot profond, Dieu le 
permettant ainsi. Comme un miracle allait s'ac- 



de ce miracle est choisi hors de la ville, loin de 
tout péril et de tout danger. Remarquez le soin 
de l'historien à raconter tous ces détails. Le 
calme dont on jouissait était grand, les nouvelles 
se répandaient facilement en cette ville de Phi- 
lippes, d'ailleurs petite. Apprenons ici de notre 
côté, à ne rougir de rien. Pierre descend chez 
un corroyeur, Paul chez une marchande de 
pourpre, foulant l'un et l'autre l'orgueil aux 
pieds. Donc, prions le Seigneur d'ouvrir notre 
cœur; car il ne refuse pas d'ouvrir les cœurs 
bien disposés. Malheureusement, l'aveuglement 
possède bien des cœurs ; mais revenons sur ce 
qui précède. 

a Une femme marchande de pourpre. Dieu 
ouvrit son cœur et la rendit attentive à ce que 
disait Paul. » Ouvrir les cœurs, c'est l'œuvre de 
Dieu ; écouter attentivement, c'est notre œuvre 
à nous. Il se passait donc en ce moment une 
chose humaine et divine à la fois, a Quand elle 
eut été baptisée, elle les pria en disant : Si vous 
me croyez. » Elle est baptisée : le baptême reçu, 
elle supplie les apôtres avec plus d'ardeur que 
ne le fit Abraham : et ils acceptent son hospita- 
lité. La seule preuve qu'elle invoque est le bap- 
tême auquel elle doit son salut. Elle ne dit pas : 
Si vous m'avez jugée pieuse, remarquable, mais 
bien : a Si vous m'avez jugée fidèle au Sei- 
gneur. » Etant fidèle au Seigneur, je serai cer- 
tainement fidèle pour vous, à moins que vous 
ne me refusiez votre confiance. Elle ne leur dit 
pas non plus : Chez moi, mais : « Dans ma 
maison ; » tant elle était heureuse de la leur 
offrir tout entière. Voilà une femme vraiment 
fidèle dans toute l'acception du mot. De quel 
démon est-il parlé? D'un esprit de pythonisse ; 
ainsi nommé du lieu qu'il avait habité. Par 
conséquent, Apollon n'était qu'un démon. L'es- 
prit du mal, se proposant de soulever des per- 
sécutions contre les apôtres, poussa la jeune fille 
à parler et à provoquer ainsi la fureur de leurs 
ennemis. 

2. Quelle scélératesse dans cet esprit impur ! 
Si tu reconnais qu'ils annoncent la voie du salut, 
pourquoi ne pas sortir de cette pauvre fille avec 
empressement ! Ce que se proposait Simon, 

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HOMÉLIE XXXV. 



103 



quand il disait : « Conférez-moi le pouvoir de 
donner le Saint-Esprit à ceux auxquels j'impo- 
serai les mains; » AcL> vin, 19; le démon se le 
propose en ce moment. A la vue de la faveur 
dont ils étaient entourés, il joue ce rôle dans 
l'espérance de n'être pas chassé du corps qu'il 
possède, grâce au témoignage qu'il va rendre. 
Que si, chez les hommes, « il est triste d'être 
loué par les pécheurs, » à plus forte raison est- 
il triste d'être loué par le démon. Eccle., xv, 9. 
Le Christ qui ne voulut ni du témoignage des 
hommes, ni du témoignage de Jean, ne voudra 
certainement pas du témoignage de l'esprit 
mauvais. La prédication reçoit son autorité de 
l'Esprit saint et non des hommes. Cependant 
les ennemis de l'Apôtre, proférant des menaces 
arrogantes, pensaient bien répandre la frayeur 
autour d'eux par leurs cris. « Ces hommes que 
voici, troublent notre ville, » prétendent-ils. Que 
dites- vous là? Vous croyez au démon, n'est-ce 
pas? Alors, d'où vient que vous n'acceptez pas 
maintenant son témoignage? Le démon dit : 
« Ce sont les serviteurs du Dieu très-haut ; » et 
vous dites, vous : « Ils troublent notre ville. » 
Le démon dit : « Ils vous annoncent la voie du 
salut ; » et vous dites, : « Ils annoncent des pra- 
tiques que nous ne pouvons accepter. » Ils ne 
s'en rapportent même pas à la parole du démon ; 
la voix de leur avarice est la seule qu'ils écou- 
tent. « Ils les traînèrent sur la place publique 
devant les juges ; et tout le peuple s'éleva contre 
eux. » Paul et Silas ne répondent rien, ils ne 
se justifient même pas : plus admirables encore 
par cette conduite. Paul, à la vérité, ne disait-il 
pas : « Quand je suis faible, alors je suis fort ? 
La grâce me suffît, car la vertu se perfectionne 
dans l'infirmité. » II Cor., xn, 9-10. Leurmansué- 
tude ne faisait donc que rehausser leur mérite. 
On les surveillait avec soin; mais plus la sur- 
veillance était rigoureuse, plus le miracle allait 
être éclatant. Peut-être les magistrats voulaient- 
ils calmer la fureur de la populace. Devant sa 
rage, ils crurent lui donner satisfaction en fai- 
sant battre de verges les accusés; mais, pour 
instruire le procès, ils jugèrent bon de les mettre 
en prison et de faire exercer une surveillance 
scrupuleuse. « Et il les enferma avec les ceps ; » 



comme qui dirait, avec des nerfs. Combien 
notre conduite actuelle mérite de larmes ! Tan- 
dis que les apôtres subissaient des traitements 
affreux, nous passons nos jours aux théâtres et 
dans les plaisirs. Nous voulons à tout prix du 
calme, nous refusons de supporter pour le Christ 
non-seulement des outrages, mais quelques pa- 
roles injurieuses; aussi, courons-nous à notre 
ruine complète. 

Remettons-nous fréquemment, je vous en 
conjure, ces exemples en mémoire; rappelons- 
nous ce que les apôtres ont enduré, ce qu'ils 
ont souffert sans murmure et sans trouble. 
Tandis qu'ils travaillaient à l'œuvre de Dieu, ils 
furent atteints par ces épreuves. Us ne disaient 
pas : Pourquoi prêcher l'Evangile puisque Dieu 
ne nous vient point en aide,? Ils tiraient même 
un avantage de cette absence de secours, et ils 
n'en devenaient que plus fermes, plus énergi- 
ques, plus inébranlables, a La tribulation en- 
gendre la patience, » est-il écrit. Rom., v, 4. 
N'ambitionnons pas, je vous en prie, une vie 
molle et efféminée. De même que les hommes 
de Dieu trouvaient dans leurs épreuves un 
double profit, puisqu'ils en devenaient plus cou- 
rageux, et qu'ils se préparaient une plus belle 
récompense ; de même, nous trouverions un dou- 
ble dommage dans la réalisation de nos vœux, 
nous deviendrions plus lâches, et nous ne tra- 
vaillerions qu'à notre perte. Quoi de plus inutile Quoi do plus 

, , inutile qu'un 

qu'un homme dont la vie tout entière se passe homme oisif, 
à jouir et à ne rien faire? Cet homme-là n'est 
bon à rien, il est totalement incapable, non-seu- 
lement de livrer de nobles combats, mais de li- 
vrer des combats quelconques. C'est une chose 
bien stérile que l'oisiveté : dans cette vie de 
plaisirs, vous ne trouverez rien de plus acca- 
blant que les plaisirs eux-mêmes, vu le dégoût 
qu'ils engendrent. N'estimez pas trop haut le 
plaisir de la bonne chère et de l'oisiveté : tout 
passe, tout s'évanouit ; ces plaisirs-là ne sont 
pas dignes de nous. Si nous recherchions lequel 
mène une vie plus agréable, de celui qui la passe 
dans le travail et les peines, ou de celui qui vit 
dans les délices, nous trouverions que le premier 
mérite la préférence. D'abord, le corps de ce 
dernier est sans dextérité et sans force ; les or- 



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101 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



ganes, loin d'être sains et vigoureux, sont ma- 
ladifs et sans ressort : les choses étant ainsi, le 
plaisir que donne la santé, on l'y chercherait 
vainement. Lequel des deux est le plus utile, du 
cheval qui travaille ou de celui qui se repose! 
Quel navire préféreriez-vous, celui qui demeure 
dans le bassin, ou celui qui a fait plusieurs tra- 
versées? Et le fer, est-ce celui dont on use, ou 
celui dont on, ne fait rien qui aurait votre 
préférence? Le premier n'est -il pas brillant 
comme l'argent? le second n'est-il pas con- 
sumé par la rouille, impropre à tout utile 
emploi , rongé de manière à perdre de sa 
substance ? Pareille chose arrive à l'àme qui est 
en proie à l'oisiveté : une sorte de rouille la con- 
sume, et lui ravit sa force et son éclat. Par quel 
moyen triompher de cette rouille? Par l'action 
des tribulations : les tribulations rendront l'àme 
apte au bien et capable d'œuvres utiles. Com- 
ment extirpera-t-elle les vices, privée de toute 
énergie, et devenue pesante comme le plomb? 
Comment percera-t-elle son ennemi? Qui donc, 
ne considérerait avec dégoût un homme plongé 
dans la matière et traînant avec peine une obé- 
sité monstrueuse? 
L'oratear 3. Je ne parle pas des hommes qui sont tels 
contrôle hlxe P ar l'effet du tempérament, mais de ceux qui le 
a© la table, deviennent par l'abus de la bonne chère. Le so- 
leil vient de paraître, ses rayons inondant l'es- 
pace invitent les hommes au travail. Le cultiva- 
teur sort, sa bêche sur l'épaule, le forgeron saisit 
son marteau, les autres ouvriers prennent les 
outils qui leur sont nécessaires; la femme s'em- 
pare de la navette ou de la quenouille : seul, 
l'homme de plaisir ne songe qu'à son ventre et 
aux moyens de faire un agréable repas. C'est 
aux brutes qu'il appartient de se mettre en 
quête, dès le matin, de leur nourriture, parce 
qu'elles ne sont guère bonnes qu'à être égor- 
gées. Les bôtes de somme elles-mêmes, après 
le repos delà nuit, vont reprendre leur travail. 
L'homme de plaisir quittera sa couche, lorsque 
le soleil remplira l'agora, lorsque déjà tous ses 
semblables seront rassasiés de travail; il étendra 
ses membres comme un animal immonde, après 
avoir passé dans l'ombre la meilleure partie du 
jour. Longtemps, il demeure assis sur son lit, 



ne pouvant arracher son corps aux chaînes des 
débauches de la veille, qui lui ont pris tous ses 
moments. Ensuite il s'occupe de sa toilette. 
Puis il offre un ignoble spectacle : un être ap- 
paraît qui n'a rien de l'homme, et qui rappelle- 
rait plutôt un monstre à face humaine. Ses yeux, 
sont chassieux, son haleine sent le vice, sa pau- 
vre àme, ensevelie en quelque façon sous le 
poids des viandes, a toutes les peines du monde 
à traîner cette montagne de chair. Cet homme 
vient donc n'importe où ; là il s'assied ; que fait- 
il, que dit-il? Mieux vaudrait qu'il passât son 
temps à dormir, au lieu de le passer à veiller. 
Des nouvelles fâcheuses sont-elles annoncées, il 
tremble plus que ne tremblerait une jeune fille; 
reçoit-il de bonnes nouvelles, il est moins retenu 
qu'un petit garçon. Une expression de stupidité 
béate anime son regard. Tous les principes de 
mal, les passions aussi bien que les hommes, 
ont facilement prise sur lui : la colère, la con- 
voitise, l'envie, n'ont aucune peine à l'agiter. 
Et tous de le flatter, tous de l'accabler de pré- 
venances, augmentant ainsi la mollesse de son 
àme, et chaque jour ajoutant à la gravité de son 
état. L'adversité vient-elle à fondre sur lui, 
ce n'est plus que de la poudre et de la cendre ; 
ses vêtements de soie ne lui sont plus d'aucune 
utilité. 

Nous ne parlons pas de cette manière sans 
motifs, mais pour vous instruire à fuir une vie 
qui serait inutile et oisive. Les plaisirs et l'oisi- 
veté ne sont pas faits pour le temps; ils sont ré- 
servés pour la béatitude et la gloire. Un homme 
oisif, ses amis, ses parents, les gens de sa maison 
ne le condamnent-ils pas unanimement et avec 
justice? Qui donc ne s'écriera pas : Que fait cette 
masse de chair? C'est bien vainement qu'elle 
est en ce monde ; ou plutôt, c'est pour son propre 
malheur, pour sa perdition et celle des autres. 
— Qu'y a-t-il donc d'agréable dans l'oisiveté? 
car c'est la question à résoudre. Sera-ce l'ab- 
sence de toute occupation? Mais quoi de plus 
triste qu'un homme n'ayant rien à faire? Quoi 
déplus misérable, de plus repoussant? La ca- 
ptivité la plus dure ne serait-elle pas préférable 
au sort d'un homme condamné à passer son 
temps assis sur l'agora, considérant d'un œil 

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HOMÉLIE 

distrait les choses d'alentour? L'âme étant des- 
tinée par sa nature à une perpétuelle action, 
est impatiente du repos. Dieu nous a créés pour 
agir ; il est conforme à sa volonté que nous tra- 
vaillions, contraire à sa volonté que nous ne tra- 
vaillions pas. Ne jugeons pas de la règle par la 
maladie; expérimentons plutôt la chose par 
nous-mêmes. Rien de plus pernicieux que l'oisi- 
veté, rien de plus funeste que la paresse : aussi 
Dieu a-t-il fait du travail pour nous une néces- 
sité. L'oisiveté nuit à tout, même à notre corps* 
Que TœU, que la bouche, l'estomac et tout autre 
organe n'agisse pas, une grave maladie en est 
la conséquence. Mais l'âme en souffre encore 
davantage. Aussi bien que l'oisiveté, l'occupa- 
tion qui n'est pas de saison est funeste. Sans 
doute celui qui ne mange pas pourra souffrir 
des dents; mais, s'il mange des aliments qu'il 
ne devrait pas manger, il en souffrira tout au- 
tant : de même , l'âme perd sa vigueur , soit 
qu'elle n'agisse pas, soit qu'elle agisse contre la 
règle voulue. Evitons donc ces deux maux, l'oi- 
siveté d'abord, puis les occupations, qui nous 
seraient aussi pernicieuses que l'oisiveté. Ces 
occupations, qui les inspire? L'avarice, le res- 
sentiment , la jalousie , et tout vice pareil. 
Il faut nous en abstenir, si nous voulons possé- 
der les biens qui nous sont promis, par la grâce 
et la charité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à 
qui gloire, puissance, honneur, en même temps 
qu'au Père et au Saint-Esprit, maintenant et 
toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi 
soit-il. 



HOMÉLIE XXXVI. 

a Or, vers le milieu de la nuit, Paul et Silas priaient et 
louaient Dieu; et les prisonniers les entendaient. Tout 
à coup un grand tremblement de terre se fit sentir, et 
les fondements de la prison furent ébranlés; et soudain 
toutes les portes furent ouvertes, et toutes les chaînes 
furent brisées. » 

i . Quelles âmes que celles de nos apôtres ! 
Après avoir été battus de verges, brisés de coups, 
injuriés; après avoir couru risque de la vie, 
quoique enfermés dans un obscur cachot, et re- 
tenus par des ceps, ils se mettent peu en peine 



XXXVI. 



405 



du sommeil, et ils passent la nuit à veiller. L'é- Etre *pw>u*é 

est un bien. 

preuve n'est donc pas un mal. Pour nous, éten- 
dus sur une couche molle, nous dormons la nuit 
entière, sans avoir rien à redouter. Peut-être 
ces hommes de Dieu veillaient-ils parce qu'ils 
étaient persécutés . Ni la violence du sommeil 
ne triompha de leur volonté, ni la douleur ne 
les émut, ni la crainte ne les paralysa; leur 
ardeur croissait au contraire en proportion des 
obstacles, et ils éprouvaient les plus douces 
jouissances. « Or, vers le milieu delà nuit, Paul 
et Silas priaient et louaient Dieu ; et les prison- 
niers les entendaient.» C'était une chose nouvelle 
et singulière pour eux. a Tout à coup, un grand 
tremblement de terre se fit sentir, et les fonde- 
ments de la prison furent ébranlés ; et soudain 
toutes les portes furent ouvertes, et toutes les 
chaînes furent brisées. » Ce tremblement de 
terre fut tel, que le geôlier lui-même fut réveillé; 
chose surprenante, les portes furent toutes ou- 
vertes. Cependant les prisonniers ne le remar- 
quaient pas, autrement ils eussent tous pris la 
fuite. « Le geôlier s'étant éveillé, à la vue des 
portes de la prison ouvertes, croyant que tous 
les prisonniers s'étaient évadés, tira son épée 
pour s'en percer. Mais Paul lui cria d'une voix 
éclatante : Ne vous vous faites pas de mal; 
car nous sommes tous ici. » Ce fut pour le geô- 
lier une occasion d'admirer la bonté de Paul, 
de constater son courage , puisque , pouvant 
fuir, il ne le faisait pas, et qu'il le détournait 
lui-même de son projet de suicide. « Ayant 
demandé de la lumière, il entra dans le ca- 
chot, et il se prosterna tout tremblant de- 
vant Paul et Silas. Puis les menant dehors, il 
leur dit : Seigneurs, que me faut-il faire pour 
être sauvé? » Jugez par là des sentiments qu'il 
avait conçus au sujet de l'Apôtre, a Et ils lui 
répondirent : Croyez au Seigneur Jésus-Christ, 
et vous serez sauvé, votre famille et vous. Et ils 
lui annoncèrent la parole de Dieu, à lui et à 
tous ceux qui étaient dans la maison. » Cette 
communication qu'ils lui font sur-le-champ de 
la parole évangélique, atteste leur bienveillance 
à son égard. « Et, les prenant à cette heure de 
la nuit, il lava leurs plaies, et il fut aussitôt bap* 
tisé, lui et toute sa famille. Puis, les ayant me- 



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406 HOMÉLIES SUR LES 

nés dans sa maison, il dressa la table, et il fut 
transporté de joie lui et tous les siens, étant 
remplis de foi en Dieu. » Il lava leurs plaies 
comme marque d'honneur et do reconnaissance. 

« Et, quand le jour eut paru, les magistrats 
envoyèrent des licteurs pour lui dire : Rendez à 
ces hommes la liberté. » Sans doute les magis- 
trats avaient été informés du prodige, et ils n'o- 
saient pas les délivrer eux-mêmes. « Le geôlier 
transmit cette nouvelle à Paul en disant : Les ma- 
gistrats m'ont envoyé l'ordre de vous mettre en 
liberté. Sortez donc dès à présent, et allez en 
paix. Paul lui répondit : Ils ont envoyé dans 
une prison, sans condamnation préalable, après 
les avoir fait battre publiquement de verges, 
des citoyens romains comme nous, et ils préten- 
draient maintenant nous rendre secrètement la 
liberté ! Non, non, qu'ils viennent eux-mêmes 
et qu'ils nous ouvrent les portes de la prison. 
Les licteurs rapportèrent ces paroles aux ma- 
gistrats ; et ils furent saisis de crainte, en appre- 
nant que les captifs étaient citoyens romains. 
Arrivés à la prison, ils leur en ouvrirent les 
portes, et ils s'excusèrent, et ils les prièrent de 
quitter la ville. Quand ils furent sortis de leur 
cachot, ils allèrent chez Lydie ; et là, ils exhor- 
tèrent les frères, et ils partirent.» Ainsi, malgré 
le message des magistrats, Paul ne sort pas de 
la prison ; la présence de Lydie et des fidèles 
n'était pas vraisemblablement étrangère à cette 
résolution : tout en intimidant les magistrats, 
afin qu'on n'attribuât pas leur délivrance à des 
supplications sans dignité, les apôtres se propo- 
saient de ranimer la confiance des frères. Les 
magistrats, mes bien-aimés, s'étaient rendus 
coupables d'une triple injustice : c'était des ci- 
toyens romains, sans condamnation préalable 
et d'une façon publique, qu'ils avaient fait con- 
duire en prison. En plusieurs circonstances, 
vous le voyez, Paul n'hésite pas à revendiquer 
hautement ses droits. Comparons cette nuit de 
la prison à nos nuits consacrées à la bonne 
chère, à l'intempérance , à la débauche, à nos 
nuits où nous goûtons un sommeil de tout point 
semblable à la mort, où nous nous livrons par- 
fois à des veilles pires «ncore que ce sommeil. 
Tandis que les uns dorment et n'éprouvent au- 



ACTES DES APOTRES, 
cun sentiment, d'autres veillent pour des motifs 
misérables, machinant des pièges, songeant à 
multiplier leurs richesses, à se venger des per- 
sonnes qui les ont blessés, entretenant des 
haines, repassant dans leur esprit les paroles 
injurieuses prononcées durant le jour, ravivant 
de cette manière lallamme du ressentiment et 
préparant des maux épouvantables. 

Il n'en était pas ainsi du sommeil de Pierre : 
il dormait, parce que la Providence le voulait ; 
un ange allait venir, et il convenait que nul ne 
fût témoin de ce qui allait s'accomplir. Ce qui 
a lieu dans la circonstance présente n'est pas 
moins providentiel ; et de cette manière, la mort 
du geôlier est prévenue. Pourquoi ne fùt-il pas 
opéré d'autre prodige? Parce que ce dernier 
était de nature à frapper le geôlier et à lui ou- 
vrir les yeux : il eût autrement couru person- 
nellement un grand danger. Or, il n'est pas de 
prodiges qui puissent nous frapper à l'égal de 
ce qui touche à notre conservation. Pour qu'on 
n'attribuât pas le tremblement de terre au ha- 
sard, un second prodige survient qui rend té- 
moignage du premier. Ce tremblement de terre 
a lieu pendant la nuit; car en tout ceci l'osten- 
tation n'était pour rien, le salut du prochain 
était tout. Aussi bien, le geôlier n'était certaine- 
ment pas un méchant homme ; c'était pour obéir 
aux ordres qui lui avaient été donnés, non de 
son propre mouvement, qu'il les avait enfermés 
dans un cachot. Pourquoi Paul ne lui cria-t-il 
pas plus tôt? Dans le trouble où se trouvait le 
geôlier, il n'aurait pas écouté ses paroles. 
Quand l'Apôtre le voit prêt à se percer de son 
épée, il lui crie à haute voix : a Nous sommes 
tous ici. )> Alors le geôlier demande de la lu- 
mière, entre dans le cachot et se prosterne de- 
vant Paul et Silas, devant ses captifs. « Et il les 
mena dehors, et leur dit : Seigneurs, que me 
faut-il faire pour être sauvé? » Que lui répon- 
dent-ils? Quant à lui, c'est moins sa propre con- 
servation qui le frappe que le prodige dont il 
est le témoin. 

2. Comprenez-vous bien ce qui fut opéré 
dans ces deux circonstances? D'un côté, Paul 
délivre une jeune fille de l'esprit mauvais qui la 
possédait, et on le jette en prison, parce qu'il l'a 

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HOMÉLIE 

délivrée. De l'antre tout en ouvrant les portes de 
la prison, il ouvre les portes du cœur du geôlier, 
il brise les fers dont il est chargé, il allume en 
lui la lumière de la foi ; car cette lumière bril- 
lait au fond de ce cœur. Et le geôlier d'être 
transporté de joie et de se prosterner. Sans de- 
mander ce qui s'est passé, comment cela s'est 
passé :« Que me faut-il faire, dit-il sur-le-champ, 
pour être sauvé? — Croyez au Seigneur Jésus- 
Christ, » lui répond l'Apôtre, a et vous serez 
sauvés, votre famille et vous. » C'est une per- 
spective toujours séduisante pour les hommes 
que celle du salut de leur famille. « Et ils lui 
annoncèrent la parole de Dieu à lui et à tous 
ceux qui étaient dans sa maison. » Si le geôlier 
les purifie, il est lui aussi purifié ; il lave leurs 
plaiès, et ses péchés à lui sont lavés : il les nour- 
rit, et il en est nourri.' « Et il tressaillait de 
joie. » Ce qui le faisait tressaillir n'était autre 
chose que les paroles et les magnifiques espé- 
rances qui lui étaient données. Dès que ses pé- 
chés lui étaient remis, c'était une preuve que la 
foi s'était emparée de son cœur. D'ordinaire, un 
geôlier est un homme dur, inhumain, cruel. 
Celui-ci traite les apôtres avec les plus touchants 
égards. Il se réjouit, non pas d'avoir été préservé 
de la mort, mais de croire en Dieu. « Croyez au 
Seigneur, » lui disait Paul. L'historien ajoute : 
« Il crut en Dieu, » pour établir les bonnes dis- 
positions avec lesquelles il reçut le baptême. 
Quant à Paul, il s'exprime en ces termes : « Ils 
nous ont jetés dans une prisoq, après nous avoir 
fait battre publiquement de verges, sans con- 
damnation préalable, » afin de faire concourir 
les magistrats mêmes à sa délivrance, et de ne 
pas l'accepter comme une pure grâce. Remar- 
quez cette diversité d'action de la divine Provi- 
dence dans la délivrance de Paul et de Pierre, 
bien que l'un et l'autre fussent apôtres. « Et ils 
furent saisis de crainte, » non à cause de l'in- 
justice de leur procédé, mais parce que Paul 
était citoyen romain. « Et ils les prièrent de 
sortir de la ville. » Us le lui demandèrent comme 
une grâce. Les apôtres vinrent donc dans la 
maison de Lydie, confirmèrent cette pieuse 
femme dans ses bonnes résolutions, et puis ils 
partirent. Il ne convenait pas qu'ils la laissassent 



XXXVI. 



dans la peine et l'inquiétude. Ce fut moins pour 
exécuter la volonté des magistrats qu'ils par- 
tirent que pour répandre la parole évangélique. 
Le miracle qu'ils avaient accompli dans la ville 
suffisant à la propagation de la foi, ils ne de- 
vaient plus y demeurer. Toujours un miracle pa- 
raît plus grand et plus admirable lorsque les 
auteurs sont partis. La foi du geôlier de la prison 
était une foi éclatante. Quelle frappante conver- 
sion que la sienne ! Paul est chargé de chaînes, et, 
quoique chargé de chaînes, il brise les chaînes 
d'autrui : il brise des chaînes de deux sortes; et les 
chaînes qui le lient servent à rompre les chaînes 
qui lient son geôlier. Voilà de véritables coups 
de la grâce. « Sortez donc maintenant, et allez 
en paix ; » ne craignez rien, n'ayez plus de sol- 
licitude. Mais ils veulent qu'il soit lui-même à 
l'abri de tout danger, et qu'on ne vienne pas plus 
tard le mettre en accusation. Us ne disent pas : 
On nous frappe de verges et l'on nous met en 
prison pour avoir accompli un miracle ; on n'y 
eût pas fait attention. Abordant un ordre d'idées 
plus capable d'effrayer, Us parlent du défaut de 
condamnation préalable, de leur qualité de ci- 
toyen romain. 

Gardons au fond de nos cœurs le souvenir de 
cette conduite de nos prisonniers plutôt que le 
souvenir de leur miracle. Que diront les Gentils 
à la vue de ce captif convertissant son geôlier? 
Ils répondront : Qu'importe la conversion d'un 
misérable, d'un homme chargé de crimes, d'intel- 
ligence obtuse et facile à éblouir? Us ajouteront : 
Qui donc embrasse la foi? Un corroyeur, une 
marchande de pourpre, un eunuque, un geôlier, 
des femmes, des esclaves? Quelle sera leur ré- 
plique lorsque nous leur citerons les personna- 
ges en dignité qui se sont convertis à la foi ; 
lorsque nous leur parlerons du centurion, du 
proconsul, en un mot des princes, des empereurs 
et de tous les grands qui, depuis ces temps, se 
sont rangés du côté de la croix? Mais je veux 
leur répondre d'une manière plus concluante : 
Et bien ! ne parlons que de ces hommes obs- 
curs. Vous me dites : Qu'y a-t-U dans leur con- 
version d'étonnant? Je vous répondrai : tout 
dans leur conversion est étonnant. Si la foi 
qui leur était offerte n'eût concerné que des 



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108 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES, 



points sans importance, il ne faudrait pas 
s'en étonner. Comme il s'agit de la résurrec- 
tion, du royaume des cieux, d'une vie con- 
forme aux exigences de la sagesse, faire ac- 
cepter une doctrine pareille à des hommes du 
vulgaire est à mes yeux chose plus merveilleuse 
que ne l'eût été la conversion des sages eux- 
mêmes. Convertir à une doctrine, quand il n'y 
a pas de danger, donne le droit de crier à l'i- 
gnorance ; mais venir parler à un esclave, puis- 
que esclave il y a, dans ces termes : Ecoutez ma 
parole, vous courrez désormais de graves périls, 
vous compterez tous les hommes pour ennemis, 
vous aurez peut-être à donner votre vie, à subir 
mille tourments ; convaincre ensuite cet homme, 
ce n'est plus là de l'ignorance et de la stupidité. 
Si nos dogmes étaient des dogmes de plaisirs, 
vous auriez le droit de vous exprimer comme 
vous faites; mais, lorsqu'il s'agit de croyances 
devant lesquelles un philosophe recule, les voir 
embrasser par un esclave , c'est un spectacle 
vraiment extraordinaire. 

Mettons en scène, si vous le voulez, le cor- 
royeur, et voyons ce que Pierre lui dit. Prenons 
le gardien de la prison, si vous le préférez. Que 
lui dit Paul? — Que le Christ est ressuscité, que 
les morts doivent ressusciter ; il lui parle du 
royaume de Dieu, et ià n'en fallut pas davantage 
pour gagner cet homme obscur à sa cause. — 
Que prétendez-vous ? Croyez-vous donc -qu'il 
ne lui parle pas de la vie qu'il faut tenir, de la 
modération qu'il faut pratiquer, du détachement 
où nous devons être vis-à-vis des richesses, de 
la charité qu'il faut exercer, des biens qu'il faut 
distribuer aux pauvres? Or, accepter une telle 
doctrine c'est le fait d'une grande âme, non d'une 
àme sans valeur. Je vous accorde que l'on ait 
accepté les dogmes par ignorance : était-ce de 
l'ignorance que la pratique d'une aussi parfaite 
sagesse? Conséquemment, plus l'homme qui se 
convertit à la foi sera dépourvu d'intelligence, 
dès lors qu'il accepte une ligne de conduite que 
des philosophes ne pourraient faire accepter à 
des philosophes, le prodige n'en sera que plus 
étonnant : il sera plus étonnant encore si ces 
convertis sont des femmes et des esclaves, si ces 
esclaves et ces femmes mettent en œuvre des 



règles de morale que Platon et les philosophes 
les plus fameux n'ont fait pratiquer par per- 
sonne. Que dis-je, par personne ? ils ne les ont 
pas eux-mêmes pratiquées. Ce n'est pas le mé- 
pris des richesses qu'inculquera ce Platon dont 
les biens furent si considérables, et qui posséda 
tant d'anneaux et de vases d'or. Ce n'est pas le 
mépris de la faveur populaire que Socrate in- 
culqua, malgré ses longues déclamations sur ce 
point, lui qui cherchait en tout sa propre gloire. 
Si vous étiez familiarisés avec leurs doctrines, je 
m'étendrais sur la question présente, et je vous 
montrerais combien ils étaient peu sérieux, si 
toutefois il faut s'en rapporter au témoignage de 
leurs disciples, et comment tous leurs écrits ont 
été inspirés par la vaine gloire. 

3. Mais laissons-les de côté pour nous occuper 
de nous-mêmes. A ce qui précède nous devons 
ajouter que l'observation de cette doctrine nou- 
velle exposerait à de graves dangers. Renoncez 
donc à cette attitude peu raisonnable ; songeons 
de préférence à cette nuit, à ces entraves, à ces 
chants ; tâchons de faire de même, et le ciel, au 
lieu du cachot, nous ouvrira ses portes. Oui, par 
la prière nous pouvons ouvrir le ciel même. Par 
sa prière Elie l'ouvrit et le ferma tour à tour. 
Dans le ciel aussi se trouve une prison : « Tout 
ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans 
le ciel. » Matth., xvi, 19. Prions durant la nuit, 
et ces fers, nous les briserons ; car les prières 
brisent les chaînes du péché, ce que prouve 
l'histoire de la veuve, et celle de l'ami qui frappe 
sans relâche, à une heure avancée de la nuit, à 
la porte de son ami. L'histoire de Corneille le 
prouve pareillement : « Vos prières et vos au- 
mônes sont montées en présence de Dieu. » 
Act. 9 x, 4. Paul nous l'enseigne, lui qui s'écriait : 
« Quant à la véritable veuve, dans sa solitude 
elle s'est confiée en Dieu, et elle a prié avec 
persévérance le jour et la nuit. » I Tim., v, 5. 
S'il parle en ces termes touchants d'une veuve, 
d'une faible femme, il faut parler certainement 
de même des hommes. Je vous l'ai dit maintes 
fois, je vous le dirai encore maintenant : Arra- 
chez-vous au sommeil pendant la nuit; vous 
n'avez pas besoin de multiplier vos prières ; priez 
une fois, mais avec ferveur ; ce sera suffisant; 



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HOMÉLIE XXXVI. 



m 



je ne vous en demanderai pas davantage. Si vous nos péchés, » Psalm. xciv, 2, puisqu'il est 
ne priez pas au milieu de la nuit, priez du moins miséricordieux et bon. Mais, si vous refusez de 
dès l'aurore. Prouvez que la nuit a été faite l'implorer en toute vérité, si vous refusez de lui 
pour l'àme aussi bien que pour le corps. Ne dire de tout cœur : Pardonnez-moi ; si vous le 
permettez pas qu'elle s'écoule sans fruits pour lui dites seulement de bouche, que pourra faire 
vous. Accordez au Seigneur sa demande, et vous le Seigneur? — Et qu'est-ce que l'implorer en Oa'est-ce 
serez les premiers qui en recueillerez le prix. A vérité? — L'implorer avec ardeur, avec sincérité. \T seFguear 
qui n'aurons-nous pas recours, lorsque l'adversité Qu'il en soit de votre prière comme des parfums ; en vénté " 
vient nous visiter ? Dès que nos demandes sont qu'il n'y ait point de frelatée, qu'elle soit sans mé- 
exaucées, alors nous respirons à notre aise. Or, lange. L'homme qui prie le Seigneur et l'invoque 
à qui devez-vous d'être aussitôt écouté favora- de cette manière , prie avec persévérance et ne 
blement de celui que vous implorez? A qui s'arrête que sa prière exaucée. L'homme qui 
devez-vous de n'avoir pas besoin de multiplier prie du bout des lèvres ne prie point en vérité, 
vos pas, de trouver quelqu'un prêt à vous en- quoiqu'il obéisse au précepte. Qui que vous 
tendre, et de n'être pas obligés de recourir à des soyez donc, ne dites pas : Je suis un pécheur, 
intermédiaires? Quel avantage comparer à celui- efforcez-vous de ne plus mériter cette qualifica- 
là? Dieu fera d'autant plus pour vous que vous tion ; ne le dites pas seulement, mais ayez-en 
compterez moins sur les hommes ; en ami véri- de la douleur. Si vous en avez de la douleur, 
table, il nous reproche de ne pas mettre en lui vous travaillerez à ne plus la mériter ; si vous 
toute notre confiance et de l'implorer par i'in- n'y travaillez pas, vous n'en avez pas de la dou- 
termédiaire d'autrui. Nous agissons de même, à leur ; si vous n'en avez pas de la douleur, vous 
l'égard de ceux qui nous prient; nous les n'agissez pas sérieusement. La personne qui dit : 
exauçons d'autant plus volontiers qu'ils viennent Je suis malade, ne négligera rien pour revenir 
directement à nous. — Et si j'ai offensé Dieu? à la santé. C'est une arme puissante que la 
— Cessez de l'offenser, pleurez sur vos offenses, prière, a Si vous savez donner à vos enfants de 
venez ensuite à lui, et vous obtiendrez miséri- bonnes choses, combien plus votre Père ? » 
corde. Dites-lui seulement : J'ai péché ; dites-le- Lue., xi, 13. Pourquoi ne voulez-vous pas aller 
lui du plus profond et dans toute la sincérité de à Dieu? Il vous aime plus que tous les hommes 
votre cœur, et vos péchés seront effacés. Si vous ne vous aiment ; sa puissance ne connaît pas de 
désirez vivement obtenir le pardon, Dieu désire bornes. La puissance ne lui fait pas plus défaut 
plus vivement encore vous le donner. C'est vous que la volonté. Qu'est-ce donc qui vous arrête ? 
plutôt qui ne le désirez pas, vous qui ne voulez Allons à lui avec confiance ; apportons-lui les 
ni vous imposer de veilles, ni répandre d'au- présents qu'il désire, l'oubli des injures, la 
mônes. Pour effacer nos fautes , Dieu n'a pas douceur, la bonté. Fussiez-vous pécheur, vous 
épargné son Fils unique, son propre Fils, celui aurez le droit de lui demander avec confiance la 
qui partage le même trône que lui. N'est-il pas rémission de vos fautes , dès que vous aurez 
évident qu'il désire, plus ardemment que vous, rempli ces conditions. Fussiez-vous juste, si 
effacer vos péchés? vous conservez le souvenir des injures, votre 
Donc, plus de torpeur, plus d'hésitations, justice ne vous servira de rien. Celui qui a par- 
Notre maître est bon, il est miséricordieux ; donné pleinement à son prochain ne peut pas 
offrons -lui seulement l'occasion de nous le ne pas être pleinement pardonné, Dieu étant 
prouver. Faisons-le pour ne pas demeurer dans manifestement et sans comparaison plus misé- 
une stérilité complète, encore qu'il n'exige pas ricordieux que l'homme. — Que dites-vous ? 
cette condition pour nous pardonner. Si nous Quoi ! si je dis : L'on m'a blessé dans mes droits, 
imaginons toute sorte d'expédients au sujet de j'ai contenu mon ressentiment, je suis venu à 
nos serviteurs, il a fait encore plus au sujet de bout de ma passion, pour remplir votre précepte, 
notre salut. « Prévenons sa face par l'aveu de ô mon Dieu ; je serai pardonné? Certainement, 




HO HOMÉLIES SUR LES 

vous obtiendrez un entier pardon. Purifions 
donc notre âme de tout ressentiment. Il n'en 
faut pas davantage pour que nous soyons 
exaucés, pour que notre prière devienne fervente 
et soutenue, pour que nous recueillions les bien- 
faits de son abondante miséricorde, pour que 
nous obtenions un jour les biens promis, par la 
grâce et la charité de Notre-Seigneur Jésus- 
Christ, à qui gloire, puissance, honneur, en 
même temps qu'au Père et au Saint-Esprit, 
maintenant et toujours et dans les siècles des 
siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE XXXVII. 

« Ils passèrent donc par Amphipolis et Apollonie, et ils 
vinrent à Thessalonique, où était une synagogue des 
Juifs. Selon sa coutume, Paul y entra, et leur parla 
durant trois jours de Sabbat, leur découvrant et leur 
faisant voir, par les Ecritures, qu'il avait fallu que le 
Christ souffrît et ressuscitât. Le Christ, ajoutait-il, est 
ce Jésus que je vous annonce. » 

1. Traversant rapidement les villes peu im- 
portantes, ils se rendent dans les plus considé- 
rables; la parole évangélique devant, de ces 
dernières, se répandre facilement, comme d'une 
source élevée, dans les villes voisines. Selon sa 
coutume, Paul entra dans la synagogue des 
Juifs. Quoiqu'il leur eût dit : « Voilà que nous 
allons vers les Gentils ; » AcU, xm, 46 ; il ne les 
avait pas abandonnés, il travaillait même avec 
ardeur à les sauver. Ecoutez-le s'écrier : « Mes 
frères, la disposition de mon cœur et mes prières 
à Dieu sont toutes pour le salut d'Israël.... Je 
voudrais que Jésus-Christ me rendît moi-même 
anathème pour mes frères. » Rom., x, 1 ; ix, 3. 
H agissait ainsi en vue des promesses et de la 
gloire de Dieu, comme pour ne pas offrir aux 
Gentils un sujet de scandale. « Et durant trois 
jours de sabbat il leur parlait sur les Ecritures, 
leur découvrant et leur faisant voir qu'il avait 
fallu que le Christ souffrit et ressuscitât. Le 
Christ, ajoutait-il, est ce Jésus que je vous 
annonce. » Toujours, c'est la passion qu'il met 
sous leurs yeux. Il était loin d'en rougir, il savait 
combien la doctrine en était salutaire. « Et quel- 
ques-uns d'entre eux embrassèrent la foi et se 



ACTES DES APOTRES. 

joignirent à Paul et à Silas avec un grand 
nombre de prosélytes, de gentils et plusieurs 
femmes illustres. » Le sujet des instructions de 
l'Apôtre n'est qu'indiqué ; l'historien se met si 
peu en peine de ce qui n'est pas essentiel, qu'il 
se garde bien de rapporter en entier les discours 
prononcés. «Mais les Juifs, pleins d'un faux zèle, 
prenant avec eux quelques misérables de la lie 
du peuple, et, s'étant attroupés, troublèrent la 
ville et environnèrent la maison de Jason, 
cherchant Paul et Silas pour les mener devant 
le peuple. Et, ne les ayant pas trouvés, ils traî- 
nèrent Jason et quelques-uns des frères devant 
les magistrats de la cité en criant : Ce sont ceux-là 
qui troublent la ville ; ils sont venus ici, et Jason 
les a reçus chez lui. Ils sont, eux tous, rebelles 
aux décrets de César en disant qu'il y a un autre 
roi qui est Jésus. » Quelle odieuseaccusation ! C'est 
encore sur le crime de lèse-majesté qu'elle roule. 
ix Us prétendent qu'il y a un autre roi qui est Jésus. 
— Et ils émurent le peuple et les magistrats de la 
ville qui les entendaient. Mais Jason et les autres 
les ayant satisfaits furent renvoyés. » C'était un 
homme vraiment admirable que ce Jason ; il 
affrontait lui-même les périls auxquels il les 
avait soustraits, « Aussitôt les frères, pendant la 
nuit, firent partir Paul et Silas pour Bérée. Ils 
y arrivèrent et entrèrent dans la synagogue des 
Juifs. Or, les Juifs de Bérée avaient des senti- 
ments plus élevés que les Juifs de Thessalonique ; 
ils reçurent la parole avec la plus grande avidité, 
examinant tous les jours les Ecritures pour voir 
si les choses étaient ainsi. » « Des sentiments 
plus élevés, » à savoir, plus humains. Remar- 
quez-le bien, ce n'est pas superficiellement, mais 
avec le plus grand soin qu'ils scrutent les Ecri- 
tures ; c'est le sens du terme employé par l'écri- 
vain sacré : Ils voulaient par eux-mêmes dissiper 
leurs doutes au sujet de la passion ; car la foi 
avait déjà pris possession de leur cœur, « Et plu- 
sieurs d'entre eux, et parmi les Gentils beau- 
coup de femmes honnêtes et un grand nombre 
d'hommes crurent en Jésus-Christ. Quand les 
Juifs de Thessalonique surent que Paul avait 
aussi prêché la parole de Dieu à Bérée, ils vinrent 
pour émouvoir et soulever la population. Aus- 
sitôt les frères firent partir Paul et le dirigèrent 

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HOMÉLIE XXXVIÎ. 



411 



vers la mer ; mais Silas et Timothée demeurèrent 
à Bérée. » Paul recule et s'avance tour à tour, 
suivant les motifs que sa raison lui présente, 
a Et ceux qui conduisaient Paul le menèrent 
jusqu'à Athènes, et, après avoir reçu l'ordre de 
dire de sa part à Silas et à Timothée qu'ils vins- 
sent le trouver promptement, ils partirent. » 

Revenons sur ce qui précède, « Durant trois 
jours de sabbat, il leur parlait, leur découvrant 
dans les Ecritures. » Il choisissait avec à-propos 
leurs jours de loisir. Le Christ lui aussi discutait 
souvent d'après l'Ecriture, et il n'opérait pas 
toujours des miracles. Comme les Juifs atta- 
quaient l'Apôtre à ce sujet, et le traitaient de 
magicien et d'imposteur, il s'appliquait à se 
justifier par les Livres saints. Quiconque ne 
chercherait à démontrer la vérité de sa doctrine 
que par des miracles, serait à bon droit suspect ; 
mais celui qui s'appuie sur l'Ecriture est au- 
dessus de tout soupçon. Bien des fois voyons- 
nous Paul convertir par son seul enseignement. 
Lorsqu'il enseignait dans Antioche, la ville tout 
entière se réunit autour de lui; tant il y a de 
force dans l'enseignement ; tant il est vrai que, 
loin d'être une preuve inférieure en faveur de 
la vérité, c'est une preuve de la plus haute 
valeur ! Pour qu'on ne crût pas les prédicateurs 
de l'Evangile les seuls auteurs de ces conver- 
sions, Dieu permit qu'ils fussent obligés de 
partir. Pour eux, ils n'étaient ni orgueilleuse- 
ment satisfaits de leurs succès passés , ni saisis 
de crainte devant les accusations soulevées par 
leurs ennemis. C'était donc à la Providence 
seule que devait retourner la gloire des conver- 
sions. « Et un grand nombre de prosélytes, et 
parmi les gentils beaucoup de femmes honnêtes 
et d'hommes embrassèrent la foi. » Il en était 
autrement des Juifs. Comment l'Apôtre qui 
écrivait : « A nous les gentils, à eux les fils de 
la circoncision, » entrait-il en discussion avec 
les Juifs ? Par zèle uniquement. Mais, à vouloir 
discuter avec les Juifs, pourquoi ce langage : 
a Celui qui leur a confié l'apostolat de la cir- 
concision m'a confié l'apostolat des gentils. » 
Galat., il, 8-9. De même que les apôtres auxquels 
il fait allusion ne laissaient pas que de prêcher 
aux gentils la divine parole, malgré la mission 



spéciale qu'ils avaient reçue de l'annoncer aux 
descendants d'Abraham ; de même Paul s'occu- 
pait principalement de la conversion des gentils, 
sans renoncer toutefois à s'occuper de celle des 
Juifs, afin d'éviter tout soupçon de division. 

2. Comment son premier acte, demanderez- Pourquoi 
vous encore , consistait-il à se présenter dans "pî^nuu" 
les synagogues? C'est que la conversion des |j* D ' 
Juifs était la préparation à la conversion des 
gentils ; et ce qu'il disait aux uns allait ainsi 
jusqu'aux autres. 11 comprenait que c'était le 
meilleur moyen pour amener les gentils à la 
foi. De là ces paroles : a En tant que je suis 
l'Apôtre des gentils. » Rom., xi, 13. Toutes ses 
épîtres contiennent quelques traits à l'adresse 
des Juifs. 

« Qu'il fallait que le Christ souffrît. » S'il 
fallait qu'il souffrît, il fallait aussi qu'il ressus- 
citât : la seconde de ces choses était beaucoup 
plus étonnante que la première. Si Dieu permit 
que l'innocent mourût, à plus forte raison per- 
mit-il qu'il ressuscitât. « Mais les Juifs qui ne 
croyaient pas, ayant pris avec eux quelques 
misérables de la lie du peuple, troublèrent la 
ville. » Les Gentils étaient donc en plus grand 
nombre. Ils prirent quelques misérables, esti- 
mant n'être pas en nombre suffisant, eux les 
Juifs, pour la sédition, et comprenant du reste 
combien leur tentative était peu motivée. C'est 
toujours par le désordre, c'est toujours avec le 
concours de gens sans aveu qu'ils s'efforcent 
d'arriver à leurs fins, a Ne les ayant pas trouvés, 
ils traînèrent Jason. » Quelle violence 1 ils l'ar- 
rachent sans droit de son domicile, « Ils sont, 
eux tous, rebelles aux décrets de César, et ils 
prétendent qu'il y a un autre roi qui est Jésus. » 
Gomme ils ne pouvaient les accuser ni de tenir 
des propos contraires aux lois , ni de soulever 
les habitants de la ville, ils invoquent un autre 
crime contre eux, le crime de lèse-majesté. Mais 
que craignez-vous de ce roi, puisqu'il est mort ? 
Voyez-vous comment les persécutions provo- 
quent toujours le développement du règne de 
l'Evangile ? a Ces Juifs avaient des sentiments 
plus élevés que les Juifs de Thessalonique. » 
Aucune pensée criminelle n'agitait leur esprit. 
Les uns donc embrassèrent la foi, les autres 



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114 HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 

s'appliquèrent au contraire à vexer ces derniers, les jours les Ecritures pour voir si les choses 

c Un grand nombre d'entre eux et beaucoup de étaient ainsi. » Ils ne sont pas indifférents ; le 

femmes grecques crurent en Jésus-Christ. » zèle les emporte. Et cependant Thessalonique 

Nouvel exemple de la conversion de plusieurs était comme ville beaucoup plus considérable ; 

gentils. Ce que nous devons constater, c'est le il s'y faisait un commerce beaucoup plus étendu, 

caractère providentiel du départ des apôtres : la Ne nous étonnons pas qu'il y ait dans les grandes 

crainte n'y était pour rien ; car, si la crainte les cités plus de méchants qu'ailleurs. C'est dans 

y eût décidés, ils eussent renoncé au ministère les grandes villes qu'ils doivent se trouver en 

de la prédication et cessé d'irriter les Juifs à ce nombre considérable, parce que les occasions 

sujet. L'historien dit avec raison des Juifs qu'ils de désordres y sont beaucoup plus fréquentes, 

vinrent pour émouvoir et soulever la popula- Ainsi en est-il du corps ; la maladie est d'autant 

tion ; il donne une juste idée par là de leur rage plus grave que le corps a plus d'embonpoint, 

et de leur indomptable fureur. qu'il reçoit plus de nourriture. Il arriva donc à 

« Aussitôt les frères firent partir Paul du côté Thessalonique ce qui avait eu lieu à Iconium, 

de la mer. » Dans le cas présent, Paul est le ce qui se produisit à Bérée. 
seul qu'ils fassent partir; ils redoutaient qu'il Paul s'en alla, laissant les Juifs sous le poids 

ne lui arrivât malheur, et c'étaient leur princi- de la plus terrible responsabilité : ils répon- 

pale préoccupation. La grâce ne faisait donc daient, en effet, de la perte des autres; ce à 

pas tout et laissait un champ vaste à l'action quoi Paul faisait allusion quand il écrivait : 

humaine ; tout en les arrachant à la torpeur et « Ils nous empêchaient de parler aux gentils. » 

à la nonchalance, elle leur faisait sentir l'ai- I ThessaL, il, 16. Pourquoi les apôtres ne de- 

guillon de la sollicitude. Jusqu'à Philippes, meurèrent-ils pas en ce lieu ; pourquoi n'y opé- 

Dieu les préserva de tout danger ; mais il ne le rèrent-ils pas de prodiges ? Paul demeura bien 

fit plus désormais. « Après avoir reçu l'ordre là où il fut lapidé ; certainement il eût dû de- 

de dire de sa part à Silas et à Timothée qu'ils meurer ici. Pourquoi, s'il vous plaît? Il n'en- 

vinssentle trouver promptement, ils partirent. » trait pas toujours dans les desseins de Dieu que 

Il ne leur donna pas sanà motifs cette recom- les apôtres accomplissent des miracles, d'au- 

mandation; le concours de ces deux disciples tant plus qu'il est beaucoup plus étonnant de 

lui était indispensable, bien qu'il fût Paul. Ce triompher sans miracles que d'opérer des pro- 

fut donc le Seigneur lui-même qui guida leurs diges. Alors, comme aujourd'hui, Dieu tenait 

pas vers la Macédoine. Quant à la Grèce, elle à triompher de cette manière. C'est pourquoi 

était assez célèbre. D'ailleurs plusieurs de leurs les apôtres ne se préoccupaient guère de faire 

actes n'étaient point dictés par la nécessité. Le des miracles : « Pour nous, s'écrie Paul, nous 

Christ leur avait permis de vivre de l'Evangile ; prêchons le Christ crucifié. » I Cor., i, 23. 

et Paul vivait du travail de ses mains : le Christ Voilà ce que nous donnons à ceux qui réclament 

ne l'avait pas envoyé baptiser, et néanmoins il des miracles ou le pouvoir de la sagesse hu- 

baptisait. Devant aucune tâche on ne le voit maine ; et nous triomphons là où des miracles 

reculer. A Pierre la circoncision, à Paul les ne triompheraient pas. Je le répète, c'était là un 

gentils, c'est-à-dire le champ le plus vaste, a Et, grand prodige. Quand la prédication évangé- 

ayant reçu satisfaction de Jason, ils les ren- lique se fut répandue, alors on s'occupa des 

voyèrent. » Par ce sacrifice Jason conquiert la miracles : le nombre des fidèles s'étant accru, 

liberté de Paul ; il n'hésite pas à exposer sa vie celui des miracles devait s'accroître également, 

pour celle de l'Apôtre. « Ils avaient des senti- C'est ce qui arriva; seulement les apôtres les 

ments plus nobles que ceux de Thessalonique ; » faisaient tantôt en allant, tantôt en revenant, 

surtout au point de vue de la vertu et de la « Ils le firent partir du côté de la mer. » 

religion envers Dieu, a Ils reçurent la parole Pour qu'il ne pût pas être facilement arrêté. De 

avec le plus vif empressement, examinant tous leur part ce fut une belle action , et ils se côn~ 

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HOMÉLIE XXXVII. 



443 



duisirent admirablement à l'égard de Paul, 
qu'ils s'efforçaient d'arracher aux mains de ses 
persécuteurs. 

3. Quelles prévenances des disciples envers 
leurs maîtres! Ils n'étaient pas alors comme 
nous le sommes aujourd'hui, divisés. Chez nous, 
il y a des grands et il y a des petits; les uns 
s'enorgueillissent, les autres leur portent envie; 
et leur envie provient précisément de notre or- 
gueil et de la prétention où nous sommes de ne 
pas vouloir traiter d'égal à égal avec eux. Ce 
qui fait le bon état des organes, c'est l'absence 
de toute enflure ; ce qui éloigne toute enflure, 
c'est le besoin qu'ils ont les uns des autres : la 
tête a besoin des pieds, les pieds ont besoin de 
la tête. Voilà ce que Dieu a fait pour nous ; mais 
nous ne voulons pas de son œuvre, encore que 
nous dussions, en dehors de ce genre de raison, 
agir avec charité. N'entendez- vous pas les ca- 
lomnies que profèrent les païens contre nous à 
ce sujet? Ils s'aiment, disent-ils, mais par inté- 
rêt. Les laïques ont besoin de nous ; nous aussi 
nous avons besoin d'eux. Pas de maître sans 
disciples, pas de prince sans sujets ; ni les uns 
ni les autres n'exerceraient leur mission et ne 
pourraient l'exercer. De même que les champs 
ont besoin du cultivateur, et que le cultivateur 
a besoin des champs; de même en est-il dans le 
sujet présent. Serait-il bien fondé à réclamer sa 
récompense le maître qui ne saurait montrer 
un seul disciple par lui formé? Que feront les 
disciples, d'un autre c6té, si une saine doctrine 
ne leur est pas enseignée? Nous avons donc be- 
soin les uns des autres, les princes ont besoin 
de sujets, les chefs de soldats; car la di- 
gnité ne leur est conférée qu'en considération 
de ceux auxquels ils doivent commander. Nul 
ne peut tout faire par lui-même. Qu'il s'agisse 
d'imposer les mains ou d'examiner telles réso- 
lutions ou tels desseins, la foule et l'assemblée 
ne font que rehausser la valeur de la décision. 
Les pauvres, eux aussi, ont besoin des per- 
sonnes charitables; mais les personnes chari- 
tables ont également besoin des pauvres, a Re- 
gardez-vous les uns les autres, disait l'Apôtre, 
pour vous animer à la charité et aux bonnes 
œuvres. » Bebr. 9 x, 24. Grande est, par consé- 
tom. vm. 



quent, la puissance de l'Eglise assemblée; ce 
que les fidèles ne sauraient faire par eux-mêmes, 
unis aux autres ils peuvent le faire. 

De là, l'importance absolue de la prière en Efficacité de 
commun pour l'univers, pour l'Eglise à laquelle ^J5£*" en 
nous appartenons, pour la paix, pour les per- 
sonnes qu'afflige l'adversité. Paul nous fait cette 
recommandation dans le passage que voici : 
« Que la grâce que nous avons reçue pour plu- 
sieurs personnes soit reconnue par les remercie- 
ments que nos frères adresseront à Dieu pour 
nous. » II Cor.> i, 41. C'est à savoir, que plu- 
sieurs jouissent de cette grâce. Souvent aussi 
réclame-t-il les prières des fidèles. Ecoutez le 
langage que le Seigneur adressait aux Nini- 
vites : « Comment ! je ne ferais pas grâce à une 
ville qui renferme plus de cent vingt mille ha- 
bitants! » /on., iv, 41.- a Là où deux ou trois 
personnes sont rassemblées en mon nom, je suis 
au milieu d'elles. » Matth., xvm, 20. Si deux 
personnes ont une telle puissance, quelle puis- 
sance n'auront pas des personnes en nombre 
considérable? Vous me direz : Qu'importe, si 
les prières d'une seule personne sont efficaces? 
Jamais elles n'auront la même efficacité. Pour- 
quoi demeurez-vous seul? Pourquoi ne pas vous 
unir à d'autres? Pourquoi ne devenez-vous pas 
l'artisan de la charité? Pourquoi ne formez-vous 
pas les liens de l'amitié? Vous vous privez de 
ce qu'il y a de plus méritoire dans la vertu. Si 
les méchants conjurés redoublent l'indignation 
divine, l'harmonie entre les bons plaît infini- 
ment au cœur de Dieu, « Vous ne vous joindrez 
pas à la foule pour le mal, est-il écrit. » Exod., 
xxiii, 2. « Tous se sont éloignés, tous sont de- 
venus inutiles, » Psal. xm, 3, et se sont livrés à 
l'iniquité avec une effrayante unanimité. Faites- 
vous des amis près des gens de votre maison, 
près de tous vos semblables. Si vous êtes un 
homme de paix, vous êtes l'enfant de Dieu; à 
plus forte raison si vous propagez l'amitié. Si 
vous réconciliez vos frères désunis, vous êtes 
appelé encore enfant de Dieu; quelle récom- 
pense ne mériterez-vous pas si vous les unissez 
par les liens d'une étroite affection? Travaillons 
à des œuvres de cette nature, transformons les 
ennemis en amis; ceux qui ne sont ni les enne- 



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414 



HOMELIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



mis ni les amis les uns des autres, rapprochons- que le diable envoie avec la mission de sur- 
les ; mais commençons par donner nous-mêmes veiller nos dispositions : prenons l'un d'entre 
l'exemple. Si vous ne le faites pas, on vous dira eux, dépouillons-le de son costume d'emprunt, 
ce que l'on dirait à l'homme qui, en désaccord et soumettons-le devant le tribunal au plus sé- 
et en dispute avec sa femme, prétendrait réta- rieux examen : que ce soit, si vous le voulez, 
blir la paix troublée en d'autres ménages : « Mé- l'un de ceux que Paul avait surpris lui-même, 
decin, guérissez-vous vous-même. t>Luc. 9 iv, 23. a qui n'ont que l'apparence de la sagesse par 
Mais quelle est donc l'inimitié qui règne chez une fausse piété et une humilité sans ménage- 
nous? L'inimitié du corps et de l'âme, du vice ment pour le corps, et qui refusent à la chair la 
et de la vertu. Mettons fin à cette inimitié, fai- nourriture nécessaire. » Coloss., n, 23. Le 
sons cesser cette guerre. Quand notre conscience diable avait formé le dessein de répandre le ju- 
ne nous accusera plus, alors nous aurons le daïsme; comme, à vouloir le répandre lui-même, 
droit de parler avec confiance à d'autres le lan- il n'eût point réussi, voici le moyen qu'il em- 
gage de la charité. Contre la douceur, c'est ploya : Nous devons mépriser le corps, se mit-il 
l'emportement qui combat ; contre le mépris des à dire. La philosophie consiste à ne pas user de 
richesses, c'est la cupidité ; contre la bienveil- nourriture, à s'en tenir sur ce point à certaines 
lance, c'est la jalousie. Encore une fois, mettons règles; en cela consiste la vraie humilité. De 
fin à cette guerre, débarrassons-nous de ces ini- même il cherchait tout récemment à nous con- 
mitiés, dressons des trophées sur leurs débris, duire par l'hérésie à l'adoration de la créature ; 
et rétablissons la paix dans la cité qui nous ap- et alors il imagina cet artifice. A nous dire : 
partient. Car nous avons une ville à gouverner, Adorez la créature, il eût été le premier déçu, 
ville accessible aux citoyens comme aux étran- 11 nous dit donc : Dieu est lui-même créé, 
gers. A vous d'en éloigner les étrangers, afin Mettons à nu cette proposition, soumettons-la 
de préserver de la corruption les mœurs de ses au jugement des hommes capables de discerner 
habitants. Que nulle croyance impie ou équi- le sens des Ecritures que nous ont laissées les 
voque, que nulle doctrine charnelle n'y pénètre, apôtres ; traduisons-la devant la barre de ces 
Est-ce que tout ennemi surpris dans une ville juges; ils reconnaîtront ce qu'il y a d'authen- 
étrangère n'est pas traité en espion? Repous- tique et ce qu'il y a de peu sérieux. 11 est des 
sons donc les étrangers, et avec les étrangers hommes qui multiplient leurs profits par des 
les ennemis. Si nous en apercevons quelqu'un, voies injustes, pour distribuer des aumônes aux 
livrons-le aux mains du monarque de cette cité ; pauvres ; ils sont dans l'erreur. Combattons cette 
livrons à l'intelligence souveraine toute pensée erreur; repoussons-la pour n'en être pas nous- 
dangereuse qui se présenterait sous des dehors mêmes victimes; dérobons-nous aux pièges du 
rassurants. Il existe dans nos âmes bien des démon, afin de pouvoir passer avec sécurité la 
pensées de cette nature; hostiles en réalité, c'est vie présente et mériter, en demeurant fermes 
recouvertes d'une toison inoffensive qu'elles se dans la foi , les biens promis , par la grâce et la 
présentent. Voyez les Perses lorsque dépouil- charité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, â qui 
lant leurs braies, leurs chaussures et leur tiare gloire, puissance, honneur, en même temps 
de barbares, revêtus d'habits semblables aux qu'au Père et au Saint-Esprit, maintenant et 
nôtres, le corps rasé, notre langue sur les lèvres, toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi 
ils cachent sous cet extérieur les armes prépa- soit-il. 
rées contre nous ! Mettez-les à la question, vous 
découvrirez bientôt leur véritable origine. Faites 
de même à l'égard de vos pensées ; retournez- 
les sous tous leurs aspects, et vous ne tarderez 
pas à découvrir ce qu'elles ont de barbare. Un 
exemple vous fera toucher du doigt ces espions 




HOMÉLIE 



HOMÉLIE XXXVIII. 

« Tandis que Paul les attendait à Athènes, son esprit était 
agité en lui-même, voyant cette ville livrée à l'idolâtrie. 
Il discutait dans la synagogue avec les Juifs et les 
prosélytes, et tous les jours dans la place publique avec 
ceux qui s'y trouvaient. » 

4. C'est une chose digne d'être observée que 
les Juifs persécutèrent Paul beaucoup plus que 
ne le persécutèrent les Gentils. Dans Athènes, 
ces derniers ne lui firent même aucun mal; 
hormis le petit nombre de ceux qui furent con- 
vertis, les autres ne firent que sourire. Quant 
aux Juifs, ils le persécutèrent avec acharne- 
ment, tant ils étaient en fureur contre lui. 
« Tandis que Paul les attendait à Athènes, dit 
l'historien, son esprit était agité en lui-même, 
voyant cette ville livrée à l'idolâtrie. » On com- 
prend son émotion ; jamais il n'avait vu pareil 
nombre d'idoles. « Il discutait dans la syna- 
gogue avec les Juifs et les prosélytes, et tous les 
jours dans la place publique avec ceux qui s'y 
trouvaient. » 11 discute encore avec les Juifs, 
réfutant par là ceux de ses ennemis qui l'accu- 
saient d'avoir abandonné les Juifs pour ne s'oc- 
cuper que des Gentils. Je m'étonne que les phi- 
losophes ne se soient pas moqués de lui, qu'ils 
ne l'aient pas bafoué dès ses premières paroles, 
et qu'ils ne lui aient pas dédaigneusement tourné 
le dos en disant : Mais cet homme-là ne connaît 
pas un mot de philosophie! En effet, aucune 
prétention dans le langage de l'Apôtre. Seule- 
ment, les Grecs ne comprenaient rien à la doc- 
trine qu'il prêchait. Comment l'eussent-ils com- 
prise, eux qui prétendaient que Dieu était 
corporel et qui pluçaient dans la volupté la 
béatitude? « Quelques épicuriens et quelques 
stoïciens discutaient avec lui; et plusieurs di- 
saient : Quel est donc ce parleur? D'autres ajou- 
taient : Il semble prêcher de nouveaux dieux; 
parce qu'il leur prêchait Jésus et la résurrec- 
tion. » Sans doute que, accoutumés au culte des 
déesses, ils prenaient la résurrection pour une 
divinité, a Et, le saisissant, ils le conduisirent à 
l'aréopage/disant : « Pouvons-nous savoir quelle 



XXXVIIL 445 

est cette doctrine que vous annoncez? car vous 
faites retentir à nos oreilles des choses nou- 
velles, et nous voudrions savoir ce que c'est. » 
Ce fut moins pour l'entendre que pour le faire 
punir qu'ils le menèrent à l'aréopage, où se ju- 
geaient les causes capitales. Observez que la cu- 
riosité elle-même devient contre la doctrine 
évangélique une occasion de persécution. Ceci 
se passait dans la ville des diseurs par excel- 
lence. 

« Or, tous les Athéniens, et les étrangers qui 
demeuraient à Athènes, ne s'occupaient qu'à 
dire ou à entendre quelque chose de nouveau. 
Paul donc, debout au milieu de l'aréopage, dit : 
Athéniens, il me semble qu'en toutes choses 
vous êtes religieux à l'excès. Passant et voyant 
les statues de vos dieux, j'ai trouvé un autel qui 
portait ces mots : Au Dieu inconnu. Ce Dieu 
donc que vous adorez sans le connaître est ce- 
lui que je vous annonce. » Il ne leur dit rien de 
blessant, il semble même faire leur éloge en 
leur parlant de cette religion qu'ils poussent à 
l'excès, comme s'ils étaient proches de la piété 
véritable. « Un autel qui portait cette inscrip- 
tion : Au Dieu inconnu. » Ce Dieu inconnu, se- 
lon Paul, était Jésus-Christ, ou pour mieux 
dire le Dieu de l'univers. « Or, celui que vous 
adorez sans le connaître, je vous l'annonce au- 
jourd'hui. » Comme il découvre ce qu'il y avait 
en eux de favorable à sa prédication ! Je ne vous 
apporte rien de singulier ni de nouveau. Puis- 
qu'ils ne cessaient de lui crier : « Quelle est 
donc cette doctrine nouvelle que vous annon- 
cez ? car vous faites retentir des choses nouvelles 
à nos oreilles; » il combat ce sentiment des 
Athéniens; après quoi il ajoute : « Le Dieu qui 
a fait le monde et tout ce qui est dans le monde, 
le Seigneur du ciel et de la terre. » Pour qu'on 
ne voie pas en ce Dieu l'une de leurs nom- 
breuses divinités, il poursuit en ces termes : 
a Ce Dieu n'habite point dans des temples bâtis 
de la main des hommes, il n'est point honoré 
par les mains des mortels, comme s'il avait be- 
soin de quelque chose. » Voyez-vous comment 
il arrive insensiblement à exposer sa philoso- 
phie, comment il confond l'erreur de ces Grecs? 
« C'est lui qui donne tout : et l'esprit et la vie. 



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41C HOMÉLIES SUR LES 

Il a fait naître d'un seul homme toute la race 
humaine pour habiter sur la face de la terre. » 
C'est là une œuvre essentiellement divine. Ne 
peut-on pas en dire autant du Fils? a le Sei- 
gneur du ciel et de la terre » que les Grecs 
avaient divinisés. L'Apôtre énonce la création 
du monde et celle de l'homme. 

« Il a déterminé les temps de la durée des 
peuples et les limites de leurs demeures, afin 
qu'ils cherchent Dieu et qu'ils s'efforcent de le 
toucher, quoiqu'il ne soit pas loin de chacun de 
nous , car en lui nous avons la vie , le mouve- 
ment et l'être ; et, comme quelques-uns de vos 
poètes ont dit : Nous sommes les enfants de 
Dieu même. » Cette citation est empruntée au 
poète Aratus. C'est donc à leurs propres actes, 
à leurs propres paroles qu'il emprunte ses 
preuves. « Puis donc que nous sommes les en- 
fants de Dieu, nous ne devons pas croire que la 
divinité soit semblable à l'or, à l'argent, ou aux 
pierres qui ont reçu de l'art et de la main de 
l'homme la ressemblance humaine. » Nous le 
devons précisément pour cela, direz-vous. Assu- 
rément non; car ni nos âmes, ni nous-mêmes 
n'avons cette ressemblance. — Alors pourquoi 
l'Apôtre ne s'est-il pas exprimé sur-le-champ 
dans. un langage en rapport avec sa philoso- 
phie? pourquoi n'a-t-il pas dit : Dieu est par 
nature incorporel, invisible et sans forme exté- 
rieure ? — Il était inutile de parler ainsi à des 
hommes qui ne connaissaient pas encore l'unité 
de Dieu. Laissant conséquemment de côté cet 
ordre d'idées, il va droit à son but et il ajoute : 
« Irrité contre ces temps d'ignorance, Dieu an- 
nonce maintenant aux hommes qu'ils fassent 
tous pénitence, parce qu'il a établi un jour pour 
juger le monde selon la justice par celui qu'il a 
destiné à en être le juge, confirmant la foi de 
tous en le ressuscitant d'entre les morts. » L'A- 
pôtre commence par les arracher à leur torpeur 
et les remplit d'effroi par les mots « il a établi 
un jour ; » après quoi il leur parle de la résur- 
rection du Christ d'entre les morts. Mais repre- 
nons les choses de plus haut, « Tandis que Paul 
les attendait à Athènes, son esprit était agité en 
lui-même. t> Ce n'était chez lui ni de l'indigna- 
tion ni de la colère, mais du zèle et du dévoue- 



ACTES DES APOTRES. 

ment comme nous l'avons déjà vu. « Un désac- 
cord se produisit entre eux. » Act., xv, 39. 

2. Dieu permettait ainsi que Paul attendit 
dans Athènes malgré lui ses compagnons. 
Qu'est-ce à dire, « son esprit était agité? » Il 
n'avait pas de repos, quoiqu'étranger à tout sen- 
timent de courroux et de fureur. Il ne pouvait 
considérer ce spectacle avec indifférence, et il 
frémissait intérieurement. « Il discutait dans la 
synagogue avec les Juifs et les prosélytes. » Le 
voilà de nouveau discutant avec les Juifs. L'his- 
torien parle encore des prosélytes. Dès l'avéne- 
ment du Christ, les Juifs étaient répandus dans 
tout l'univers. En même temps que le moment 
de l'abrogation de la loi approchait, les hommes 
étaient instruits sur la religion du vrai Dieu. 
Quant aux Juifs, ils n'en retiraient guère d'autre 
avantage que celui d'avoir les Gentils pour té- 
moins des malheurs qui fondaient sur eux. 
« Quelques philosophes épicuriens et stoïciens 
discutaient avec lui. » Soumis comme ils l'étaient 
à la domination des Romains, les Athéniens ne 
se gouvernaient plus par leurs propres lois. 
Qu'est-ce donc qui les engageait à discuter avec 
l'Apôtre? La discussion ouverte en leur pré- 
sence et l'estime qu'avaient déjà de Paul ses au- 
diteurs. Mais « l'homme animal ne saisit pas les 
choses qui viennent de l'esprit de Dieu. » I Cor., 
xi, 14. Ces philosophes disent donc : a II me 
semble que cet homme annonce de nouveaux dé- 
mons; » tel était le nom qu'ils donnaient à leurs 
dieux; car les villes des païens regorgeaient 
d'idoles. « Prenant Paul, ils le conduisirent à 
l'aréopage, en disant. » Pourquoi précisément à 
l'aréopage? Pour l'intimider, les causes capitales 
se jugeant, comme nous l'avons observé déjà, 
dans l'aréopage. « Pouvons- nous savoir quelle 
est cette doctrine que vous prêchez? car vous 
faites retentir à nos oreilles des choses nou- 
velles. Or, les Athéniens et tous les étrangers 
qui demeuraient dans Athènes ne s'occupaient 
qu'à dire ou qu'à entendre quelque chose de 
nouveau. » Malgré leur incessante curiosité, 
quoiqu'ils fussent constamment occupés à dis- 
courir ou bien à écouter, ils estimaient nouvelle 
une doctrine, parce qu'ils ne l'avaient jamais 
entendue. 



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HOMÉLIE 

a Paul donc, se tenant debout au milieu de 
l'aréopage, dit : Athéniens, il me semble qu'en 
toute chose vous êtes religieux à l'excès. Pas- 
sant et regardant les statues. » Il ne dit pas, vos 
dieux ; il se borne à frayer la voie à sa doctrine : 
à l'occasion de l'autel qu'il a remarqué, il leur 
parle de cette religion qu'ils poussent à l'excès, 
a Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qu'il 
renferme. » Ce seul mot de Paul fait crouler 
toutes les fables des philosophes. D'après les 
épicuriens, le hasard avait tout fait, et les atomes 
étaient le principe de la création. D'après les 
stoïciens, elle s'expliquait par l'existence éter- 
nelle de la matière et un embrasement. Mais, 
selon l'Apôtre, l'univers comme tout ce qu'il 
renferme est l'œuvre de Dieu. Doctrine comprise 
en peu de mots, mais d'une clarté remarquable 
dans sa brièveté. Il est étrange que ces Grecs 
aient trouvé nouvelle la doctrine qui faisait de 
Dieu le créateur de l'univers. Ce que le dernier 
des enfants du peuple aujourd'hui n'ignore pas, 
les Athéniens, que dis-je? les philosophes de 
cette ville l'ignoraient. Si Dieu a tout créé, ma- 
nifestement il en est le Seigneur. La création, 
telle est donc la preuve que Paul invoque pour 
établir le caractère véritable de la nature di- 
vine. Or, la qualité de créateur appartient au 
Fils également. Dans tous leurs écrits , les pro- 
phètes font de la création l'œuvre de Dieu même ; 
tandis que les philosophes païens supposaient la 
matière éternelle, et, tout en admettant un for- 
mateur de l'univers, lui en refusaient la souve- 
raineté. Dans le passage qui nous occupe , Paul 
expose obscurément sa doctrine et réfute celle 
de ses adversaires, « Ce Dieu n'habite pas dans 
des temples bâtis de la main des hommes. » S'il 
habite dans des temples, ce n'est pas dans les 
vôtres, mais dans l'àme des hommes. Réfutation 
de la religion comprise grossièrement. Vous de- 
manderez si Dieu n'habitait pas dans le temple 
de Jérusalem. Il n'y habitait pas; mais il y 
exerçait sa puissance. — D'où vient alors le culte 
matériel que lui rendaient les Juifs? — Le culte 
véritable qui lui était rendu , c'était le culte en 
esprit ; quant au premier, Dieu n'en parlait ja- 
mais que de manière à marquer le peu d'estime 
qu'il en faisait : a Est-ce que je mangerai la 



xxxvin, 



chair des taureaux? est-ce que je boirai le sang 
de vos boucs? » Psalm. xlix, 13. 

« Il n'est point honoré par la main des 
hommes comme s'il avait besoin de quelque 
chose, » poursuit l'Apôtre. Qu'il n'ait besoin de 
rien, c'est encore peu; sans doute, c'est un 
attribut propre à la divinité ; mais il faut encore 
quelque chose de plus, a C'est lui qui donne à 
tous la vie, la respiration et toute chose. » 
Deux caractères qui sont exclusivement propres 
au Dieu véritable, l'indépendance absolue et la 
causalité universelle. Rapprochez de cette doc- 
trine la doctrine de Platon sur Dieu, la doctrine 
d'Epicure , et dites-moi si ces doctrines ne vous 
paraîtront pas des puérilités. « C'est lui qui 
donne la respiration et la vie. » Les âmes elles- 
mêmes ont été créées par lui, et non engen- 
drées. Quant à la doctrine touchant la matière, 
l'Apôtre la réfute en ces termes : « Il a fait 
naître d'un seul homme toute la race humaine 
pour habiter sur toute la face de la terre. » 
Quelle différence entre cette croyance et la 
croyance de la philosophie païenne I Que de- 
viennent maintenant la matière et les atomes? 
Créer à la façon de ces philosophes, ce n'est plus 
la création véritable. Puisque Dieu n'est point 
honoré par les mains des hommes, c'est donc 
par l'esprit et par le cœur qu'il prétend être ho- 
noré. « Ce Dieu , voilà le Seigneur du ciel et de 
la terre. » Il n'y a donc pas de divinités parti- 
culières. « Ce Dieu a fait le monde et tout ce 
qu'il renferme. » Une fois qu'est établie la vraie 
doctrine sur l'origine du monde, Paul déclare 
alors que Dieu n'habite pas en des temples bâtis 
par les hommes. S'il est Dieu, tout a été créé 
par lui, semble-t-il dire ; s'il n'a pas tout créé, il 
n'est pas Dieu. « Périssent les dieux qui n'ont 
pas fait le ciel et la terre, » est-il écrit. Quelle 
supériorité de la doctrine proclamée par l'A- 
pôtre sur le3 doctrines païennes ! et, quoiqu'il 
les traitât en enfants, réservant pour plus tard 
les points les plus élevés, quelle beauté dans 
cette affirmation de l'action créatrice, de l'indé- 
pendance et de la souveraineté du vrai Dieu ! 

3. En disant que.Dieu avait fait naître d'un J^*", 1 
seul homme notre race tout entière , l'Apôtre <n» pieu est 

le principe do 

nous montre en Dieu le principe de tous les tons les bien* 



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448 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



biens. Quelle grandeur comparer à cette gran- 
deur ? N'est-il pas vraiment admirable qu'il ait, 
au moyen d'un seul homme, donné l'existence 
à tant d'autres? N'est-il pas encore plus admi- 
rable que, tous ces hommes, son action les em- 
brasse? a II donne à tous l'esprit et la vie. » Que 
signifie la phrase qui suit : « Il a déterminé le 
temps de la durée des peuples et détermine la 
limite de leur demeure, afin qu'ils cherchent 
Dieu et qu'ils s'efforcent de le toucher et de le 
trouver? » Personne, veut-il dire, n'était obligé 
de chercher Dieu, ni de s'enquérir de lui; ou 
bien encore, il a ordonné de chercher Dieu; 
quoiqu'il ne l'ait pas en tout temps ordonné, 
mais seulement à maintes époques déterminées. 
Par où l'Apôtre établit que ceux-là même qui 
le cherchaient en ce moment ne le trouvaient 
pas, bien qu'il fût aussi facile de le trouver que 
de trouver un objet placé sous notre main. 
Le ciel qui apparaissait en un point, appa- 
raissait également en un autre; s'il existait 
en un temps, il existait de même en un autre 
temps. Gonséquemment, il était facile en tout 
temps comme en tout lieu de trouver le Sei- 
gneur. La tâche de le chercher nous a été si 
bien facilitée, que ni les lieux ni les temps n'y 
peuvent mettre obstacle. Si les hommes eussent 
eu bonne volonté , il eût suffi pour eux de cette 
pensée que le ciel les environnait de toute 
part, à l'abri des vicissitudes du temps. D'où 
ces paroles de Paul : « Quoiqu'il ne soit pas 
loin de chacun de nous, » qu'il soit près de 
tous. Ainsi, non-seulement il a donné à tout ce 
qui existe le souffle, la vie et tous les biens; 
mais de plus, et c'est là le principal de ses bien- 
faits, il nous a donné les moyens de le connaître 
en nous donnant les moyens de le trouver et de 
le saisir. A nous la faute, qui ne nous mettrions 
pas en peine de le trouver, fût-il même à nos 
pieds. « Il n'est pas loin de chacun de nous. » 
Il est donc près de tous les habitants de l'uni- 
vers : quelle plus grande puissance I Voyez-vous 
comment il confond ceux qui morcellent la sub- 
stance divine? Que dis-je? il n'est pas loin; il 
est tellement près de nous que sans lui nous ne 
pourrions pas vivre ; « car c'est en lui que nous 
avons la vie, le mouvement et l'être. » C'est 



comme si, prenant un exemple sensible, il nous 
tenait ce langage : Vous savez bien, et nul ne 
saurait l'ignorer, que l'air en tout lieu ré- 
pandu n'est pas loin de chacun de nous, qu'il 
nous pénètre ; ainsi en est-il du Créateur. 

Voilà comment l'Apôtre rapporte tout à Dieu : 
à lui la providence ; à lui la conservation et tout 
ce qui existe, toutes les créatures ayant reçu de 
lui l'existence, les facultés dont elles jouissent, 
et l'énergie qui les empêche de périr. Il n'y a 
pas : qu'elles sont par lui; mais, ce qui indique 
une relation beaucoup plus étroite, a en lui. » 
Ce n'était pas là ce que voulait dire le poète 
dans le vers cité, « nous sommes les enfants de 
Dieu même; » il parlait de Jupiter, tandis que 
Paul parle du Dieu créateur de l'univers : loin 
d'appliquer à Jupiter ces paroles, l'Apôtre les 
rapporte à celui qui seul en était digne et à qui 
seul devait appartenir l'autel consacré par les 
Athéniens à une divinité dont ils avaient une 
tout autre idée. Bien des choses ont été faites 
ou dites concernant le vrai Dieu; mais les Grecs 
ne les ont pas comprises et les ont appliquées à 
des dieux différents. De qui donc, je vous le de- 
mande, avaient-ils prétendu parler dans l'ins- 
cription :.Au dieu inconnu? du Créateur ou du 
démon? Du Créateur assurément, bien qu'ils 
connussent le démon et qu'ils ne connussent 
pas le Créateur. De même la formation de l'uni- 
vers ne peut concerner que Dieu, et non Ju- 
piter, un homme digne par ses impostures et 
ses crimes du plus profond mépris. Certes ce 
n'est pas à lui que songeait Paul, gardez-vous 
de le croire ; ce n'est pas lui qu'il avait en vue 
quand il disait : « Nous sommes ses enfants; » 
sa pensée avait un tout autre but : nous sommes 
les enfants de Dieu, c'est à savoir, ses proches, 
des gens de sa maison ; comme qui dirait des 
êtres habitant près de lui et dans son voisinage. 
Pour qu'ils ne lui disent pas de nouveau : 
a Vous faites retentir à nos oreilles des choses 
que nous n'avons pas encore entendues, » car il 
n'est rien qui déplaise autant aux hommes ; l'A- 
pôtre invoque l'autorité d'un de leurs poètes. Il 
se garde bien de s'exprimer en termes comme 
ceux-ci : Vous ne devriez pas, malheureux, im- 
pies que vous êtes, croire Dieu semblable à des 



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HOMÉLII 

matières d'or et d'argent ; il emploie des termes 
beaucoup plus adoucis : « Nous ne devons pas 
le croire » à son sujet. Au sujet de qui? De 
Dieu. Nous ne devons pas même avoir cette 
idée; tournure qui donne du relief à la pensée. 
Voici l'opinion qui est la véritable : nous soute- 
nons que Dieu n'est point semblable à ces êtres 
matériels. On dira peut-être : C'est ainsi qu'il 
glisse la notion d'un Dieu incorporel. Dès qu'il 
s'agit d'un corps, l'esprit conçoit aussitôt l'idée 
de la distance. 

« Puis donc que nous sommes les enfants de 
Dieu, nous ne devons pas croire que la divinité 
soit semblable à l'or, à l'argent et aux pierres 
auxquelles l'art et l'intelligence de l'homme ont 
donné quelque figure. » — Nous sommes bien 
loin de le penser, sera-t-il répondu. — Pour- 
quoi donc alors ce langage? — C'est que Paul 
s'adressait à la foule, et il eut raison de parler 
ainsi. Comment Dieu serait-il semblable à des 
•objets auxquels nous-mêmes, par notre âme, ne 
ressemblons pas? Par ce raisonnement, il les 
détourne de toute opinion pareille. Non-seule- 
ment Dieu ne ressemble aucunement à une 
œuvre sculpturale de la main de l'homme, mais 
il ne dépend en aucune manière de l'esprit hu- 
main ; il est au-dessus de l'esprit de l'homme 
comme au-dessus de son art. Voici le raisonne- 
ment de l'Apôtre : Si, selon vous, l'œuvre due 
à l'art ou à l'esprit de l'homme est Dieu, si dans 
la pierre se trouve la substance divine, com- 
ment se fait-il que, vivant dans lui, nous ne le 
trouvions pas? Il leur adresse donc un double 
reproche, de ne pas avoir trouvé Dieu, et d'a- 
voir cru en de telles divinités. Ils ne sauraient 
donc s'en /rapporter à leur intelligence, livrée à 
6es propres inspirations. Après avoir montré, 
de manière à les émouvoir aussi profondément, 
combien peu ils étaient excusables, Paul ajoute : 
« Irrité contre ces temps d'ignorance , Dieu an- 
nonce maintenant à tous les hommes qu'ils 
fassent en tout lieu pénitence. » Qu'est-ce à 
dire? Aucun de ces idolâtres ne sera-t-il donc 
puni? Aucun du moins de ceux qui feront péni- 
tence. C'est de ceux-là seulement que l'Apôtre 
s'occupe; car il songe, non à ceux qui sont 
morts, mais à ceux auxquels il s'adresse. Dieu 



XXXVIII. 449 

ne veut pas vous châtier. Il ne leur dit pas : 
Dieu vous a dédaignés ; — il l'a permis ; mais 
bien : Vous l'avez méconnu. « Il a dédai- 
gné; » il ne veut pas vous traiter comme si vous 
aviez attiré sur vos têtes sa vengeance. Vous 
l'avez méconnu. Il ne leur dit pas non plus : 
C'est bien volontairement que vous avez fait le 
mal ; ce qu'il a dit tout à l'heure l'indique suffi- 
samment : « Afin qu'en tout lieu on fasse pé- 
nitence. » La terre entière est clairement dé- 
signée. 

4. C'est ainsi que Paul combat l'opinion des 
Athéniens sur la pluralité des dieux, a Car il a 
déterminé le jour où il doit juger l'univers se- 
lon la justice. » Encore une fois, sous le nom 
d'univers, il désigne les hommes. « Par l'homme 
qu'il a choisi, le ressuscitant d'entre les morts, a 
Notez cette allusion à la passion du Sauveur, en 
même temps que la mention faite de sa résur- 
rection. Qu'il s'agisse d'un jugement véritable, 
la résurrection du Sauveur le prouve : elle est 
le principe dont ce jugement sera la consé- 
quence. Dès lors qu'il est vraiment ressuscité, il 
est hors de doute que tout le reste est la vérité. 
Enfin, que les apôtres aient conquis une foule 
d'hommes à la foi en la résurrection de Jésus 
d'entre les morts, c'est un point qui devient 
également indubitable. Ce langage s'adressait 
aux Athéniens : il nous serait adressé à nous 
tous avec le même droit, car tous nous devons 
faire pénitence , vu que le jour est arrêté où 
Dieu jugera le monde. Ce qu'il est bon d'obser- 
ver, c'est la qualité de juge donnée par l'A- 
pôtre au Seigneur, ainsi que la providence sans 
bornes, la miséricorde, la bonté, la sagesse, la 
toute-puissance et toutes les perfections dignes 
du Créateur qu'il lui attribue. Ce qu'il disait 
venait à l'appui du dogme prêché par lui de la 
résurrection de Jésus. Faisons donc tous péni- 
tence ; car il nous faudra tous comparaître au 
redoutable tribunal. Si le Christ n'est point res- 
suscité, alors nous ne serons pas jugés ; mais, 
s'il est ressuscité, le jugement est inévitable. 
« Il est mort pour ceci, à savoir, pour comman- 
der aux vivants et aux morts... Tous, nous 
sommes appelés à nous présenter à la barre du 
Christ, afin d'y recevoir la récompense de nos 



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120 

actes. » Rom. , xiv, 9-40; II Cor., v, 10. Ne 
voyez pas en ces paroles des paroles et pas 
autre chose; car nous devons tous ressusciter 
aussi. Le Sauveur ne doit pas juger l'univers 
d'une façon différente. Les mots : « En le res- 
suscitant d'entre les morts, » impliquent le corps 
dans cette résurrection ; car le corps avait été 
principalement atteint et frappé par la mort. 
Chez les Grecs, un égal mépris environne le 
dogme de la création et celui du jugement. Leurs 
idées sont des idées d'enfants, ce sont des extra- 
vagances telles qu'en produit l'ivresse. 

Quant à nous, qui avons été soigneusement 
instruits sur tous ces points, appliquons-nous à 
des œuvres sérieuses, et travaillons à devenir 
les amis du Christ. Jusques à quand le traite- 
rons-nous en ennemi? Jusques à quand lui té- 
moignerons-nous plus que de l'indifférence? — 
Que dites-vous là? répliquerez-vous; mais il 
n'en est rien I — Je ne le dirais pas si votre 
conduite ne m'y contraignait. Quel avantage 
procurerait mon silence, dès lors que les faits 
crient aussi haut? — Alors comment l'aime- 
rons-nous réellement? — Je vous l'ai dit à sa- 
tiété, je vous le dirai maintenant une fois en- 
core. 11 me semble avoir trouvé une manière 
admirable et merveilleuse de l'aimer comme 
vous le désirez. Après nous être rendu compte 
des bienfaits que nous et nos pareils avons re- 
çus également du Seigneur, bienfaits dont le 
nombre et le prix défient toute expression ; 
après lui en avoir offert nos actions de grâces, 
songeons tous aux bienfaits qu'il accorde à cha- 
cun de nous en particulier, et repassons-les 
chaque jour dans notre pensée. Gomme ce genre 
de réflexions exerce une influence salutaire, que 
chacun de nous examine et recherche avec soin 
s'il ne lui est pas arrivé de tomber entre les 
mains de ses ennemis, et cependant de n'en 
avoir point souffert; que ces bienfaits divins 
soient, pour ainsi parler, gravés dans notre 
cœur comme dans un livre. Avez-vous, par 
exemple, commencé quelque voyage avant l'au- 
rore, et n'avez-vous pas couru aucun danger, 
dans une lutte qu'il vous a fallu soutenir contre 
des malfaiteurs? En ètes-vous sorti vainqueur? 
Avez-vous échappé aux dangers d'un mal 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 

qui ne laissait aux vôtres aucune espérance? 

Par ces réflexions diverses, vous réussirez 
aisément à vous rendre Dieu propice. Dès que 
les services rendus par Mardochée à son sou- 



verain lui revinrent en mémoire , ce servi- 
tettr fut aussitôt élevé au faite des honneurs. 
A plus forte raison en sera-t-il ainsi de nous, 
pourvu du moins que nous remplissions ces 
deux conditions et que nous recherchions, soit 
en quoi nous avons offensé Dieu, soit en quoi 
nous en avons reçu du bien ; alors nous aussi 
nous ouvrirons notre cœur à la reconnaissance, 
et nous l'exprimerons comme il convient de 
l'exprimer. Malheureusement personne ne rai- 
sonne de cette manière. S'agit-il de péchés, 
nous disons simplement que nous en avons 
beaucoup commis, sans nous mettre en peine 
de les rechercher en particulier : s'agit-il des 
bienfaits de Dieu, nous reconnaissons que nous 
en avons beaucoup reçus, sans nous mettre da- 
vantage en peine de voir quels sont ces bien- 
faits, et sans en préciser le lieu, le temps, l'im- 
portance. Conduisons-nous désormais en cette 
matière avec moins de légèreté; si vous pouvez 
revenir sur le passé, rendez-vous-en un compte 
exact, comme s'il était question d'un riche tré- 
sor. Un autre avantage que vous procurera cette 
recherche sera de ranimer en vous l'espérance. 
Quand vous verrez avec quelle sollicitude le Sei- 
gneur n'a cessé de veiller sur vous, toute pensée 
de désespoir s'évanouira dans votre cœur, vous 
ne croirez jamais à l'abandon du côté de Dieu, 
et il vous suffira, pour toute preuve de sa bien- 
veillance, de la bonté qu'il vous a témoignée, 
en vous protégeant, quand vous -l'offensiez, au 
lieu de vous punir. 

5. Permettez-moi de vous raconter une his- 
toire qui m'a été racontée à moi-même. Un en- 
fant qui n'avait pas encore atteint sa quinzième 
année, se trouva dans la campagne avec sa 
mère. L'air étant malsain et vicié, ils furent tous 
deux saisis par la fièvre. On était alors en au- 
tomne. La mère s'empressa de rentrer en ville ; 
quant à l'enfant, sur l'ordre des médecins, il dut 
demeurer où il était , à cause de la violence du 
mal. Sur ces entrefaites , il crut dans sa sagesse 
qu'il viendrait plus facilement à bout de la 



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HOMÉLIE 

fièvre , s'il se gargarisait la gorge sans prendre 
aucune nourriture. Enfant comme il l'était, il 
tint sa résolution avec une opiniâtreté dont il 
eût pu faire meilleur usage. Retourné en ville, 
il eut la langue paralysée ; longtemps il lui fut 
impossible de parler et d'articuler quoi que ce 
fût ; néanmoins il lisait et il fréquentait assidû- 
ment les écoles, mais sans résultat et sans amé- 
lioration aucune. Tout espoir était à peu près 
perdu, et sa mère était en proie à la plus 
vive douleur. Divers médecins essayèrent divers 
moyens, toujours en vain : dans sa bonté, Dieu 
daigna briser enfin les liens qui enchaînaient la 
langue de cet enfant; il guérit alors et reprit 
l'usage de la parole. Sa mère racontait à ce 
propos que son fils, étant tout petit, était af- 
fligé d'un mal au nez qu'on appelle polype : 
les médecins avaient également mis en œuvre, 
sans résultat aucun, toutes les ressources de 
leur art ; la mère appelait de ses vœux la mort 
de son enfant, le père qui vivait encore l'y 
vouait également; enfin tout le monde était 
dans un profond désespoir. Or, un jour, l'en- 
fant fut saisi par une toux violente, à la suite 
de laquelle il rejeta le principe du mal qui le 
rongeait et fut complètement guéri. Quand il 
est délivré de cette infirmité, voilà qu'une fis- 
tule se déclare à son œil ; il en découle une hu- 
meur àcre et visqueuse qui se coagule en croûtes 
tellement épaisses, que la pupille en est couverte 
et que l'enfant se trouve menacé d'une cécité dé- 
clarée par tout le monde inévitable. Ce fut de nou- 
veau la bonté divine qui le délivra de cette infir- 
mité. Ces faits, on me les a racontés ; ceux que je 
vais vous exposer, je les ai connus par moi-même. 

Tandis que j'étais encore jeune, on craignit 
une conspiration dans notre cité ; des soldats en 
occupèrent extérieurement les portes, et l'on 
chercha dans la ville les livres de magie et de 
charlatanisme qui s'y trouvaient. L'auteur d'un 
livre de ce genre, en ayant jeté les feuilles dé- 
roulées dans le fleuve, fut pris ensuite : on lui 
demanda ce livre, et, n'ayant pu le livrer, il fut 
conduit dans les rues de la ville chargé de 
chaînes. Les preuves et les charges devenant 
accablantes contre lui, la sentence qu'il méri- 
tait lui fut appliquée. Or, en ce même temps, 



xxxvm. m 

je me dirigeais vers un martyrium, et je tra- 
versais avec un de mes amis les jardins qui lon- 
gent le fleuve. Tout à coup, mon compagnon 
aperçut le livre qui surnageait; le prenant pour 
un linge, il descendit sur la rive, reconnut, dès 
qu'il en fut rapproché, que c'était un livre, et il 
le prit. Moi, qui estimais cette rencontre une 
chose fort ordinaire, je m'opposais à ce qu'il le 
prit et je riais de son opiniâtreté. Eh bien I 
voyons ce que c'est, fit mon compagnon ; et, 
déroulant une partie du livre, il aperçut les ca- 
ractères magiques. En ce moment précisé- 
ment un soldat vint à passer. Aussitôt mon com- 
pagnon de cacher le livre et de s'éloigner, glacé 
de frayeur. Qui donc aurait pu croire que nous 
eussions retiré du fleuve ce livre, alors que tous 
les citoyens, même à l'abri du soupçon, étaient 
saisis de crainte? Nous n'osions pas, d'un côté, 
nous en défaire, de peur d'être aperçus, et, de 
l'autre, nous craignions tout autant de le mettre 
en pièces. Enfin, Dieu aidant, nous nous en dé- 
barrassâmes et nous échappâmes ainsi au plus 
sérieux danger. 

Il me serait aisé de vous citer une infinité de 
traits semblables. Je vous ai raconté ces der- 
niers pour que le souvenir vous en soit profita- 
ble, s'il vous arrive de vous trouver en des con- 
jonctures sinon identiques, du moins pareilles. 
Qu'une pierre lancée contre vous ne vous frappe 
pas, ne l'oubliez jamais; il n'en faut pas davan- 
tage pour nous mériter la bienveillance du Sei- 
gneur. Lorsque nous devons la vie à un homme, 
nous ne songeons jamais à lui sans souffrir de 
ne pouvoir reconnaître dignement le bien que 
nous en avons reçu ; à plus forte raison en doitr 
il être de même pour Dieu : d'autant plus que 
nous en retirons un bénéfice. Voulons-nous évi- 
ter une trop grande tristesse , écrions-nous : 
« Si nous avons reçu des biens de la main de 
Dieu, pourquoi ne supporterions-nous pas quel- 
ques maux? » Job, n, 10. C'était pour instruire 
les fidèles que Paul rappelait à quels périls il 
avait été soustrait. Jacob aussi ne perdait pas 
de vue les épreuves de cette nature qu'il avait 
traversées ; d'où ces paroles : « L'ange qui m'a 
protégé depuis ma jeunesse. » Gènes., xlviii, 
16. Ne nous bornons pas à nous souvenir du fait 



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123 HOMÉLIES SUR LES 

de la délivrance ; rappelons-nous de plus com- 
ment, à quel propos. Le même patriarche nous 
en donne l'exemple; énonçant les bienfaits qu'il 
avait particulièrement reçus : « Avec mon bâ- 
ton, disait-il, j'ai traversé le Jourdain. » Gènes., 
xxxn, 40. De même, les Juifs ne cessaient de 
rappeler l'histoire de leurs pères, et ils reve- 
naient constamment sur leur délivrance de l'E- 
gypte. C'est un motif de plus pour nous de nous 
entretenir des faveurs dont nous avons été per- 
sonnellement honorés, toutes les fois que le 
chagrin et le malheur nous ont visités; car si 
Dieu ne nous eût tendu sa main, à coup sûr 
nous eussions péri. Entretenons-nous tous de 
ces vérités, repassons chaque jour en notre es- 
prit les bienfaits du Seigneur, témoignons-lui 
sans relâche notre gratitude, rendons-lui gloire 
d'une voix unanime, chantons continuellement 
ses louanges, afin de recevoir le prix magnifi- 
que réservé à la reconnaissance, par la grâce et 
la miséricorde du Fils unique, â qui gloire, 
puissance, honneur, en même temps qu'au Père 
et à l'Esprit saint, maintenant et toujours, et 
dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE XXXIX. 

« Lorsqu'ils eurent entendu parler de la résurrection des 
morts, les uns se prirent à rire, les autres lui dirent : 
Nous vous entendrons un autre jour sur ce sujet. C'est 
ainsi que Paul sortit d'au milieu d'eux. » 

4. Pourquoi Paul, après avoir amené les Athé- 
niens au point de lui dire : « Nous vous enten- 
drons un çuitre jour sur ce sujet, » se hâte-t-il 
de sortir d'Athènes? Pourtant, aucun danger 
ne le menaçait. Sans doute, il savait qu'il n'y 
produirait que peu de fruit; en outre, l'Esprit 
le poussait vers Gorinthe. « Quelques hommes 
s'attachèrent à lui et embrassèrent la foi : parmi 
ceux-ci se trouvaient Denys l'Aréopagite, une 
femme nommée Damaris, et avec eux plusieurs 
autres. Paul, ayant ensuite quitté Athènes, 
vint à Gorinthe ; et, trouvant un Juif nommé 
Aquilas, originaire du Pont, venu depuis peu 
d'Italie avec Priscille, sa femme, car Claude 
avait ordonné à tous les Juifs de sortir de Rome, 



ACTES DES APOTRES. 

il se joignit â eux. Or, comme il exerçait le 
même métier, il demeurait chez eux et travail- 
lait. Leur métier était de faire des tentes. » Je 
l'ai déjà dit, l'Esprit le poussait vers Corinthe, 
où il devait séjourner. Bien qu'épris de toute 
nouveauté en fait d'éloquence, les Athéniens 
faisaient peu d'attention au fond des choses. 
Leur préoccupation unique était non la vérité, 
mais d'avoir un sujet quelconque de parler : c'est 
pour cela qu'ils ne s'attachent point à la doc- 
trine de l'Apôtre. Si telles étaient leurs mœurs, 
observera-t-on, d'où vient qu'ils disent de Paul 
sur un ton accusateur : « Il parait prêcher de 
nouvelles divinités? » N'importe, cette doctrine 
nouvelle leur présente trop de difficultés. Toute- 
fois, Denys l'Aréopagite et quelques autres em- 
brassèrent la foi. Ceux qui avaient à cœur une 
vie vraiment vertueuse acceptèrent sans hésiter la 
prédication évangélique; ceux qui étaient animés 
de dispositions différentes ne l'acceptèrent pas. Il 
semble avoir paru suffisant à Paul d'avoir jeté 
la semence de la foi : déjà la plus grande partie 
de sa vie était écoulée. Il mourut, en effet, sous 
Néron. Claude commençait contre les Juifs cette 
persécution, dont le but caché mais réel était 
leur conversion : l'empereur voulait délivrer 
Rome de leur funeste présence. En sorte que, 
par une mesure providentielle, Paul ayant été 
conduit à Rome comme prisonnier, il n'eut pas 
à craindre d'être chassé en sa qualité de Juif, 
lui qui était confié à la garde d'un soldat. 

« Et il demeura chez eux. » Quelle justice il dut 
trouver chez eux pour accepter leur hospitalité I 
C'est là où il semblait ne pas devoir demeurer 
qu'il accepte précisément l'hospitalité qui lui est 
offerte. N'écrivait-il pas : a Pour trouver sujet de 
se glorifier, ils veulent paraître semblables à 
nous? » II Cor., xi, 42. « Et il prêchait tous les 
jours de sabbat dans la synagogue, et il persua- 
dait les Juifs et les Gentils. Quand Silas et Timo- 
thée furent venus de Macédoine, Paul prêchait 
avec encore plus d'ardeur, témoignant aux Juifs 
que Jésus était le Christ. » Sans doute que les 
Juifs l'injuriaient et s'élevaient contre lui. Quant 
à Paul, il les quitte et les pénètre d'épouvante. 
«Inutile, leur dit-il, de vous annoncer davantage 
la parole évangélique. » Cependant il ménage un 



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HOMÉLIE XXXIX. 



123 



peu plus ses expressions. « Les Juifs le contre- 
disant et blasphémant, il secoua ses vêtements 
et leur dit : Que votre sang soit sur votre tète, 
pour moi j'en suis innocent; dès ce moment je 
vais au gentil. Et en sortant, il entra dans la 
maison d'un homme nommé Juste, qui servait 
Dieu et dont la maison touchait à la synagogue. 
Et Crispus, chef de la synagogue, crut au Sei- 
gneur avec toute sa famille. Et plusieurs d'entre 
les Corinthiens l'ayant entendu, crurent et 
furent baptisés. » Quoiqu'il leur ait dit : Dès ce 
moment je m'éloigne, il ne les abandonne pas 
complètement. En leur parlant en ces termes, 
il voulait surtout les arracher à leur tor- 
peur. Il vint donc ensuite chez Juste, dont la 
maison touchait à la synagogue. Il restait près 
de ce lieu de réunion des Juifs, afin que ce voi- 
sinage pût seconder leur zèle. « Crispus , chef 
de la synagogue, crut au Seigneur avec toute 
sa famille. » Il n'en fallut pas .davantage pour 
leur ouvrir les yeux, a Or, le Seigneur dit à 
Paul, dans une vision pendant la nuit : Ne 
crains pas, mais parle et ne gardé pas le silence ; 
car je suis avec toi , et personne ne pourra te 
faire de mal, parce que j'ai un peuple nom- 
breux dans cette ville. » Que de raisons Dieu 
emploie pour allumer la persuasion dans son 
cœur, et comme il met bien en dernier lieu la 
raison la plus capable de faire sur lui une forte 
impression ! « Car j'ai un peuple nombreux , 
dit-il, dans cette ville. » 

On demandera quel fut le résultat des persé- 
cutions des Juifs. Ils ne réussirent qu'à mener 
Paul devant le proconsul. « Il demeure donc à 
Corinthe un an et six mois, enseignant chez eux 
la parole de Dieu. Gallion , étant proconsul d'A- 
chaïe, les Juifs, d'un commun accord, s'élevèrent 
contre Paul et l'amenèrent à son tribunal en 
disant : Celui-ci persuade aux hommes d'hono- 
rer Dieu contre la loi. » A tout propos vous les 
voyez intenter à l'Apôtre des accusations devant 
les pouvoirs publics. Mais ils eurent beau sou- 
tenir que Paul enseignait aux hommes à hono- 
rer Dieu contre la loi, le proconsul n'y fit au- 
cune attention ; il prit plutôt la défense de l'ac- 
cusé. Ecoutez sa réponse: « S'il s'agissait, ô 
Juifs, de quelque crime ou de quelque injustice 



touchant à l'ordre public, je vous écouterais vo- 
lontiers. » Il y avait dans ce magistrat un vif 
sentiment de la justice ; et sa réponse ne permet 
pas d'en douter. « Paul étant au moment d'ou- 
vrir la bouche, Gallion dit aux Juifs : S'il s'a- 
gissait de quelque crime ou de quelque injustice 
touchant à l'ordre public, volontiers, ô Juifs, je 
vous écouterais ; mais, comme il n'est question 
que de mots, de noms et de votre loi, à vous 
d'aviser, je ne tiens pas à me prononcer en sem- 
blables matières. Et il les renvoya de son tri- 
bunal. Et tous prenant Sosthène, chef de la 
synagogue, ils le frappaient devant le tribunal, 
sans que Gallion s'en mît en peine. » Nouvelle 
preuve de la modération du proconsul ; il n'es- 
tima pas injure à lui personnelle cette conduite 
si audacieuse des Juifs envers l'un des leurs. 

2. Mais revenons sur ce qui précède. « Lors- Folie des 
qu'ils entendirent parler de la résurrection des e * inondant 
morts, les uns se prirent à rire, les autres di- P arler de la 

_ . résurrection. 

saient : Nous vous entendrons sur ce sujet un 
autre jour. • Ainsi, tandis que les doctrines les 
plus élevées retentissaient à leurs oreilles, ils 
n'y prêtaient aucune attention, et ils se mo- 
quaient; ils se riaient de la résurrection, 
« l'homme animal ne saisissant pas les choses 
qui viennent de l'Esprit. » I Cor., n, 14. « C'est 
ainsi que Paul sortit d'au milieu d'eux. » a C'est 
ainsi; » de quelle manière? Après avoir obtenu 
l'adhésion des uns, les sarcasmes des autres. 
<c S'éloignant d'Athènes, il vint à Corinthe. Et, 
trouvant dans cette ville un Juif nommé Aqui- 
las, originaire du Pont, venu depuis peu d'I- 
talie avec sa femme Priscille , il demeura chez 
eux et il y travaillait. » Notez comment la loi 
est peu à peu mise de côté. Cet Aquilas, tout 
Juif qu'il est, coupe plus tard, à Cenchrée, ses 
cheveux, et part avec Paul pour la Syrie. Ori- 
ginaire du Pont, il n'avait point hâte de se ren- 
dre à Jérusalem ou dans les environs, et il en 
demeurait éloigné. C'est chez lui que Paul ac- 
cepte l'hospitalité, et il n'en rougit pas ; on di- 
rait qu'il y a trouvé l'hospitalité qui lui con- 
vient et une habitation qui lui plaît infiniment 
plus que ne lui plairait un palais. Que ce lan- 
gage, mon bien-aimé, n'appelle pas le sourire 
sur vos lèvres. A l'athlète la palestre convient 



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124 HOMÉLIES SUR LES 

mieux que ne lui conviendrait une couche moel- 
leuse ; pour le guerrier, un glaive de fer est pré- 
férable à un glaive d'or. «Et il travaillait, » tout 
en prêchant. Rougissons, nous qui, sans exercer 
le ministère de la parole évangélique, vivons 
néanmoins dans l'oisiveté, a Et il discutait dans 
la synagogue tous les jours de sabbat, et il per- 
suadait les Juifs et les Gentils. Les Juifs contre- 
disant et blasphémant, » il se retira : dans 
l'espoir de les faire rentrer en eux-mêmes. 
Voilà pourquoi, quittant son habitation pre- 
mière, il vint habiter près de la synagogue ; évi- 
demment aucun danger ne le menaçait en sa pre- 
mière demeure. « Leur témoignant. » Il ne s'agit 
plus d'enseignement, mais de témoignage. « Les 
Juifs contredisant et blasphémant, il secoua ses 
vêtements et leur dit : Que votre sang soit sur 
votre tète. » Il s'efforce de les effrayer autant 
par ses actes que par ses paroles; il s'exprime 
avec d'autant plus de vivacité qu'il en avait déjà 
converti un grand nombre. « J'en suis innocent]; 
dès ce moment je vais aux gentils. » Nous sommes 
donc coupables du sang des fidèles qui nous 
sont confiés, lorsque nous leâ traitons avec né- 
gligence. Conséquemment, ce que l'Apôtre écri- 
vait ailleurs : « Que Ton ne prétende plus me 
prendre en défaut, » Galat., vi, 17 , il l'écrivait 
pour effrayer les Galates ; car le châtiment dont 
ils étaient menacés les terrifiait moins que ce 
langage ne les piquait. « Et s'en allant , il 
vint dans la maison de Juste. » Il change de 
demeure, comme pour leur faire croire qu'il est 
au moment de passer chez les gentils. « Or, 
Crispus, le chef de la synagogue, crut au Sei- 
gneur avec toute sa famille. » Voilà donc la 
conversion d'une famille entière. Aussitôt, un 
grand nombre embrassèrent la foi et furent 
baptisés. Ce Crispus, chef de la synagogue, est 
celui dont l'Apôtre parlait en son Epître : a Je 
n'en ai pas baptisé d'autre, hormis Crispus et 
Gaïus. » I Cor., i, 14. Je croirais volontiers 
qu'il portait aussi le nom de Sosthène , disciple 
si dévoué, si fidèle à Paul, qu'il ne le quitta 
point et qu'il fut maltraité pour lui. 

a Or, le Seigneur dit à Paul dans une vision 
pendant la nuit : Ne crains rien et parle hardi- 
ment. » C'est pour cela qu'il séjourna long- 



CTES DES APOTRES. 

temps en ce lieu : si la foule des fidèles lui en 
inspira la pensée, la faveur avec laquelle le 
Christ le traitait exerça sur lui une plus pro- 
fonde influence. Du reste, le danger était beau- 
coup plus sérieux depuis que le chef de la syna- 
gogue et un nombre considérable d'habitants 
avaient écouté la parole évangélique. « Ne 
crains pas, » lui dit le Sauveur. Rien n'était 
plus propre à ranimer son courage que ce re- 
proche fait à sa timidité; si l'on aime mieux 
n'y pas voir un reproche de cette nature, du 
moins était-il ainsi prémuni contre un sem- 
blable péril. Le Seigneur ne laissait pas ses dis- 
ciples constamment en face des épreuves, de 
crainte que le découragement ne s'emparât de 
leur âme. Quant à Paul, ce qui l'affligeait au 
delà de toute mesure, c'était la contradiction 
opiniâtre et l'incrédulité : les persécutions les 
plus cruelles lui eussent causé moins de peine. 
« Ne garde pas le silence ; car un peuple nom- 
breux m'appartient dans cette cité. » Sans doute, 
tel est le motif de cette apparition du Christ. 
« Mais Gallion étant proconsul en Achaïe, les 
Juifs s'élevèrent contre Paul d'un commun ac- 
cord. » Ainsi, au bout d'un an et six mois, 
ils se soulèvent, eux qui n'avaient pas le droit 
de se servir de leurs propres lois. Ce qui 
faisait sur les Corinthiens la plus forte impres- 
sion, c'était la persuasion où ils étaient que leur 
gouverneur ne s'occuperait guère de pareilles 
affaires. Autre chose était de triompher à la 
suite d'une accusation intentée , autre chose de 
savoir que le juge n'attachait à cette accusation 
aucune importance. 

Considérez la prudence avec laquelle en agit 
Gallion. Au lieu de répondre sur-le-champ : Peu 
m'importent vos réclamations, il s'exprime en 
ces termes : m S'il était question, ô Juifs, de 
quelque crime ou de quelque injustice, je vous 
écouterais avec patience ; mais, s'il n'est ques- 
tion que de doctrines, de mots et de votre loi, 
examinez vous-mêmes; moi, je ne veux pas me 
prononcer en de telles matières. Et il les ren- 
voya de son tribunal. » Magnifique victoire que 
celle-là! « Se saisissant de Sosthène, chef de 
la synagogue, ils le frappaient devant le tribu- 
nal, sans que Gallion s'en mit en peine. » Quelle 



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HOMÉLIE XXXIX. 



125 



confùsion pour eux ! « Et Gallion ne s'en met- 
tait pas en peine , » quoique l'insulte retombât 
sur lui. S'imaginant en avoir reçu le droit, les 
Juifs frappent Sosthène , et se vengent sur lui 
de l'affront qui vient de les couvrir de honte. 
Pourquoi la victime ne les frappa-t-elle pas à 
son tour? N'en avait-elle pas le droit aussi bien 
qu'eux? C'est que les fidèles avaient appris la 
sagesse du Christ. Le chef de la synagogue ne 
répondit pas aux mauvais traitements par de 
mauvais traitements, afin que le juge reconnût 
de quel côté se trouvait la modération. Cette 
scène ne fut pas sans avantages pour ceux qui 
en étaient les témoins : la mansuétude des uns, 
la rage des autres montrèrent que l'autorité du 
magistrat ne serait pas intervenue hors de pro- 
pos. Mais ce fut un désordre complet. Gallion 
ne dit pas : Il ne faut pas que je m'occupe 
de telles affaires, pour que les Juifs ne re- 
doublent pas leurs mauvais traitements ; mais 
bien : <c Je ne veux pas ; je ne veux pas me pro- 
noncer en de telles matières; » tant il craignait 
de se compromettre. Pilate aussi disait aux Juifs 
touchant le Christ : « Prenez-le, et jugez-le sui- 
vant votre loi. » Joan., xvm, 31. C'était donc 
d'après leur loi que les Juifs, au sentiment du 
proconsul , auraient dû juger ; mais la rage et la 
fureur avaient produit en eux une sorte d'ivresse. 
Paul était sorti d'Athènes, « parce qu'un peuple 
nombreux était » dans Corinthe converti au 
Seigneur. On maltraitait le serviteur de Dieu, 
et il n'ouvrait pas la bouche pour se plaindre. 

3. Suivons cet exemple : à nos persécuteurs 
opposons la douceur, la patience, le silence. Les 
blessures qui atteignent l'àme sont de beaucoup 
les plus cruelles, les coups dont elle est frappée 
sont les plus accablants; car il est beaucoup 
moins douloureux d'être atteint en son corps 
que d'être atteint en son cœur. Si nous frap- 
pons nos frères par affection, ils en seront heu- 
reux; si vous les frappez avec des vues inju- 
rieuses, vous les atteignez au cœur et vous les 
blessez au vif; c'est le cœur alors, je le répète, 
que vous avez meurtri. Que la douceur pénètre 
plus profondément que la fureur, nous allons 
essayer de le démontrer. 11 est une démonstra- 
tion d'une irrécusable autorité, celle des œuvres 



et de l'expérience ; n'importe, nous y joindrons, 
quoique nous l'ayons fait bien des fois, la dé- 
monstration du raisonnement. Dans une in- 
sulte, ce qui nous pique le plus c'est le juge- 
ment porté par les assistants : autre chose est 
d'être publiquement insulté, autre chose de 
l'être en particulier. Il nous en coûte peu de 
supporter les insultes qui sont proférées contre 
nous dans le silence de la solitude, sans témoin 
aucun, à l'insu de qui que ce soit. Ce n'est pas 
tant l'insulte elle-même qui froisse ; c'est plutôt 
la publicité de l'insulte : qu'un homme nous té- 
moigne en public des égards , quand même il 
nous insulterait en particulier, nous lui saurons 
très-bon gré de ces égards. Conséquemment, 
ce qui nous blesse au vif ce n'est pas l'insulte 
elle-même, c'est l'impression qu'elle produit sur 
les spectateurs, et la crainte de notre part que 
nous ne devenions pour eux un sujet de mépris. 
Et, lorsque les spectateurs nous sont favorables, 
l'insulte ne retombe-t-elle pas alors sur la tête 
de celui qui la profère, puisque le jugement des 
témoins se prononce contre ce dernier? Au de- 
meurant, à qui, je vous le demande, s'adresse 
le mépris des assistants? à la personne qui in- 
sulte, ou bien à la personne insultée? A la per- 
sonne insultée, s'il faut en croire la passion. Mais, 
comme nous sommes en ce moment exempts de 
passion, examinons froidement la vérité, pour 
n'être pas plus tard aveuglés. 

Quelle est donc, en ce cas, la personne que celai qui 
tous nous blâmons d'un commun accord? A înBUlte M * 

plus mépri- 

coup sûr, la personne qui insulte : cette per- q«e la 
sonne est-elle d'une condition inférieure , nous ^t!ïtéa. m 
ajoutons qu'elle a perdu tout sens ; est-elle de 
condition égale, nous disons qu'elle s'oublie; 
est-elle de condition plus élevée, ce n'est même 
pas alors à nos yeux une excuse. Qui méritera 
votre approbation, l'homme qui s'agite, s'é- 
meut , s'emporte , oublie tous les sentiments de 
la nature humaine, ou bien l'homme qui ne sort 
pas du calme et de la paix d'une philosophie 
sans nuages? Si le premier n'est même pas un 
homme, le dernier est plutôt un ange. L'un est 
impuissant à porter ses propres maux; l'autre 
porte en outre les maux d'autrui. L'un n'a pas 
pu se supporter lui-même ; l'autre a pu suppor- 



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126 HOMÉLIES SUR LES A 

ter son semblable. L'un est victime d'un com- 
plet naufrage, l'autre vogue à pleines voiles sans 
avoir à redouter les vents contraires : il n'a pas 
laissé la tempête fondre sur son vaisseau et faire 
sombrer son âme ; profitant de la brise bienfai- 
sante de la mansuétude, il a dirigé sa course 
vers le port d'une philosophie à l'abri des orages. 
De même que, sur un vaisseau battu par la tour- 
mente, les matelots ne savent ce qu'ils doivent 
jeter à la mer de ce qui leur appartient ou des 
marchandises qui leur ont été confiées; alors 
tout est indistinctement sacrifié, les choses de 
prix et les choses qui n'en sont pas; puis, la 
tempête apaisée, au souvenir des sacrifices qu'ils 
ont dù faire, ils versent des larmes, et ce souve- 
nir ne leur permet pas de goûter pleinement la 
sérénité qui leur est rendue; de même, tant que 
régne l'orage de la colère, on sacrifie tout sans 
se rendre compte de ce que Ton fait; mais, le 
calme rétabli, alors on comprend la perte que 
l'on a faite, on se rend compte du dommage 
éprouvé, et l'on n'a plus de repos au souvenir 
du langage par lequel on s'est couvert de honte, 
et des pertes irréparables qu'a subies, sinon 
notre fortune, du moins notre renommée de 
modération et de douceur. Vraiment, ce sont 
des ténèbres que la colère et la fureur. « L'in- 
sensé a dit dans son cœur : 11 n'y a point de 
Dieu; » Psalm. xui, 1; ce que dit le Psalmiste 
de l'insensé s'appliquerait aussi bien à l'homme 
que la fureur possède. Le furieux a dit, lui 
aussi : Il n'y a point de Dieu ; car « la grandeur 
de sa colère ne lui permettra pas la réflexion. » 
Psalm. x , 4. Lorsque le sentiment de la piété a 
pénétré dans une àme , il la domine , il la com- 
mande tout entière. Si vous croyez souffrir 
moins que la personne injuriée, essayez de pro- 
férer quelque injure; alors même qu'aucune 
voix accusatrice ne s'élèveraitcontre vous, la voix 
de la conscience, à la barre de laquelle il vous 
faudrait comparaître, vous poursuivrait partout 
incessante et implacable. N'est-il pas vrai que , 
si l'on vous dit que la personne injuriée n'a 
proféré aucune parole amère, vous en êtes plus 
péniblement affecté? Gomment se fait-il, je 
vous le demande, que vous vous soyez abaissé 
à couvrir d'injures un homme d'une douceur et 



7TES DES APOTRES. 

d'une mansuétude aussi remarquables? Ce lan- 
gage nous le tenons souvent; mais nous ne 
voyons pas qu'on songe à le mettre en pra- 
tique. Quoi! vous, un homme, vous outragez 
un autre homme; vous, un serviteur, vous in- 
juriez un de vos pareils! Mais pourquoi m'é- 
tonner, quand je vois Dieu lui-même insulté 
chaque jour? 

4. Que ce soit là pour vous, que l'injure pour- 
suit, une suprême consolation. On vous insulte, 
Dieu aussi est insulté; on vous outrage, Dieu 
aussi est outragé; on vous conspue, Dieu aussi 
est conspué. Pour souffrir le mal il veut bien 
être avec nous; mais il n'y est pas quand il 
s'agit de le faire. Jamais il n'a commis d'ou- 
trage envers qui que ce soit; jamais il n'a com- 
mis d'insulte ni d'injustice. C'est donc nous qui 
nous rapprochons de lui , non vous. Supporter 
les injures, c'est la part de Dieu; injurier contre 
toute raison, c'est le rôle du démon. Remarquez 
bien ces deux parts. On a dit au Christ : « Vous 
êtes possédé du démon; » Joan. y vu, 20; un 
serviteur du grand prêtre alla même jusqu'à le 
souffleter. Voilà donc quelle est la société choi- 
sie par les hommes familiarisée avec l'injure ; 
elle est bien digne d'eux. Si, pour un seul mot, 
Pierre fut qualifié de Satan, que ne mériteraient 
pas ces derniers? Ne seront-ils pas traités de 
Juifs, eux qui agissent à la façon des Juifs, 
comme les Juifs furent traités de fils du diable 
parce qu'ils en avaient fait les actions? Qui ètes- 
vous donc, vous qui proférez des injures? 11 est 
vrai que vous en proférez précisément parce 
que vous n'êtes rien ; car aucun homme digne 
de ce nom ne s'abaisse jusque-là. Dans les com- 
bats singuliers, on se demande : Qui êtes- vous? 
Il faudrait suivre un ordre inverse et dire : In- 
juriez tant que vous voudrez, car vous n'êtes 
rien. Ce n'est pas ainsi que l'on s'exprime parmi 
nous, et si nous demandions : Qui êtes- vous, 
vous qui nous injuriez? il nous serait répondu : 
Quelqu'un qui vaut mieux que vous. C'est le 
contraire, je le répète, qu'il faudrait répondre; 
mais la question étant mal posée, la réponse est 
mal faite ; en sorte qu'à nous en revient la faute. 
Comme si les personnes qui nous injurient 
étaient considérables, nous nous écrions : Qui 



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HOMÉLIE XL 

ètes-vous donc, vous qui vous permettez de par- 
ler ainsi? Aussi nous répondent-elles, comme 
nous venons de le dire. Voici comment nous de- 
vrions leur parler : Vous nous insultez I insultez 
tant que vous voudrez, vous n'êtes rien. Pour 
ceux qui ne tombent pas dans cette faiblesse, 
ce serait le cas de leur dire : Qui êtes-vous donc, 
vous qui ne proférez pas l'injure? vous vous 
êtes élevés de beaucoup au-dessus de la nature 
humaine. La véritable noblesse , la véritable li- 
berté, c'est de ne se permettre aucune parole 
basse, eùt-on des motifs de la proférer. Com- 
bien de scélérats ne mériteraient pas d'être mis 
à mort? Cependant le juge ne le fait point par 
lui-même, il a recours à un interrogatoire préa- 
lable ; et cet interrogatoire , il le fait encore , 
non par lui-même , mais par autrui. Si un ma- 
gistrat ne daigne pas interroger lui-même un 
criminel, et s'il ne lui parle que par intermé- 
diaire, à plus forte raison ne devrions-nous pas 
injurier nos pareils : à les injurier, nous gagne- 
rons certainement beaucoup moins qu'à com- 
prendre que ces injures retombent sur nous- 
mêmes. 

Voilà une des raisons pour lesquelles nous ne 
devons pas injurier les méchants. Quant aux 
bons, une autre raison nous % en doit détourner, 
à savoir qu'ils ne le méritent pas; enfin, en 
troisième lieu, nous devons nous tenir en garde 
à ce sujet , parce que injurier c'est toujours un 
mal. Voyez que de maux en sont la consé- 
quence : non-seulement la personne injuriée 
souffre de l'injure, mais de plus la personne qui 
injurie et les personnes présentes en souffrent 
également. Laisserons-nous pleine liberté aux 
bêtes féroces et ne nous occuperons-nous plus 
de rien? C'est une perspective qui nous serait 
offerte. Les gens qui font leurs délices de l'ini- 
quité étant des hommes, il reste à se réconcilier 
avec ces monstres d'une nouvelle espèce : lorsque 
les maîtres se querellent dans une maison, c'est 
aux serviteurs à les réconcilier; la nature le 
veut ainsi, bien que cela ne se fasse pas tou- 
jours. Ainsi doit-il en être dans le cas dont nous 
nous occupons. Vous insultez votre prochain? 
je ne m'en étonne pas ; car vous n'êtes pas un 
homme. L'on a pris l'injure pour quelque chose 



127 

de noble, on a cru qu'elle convenait admirable- 
ment aux grands; c'est plutôt aux esclaves 
qu'elle convient, de même que la hardiesse du 
langage convient aux hommes libres. Si faire 
le mal est l'apanage ordinaire des premiers, 
souffrir le mal doit être l'apanage des seconds. 
L'injure ressemble assez à la servante qui au- 
rait dérobé le bien de son maître ; on pourrait 
la comparer encore au voleur qui , une fois en- 
tré , cherche d'un regard scrutateur ce qu'il lui 
serait facile d'enlever, examine tout afin d'as- 
souvir sa soif du bien d'autrui. Recourons, si 
vous le voulez, à une comparaison différente. 
Supposez qu'un voleur dérobe des vases d'igno- 
minie et les expose ensuite en public; ce voleur 
se déshonore plus lui-même en dérobant et en 
exposant ces vases qu'ils ne l'ont déshonoré. 
C'est ainsi que les propos injurieux tenus en 
présence d'un grand nombre de personnes dé- 
shonorent moins le prochain que l'homme assez 
faible pour les proférer et souiller ainsi son 
cœur et sa langue. Quand nous combattons les 
méchants, il en est de nous comme de celui qui, 
plongé dans la boue , serait obligé pour se dé- 
fendre de se salir lui-même et de couvrir ses 
mains de fange. Que ces considérations nous Exhortation 
éloignent donc, je vous en prie, de cette habi- morale - 
tude funeste, que notre langue reste pure de 
toute injure, afin de passer la vie présente dans 
la pratique du bien et d'obtenir les trésors pro- 
mis à ceux qui aiment Dieu , par la grâce et la 
charité de Jésus-Christ Notre-Seigneur, à qui 
gloire, puissance, honneur, en même temps 
qu'au Père et au Saint-Esprit, maintenant et 
toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi 
soit-il. 



HOMÉLIE XL. 

« Paul, étant encore demeuré eu cette ville plusieurs jours, 
dit adieu aux frères , et fit voile vers la Syrie avec 
Priscille et Aquilas , mais auparavant il fit couper ses 
cheveux à Cencbrée, à cause d'un vœu qu'il avait fait. » 

1. Remarquez cette observation de la loi; re- 
marquez ces liens que leur imposait leur con- 
science. C'était une observance judaïque que de 
raser sa tête à la suite d'un vœu. De plus, il au- 



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128 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



Pourquoi 
saint Paul 
s'arrête à An 
tioche. 



rait fallu offrir un sacrifice, ce que l'on n'avait 
pas fait après les mauvais traitements infligés à 
Sosthène. Paul devait s'éloigner, et il s'éloigne 
en toute hâte. On le prie de demeurer à Ephèse, 
et il refuse. Pourquoi s'arrète-t-il à Antioche ? 
a Etant monté, dit l'historien, après avoir salué 
l'Eglise, il descendit à Antioche. » Il avait pour 
cette cité une profonde affection. C'était là que 
les disciples avaient reçu le nom de chrétiens; 
c'était là qu'il avait été livré à la grâce de Dieu, 
là qu'il avait mis le sceau à la doctrine. Il fit 
donc voile pour la Syrie, et il laissa dans Ephèse 
ses compagnons qui devaient y prêcher : ayant 
passé un long temps avec lui, ils avaient beau- 
coup appris, bien qu'ils n'eussent pas encore 
brisé tous les liens qui les rattachaient au ju- 
daïsme. La femme suit ici l'exemple du mari ; 
comme lui, elle enseigne. Si donc l'Apôtre ne 
vint point en Asie, ce fut, j'imagine, parce que 
de plus pressantes raisons l'appelaient ailleurs. 
Il ne céda pas aux instances qui furent faites 
pour le décider à demeurer; il avait hâte de 
partir. En partant, toutefois, il leur laissa la 
promesse de retourner parmi eux. Comment, 
le voici : « Et il vint à Ephèse, et il les y 
laissa. Etant entré dans la synagogue, il y dis- 
cuta contre les Juifs. Ceux-ci le prièrent de de- 
meurer plus longtemps parmi eux; mais il n'y 
consentit point. Il leur fit ses adieux et leur dit : 
Il faut absolument que j'aille célébrer la fête 
prochaine dans Jérusalem; cependant, si Dieu 
le permet, je reviendrai vous voir. Et il partit 
d'Ephèse. Arrivée à Césarée, il monta et salua 
l'Eglise; puis il descendit à Antioche. Après y 
avoir séjourné quelque temps, il partit et par- 
courut de ville en ville la Galilée et la Phrygie, 
fortifiant tous les disciples. » Il vient revoir les 
lieux qu'il avait déjà visités. 

« Or, un Juif, nommé Apollo, originaire d'A- 
lexandrie,- homme éloquent et savant dans les 
Ecritures, vint à Ephèse. » Voilà donc les sa- 
vants qui, eux-mêmes, prêchent la doctrine du 
Sauveur, voilà les disciples eux-mêmes qui vont 
la porter de ville en ville. Voyez-vous ce déve- 
loppement de l'Evangile? « Cet homme était 
instruit dans la voie du Seigneur, et il parlait 
avec un zèle ardent, et il enseignait avec soin 



ce qui regardait Jésus , ne connaissant encore 
que le baptême de Jean. Il se mit donc à parler 
librement dans la synagogue. Quand Priscille 
et Aquilas l'eurent entendu, ils le prirent et 
l'instruisirent plus complètement dans la voie 
du Seigneur. » Si cet Apollo ne connaissait que 
le baptême de Jean, d'où vient cette ardeur dont 
l'Esprit le remplissait ? l'Esprit saint ne lui 
avait pas encore été donné. Si le baptême 
du Christ fut nécessaire à ceux qui vinrent 
après lui, ce même baptême lui était nécessaire 
à lui-même. Que répondre? car ce n'est pas 
sans raison que l'historien sacré s'est exprimé 
en ces termes. A mon avis, Apollo serait l'un 
des cent vingt qui furent baptisés avec les 
apôtres : s'il n'était l'un d'entre eux, il au- 
rait alors été traité avec la même faveur que le 
centurion Corneille. — Pourtant, il ne reçut pas 
le baptême avant que la doctrine du Sauveur lui 
eût été plus complètement exposée. — Je croi- 
rais volontiers à l'exactitude de cette assertion, 
qu'il devait avoir été baptisé : les apôtres n'a- 
vaient pas non plus une connaissance exacte de 
la doctrine évangélique ni de ce qui concernait 
Jésus. Selon toute vraisemblance, il avait donc 
reçu déjà le baptême. Les disciples de Jean, malgré 
le baptême qu'ils avaient reçu de leur maître, 
n'en recevaient pas moins celui du Sauveur; 
il est à croire que les autres disciples agissaient 
de même. « Comme il voulait aller en Achaïe, 
les frères qui l'y avaient engagé écrivirent aux 
disciples de le recevoir. Et, lorsqu'il fut arrivé, 
il servit beaucoup les fidèles qui avaient cru par 
la grâce; car il confondait publiquement les 
Juifs, et leur montrait avec force, par les Ecri- 
tures, que Jésus était le Christ. » 

« Il arriva, pendant qu' Apollo était à Corin- 
the, que Paul, après avoir parcouru les hautes 
provinces, vint à Ephèse où il trouva quelques 
disciples; et il leur dit : Avez-vous reçu le Saint- 
Esprit depuis que vous croyez? Ils lui répondi- 
rent : Nous n'avons même pas appris qu'il y ait 
un Saint-Esprit. Et il leur dit : Quel baptême 
avez-vous reçu ? Ils dirent : Le baptême de Jean. 
Et Paul dit : Jean a baptisé le peuple du bap- 
tême de la pénitence, lui prescrivant de croire 
en celui qui viendrait après lui, c'est à savoir, 



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HOMÉLTE XL. 



429 



en Jésus-Christ. Après ces paroles, ils furent voile pour la Syrie avec Priscille et Aquilas ; » 
baptisés au nom du Seigneur Jésus. Et Paul mais arrivé à Ephèse, il les y laissa ; soit parce 
leur ayant imposé les mains, le Saint-Esprit qu'il ne voulait pas les emmener dans toutes 
descendit sur eux, et ils parlaient diverses lan- ses courses, soit plutôt pour qu'ils enseignassent 
gues, et ils prophétisaient. Et ils étaient environ dans Ephèse la doctrine du Sauveur. Plus 
au nombre de douze. » Ils étaient bien différents tard, ils retournèrent habiter à Gorinthe. Paul 
d'Apollo, ces disciples qui ne connaissaient leur rendit un splendide témoignage, et il les 
même pas l'existence de l'Esprit saint. Donc, salua dans son Epître aux Romains : d'où j'in- 
les fidèles qui lui ont exposé complètement férerais qu'ils revinrent à Rome, attirés par leur 
la voie du Seigneur, conseillent à Apollo son affection pour ces lieux d'où Néron les avait 
voyage et lui remettent des lettres de recom- chassés. «Et, venant à Césarée, après être monté 
mandation. Il désirait lui-même vivement aller et avoir salué l'Eglise , il descendit à Antioche, 
en Achaïe ; mais avant que les frères l'y eussent y passa quelque temps, puis partit et parcourut 
encouragé, avant qu'ils lui eussent donné leurs de ville en ville la Galatie et la Phrygie. » Sans 
lettres, il ne bougea pas. « Et lorsqu'il fut ar- doute, les fidèles formaient des assemblées en 
rivé, il servit beaucoup aux fidèles; car il con- ces contrées, et on ne les persécutait pas dès 
fondait avec force les Juifs publiquement, leur leur conversion. Quant à Paul, il ranime leur 
montrant par les Ecritures que Jésus était le zèle, pour les confirmer dans la foi ; il parcourt 
Christ. » Preuve de la connaissance approfondie ces contrées une seconde fois. « Or, un Juif 
qu'avait Apollo de l'Ecriture : il confondait les nommé Apollo, savant dans les Ecritures, vint 
Juifs avec une irrésistible autorité ; de la sorte, à Ephèse. » C'était un homme zélé; c'est pour- 
les fidèles étaient plus fermement décidés à sou- quoi il voyageait de côté et d'autre. « Etant 
tenir la foi. « Or, il arriva, pendant qu' Apollo venu en Achaïe, il confondait avec force les Juifs 
était à Gorinthe, que Paul, après avoir parcouru en public. » C'est lui que Paul avait en vue 
les hautes provinces, vint à Ephèse. » Il s'agit quand il écrivait : a Touchant Apollo notre 
des provinces voisines de Césarée et au delà, frère. » I Cor., xvi, 12. Les discussions publi- 
ai Et, y trouvant quelques disciples, il leur dit : ques, ouvertes par lui contre les Juifs, prou- 
Avez-vous reçu le Saint-Esprit, en qui vous vaient la hardiesse de sa parole ; son éloquence, 
croyez ? » Qu'ils ne crussent pas au Christ en- sa connaissance des saintes Ecritures étaient 
core, cela résulte de ce qui est dit peu après : prouvées par les résultats qu'il obtenait. La har- 
« Prescrivant de croire en celui qui devait ve- diesse du langage est peu de chose sans l'élo- 
nir. » L'Apôtre ne dit pas : Le baptême de Jean quence ; de même que l'éloquence sans la har- 
n'est rien ; mais : Il est incomplet. Il ne ledit pas diesse du langage. Ce ne fut donc pas sans mo- 
sans raison ; c'est pour leur inspirer la résolu- tif que Paul laissa dans Ephèse Aquilas : peut- 
tion de recevoir le baptême au nom de Jésus, être l'Esprit de Dieu le permit-il, en vue d'A- 
ils y consentirent, et ils reçurent l'Esprit saint polio pour lui donner les moyens d'exercer une 
par l'imposition des mains de l'Apôtre, a Paul action plus puissante à Corinthe. Pourquoi ne 
leur ayant imposé les mains, le Saint-Esprit des- fait-on rien au compagnon de Paul et s'élève-t-on 
cendit sur eux. » Conséquemment, l'Esprit divin contre l'Apôtre? C'est que l'on savait son im- 
descendait sur les fidèles auxquels Paul impo- portance, et que son nom était déjà célèbre, 
sait les mains. Quoiqu'ils reçussént l'Esprit « Aquilas et Priscille, prenant Apollo, lui expo- 
saint, il est à croire qu'il ne descendit pas visi- sèrent'plus exactement les voies de Dieu. » La 
blement, et qu'il manifesta sa présence unique- foi, non la jalousie , non la haine, inspire tous 
ment par son action et par le don des langues leurs actes. Aquilas donc enseigne; que dis-je? 
qui leur fut conféré. lui-même est enseigné. Dans le peu de temps 
2. Revenons sur la partie du texte sacré dont qu'ils demeurèrent avec lui, ils apprirent si 
il vous a été fait lecture, a Paul, y est-il dit, fit bien qu'ils purent ensuite instruire les autres. 



TOM. VULI. 



9 




130 HOMÉLIES SUR LES 

a Gomme il se proposait de passer en Achaïe, » 
on écrivit aux disciples de le bien accueillir. 
L'historien marque nettement le but de ces let- 
tres : « Pour qu'ils le reçussent , » dit-il. D'tfù 
savons-nous que ces Ephésiens avaient reçu le 
baptême de Jean? — Par leur réponse à la 
question qui leur est faite : « Quel baptême 
avez-vous reçu ? » leur demande-t-on , ils ré- 
Lebaptème pondent : « Le baptême de Jean. » Peut-être 

de Notre- Sei- r r 

gneuri em- s'étaient-ils transportés jusqu'à Jérusalem et y 
beauco^sur avaient-ils été baptisés ; mais, quoique baptisés, 
le baptême de ^ ne connaissaient pas Jésus. L'Apôtre ne leur 

saint Jean. r r 

dit pas: Croyez-vôus en Jésus? mais bien : 
« Avez-vous reçu le Saint-Esprit? » Il savait 
qu'ils ne l'avaient pas reçu. S'il le leur demande, 
c'est afin, que, sachant bien ce qui leur man- 
quait, ils sollicitent la faveur de le recevoir. 

« Et Paul leur ayant imposé les mains, le 
Saint-Esprit descendit sur eux et ils parlèrent 
diverses langues, et ils prophétisèrent. » Dès 
qu'ils ont reçu le baptême, ils prophétisent. Il 
n'en était pas ainsi du baptême de Jean, qui 
était encore bien imparfait; seulement il les 
avait préparés à recevoir plus tard de plus 
grandes grâces. Et vraiment, ce que Jean ré- 
clamait, quand il donnait son baptême, c'était 
que Ton crût en celui qui devait venir après 
lui. Un enseignement en résulte, c'est que le 
baptême purifiait complètement de leurs péchés 
ceux qui le recevaient. Si les fidèles n'en avaient 
pas été purifiés, ils n'auraient pas reçu le Saint- 
Esprit, ils n'auraient pas été favorisés à l'ins- 
tant même de ses dons. Et remarquez, je vous 
prie, qu'un double don leur est conféré, le don 
des langues et le don de prophétie. Jean avait 
donc bien raison d'appeler son baptême le bap- 
tême de la pénitence, non le baptême du par- 
don ; tout en élevant les sentiments de ses dis- 
ciples, il leur enseignait que son baptême était 
dépourvu de toute vertu rémissive, et que la 
rémission des péchés devait être l'effet du bap- 
tême qui leur serait plus tard conféré. Comment 
se faisait-il que les fidèles auxquels le Saint- 
Esprit avaitiétédonné n'enseignassent pas, quand 
Apollo, qui ne l'avait pas encore reçu, ensei- 
gnait ? C'est qu'ils n'avaient ni son zèle, ni sa 
science; Apollo était à la fois savant et zélé. Je 



ACTES DES APOTRES. 

n'hésite pas à croire qu'il y avait dans cet homme 
une grande hardiesse de langage. Cependant, 
quoiqu'il prêchât sur le Sauveur une doctrine 
exacte, une doctrine plus complète lui était né- 
cessaire; malgré sa science incomplète, il en 
était de lui comme de Corneille, et sa faveur at- 
tirait sur lui l'Esprit de sainteté. 

Peut-être plusieurs d'entre vous en sont-ils à 
s'écrier en soupirant : Pourquoi n'avons-nous 
pas aujourd'hui le baptême de Jean ? Un grand 
nombre, s'il en était ainsi, négligeraient la pra- 
tique du bien, et il arriverait que l'on s'adonne- 
rait à la vertu en vue de ce baptême et non en 
vue du royaume des cieux. Puis, il y aurait 
beaucoup de faux prophètes, les justes ne brille- 
raient pas de l'éclat qu'ils doivent avoir, et l'on 
n'estimerait pas vraiment bienheureuses les 
âmes qui embrasseraient la foi dans leur sim- 
plicité. Bienheureux « ceux qui n'ont pas va et 
qui néanmoins ont cru; » Joan., xx, 29; bien- 
heureux également ceux qui ont cru sans l'in- 
tervention des miracles. Dites-moi, est-ce que le 
Christ n'adressait pas aux Juifs ces paroles sur 
le ton du reproche ? « Si vous ne voyez pas de 
miracles, vous ne croirez pas? » Joan., iv, 48. 
Nous n'avons conséquemment rien à craindre 
de fâcheux, pourvu que nous veillions sur nous- 
mêmes. Dans le baptême, nous avons le prin- 
cipe de tous les biens; nous y recevons le parïon 
des péchés, la sainteté, la participation à l'Esprit 
de Dieu; l'adoption des enfants, l'éternelle vie. 
Que vous faut-il de plus? des miracles? mais le 
temps en est passé. La foi , l'espérance , la cha- 
rité demeurent; cherchez - les , car elles sont 
plus grandes que les miracles. « Que mettre au- 
dessus de la charité, que comparer à la cha- 
rité? dit l'Apôtre. » I Cor., xm, 13. Aujourd'hui, 
cette vertu court de grands périls , le nom seul 
subsiste ; la chose elle-même, on la cherche vai- 
nement, tant nous sommes profondément di- 
visés entre nous ! 

3. Que faire donc pour rétablir l'union dési- 
rable ? Il est facile de faire des reproches; mais 
ce n'est là que la moitié de la tâche à remplir. 
Il faut de plus montrer comment se rétablit 
l'affection ; il faut s'appliquer à rattacher les 
uns aux autres les membres qui étaient séparés. 



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HOMÉLIE XL 

La question principale n'est pas de savoir si 
l'unité caractérise l'Eglise ou la doctrine : ce 
qu'il y a de déplorable , c'est que , étant unis 
sur les autres points, nous ne le soyons pas sur 
les points indispensables; c'est que, vivant en 
paix avec le reste du monde , nous ne soyons 
en désaccord qu'entre nous. Ne considérez pas 
seulement les luttes qui se produisent chaque 
jour parmi les fidèles, songez surtout que nous 
n'avons pas une sincère et inébranlable charité. 
Nous avons besoin de bandages et de baume. 
N'oublions pas que la charité doit caractériser 
les disciples du Christ, et que tout le reste, sans 
la charité, n'a point de valeur; n'oublions pas 
non plus qu'avec un peu de bonne volonté, cette 
vertu est de la facilité la plus grande. — Nous 
le savons bien, répondrez-vous ; mais le moyen 
de l'exprimer dans sa conduite? comment y 
réussirons-nous? Gomment aurons-nous les uns 
pour les autres cette mutuelle charité ? — Com- 
mençons par écarter les obstacles nuisibles à cette 
vertu ; la faire régner alors sera tout à fait fa- 
cile; que personne ne conserve de ressentiment, 
que personne n'entretienne d'envie, ne se ré- 
jouisse du mal; ce sont autant d'obstacles à la 
charité. S'il y a des obstacles à écarter, il y a 
des circonstances qui en favorisent le dévelop- 
pement. Il est bon d'écarter les uns, mais cela 
ne suffît pas, et il faut de plus favoriser les 
autres. Sirach, parlant de ce qui, loin de déve- 
lopper la charité, la combat et la détruit, ap- 
pelle cela un opprobre, une révélation honteuse, 
un détestable fléau. Cela est vrai des hommes 
auxquels pensait l'écrivain sacré, ces hommes 
étant tout charnels ; pour nous, Dieu nous pré- 
serve de mériter un reproche semblable ! 

Nous ne chercherons donc pas là les motifs à 
vous soumettre pour vous exhorter à la pratique 
de la charité; nous les chercherons ailleurs. 
Sans la charité , tout le reste nous est inutile. 
Que mille biens soient en notre possession, quel 
avantage en retirerons-nous? Sans amis, de 
quoi nous serviront les richesses , de quoi les 
plaisirs? Même, dans l'ordre des biens temporels 
vous ne trouverez pas de bien préférable à l'a- 
mitié, de même que vous ne trouverez pas de 
mol plus fâcheux que la haine. « La charité, 



131 



est-il écrit couvre la multitude des péchés; » 
I Petr. % iv, 8; la haine, au contraire, en est à 
soupçonner toujours ce qui n'existe pas. Ne pas 
avoir de haine n'est pas assez , il faut de plus 
aimer. Songez que le Christ nous en a fait un 
ordre formel, et il ne vous faudra pas d'autre 
raison. Le malheur lui-même est une occasion 
et un principe d'amitié. — Mais, observerez - 
vous, que faire puisque nous ne sommes pas 
dans l'adversité? Gomment deviendrons - nous 
amis ? — N'êtes - vous pas soumis à d'autres 
titres ? Comment donc Tètes - vous? Comment 
entretenez-vous ce sentiment? Du moins, que 
nul d'entre vous n'ait d'ennemi, ce qui n'est 
pas peu de chose; qu'il ne jalouse personne: 
comment accuser celui qui ne connaît pas de 
haine ? Tous nous demeurons sur le même 
globe, nous nous nourrissons des mêmes fruits. 
C'est encore peu ; nous participons aux mêmes 
mystères, à la même nourriture spirituelle. 
Voilà certes autant de droits à l'amitié. — Com- 
ment, demanderez-vous, aimerons -nous avec 
ardeur? — Quel est le principe de l'amour na- 
turel? La beauté corporelle. Travaillons à donner 
à nos âmes la beauté, et nous nous aimerons les 
uns les autres : il ne doit pas suffire d'aimer, il 
nous faudra de plus être aimés. Arrivons donc 
premièrement à être aimés, et le reste deviendra 
facile. — Le moyen d'y arriver? — Parons de 
beauté et de bonté nos âmes, et nous serons 
sûrement et constamment aimés. Attachez-vous 
moins à posséder des richesses, des serviteurs, 
des maisons, qu'à posséder l'affection de vos 
semblables, etqu'à jouir d'unebonne renommée. 
« Un nom honorable est préférable à d'immenses 
richesses. » Prov., xxn, 1. Celui-là demeure, 
celles-ci passent; on peut en arriver à garder 
l'un , on ne saurait garder les autres. L'homme 
dont la réputation est mauvaise la changera 
malaisément; le nom seul du pauvre honoré 
sera pour lui une fortune. Supposez un homme 
possédant dix mille talents, un autre possédant 
cent amis , ce dernier sera plus riche certaine- 
ment que le premier. Ne traitons pas cette ques- 
tion à la légère; cherchons en ce point une sorte 
d'abondance. De quelle manière l'obtiendrons- 
nous? « Une parole douce, une bouche s'ex- 

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432 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



primant avec grâce multiplient nos amis. » 
Eccli., vi, 5. Que notre parole soit donc bien- 
veillante, que nos mœurs soient pures. L'homme 
doué de ces qualités ne saurait rester inconnu. 
Liens qui 4. Yous savez combien de liens établissent 

établissent 

entre îesûdè- entre les infidèles des relations d'affection ; il y 
uont?ao»I a * es ^ ens ^ e l'adoption , les liens du sang, les 
tion.- ijgng d es alliances. Mais les liens qui ont été 
établis chez nous sont encore plus forts ; la table 
qui nous réunit est plus respectable. Nous nous, 
assemblons devant cette table ; et, pour la plu- 
part, nous ne nous connaissons même pas. Vous 
me direz que cela s'explique par notre grand 
nombre. C'est notre indifférence, et non notre 
grand nombre qui l'explique. Les premiers fi- 
dèles étaient trois mille d'abord, puis cinq mille, 
et néanmoins ils n'avaient qu'une seule àme. 
Aujourd'hui, nul d'entre nous ne connaît son 
frère , et nous osons chercher dans notre mul- 
titude une excuse! L'homme qui compte de 
nombreux amis est au-dessus de tous les as- 
sauts , il surpasse en puissance les tyrans. Les 
satellites de ces derniers forment autour d'eux 
une garde moins sûre que les amis autour d'un 
ami. Cet homme-là surpasse en gloire ces mêmes 
tyrans. Ce sont des esclaves qui font ici la garde, 
là ce sont des égaux; ici régnent la crainte et la 
répugnance; là régnent l'affection et la bonne 
volonté. Chose admirable, la multiplicité dis- 
parait dans l'unité, l'unité domine la multipli- 
cité. Il en est ici comme d'une cithare dont les 
sons divers produisent une harmonie régie par 
l'unité, et dont les cordes raisonnent sous les 
doigts d'un même musicien. La cithare ici est 
la charité, les sons de cette cithare sont les pa- 
roles que la charité inspire, paroles qui toutes 
concourent au même accord et à la même har- 
monie; le musicien est la vertu même de cha- 
rité, car c'est elle qui fait jaillir ces accents mé- 
lodieux. Si ce n'était pas impossible , il me se- 
rait doux de vous conduire dans une ville dont 
les habitants ne formeraient qu'une seule àme, 
parce que vous y découvririez une harmonie 
supérieure à l'harmonie des flûtes et des ci- 
thares, une harmonie plus suave, plus mélo- 
dieuse que les mélodies de la terre. 
Cette harmonie charme et les anges et Dieu 



le Seigneur des anges; cette harmonie ravit 
l'attention du ciel entier, elle réprime la rage 
des démons, elle calme les passions et leur fu- 
reur. Non-seulement elle calme les fureurs des 
passions, mais elle ne leur permet même pas 
de se produire , elle fait régner dans l'àme la 
plus parfaite sérénité. De même qu'au théâtre 
tout le monde écoute en silence le chœur des 
musiciens et que tout bruit en est banni ; de 
même entre amis, sous l'action de la charité, 
toutes les passions se calment et s'apaisent comme 
autant de bêtes féroces qu'on aurait domptées 
et apprivoisées. C'est tout le contraire là oû 
régnent des sentiments de haine ; mais ne par- 
lons pas de la haine : contentons-nous d'exposer 
les effets de l'amitié. Sort-il de votre bouche 
quelque propos choquant, au lieu de se dé- 
chaîner, contre vous, tous vous excusent : faites- 
vous quelque imprudence, vous ne devenez sus- 
pect aux regards de personne, et tous vous 
jugent avec la plus grande générosité; vous ar- 
rive-t-il de tomber, de toute part se présentent 
à vous des mains secourables, de toute part on 
s'empresse, on s'efforce de vous relever. En vé- 
rité, l'amitié est un rempart indestructible, qui 
défie aussi bien les assauts du démon que les 
assauts des hommes. Celui qui possède des amis 
nombreux ne saurait craindre de danger; aucun 
motif qui le porte à des sentiments de colère, 
rien que d'agréable, tout lui sourit; ce n'est 
pour lui que délices, aucun sujet d'envie, au- 
cune injure dont il ait à se souvenir, égale fa- 
cilité pour conduire les affaires temporelles et 
les affaires spirituelles. A quoi comparerons- 
nous cet homme ? A une cité que des murailles 
entourent de tout côté, tandis que l'homme 
sans amis est semblable à une cité dépourvue 
de remparts. C'est une sagesse précieuse que la 
sagesse féconde en amitiés. Que l'amitié dispa- 
raisse, et ce ne sera plus que désordre, ce ne 
sera plus que ruines. 

Mais, si telle est la vertu de ce qui est à peine 
l'ombre de l'amitié, que sera l'amitié véritable ! 
Multiplions donc nos amis, je vous en conjure, 
et que chacun de nous s'applique à cet art. — 
J'y travaille, direz-vous; mais mon prochain 
n'en tient aucun compte. — Eh bien ! votre ré- 
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HOMÉLIE XLI. 



133 



compense n'en sera que plus grande. — Sans 
doute, mais la tâche n'en devient que plus 
difficile. — Gomment, s'il vous plaît? Je tous 
l'assure et je vous le garantis , si dix d'entre 
vous se réunissaient et s'imposaient la mission 
de propager le règne de l'amitié, comme les 
apôtres s'imposaient la mission d'annoncer 
l'Evangile, comme les prophètes s'imposaient 
celle d'instruire le peuple, vous vous assureriez 
une bien belle couronne. Préparons les images 
de notre roi; c'est à cela qu'on reconnaît les 
sujets dévoués. Pourquoi ne pas mettre la main 
à une œuvre plus belle que ne le serait la puis- 
sance de rappeler les morts à la vie? Ce qui 
distingue l'empereur, c'est le diadème et la 
pourpre : quand il n'est point paré de ces orne- 
ments impériaux, serait-il vêtu d'habits étinoe- 
lants d'or, il ne pose pas en empereur. A vous 
aussi de prendre maintenant la parure qui doit 
vous distinguer, et vous gagnerez à vous et à 
d'autres de nombreux amis. Nul de ceux qui se- 
ront aimés ne voudrait certainement haïr. Ap- 
prenons à connaître les couleurs dont le mé- 
lange doit former cette image. Soyons affables, 
n'attendons pas le prochain. Ne dites pas : 
Lorsque je vois quelqu'un demeurer en arrière, 
j'hésite encore plus que lui. Au contraire, dès 
que vous le remarquerez , allez à lui , et triom- 
phez de ses hésitations. Quoi donc! vous avez 
devant vous un malade , et vous aggravez son 
mal. 

Avant toute chose, prévenons -nous d'hon- 
neur les uns les autres; n'estimez pas vous 
abaisser en regardant les autres comme étant 
au-dessus de vous. En prévenant le prochain, 
vous vous honorez vous-même, vous faites que 
l'on vous honore aussi davantage. Cédons par- 
tout à nos frères la première place. Ne conser- 
vons jamais le souvenir du mal qu'on nous a 
fait; ne nous souvenons que du bien. Il n'est 
rien de tel pour provoquer l'amitié, qu'une 
langue bienveillante, une bouche charitable, 
une àme sans prétention , un cœur dédaigneux 
de tout faux honneur, de toute vaine gloire. 
Mettons en pratique ces conseils, et nous défie- 
rons les pièges du démon; et, après a Voir pra- 
tiqué toutes les vertus, nous en arriverons & 



posséder les biens promis à ceux qui aiment 
Dieu, par la grâce et la charité de Notre-Sei- 
gneur Jésus-Christ , à qui gloire , puissance , 
honneur, en même temps qu'au Père et au 
Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans 
les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE XLI. 

« Paul, entrant dans la synagogue» parla librement durant 
trois mois, discutant et les persuadant au sujet du 
royaume de Dieu. » 

1. Partout où va l'Apôtre il entre dans les ^ 
synagogues et il en sort de la même manière ; 
partout, comme je l'ai déjà dit, il attend que les Partout faiDt 
Juifs l'obligent à se tourner vers les Gentils. al J e ^ d 

° que les Juifs 

Ces derniers étant remplis d'ardeur et le rece- l'obligent à se 

, , tourner vers 

vant très-volontiers, leur conversion devenait les Gentils, 
pour les Juifs une occasion de rentrer en eux- 
mêmes. En outre, Paul se proposait de retirer 
d'au milieu d'eux les Juifs disposés à devenir 
ses disciples, pour en former un groupe à part; 
ce pour quoi d'excellentes raisons étaient loin 
de lui faire défaut. Gomme il leur persuadait la 
vérité de sa doctrine, il discutait fréquemment 
avec eux. Parce qu'on vous parle de la liberté 
de son langage, n'en concluez pas que ce fût de 
la rudesse : les sujets qu'il traitait se trouvant 
de l'importance la plus haute comme le royaume 
des cieux, par exemple, qui donc ne l'eût point 
écouté? « Mais, comme quelques-uns s'endur- 
cissaient et ne croyaient pas, maudissaient 
même devant tout le peuple la voie du Sei- 
gneur, il se sépara d'eux avec ses disciples et il 
enseigna tous les jours dans l'école d'un nommé 
Tyran. Il fit ainsi pendant deux ans; de sorte 
que tous ceux qui habitaient en Asie, Juifs et 
Gentils, entendirent la parole du Seigneur Jé- 
sus. » Ce qui est appelé la voie du Seigneur, 
c'est la prédication évangélique. Vraiment elle 
est la voie qui conduit au royaume céleste, 
a Dans l'école d'un nommé Tyran , il enseigna 
deux ans; de sorte que tous ceux qui habitaient 
en Asie, Juifs et Gentils, entendirent la parole 
du Seigneur. » Tels furent les résultats de son 
zèle. Juifs et Grecs F écoutaient, « Et Dieu fai- 



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134 HOMÉLIES SUR LES 1 

sait des miracles extraordinaires par les mains 
de Paul; et l'on plaçait sur les malades les 
mouchoirs et le linge qui avaient touché le 
corps de l'Apôtre, et aussitôt les malades étaient 
guéris, et les esprits impurs cessaient de les pos- 
séder. » On ne se contentait pas de porter les 
malades de manière à ce qu'ils touchassent 
Paul ; on prenait son linge et on le plaçait sur 
eux. C'est apparemment en vue de ces circon- 
stances que le Christ n'avait point permis à Paul 
de partir pour l'Asie. 

« Quelques-uns des exorcistes qui parcou- 
raient le pays tentèrent d'invoquer le nom du 
Seigneur Jésus sur les personnes possédées des 
esprits mauvais en disant : Je vous adjure au nom 
de Jésus que prêche Paul, d Le gain, tel était 
le mobile de leurs actions. Ils se refusaient à 
croire, et cependant ils se servaient du nom du 
Sauveur pour chasser les démons. Quel prestige 
que celui du nom de l'Apôtre ! « Ceux qui agis- 
saient ainsi étaient les sept fils d'un Juif, prince 
des prêtres, nommé Scéva. Mais l'esprit malin, 
répondant, leur dit : Je connais Jésus, je con- 
nais Paul; mais vous, qui êtes-vous donc? Et 
l'homme en qui était le démon furieux se préci- 
pita sur eux, et il les maltraita si bien qu'ils 
s'enfuirent de cette maison dépouillés et blessés. 
Les Juifs et les Grecs qui habitaient Ephèse 
furent instruits de ce fait. » Quoique ces exor- 
cistes eussent agi en secret , leur impuissance 
n'en fut pas moins divulguée. c La crainte s'em- 
para de tous les cœurs, et ils glorifièrent le nom 
du Seigneur Jésus. Plusieurs même de ceux qui 
croyaient venaient, confessant et déclarant ce 
qu'ils avaient fait. » On comprend ces choses 
devant une puissance qui obtenait tant des dé- 
mons eux-mêmes, « Et plusieurs de ceux qui 
s'étaient livrés à l'étude des arts magiques , ap- 
portèrent leurs livres et les brûlèrent devant 
tous; et, la valeur en ayant été appréciée, elle 
s'éleva jusqu'à cinquante mille deniers. La pa- 
role.de Dieu croissait donc et se fortifiait. » Ils 
brûlèrent leurs livres, parce qu'ils en comprirent 
l'inutilité : ce sont les démons qui sont con- 
traints à cette mesure. Par conséquent, le nom 
du Sauveur ne vous servira de rien, si vous ne 
le prononcez avec foi. Ces faits, le divin Maître 



CTES DES APOTRES. 

les annonçait quand il disait : « Celui qui croit 
en moi fera de plus grandes choses encore. » 
Joan,, xrv, 12. Ainsi, leurs propres armes se 
retournèrent contre eux. « Et il enseigna dans 
l'école d'un nommé Tyran, pendant deux an- 
nées, d Là où il y avait des fidèles, ils justi- 
fiaient merveilleusement ce nom. Les exorcistes 
juifs estimaient donc peu de chose le nom de 
Jésus, puisqu'ils y ajoutaient celui de Paul 
comme pour en rehausser l'éclat. 

Ce qui est vraiment surprenant, c'est le refus 
du démon de s'associer à l'acte des exorcistes, 
et la vivacité avec laquelle il les confond et dé- 
voile leur artifice. Sa fureur me rappellerait la 
fureur d'un homme qui, exposé aux plus graves 
dangers, et interpellé par -un être obscur et mi- 
sérable, saisirait avec empressement cette occa- 
sion d'assouvir sur lui sa fureur. Le démon ne 
méprise pas ici le nom de Jésus : ce n'est qu'a- 
près l'avoir confessé que la puissance lui est 
donnée. Ce qui prouve que la fraude de ces 
Juifs, et non l'impuissance du nom du Sauveur, 
fut la cause de cette scène, c'est qu'il n'arrive 
rien à Paul de pareil. « Et cet homme se préci- 
pitant sur eux. d Selon toute vraisemblance , il 
dut mettre en pièces leurs vêtements, les mal- 
traiter eux-mêmes; c'est là ce qu'indiquent les 
mots , « se précipitant sur eux , » avec une vio- 
lence à laquelle on ne put résister. Et ceux-ci : 
« Il se sépara et s'éloigna (feux avec ses dis- 
ciples, • que signifient-ils? Il coupa court à 
leurs malédictions. En se retirant, il ôtait à leur 
jalousie toute matière, et il prévenait de plus 
graves disputes. L'expression, « il agissait en 
toute liberté, » prouve que Paul était prè.t à 
tout, qu'il parlait dans les termes les plus clairs, 
et qu'il exposait la doctrine sans voile aucun. 
Nous apprenons ici qu'il nous faut éloigner des 
gens qui ont toujours des malédictions à la 
bouche. Paul ne répondit pas aux malédictions 
proférées contre lui par d'autres malédictions; 
il se bornait à discuter chaque jour, et il ralliait 
à sa cause bien des dissidents, précisément par 
sa patience à supporter les auteurs de sem- 
blables propos. Quand les épreuves du dehors 
eurent cessé, les épreuves commencèrent du côté 
des démons. Tel était l'aveuglement des Juife 



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HOMÉLIE XLI 
qu'ils voyaient les vêtements de Paul accomplir 
des miracles, et qu'ils demeuraient insensibles. 
Peut-on imaginer quelque chose de plus extra- 
ordinaire? Ils n'en devinrent, eux, que plus en- 
durcis. Un Gentil incrédule qui verrait l'ombre 
d'un chrétien opérer de semblables prodiges, 
embrasserait la foi. Conséquemment, l'éloigne- 
ment de Paul constituait pour les calomniateurs 
et les ennemis de la doctrine évangélique une 
défaite manifeste ;* car c'était cette doctrine qui 
était désignée sous le nom de voie; outre que 
par là ni les disciples n'avaient à se retirer, ni 
les adversaires n'avaient de motif de se livrer 
au ressentiment, puisqu'ils ne voulaient en au- 
cune façon du salut qui leur était offert. L'A- 
pôtre ne s'excuse plus à leurs yeux, parce que 
de tout côté la foi régnait chez les Gentils. 
Pour discuter plus utilement, il choisit un lieu 
déterminé, là où il y avait une école, lieu plus 
propice puisqu'on avait accoutumé de s'y réunir. 

2. Quelle devait être la puissance des fidèles, 
quand on voit ce qu'il était donné aux autres 
d'accomplir! Quel devait être l'aveuglement des 
malheureux qui, en présence de pareils témoi- 
gnages de puissance, persistaient dans leur in- 
crédulité! De même que Simon se proposait de 
faire de la grâce du Saint-Esprit une occasion 
de lucre, de même en était-il des fils du grand 
prêtre. Quel aveuglement encore une fois ! Et 
Paul, pourquoi- ne les blàme-t-il pas publique- 
ment ? Pour ne paraître pas agir ainsi par ja- 
lousie : ce fut là toute la raison de sa conduite. 
Ainsi en fut-il du Christ; seulement alors, 
comme on était au commencement, il n'y avait 
pas d'obstacle : quoiqu'il volât, Judas le faisait 
eu toute liberté, tandis que Ananie et Sapphire 
furent frappés de mort. Bien des Juifs qui com- 
battaient la foi n'eurent aucun mal, tandis qu'E- 
lymas fut frappé de cécité. « Je ne suis pas venu 
pour juger le monde, disait le divin Maître, mais 
pour sauver le monde, d Joan., m, 17. Quel 
calcul abominable! Tout en demeurant dans le 
judaïsme, les fils du grand prêtre voulaient se 
servir du nom de Jésus pour augmenter leur 
pécule; tant il était vrai que leurs actions n'é- 
taient inspirées que par l'intérêt et la vaine 
gloire! Aussi, remarquez-le bien, ce ne sont pas 



135 



les bienfaits, ce sont les faits ou les vérités 
enrayantes par elles-mêmes qui convertissent 
les hommes. La mort de Sapphire fit régner la 
terreur dans l'Eglise, et nul n'osa l'imiter. Ici 
nous voyons les malades guéris par l'applica- 
tion qui leur est faite des linges de l'Apôtre; 
après quoi, ils viennent et confessent leurs pé- 
chés. La fureur avec laquelle le démon agit 
contre les exorcistes prouve la grande puissance 
qu'il exerce contre les infidèles. Pourquoi l'es- 
prit malin ne demanda-t-il pas : Quel est donc 
ce Jésus? et se borna- t-il à des paroles sans uti- 
lité pour lui? Il craignait quelque châtiment ; il 
connaissait assez la vertu de ce nom pour ne 
pas se faire illusion sur les peines réservées à 
ceux qui ne le respecteraient pas. Pourquoi les 
Juifs ne lui répondirent-ils pas : Nous y croyons? 
Ils redoutaient Paul; et cependant il eût été 
beaucoup plus glorieux pour eux de confesser le 
Seigneur Jésus. Ce qui était arrivé d'ailleurs à 
Philippes fut pour eux une leçon. Observez dans 
ce passage la modération de l'historien qui se 
contente de raconter les faits sans accuser per- 
sonne. Les apôtres ne doivent nous paraître 
après cela que plus dignes d'admiration. Le nom 
du père de ces Juifs et leur nombre nous sont 
indiqués; ce qui permettait aux contemporains 
de contrôler l'exactitude de ces faits. Quel était 
le motif de leurs pérégrinations? L'amour du 
gain assurément, et non la propagation de la 
parole évangélique. Plus tard, ils la prêchèrent 
dans leurs voyages par leurs propres épreuves. 
Aussi l'historien ajoute-t-il : « Et cela fut connu 
de tous les Juifs et de tous les Gentils qui habi- 
taient dans Ephèse. » Cela n'aurait-il pas dû 
convertir les plus récalcitrants? Mais il n'en fut 
rien; n'en soyez pas étonnés; la malice résiste 
à tout moyen de persuasion. Examinons jusqu'à 
quel point la perversité inspira la conduite des 
exorcistes. Pour quelle raison n'en fut-il pas de 
même sous le Christ, nous le rechercherons dans 
une autre circonstance. Ce qui est incontestable, 
c'est l'utilité, l'opportunité du fait lui-même. 

A mon sens, ces jeunes gens se seraient pro- 
posé d'agir ainsi par moquerie ; d'où le châtiment 
qui les frappa; en sorte que nul désormais 
n'osa profaner ce nom redoutable. Beaucoup de 



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136 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



fidèles furent amenés par cet exemple éclatant est question ne convertirent pas tous les incré- 

à confesser leurs péchés, ils furent pénétrés de dules. 

frayeur, et Dieu prouva ainsi une fois de plus 3. Notre siècle a bien été témoin des choses 
l'infinité de sa science. Les fidèles prenaient merveilleuses arrivées au sujet du bienheureux 
donc la précaution de s'accuser eux-mêmes, de Babylas, de Jérusalem, et de la destruction des 
peur d'être interpellés par le démon et de subir temples; tous pourtant ne se sont pas convertis, 
le même traitement. Au reste, leurs craintes A quoi bon remonter vers des événements éloi- 
étaient fondées. Puisque les démons , qui jus- gnés de nous ? Je viens de vous rappeler ce qui 
que-là leur avaient servi d'auxiliaires, dcve- a eu lieu l'année dernière ; personne n'en a prô- 
naient désormais leurs accusateurs, il ne leur fité; tous sont en peu de temps revenus à leurs 
restait plus d'autre espérance que dans une con- premiers errements. Le ciel proclame éternelle- 
fession appuyée par les œuvres. Malgré les pro- ment l'existence du Seigneur, d'un être qui 
diges opérés, que de maux commis en peu de a créé l'univers ; et il y a des hommes qui pré- 
temps! Telle est l'humaine nature; elle oublie tendent que cela n'est pas. Qui dono n'a été 
promptement les bienfaits reçus. Ne nous est-il frappé l'année précédente de ce qui est arrivé à 
pas arrivé à nous aussi la même chose? Ne vous Théodore ? N'importe , aucun résultat sérieux 
en souvient-il déjà plus? Dieu n'a-t-il pas se- n'a été obtenu, et, après quelque temps passé 
coué jusque dans ses fondements, l'année der- dans la piété, on en est revenu là d'où l'on était 
nière, la ville que nouâ habitons ? Est-ce que parti. Ainsi en avait-il été des Israélites; ce qui 
tous alors ne sollicitaient pas le baptême? les faisait dire au Psalmiste : « Lorsqu'il les frap- 
débauchés, les libertins, les efféminés eux- pait, ils le cherchaient, et ils se convertissaient, 
mêmes, quittant leurs maisons et leurs de- et ils revenaient à Dieu avec empressement. » 
meures, n'avaient-ils pas embrassé une vie de Psalm. lxxvii, 34. A quoi bon encore insister 
religion et de piété ? Or, trois jours s'étaient à sur des généralités ? Que de personnes tombées 
peine écoulés qu'ils retournaient à leurs an- en de graves maladies ont promis de s'amender 
ciennes iniquités. Pourquoi? Leur lâcheté si elles revenaient à la santé, lesquelles sont 
seule en fut la cause. Ne nous étonnons pas qu'il demeurées ce qu'elles étaient auparavant ! Ces 
en soit ainsi, les dangers une fois passés; car, il changements subits sont une preuve éclatante 
en est de même, quand nous avons sous les de notre liberté morale. Si le mal était naturel 
yeux les images les plus menaçantes. Est-ce et nécessaire, il n'y aurait pas de liberté : 
que le châtiment de Sodome n'est pas éter- impossible de changer ce qui arrive par nature 
Bellement sous nos yeux ? Les voisins de cette et par nécessité. Vous répliquerez que nous le 
ville en devinrent-ils pour cela meilleurs? Il n'en changeons. N'arrive-t-il pas, en effet, que des 
fut rien. Et le fils de Noé, malgré la catastrophe hommes possédant une Excellente vue, en vien- 
qui fit de la terre une épouvantable solitude, en nent, sous l'empire de la crainte, à ne point 
fut-il moins mauvais? Ne soyons donc pas sur- voir? C'est que la nature veut que telle loi soit 
pris de l'incrédulité persistante des infidèles té- suspendue lorsque telle autre s'exerce : de là 
moins de ces miracles; la foi elle-même devient vient que, naturellement, la crainte nous rend 
pour eux un motif d'iniquité : c'est ainsi que aveugles. De même , il est conforme à la nature 
les Juifs traitaient de possédé le Fils même de qu'une frayeur plus grande survenant, la frayeur 
Dieu. Il en est de même encore aujourd'hui; car précédente s'évanouisse. — Alors que dire, ob- 
nous voyons des hommes répondre aux bienfaits servera-t-on, si la crainte survenant détruit le 
reçus par l'ingratitude et l'incrédulité, si toute- sentiment de retenue que la nature nous a donné? 
fois, véritables vipères, ils ne se déchaînent pas — Et si je vous montre que la modération ne 
contre leurs bienfaiteurs. Ce que nous disons en ' prévaut pas toujours en pareil cas, et qu'on a 
ce moment suffira, nous l'espérons, pour expli- vu des hommes conserver toute leur impudence 
quer comment les miracles si nombreux dont il au fort même de la crainte ? cela ne vous pa- 




HOMÉLIE XLI. 



137 



raitra pas naturel. Vous citerai-je des faits an- 
ciens ou des faits récents? Que de gens sont de- 
meurés, au sein de la frayeur, le sourire, le sar- 
casme sur les lèvres, sans rien éprouver de ce 
que vous dites ? Est-ce que Pharaon ne changea 
pas en un moment et ne retourna pas à son pre- 
mier endurcissement ? 

Dans le passage qui nous occupe, les Juifs se 
contentent de dire aux possédés, tout en sachant 
bien la portée de ce langage : « Nous vous ad- 
jurons au nom de ce Jésus que prêche Paul, d 
La manière dont ils se justifient prouve qu'ils 
n'étaient pas dans l'ignorance sur ce point. Ils 
se contentent de nommer Jésus, sans ajouter, 
comme ils auraient dû le faire, le Sauveur du 
monde, qui est ressuscité ; mais ils ne voulurent 
pas confesser sa gloire. De là conséquemment 
la réplique du démon, qui précipite sur eux le 
possédé, en disant : « Je connais Jésus; Paul ne 
m'est pas non plus inconnu. » Gomme s'il leur 
disait : Vous ne croyez pas ; vous abusez du 
nom que vous employez, vous laissez ainsi le 
temple sans défense , vous vous servez d'armes 
contre lesquelles il est aisé de me défendre : loin 
d'être les apôtres du Christ, vous êtes les miens. 
Grande était la fureur du démon. Les apôtres 
eussent bien pu intervenir, mais ils ne le firent 
pas : la puissance qu'ils exerçaient sur les au- 
teurs de choses pareilles leur permettait -d'aller 
jusque-là. Ceci fait d'ailleurs ressortir leur bonté, 
je veux parler de leur conduite à eux que l'on 
chassait, et de celle des démons dont ces mal- 
heureux étaient les serviteurs, a Je connais Jé- 
sus. » A vous de rougir, qui ne le connaissez 
pas. « Et Paul ne m'est pas inconnu. » On le 
comprend ; il savait qu'il était le hérault de Dieu. 
Après cela, le possédé se précipite sur eux et 
met en pièces leurs vêtements. Ne pensez pas 
toutefois, semble-t-il leur dire, que j'agisse de 
la sorte par mépris pour eux. Il était, en effet, 
saisi de crainte. Pourquoi ne se borna-t-il pas 
à déchirer leurs vêtements sans ajouter ce que 
nous avons entendu ? Tout en assouvissant sa 
colère, il les eût confirmés dans l'erreur. C'est, 
je le répète, qu'il redoutait une puissance supé- 
rieure ; s'il n'eût pas tenu préalablement ce lan- 
gage, le pouvoir qu'il exerça lui aurait été refusé. 



Voilà donc les démons en toute circonstance 
moins insensibles que les Juifs , et n'osant ni 
contredire ni accuser les apôtres et le Christ. 
« Nous savons qui vous êtes, disent-ils un jour. 
Pourquoi ètes-vous venu nous tourmenter avant 
le temps?... Jesais qui vous êtes., leFilsdeDieu, » 
Matth., vm, 29; Marc, i, 24, s'écrient-ils ail- 
leurs ; et, dans les actes : a Ces hommes sont les 
serviteurs du Dieu très-haut; d Act. 9 xvi, 17; 
et tout à l'heure : « Je connais Jésus, et Paul ne 
m'est pas inconnu. » Ils redoutaient extrême- 
ment ces sainte personnages. Peut-être, en en- 
tendant ce récit, quelqu'un d'entre vous dési- 
rera-t-il, un pouvoir semblable, de telle façon 
que les démons n'osent pas le regarder en face ; 
peut-être porte-t-il envie à ces saints d'avoir 
possédé une pareille puissance. Ecoutez plutôt 
ces paroles du Christ : « Ne vous réjouissez pas 
de ce que les démons vous sont soumis. » Luc., 
x, 20. C'est que cette joie, chez la plupart des 
hommes, a pour motif la vaine gloire. Si vous 
cherchez avant tout la gloire de Dieu et le bien 
des âmes, il est une voie -plus glorieuse. Il est 
moins glorieux de rompre les liens du démon 
que de rompre les liens du péché. Le démon ne 
nous empêchera pas de mériter le royaume des 
cieux; il concourt au contraire à nous le pro- 
curer, malgré lui, sans doute ; mais il y concourt, 
parce qu'il met à l'abri de bien des chutes celui 
qu'il possède. Quant au péché, il nous ferme la 
porte des cieux. 

4. Vous me répondrez : Dieu me préserve 
d'acquérir la sagesse à ce prix ! Je ne le souhaite 
pas davantage, et je désire que vous fassiez tout 
par amour pour le Christ. Si, ce qu'à Dieu ne 
plaise, vous étiez à ce point affligé, je serais 
prêt à prier pour votre délivrance. Mais, puisque 
le démon ne nous ferme pas la porte des cieux, 
et que le péché nous la ferme, il vaut mieux iiT&ut mieux 
être délivré du péché que du démon. Appli- ^péchéq^ 
quons-nous donc à délivrer de ce mal le pro- du démon, 
chai n, et nous-mêmes avant le prochain. Pre- 
nons garde de ne pas donner asile au démon ; 
jetons sur nous un œil scrutateur. Oui, le péché 
doit nous inspirer plus d'effroi que le démon; 
c'est lui qui vraiment nous humilie. Avez -vous 
observé, lorsque les possédés ont un moment de 



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m HOMÉLIES SUR LES à 

répit, combien ils sont confus et attristés ? la 
honte est peinte sur leur visage, et ils n'osent 
pas lever les yeux. Quelle simplicité ! ils rou- 
gissent d'un malheur qu'ils endurent, et nous 
ne rougissons pas des actes que nous produisons ! 
Ils sont tous confus d'un traitement qu'ils n'ont 
pas mérité, et nous ne le sommes pas lorsque 
nous commettons une iniquité! Pourtant, loin 
de devoir leur inspirer de la confusion, leur état 
ne mérite qu'indulgence, compassion, pitié, 
louanges et admiration profonde, si, en butte 
aux persécutions du démon, ils endurent tout 
avec actions de grâces. À nous, au contraire, la 
honte, la risée, l'accusation, les supplices, les 
châtiments, les derniers des maux, la géhenne 
enfin: tout hormis l'indulgence, serait notre 
juste partage. La possession est donc un mal 
moindre que le péché. De leur triste état, les 
possédés retirent un double avantage; ils y ap- 
prennent la modération et la philosophie, et, 
leurs péchés une fois expiés, ils retournent à 
Dieu la conscience purifiée. C'est là un sujet 
dont nous vous avons fréquemment entretenus, 
vous montrant que les hommes rudement 
éprouvés en ce monde gagnent à supporter les 
épreuves avec patience le pardon et l'allégement 
de leurs fautes. Quant au péché, c'est un double 
mal qui en est la conséquence : en premier lieu, 
nous blessons le Seigneur; en second lieu, nous 
devenons nous-mêmes plus méchants. Ecoutez 
bien mes paroles. Le dommage que cause le 
péché ne consiste pas seulement dans le péché 
lui-même, il consiste encore dans l'inclination 
qu'il imprime à l'àme ; car il en est ici de l'âme 
comme du corps. 

Un exemple permettra de le saisir clairement. 
L'homme que la fièvre dévore n'en souffre pas 
seulement en ce qu'il est privé de la santé ; même 
après son retour à la santé, supposé qu'il par- 
vienne à s'affranchir de sa longue maladie, il 
lui en restera une faiblesse profonde. Pareille 
chose arrive à propos du péché ; même après 
que nous en sommes guéris, il nous en reste 
une grande faiblesse. Qu'un homme en injurie 
un autre sans en être puni, ne gémissez pas 
seulement parce qu'il n'aura pas expié sa faute; 
il vous reste à gémir pour un autre motif. Lequel 



lCTES DES APOTRES. 

donc ? Parce que son effronterie ne fera qu'aug- 
menter. Chaque péché commis, après qu'il a 
cessé, n'en laisse pas moins à sa suite un venin 
qui pénètre l'àme et l'infecte. N'avez-vous pas 
ouï des malades, une fois guéris, s'écrier néan- 
moins : Je n'oserai plus boire de l'eau ? Pour- 
tant ils sont en santé; mais la maladie leur a 
laissé ce souvenir. Ceux donc que l'épreuve 
poursuit rendent grâces à Dieu ; nous qui vivons 
au sein de laprospérité, nous blasphémons contre 
Dieu, et nous nous livrons à l'emportement. 
Oui, vous trouverez un plus grand nombre de 
ces exemples au sein de la fortune et de la santé 
qu'au sein de la maladie et de l'indigence. Le dé- 
mon ne cesse de nous poursuivre, semblable à un 
bourreau furieux et menaçant, semblable à quel- 
que maître d'école qui, la courroie en main, ne 
permettrait pas le plus léger écart. S'il y en a qui 
n'aient pas eu la sagesse voulue, du moins en 
font-ils pénitence. Or, ce n'est pas peu de chose; 
de même que l'on ne demande compte de leurs 
actes, ni aux insensés, ni aux fous, ni aux en- 
fants, de même doit-il en être des possédés. Qui 
serait assez barbare pour les rendre responsables 
de ce qu'ils ont fait sans le savoir ? C'est pour- 
quoi, quand nous péchons, nous nous ravalons 
bien au-dessous de ces malheureux. — Mais on 
ne nous voit pas écumer comme eux, tourner 
les yeux, disloquer nos mains d'une façon 
effrayante. — Plût au Seigneur que nous offris- 
sions ce spectacle en notre corps, et que nous ne 
l'offrissions pas en notre àme ! 

Vousmontrerai-je une àme écumante, souillée, 
les yeux hagards ? Regardez les hommes que la 
colère enivre et emporte ; quelle bave compare- 
rez-vous aux paroles immondes qu'ils profèrent ? 
Quelle écume vous inspirera autant de dégoût? 
Pas plus que les démoniaques, ils ne recon- 
naissent les personnes présentes. Leur esprit 
obscurci, leurs yeux hagards ne distinguent ni 
amis, ni ennemis, ni ceux qu'ils doivent res- 
pecter, ni ceux qu'ils doivent mépriser; ils les 
confondent tous dans la fixité de leur regard ? 
Ne les avez -vous donc pas vus trembler, aussi 
bien que les gens possédés du démon? — Vous 
me direz qu'ils ne tombent pas à terre. — Est-ce 
que leur àme n'est pas là gisant et sans forces 



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sur le sol ? Si elle se tenait debout et ferme, elle 
n'éprouverait pas ce qu'elle éprouve. Les actes 
et les discours de ces hommes ivres de fureur 
ne sont-ils pas vraiment dignes d'une âme ra- 
baissée au-dessous d'elle-même et incapable de 
se guider ? Il est une autre forme de fureur plus 
redoutable encore. Cette forme, quelle est-elle ? 
Je veux parler de la fureur des hommes qui ne 
veulent pas renoncer à leurs griefs, et qui en- 
tretiennent en eux-mêmes, comme un bourreau 
familier, le désir de la vengeance. Ils sont les 
premières victimes de ce désir, pour ne pas 
parler des maux qu'ils se préparent pour plus 
tard. N'est-ce pas, en effet, une torture affreuse 
que d'être sans cesse occupé exclusivement à re- 
chercher les moyens de se venger d'un ennemi ? 
Celui qui en est là ne se punit-il pas tout le 
premier, ne lutte-t-il pas contre lui-même, ne 
se consume-t-il pas et ne se dévore-t-il pas de 
ses propres dents? Vous ne laissez pas cette 
fournaise se refroidir un instant, vous en ravivez 
constamment l'ardeur; et, tout en croyant vous 
venger du prochain, vous ne vous apercevez pas 
que vous vous desséchez sans cesse au contact 
de ces flammes ardentes que vous portez en vous, 
sans goûter un moment de repos, toujours en 
fureur, toujours dans la tourmente et le trouble. 

5. Quelle triste condition qu'une pareille con- 
dition ! toujours dans la peine, dans la fermen- 
tation, dans la rage ! Ainsi en est-il effective- 
ment des gens qui conservent le ressentiment. 
A peine aperçoivent-ils celui dont ils voudraient 
se venger, que les voilà hors d'eux-mêmes ; en- 
tendent-ils sa voix, ils tremblent, ils fléchissent; 
dans leur lit, ils imaginent mille sortes de ven- 
geance; il n'est pas de tortures et de supplices 
auxquels ils ne soumettent en pensée leur en- 
nemi. Mais, si cet ennemi leur apparaît illustre 
et glorieux, quel tourment que le leur ! Remettez 
au prochain ses torts, et vous mettrez fin à votre 
supplice. Pourquoi demeurer vous-mêmes au 
sein de tortures continuelles, pour en arriver à 
goûter une fois les plaisirs de la vengeance? 
pourquoi vous consumer à petit feu ? pourquoi 
retenir captif votre cœur qui soupire après la 
liberté ? Que votre colère, vous dit Paul, ne dure 
pas jusqu'au soir. La colère est une teigne, une 



DE XLI. 139 

nielle morale qui ronge l'âme. Pourquoi ren- 
fermer une bête cruelle dans vos propres en- 
trailles? Il vaudrait mieux que vous eussiez un 
serpent, une vipère au cœur, que d'y avoir le 
ressentiment et le désir de la vengeance : du 
moins ces reptiles ne tarderaient pas à s'éloigner, 
tandis que la passion demeure, nous déchirant 
à belles dents, injectant son venin, et produisant 
une armée de pensées funestes. — J'agis de la 
sorte, direz-vous, afin que l'on ne me méprise 
pas et que l'on ne me tourne pas en ridicule. 
— Eh quoi ! malheureux, vous ne voulez pas 
que votre semblable vous méprise, et vous ne 
redoutez pas la haine de votre Dieu ! Yous ne 
voulez pas que l'un de vos pareilles vous dé- 
daigne, et vous dédaignez vous-même le Sei- 
gneur ! Yous ne voulez pas qu'il ne fasse aucune 
estime de vous, et vous croyez que l'indignation 
de votre Créateur n'éclatera pas sur vous, quoi- 
que vous le tourniez en ridicule, que vous 
l'accabliez de votre mépris, que vous refusiez 
d'obéir à ses ordres ! Vous n'avez donc pas à 
craindre du côté de Dieu le ridicule. Savez -vous 
de quel côté vous viendra le ridicule et le mé- 
pris? Du côté de votre vengeance, si vous êtes 
assez pusillanime pour la poursuivre. Si, au 
contraire, vous pardonnez, vous ne recueillerez 
qu'admiration; car vous ferez un acte de vraie 
grandeur d'âme. — Mais, répliquerez-vous , 
mon ennemi n'en sait rien. — Qu'importe, 
pourvu que Dieu le sache? votre récompense 
n'en sera que plus belle. Donnez à ceux desquels 
vous espérez ne rien recevoir, nous dit-il. 
Faisons du bien à ceux qui demeurent insen- 
sibles à nos bienfaits ; de la sorte, ni leurs éloges, 
ni leur gratitude ne viendront diminuer la ré- 
compense que Dieu nous réserve. N'ayant rien 
reçu des hommes, nous recevrons davantage de 
Dieu. Aussi bien, quoi de plus petit, quoi de 
plus misérable qu'une âme toujours furieuse, 
toujours altérée de vengeance? C'est une passion 
d'enfant et de petite femme. Une femme s'em- 
portera contre les objets inanimés ; elle ne sera 
pas contente si elle ne frappe pas le pavé : ainsi 
en est-il des personnes qui veulent tirer ven- 
geance de celles qui leur auront causé de la 
peine ; elles sont conséquemment ridicules. 



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140 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



C'est donc une puérilité que d'obéir à la co- 
lère, et il y a virilité à la dominer. Il en suit 
que, si nous obéissons aux préceptes de la phi- 
losophie, ce n'est pas nous, ce sont les autres 
qui mériteront d'être tournés en ridicule. Ce 
n'est pas le fait d'hommes sans caractère que 
de résister à la passion ; ce qui distingue les 
hommes vraiment méprisables , c'est plutôt de 
redouter les moqueries des hommes irréligieux, 
et, pour les éviter, de livrer leur àme à cette 
passion et d'offenser Dieu par leurs desseins de 
vengeance : pour ces hommes, réservez à bon 
droit vos sourires. Evitons cette infirmité. Lais- 
sons dire à l'homme qui n'a cessé de chercher à 
nous désobliger, qu'il n'en a souffert en aucune 
manière, qu'il n'en souffrira pas davantage, s'il 
recommence à notre égard ses mauvais pro- 
cédés : s'il voulait faire notre éloge , il ne 
saurait trouver de langage plus propre à rem- 
plir ce dessein et à mettre en relief notre vertu 
que le langage mis en avant par lui pour nous 
blesser au vif. Oh ! que je voudrais entendre 
dire de toute part autour de moi : Quel homme 
froid et insensible 1 On ne cesse de l'injurier, 
et il supporte toutes ces injures ; on l'attaque 
de tout côté, et il ne songe pas à se venger. 
J'aimerais même que l'on ajoutât : Le vou- 
drait-il, qu'il ne le pourrait pas. J'aurais 
alors à compter sur les louanges de Dieu et 
non sur celles des hommes. On dira que nous 
ne nous vengeons pas, faute de courage. Nous 
n'avons rien à craindre d'une interprétation pa- 
reille de notre conduite. Dieu en connaît les 
motifs, et notre trésor n'en sera placé que sous 
meilleure garde. Si nous tenions compte de 
l'opinion des hommes, il nous faudrait re- 
noncer à la vertu. Considérons ce qui est bon, 
et non ce que les hommes disent. Je ne vou- 
drais pas , s'écrieront quelques-uns , qu'on me 
tournât en ridicule , ni qu'on se glorifiât à mon 
sujet. Quelle folie! D'autres ajoutent : Aucun 
de ceux qui m'ont blessé n'a eu lieu de s'en ré- 
jouir , ce qui signifie : Je m'en suis vengé. D'où 
sont venus ces propos inconvenants et dange-' 
reux qui sèment le désordre dans nos mœurs 
et dans la société? Ne sont-ils pas opposés com- 
plètement à la parole de Dieu? Vous estimez 



ridicule une chose qui fait de nous les émules 
de Dieu, le renoncement à la vengeance. Ne 
sommes-nous pas précisément ridicules , et aux 
yeux des Gentils et aux yeux des nôtres, à 
cause du langage que nous tenons ouvertement 
contre Dieu? 

Je vous rapporterai une histoire des temps 
passés, relative , non à la passion de la colère , 
mais à un trésor. Un homme possédait un champ 
qui renfermait un trésor dont le maître ne 
soupçonnait pas l'existence. Celui-ci vendit le 
champ. Le nouveau propriétaire, en travaillant 
la terre pour l'améliorer et préparer des plan- 
tations , découvrit le trésor. Informé de la dé- 
couverte, le vendeur accourut et voulut obliger 
l'acheteur à lui livrer le trésor, sous prétexte 
qu'il lui avait vendu le champ, mais non le 
trésor. L'acheteur répliquait qu'il avait tout 
acheté ensemble , et le trésor et le champ , et 
qu'il ne faisait aucun cas de la réclamation du 
précédent propriétaire. Ils discutèrent ainsi long- 
temps, l'un réclamant la propriété du trésor, 
l'autre la lui déniant. Enfin , ils rencontrèrent 
un tiers, et lui demandèrent à qui le trésor de- 
vait appartenir. Ce dernier ne donna droit ni â 
l'un ni à l'autre ; mais il déclara devoir mettre 
un terme â leurs contestations, attendu qu'il en 
était lui-même le possesseur. On accepta la dé- 
claration : il prit donc le trésor; mais il fut en- 
suite en butte à des afflictions sans nombre, par 
où il apprit â ses dépens que les autres avaient 
suivi , en y renonçant , une inspiration excel- 
lente. Ainsi faut-il faire à propos de la colère. 
Soutenons, nous, qu'il ne faut pas désirer de 
vengeance; que les auteurs de l'injure sou- 
tiennent, eux, qu'ils doivent une réparation. 
Peut-être ne verra-t-on en ceci qu'un sujet de 
sourire : au point où en est arrivé le développe- 
ment de l'erreur que nous combattons, on se 
moque des hommes sages , et la multitude des 
insensés estime insensés le peu de gens qui ne 
le sont pas. Je vous en conjure donc, demeu- 
rons maîtres de nous-mêmes, supportons pa- 
tiemment les injures du prochain, et, délivrés 
de ce mal redoutable, nous arriverons à la pos- 
session du royaume des cieux, par la grâce et 
la charité du Fils unique, avec qui gloire, puis- 



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HOMÉLIE 

sance, honneur soient au Père et au Saint- 
Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles 
des siècles. Ainsi soit-il. 



XLII. 



144 



HOMÉLIE XLII. 

c Après quoi , Paul , poussé par FEsprit, résolut d'aller à 
. Jérusalem, en passant par la Macédoine et l'Achale, 

et U dit : Quand j'y aurai été, il me faudra voir Rome. 

Et, envoyant en Macédoine deux de ses disciples, 

Timothée et Eraste, il demeura quelque temps en Asie. 

Mais en ce temps-là il s'éleva un grand trouble au sujet 

de la voie du Seigneur. » 

I. Trouvant son séjour à Ephèse suffisant, 
Paul décide de poursuivre son chemin. Mais, 
tandis qu'il demeure encore en cette ville, il 
envoie Timothée et Eraste en Macédoine. Pour- 
quoi, voulant d'abord passer en Syrie, retourne- 
t-il en Macédoine? Sans doute afin de montrer 
qu'il n'agit pas toujours de lui-même. Puis voici 
qu'il prophétise encore : « Il faut, dit-il , que je 
voie Rome. » Par là, peut-être, veut-il consoler 
les disciples en leur annonçant, non pas qu'il de- 
meurera parmi eux, mais du moins qu'il se 
rapprochera de nouveau; et sa prophétie les 
soutient et les encourage. Je crois volontiers 
qu'il écrivit d'Ephèse aux Corinthiens ces pa- 
roles : « Je ne veux pas vous laisser ignorer les 
tribulations que j'ai essuyées en Asie. »II Cor., 
i, 8. Gomme il avait promis de venir à Corinthe, 
il s'excuse de son retard, et rappelle son afflic- 
tion, en racontant ce qui se rapporte à Démé- 
trius. C'est bien à lui qu'il fait allusion , quand 
il parle d'un trouble considérable au sujet de la 
voie du Seigneur. Nouveau danger, nouvelle 
agitation. Voyez-vous la gloire de Paul? Malgré 
des prodiges signalés, il trouvait de nombreux 
contradicteurs. Ainsi les événements s'enchaî- 
naient les uns aux autres. « Donc un certain 
Démétrius, orfèvre, faisait de petits temples 
de Diane, et procurait ainsi un gain considérable 
aux ouvriers. Là s'assemblant avec les autres 
artisans du même état, il leur dit : Mes amis, 
vous savez ce qui nous fait vivre ; or, vous le 
voyez et vous l'entendez dire, non-seulement à 
Ephèse, mais dans toute l'Asie, ce Paul détourne 
une multitude considérable , soutenant que les 



ouvrages de la main des hommes ne sont point 
des dieux. Eh bienl non-seulement il y a du 
danger pour notre état, mais il est encore à 
craindre que le temple de la grande Diane ne 
tombe dans l'oubli, et que sa majesté, aujour- 
d'hui reconnue de toute l'Asie et du monde en- 
tier, ne soit détruite. » 

a II fabriquait en argent de petits temples de 
Diane. » Et comment pouvaient être ces temples? 
Peut-être en forme de ciboire. Le culte de Diane 
était très en honneur à Ephèse, et telle fut la 
consternation des Ephésiens quand le temple de 
cette Diane fut livré aux flammes , qu'ils défen- 
dirent même de prononcer le nom de l'incen- 
diaire. Voyez comme l'idolâtrie a toujours son 
principe dans l'amour de l'or : Démétrius et ses 
amis s'émeuvent à cause des richesses; ils ne 
regardent pas si la religion est en péril , il y a 
danger pour la profession qui les enrichit, et 
c'est assez. Oh ! quelle perversité chez cet homme! 
U était riche, et, quoiqu'il arrivât, sa position 
était assurée; on aurait compris à la rigueur 
l'opposition de ses ouvriers, qui gagnaient leur 
pain à la sueur de leur front. Et cependant ceux- 
ci ne disent rien : seul Démétrius parle ; il as- 
socie les mécontents à sa haine, et par eux le 
tumulte grandit. Puis il exagère le danger: 
« Or, dit-il, notre état est perdu si Paul réus- 
sit. » C'est comme s'il disait : N'ayant plus de 
travail, nous risquons de mourir de faim. Certes, 
ces paroles étaient faites pour les ramener à 
de meilleurs sentiments. Mais grossiers et mi- 
sérables qu'ils sont, voilà qu'ils s'échauffent da- 
vantage, ne prenant pas le temps de se dire que, 
si cet homme peut ce dont on l'accuse, s'il con- 
vertit les multitudes et fait trembler les dieux, 
il faut que son Dieu soit bien grand; ils ne 
pensent pas non plus qu'ils recevront de sa main 
des dons plus précieux que ceux qu'ils redoutent 
de perdre. Déjà il les avait plongés dans l'anxiété 
par ces paroles : « Les ouvrages de l'homme ne 
sauraient être des dieux. » Ainsi voilà de quoi 
s'indignent les Gentils ! Cette simple réflexion : 
« Des choses sorties de la main des hommes, ne 
sont pas des dieux, » suffit pour les irriter 1 C'est 
toujours vers leur art que Démétrius fait con- 
verger ses efforts. Il arrive enfin à ce qui peut 



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HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



les émouvoir davantage : « Notre métier est 
perdu. » Que nous importe le reste ? Il s'agit 
avant tout du grand péril dans lequel se trouve 
le temple de Diane. Il est vrai que, pour donner 
une couleur désintéressée à son discours, il 
ajoute que a la terre entière vénère cette divi- 
nité. » Mais voyez comme il fait briller davan- 
tage la puissance de Paul, en découvrant les 
mauvaises dispositions de ceux qui l'écoutent ? 
Quelle gloire pour un exilé, pour un faiseur de 
tentes, d'avoir un tel pouvoir ! Les ennemis eux- 
mêmes des apôtres ne pouvaient la taire, et on 
leur disait naguère : a Voici que vous remplissez 
Jérusalem de vos enseignements; » Act. } v, 28; 
on dit maintenant : « La majesté de la grande 
Diane est menacée. » — « Ceux qui ont troublé tout 
l'univers sont devant vous,»ZWrf. , xvn, 6, avait-on 
dit autrefois ; et à cette heure : « Notre état court 
grand risque d'être ruiné. » Les Juifs disaient 
aussi du Christ: « Voyez, le monde marche à sa 
suite... Les Romains viendront et détruiront 
cette ville. » Joan., xn, 19; xi, 48. « Sur quoi, 
ils furent remplis de colère. » Pourquoi cette 
colère? A cause de ce qu'on leur disait sur Diane 
et sur la perte de leurs revenus. Ainsi en est-il 
souvent dans les réunions publiques; peu de 
chose suffît pour échauffer les esprits et pour 
allumer une grande fureur. Agissons donc tou- 
jours avec poids et mesure. Qu'ils sont mépri- 
sables ceux qui seraient troublés par toute sorte 
d'événements! « A ces paroles, ils furent tous 
remplis de colère, et ils s'écrièrent: Elle est 
grande la Diane des Ephésiens ! Et la ville en- 
tière fut livrée à la confusion : et ils se précipi- 
tèrent ensemble vers le théâtre. Puis, s'étant 
emparés de Gaïus et d'Aristarque, Macédoniens 
et compagnons de Paul, ils les emmenèrent. » 
Ce qui arma 2. Voilà l'incident de Jason renouvelé au su- 

à J&sod se re- 
nouvelle au jet de Paul ; les Juifs se lèvent de nouveau et en 

pauu de Mmt masse > sans tenir aucun compte de la renommée 
ou de la gloire, a Or, Paul voulait aller parmi le 
peuple ; mais les disciples ne le permirent pas. 
Quelques-uns même des chefs de l'Asie qui l'ai- 
maient, le firent supplier de ne pas se rendre 
au théâtre. » On pouvait dans un moment d'a- 
veuglement tout redouter de cette multitude dé- 
sordonnée. Paul, qui n'était pas homme à bri- 



guer quand même une vaine réputation, ne 
résiste pas à ces instances. « Cette foule poussait 
de confuses clameurs; c'était un pêle-mêle gé- 
néral. » Tel est bien, en effet, le peuple ; il suit 
le mouvement qui l'entraîne, comme un feu 
jeté sur la paille. « La plupart ignoraient pour- 
quoi ils s'étaient réunis. Cependant on détacha 
de la foule un homme nommé Alexandre, et les 
Juifs se mirent à le poursuivre. » Dieu le vou- 
lait ainsi pour enlever aux Juifs tout sujet d'op- 
position. Cet homme qu'on poursuivait prit la 
parole; entendez ce qu'il dit : a Alexandre ayant 
demandé qu'on fit silence par un geste, voulait 
se justifier devant le peuple. Dès qu'on sut qu'il 
était Juif, un cri unanime se fit entendre, et ce 
cri fut répété presque deux heures de temps : 
Vive la grande Diane des Ephésiens. » Véritable 
enfantillage qu'une telle conduite ; ils ne cessent 
de crier comme s'ils craignaient que leur culte 
fut détruit. Paul était à Ephèse depuis deux 
ans ; combien de païens ne s'y trouvait-il pas 
encore ? « Cependant le chef de la ville ayant 
calmé le peuple, dit : Ephésiens, qui ne sait que 
notre cité honore d'un culte spécial la grande 
Diane et la race de Jupiter ? » Ces paroles apai- 
sèrent la foule, a Et la race de Jupiter. » Qu'en- 
tend-il par là? On ne le sait pas précisément. Y 
avait-il un culte particulier en l'honneur de Ju- 
piter? La statue de Diane était-elle regardée 
comme l'œuvre de Jupiter, et non comme faite 
demain d'homme? Les Ephésiens avaient-ils 
une autre idole à qui s'appliquât cette appella- 
tion? Toutes ces suppositions sont permises. 
«Puis donc qu'on ne peut le nier, apaisez- 
vous, et n'agissez pas inconsidérément. Car ces 
hommes que vous avez amenés ne sont pas cou- 
pables de sacrilège, ni de blasphème contre 
votre déesse. » C'est donc un pur mensonge; 
mais il veut calmer le peuple, et c'est pour cela 
qu'il parle ainsi, « Démétrius et les artisans qui 
sont avec lui ont-ils à se plaindre de quelqu'un, 
voici que les jours où l'on rend la justice arri- 
vent, et nous avons des proconsuls ; qu'ils expo- 
sent leurs griefs. Si vous avez encore une autre 
question à résoudre, cela pourra se terminer 
dans une assemblée légitime. Nous risquerions 
aujourd'hui d'être traités de séditieux, puisque 



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HOMÉLIE XLII. 



443 



nous ne salirions donner une juste raison de ce 
rassemblement. S'étant ainsi exprimé, il ren- 
voya l'assemblée. » Il parle d'assemblée légi- 
time, parce que d'après la loi il y avait chaque 
mois trois réunions. Le rassemblement présent 
était donc illégal. Puis il a recours à l'intimi- 
dation, et voilà pourquoi cette menace : « Nous 
risquerions d'être traités de séditieux. » 

Mais reprenons : « Après cela, Paul résolut 
par l'Esprit de Dieu d'aller à Jérusalem en pas- 
sant par la Macédoine et l'Achaïe. » Loin de lui 
les mobiles humains ; c'est l'Esprit qui le guide 
et qui le détermine à s'en aller. Tel est le sens 
de ce mot : « Il résolut. » Pourquoi se fait-il 
précéder de Timothée et d'Eraste?Il ne le dit 
pas; seulement cette décision est aussi comprise 
dans ce terme : « par l'Esprit. » — « C'est pour- 
quoi, ne pouvant plus longtemps demeurer sans 
nouvelles, il nous plut de demeurer seul à 
Athènes. » I Thessal, m, 1. Il envoie devant 
lui deux de ses disciples pour faire annoncer 
son arrivée et lui préparer les voies. Pour lui, 
il demeure encore en Asie, et son séjour pro- 
longé en ce pays se comprend; les philosophes 
y étaient nombreux. Il les voyait souvent, il les 
haranguait; car leur superstition était grande, 
a Or, un certain Démétrius, orfèvre, ayant 
rétini les ouvriers de sa profession leur dit : 
Vous savez, mes amis, par ce que vous voyez ou 
par ce que vous entendez (c'était une chose ma- 
nifeste), que ce Paul persuade et détourne une 
grande multitude. » Il n'a donc pas recours à la 
violence, cet homme qui gagne les cœurs, et 
c'est ainsi qu'Ephèse doit être persuadée. Dé- 
métrius va plus loin, et ceci est bien capable de 
les toucher : « Il enseigne que les œuvres des 
hommes ne sont pas des dieux. » Qu'est-ce à 
dire? Il ruine notre industrie. Mais qui sait? 
S'ils prennent le temps de se dire que, si un 
homme seul a un tel pouvoir, ils pourront bien 
comprendre qu'il le faut écouter. Démétrius le 
pressent, et il dit : « Diane, que toute l'Asie et 
le monde . entier vénèrent. » Ils pensaient par 
ces propos s'opposer à l'Esprit divin, vu la lé- 
gèreté des Gentils. — Notre état, dit-il, est notre 
fortune. — Si vous tirez tant de profit de votre 
état, comment un homme obscur a-t-il une telle 



puissance de persuasion? Gomment a-t-il pu 
prévaloir contre une coutume si invétérée? Qu'a- 
t-il fait? Qu'a-t-il dit? Non, ce n'est pas ici l'œu- 
vre de Paul, ni d'un homme ! Et pour cela, il 
lui a suffi de cette simple parole : « Ce ne sont 
point des dieux ! » Une religion si facilement 
surprise devait être dès longtemps condamnée; 
sérieuse et forte, elle eût offert plus de résis- 
tance. « Or, non-seulement nous avons à crain- 
dre pour notre art... » Il ajoute ces paroles, et 
semble faire pressentir une plus grande énor- 
mité. « Sur quoi ils furent remplis de fureur et 
s'écrièrent : Elle est grande la Diane des Ephé- 
siens. » Chaque cité avait ses dieux, et tels 
étaient les sentiments des Ephésiens, qu'ils 
croyaient par leurs cris relever le culte de leur 
divinité et revenir sur ce qui avait été fait. 

3. Voyez le désordre de cette multitude! 
a Paul voulait aller parmi le peuple ameuté; 
mais ses disciples s'y opposèrent. » Il voulait 
haranguer la foule; car il recherchait les persé- 
cutions, qui lui permettaient de prêcher sa doc- 
trine ; les disciple? mettaient obstacle à ses dé- 
sirs. Admirez cette généreuse prévoyance. Dès Généreuse 
le principe ils l'avaient conduit à l'écart, de de?d°ïd P te. 
peur qu'il ne reçût un coup mortel, quoiqu'ils ^J^p^ 6 
l'eussent entendu leur dire qu'il lui fallait aller 
à Rome. On voit bien après cela pourquoi Paul 
avait prédit son voyage : il voulait que les dis- 
ciples ne se troublassent pas de ce qui se passait. 
Eux n'auraient pas voulu qu'il souffrît le moindre 
mal. « Et quelques-uns des chefs de l'Asie le 
conjuraient de ne point entrer au théâtre. » 
Connaissant # son ardeur, ils le supplient et le 
conjurent : manifestation éclatante de l'amour 
des fidèles pour lui. 

Pourquoi, direz-vous, Alexandre demanda-t- 
il à se justifier? Etait-il accusé? — Non, sans 
doute ; mais l'occasion se présentait de ruiner 
les projets des pervers et d'apaiser le peuple, et 
il la saisissait. Avez- vous vu cette tempête fu- 
rieuse? Eh bien, le chef de la ville eut une 
bonne inspiration en s'écriant : « Qui ne con- 
naît la cité d'Ephèse? » Il va d'abord à l'objet 
de leur crainte, comme s'il disait : N'honorez- 
vous point cette déesse? Une dit pas : Qui ne 
connaît Diane? mais bien, et notre cité, » pour 



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144 HOMÉLIES SUR LES il 

mieux dissiper le tumulte, a Nul ne pouvant dire 
le contraire, vous devez vous calmer. » Il leur 
reproche leur conduite. Quoi donc ! semble -t- il 
leur dire, pourquoi agir comme si cela était en 
question? Vos violences retombent sur votre 
divinité. Ces hommes voulaient, sous prétexte 
de religion, augmenter leurs bénéfices. Il les 
presse ensuite, quoique avec ménagement, et 
les convainc qu'ils se sont rassemblés sans mo- 
tif. « Prenez garde, dit-il, d'agir inconsidéré- 
ment. » Les voilà donc accusés de précipitation 
et d'imprévoyance, a Si Démétrius et ceux qui 
sont avec lui ont à se plaindre de quelqu'un, 
nous avons des proconsuls. » Par là il les accuse 
encore et montre qu'il ne faut pas élever dans 
une assemblée publique des accusations person- 
nelles. Enfin, il porte au comble leur angoisse 
par ces dernières paroles : « Nous risquons fort 
d'être condamnés; car nous n'avons pas une 
raison suffisante pour justifier ce rassemble- 
ment. » Quelle prudence et quelle sagesse chez 
des infidèles! A ces mots la fureur de la multi- 
tude tomba; elle s'éteint aussi facilement qu'elle 
s'allume. « Après ce discours, il congédia l'as- 
semblée. » 

C'est ainsi que Dieu permet que nous soyons 
tentés. L'épreuve est entre ses mains un moyen 
d'exciter ses disciples, de les rendre plus vigi- 
lants et plus généreux. Ne nous laissons donc 
pas effrayer par les tentations. Dieu nous don- 
L'amiction nera d'en triompher. Rien ne rapproche et 
lM n'unit les cœurs comme l'affliction : rien ne lie 
et ne resserre davantage les âmes des fidèles ; 
rien ne nous permet autant de nous faire écou- 
ter. Parlez à un auditeur paisible, insouciant, 
plongé dans la mollesse, il vous entendra sans 
attention ; supposez-le dans le chagrin et dans 
une position difficile, il est tout oreilles pour 
recevoir vos conseils. Une àme en peine demande 
à tous des consolations, et celles que la parole 
apporte avec elle ont bien leur valeur. — Mais 
alors, direz-vous, que pensez-vous des Juifs? 
Pourquoi, malgré leurs revers, trouvaient-ils 
dans leur pusillanimité un obstacle à entendre 
la parole? — Ah 1 c'est qu'ils étaient Juifs, et 
partant faibles et grossiers. D'ailleurs l'affliction 
qu'ils enduraient était grande , et nous n 'en- 



CTES DES APOTRES. 

tendons parler que d'une épreuve ordinaire. 
Voyez donc, ils espéraient être délivrés des 
maux qui les assiégeaient, et voilà qu'ils en 
rencontrent une multitude de plus durs, ce qui 
ne contribuait pas peu à jeter les cœurs dans la 
tristesse. Les chagrins nous détachent du monde; 
ils nous font soupirer après la mort, ils arrachent 
de nos âmes l'amour de notre corps. Or, la 
sagesse ne consiste-t-elle pas surtout à n'être 
pas trop attaché à la vie présente ? Une àme 
affligée ne soupire pas après beaucoup de 
choses : un peu de pain et de repos, voilà tout 
ce qu'elle demande ; et, ne dût-elle rien trouver 
après, elle désire se séparer des choses présentes. 
De même qu'un corps souffrant et malheureux, 
laissant de côté le plaisir et la bonne chère, ne 
demande que la tranquillité; de même l'âme 
brisée par la douleur n'a d'autre ambition que 
de goûter bientôt la paix et le calme. La frayeur, 
le trouble, l'orgueil, tel est le sort de l'àme qui 
vit dans la mollesse; l'àme éprouvée, au con- 
traire, n'ayant rien à désirer ni rien à craindre, 
se concentre en elle-même dans son humilité ; 
c'est la condition de l'homme et de l'enfant : 
celle-là est plus pesante, celle-ci plus légère. Or, 
une chose légère qui tombe au fond de l'eau 
revient à la surface, et cette âme, rencontrant 
une grande joie, s'y dérobe et l'évite. Le plaisir 
immodéré devient pour nos âmes l'occasion de 
nombreuses fautes. 

Décrivons , si vous le voulez, deux maisons 
différentes, une maison où se célèbre une noce 
et une maison de deuil : pénétrons dans l'une 
et dans l'autre, et voyons quelle est la meilleure. 
Dans la maison en fête, entendez ces paroles 
obscènes et ces rires désordonnés : voyez ces 
pas inconvenants, regardez ces vêtements sans 
pudeur, cette tenue immodeste, ces gestes in- 
sensés et lascifs ; rien autre chose que le rire 
et la moquerie. A Dieu ne plaise que j'entende 
parler des noces elles-mêmes, j'ai en vue seule- 
ment ce qui accompagne les noces. La nature 
alors est en orgie ; les hommes y deviennent des 
brutes, ceux-ci hennissent comme des chevaux, 
et ceux-là ruent comme des ânes ; c'est un 
abandon général, une confusion universelle; 
rien de grave, rien de généreux ; une pompe 



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HOMÉLIE XLII. 



145 



extravagante et vraiment diabolique ; des cym- 
bales, des flûtes, des chants qui respirent la for- 
nication et l'adultère. Oh ! qu'il en est autre- 
ment dans la maison du deuil ! ici tout est bien ; 
le silence, le repos, le calme assurent la décence 
et l'ordre ; les paroles qu'on y dit sont marquées* 
au coin de la sagesse, et, chose étrange, les 
hommes ne sont pas seuls à philosopher, les 
serviteurs et les femmes s'y montrent dignes 
d'eux. Tels sont les effets de la tristesse. Tout 
en voulant consoler celui qui souffre, on pro- 
nonce des sentences très-sages ; on conjure le 
ciel de mettre un terme aux épreuves des mai- 
heureux ; on y donne à l'affligé de nombreuses 
consolations ; on y fait souvent mention de ceux 
qui se trouvent dans les mêmes épreuves. Qu'est- 
ce, en effet, que l'homme ? H est bon de nous 
rendre compte de ce que nous sommes. 

4. Encore une fois, que sommes-nous? Ce 
que nous sommes ne fait que démontrer le néant 
de notre être, nous rappeler les choses à venir 
et le jugement. Chacun donc s'en retourne chez 
soi, celui qui vient du festin, tout triste de son 
insuccès ; celui sur qui s'est abattue l'infortune, 
tranquille et heureux de n'avoir rien éprouvé 
de pareil, toute ardeur étant d'ailleurs calmée 
en lui. Mais quoi I Voulez-vous que nous com- 
parions les prisons aux théâtres, qui sont, les 
unes le lieu de la douleur, les autres le lieu du 
plaisir? Eh bien, voyons ce que sont les prisons 
et les théâtres. Admirez la sagesse qui règne 
dans les prisons ; le chagrin ne marche jamais 
sans la sagesse. Cet homme avait été riche et 
son orgueil était insupportable ; voyez mainte- 
nant : le premier venu peut lui parler, il l'écou- 
tera ; la crainte et la douleur, comme un feu 
dévorant, sont tombées sur son âme et ont 
amolli sa dureté ; il sortira de sa solitude plus 
humble et moins emporté ; comprenant les vi- 
cissitudes des choses du siècle, il sera courageux 
- et fort en toute circonstance. Au théâtre, quel 
spectacle différent 1 Le rire, l'indolence, une 
pompe diabolique, un laisser-aller général, la 
perte du temps, une dépense inutile de vie, 
l'apparat de la plus vaine concupiscence, la con- 
templation de l'adultère, une école de prostitu- 
tion, une institution d'intempérance, l'encoura- 

TOM* YIU. 



gement à la débauche, l'occasion d'une joie 
insensée, l'exemple des plus honteuses passions; 
voilà le théâtre ! Oh ! que la prison est supé- 
rieure ! On y trouve l'humilité, un encourage- 
ment à la sagesse, un aiguillon pour la vertu, 
le mépris des choses du temps : les biens de la 
terre y sont sainement appréciés et méprisés, et 
la crainte, veillant à côté du prisonnier comme 
un maître près de l'enfant, l'élève pour toutes 
les grandes choses. 

Mais examinons les mêmes lieux sous d'autres 
rapports. Je suppose que vous rencontriez à la 
fois un homme venant du théâtre, et un autre 
sortant de la prison ; vous verrez dans l'âme du 
premier le dégoût, l'agitation et toutes les mar- 
ques de la servitude, tandis que celle du second 
vous apparaîtra tranquille, heureuse et libre. Et 
cela se comprend. Au théâtre, on s'est mis sous 
le charme des amours qui s'étalent, et peu à peu 
on s'est laissé entourer de chaînes plus dures 
que le fer : ces lieux eux-mêmes, les paroles, les 
gestes ! Au sortir de la prison, on se sent libre 
de toute entrave, et la comparaison de sa propre 
condition avec celle des autres fait qu'on se 
persuade ne rien souffrir. Le prisonnier, délivré 
de ses chaînes, estimera sa liberté une véritable 
récompense ; il méprisera les choses humaines ; 
il verra beaucoup de riches dans le malheur, 
enchaînés et liés malgré leur fortune et leur 
puissance. Ayant été victime de Tin justice, il 
supportera son sort. Que d'exemples n'aura-t-il 
pas d'une pareille destinée? Il se souviendra du 
jugement à venir, et il frissonnera d'horreur à 
la pensée de la destinée future. De même que le 
captif est doux envers tout le monde ; de même, 
à la pensée du jugement et du grand jour, les 
hommes seront meilleurs pour leur femme, leurs 
enfants, leurs serviteurs. Le théâtre laisse dans 
l'âme de tout autres impressions. En sortant, 
l'homme verra avec déplaisir sa femme légitime ; 
il sera dur envers ses serviteurs, sans pitié pour 
ses enfants, irrité contre tous. De combien de 
maux le théâtre n'est-il pas la source? Encore 
ne les connaissons- nous qu'en partie. Si vous 
n'êtes pas trop fatigués, examinons ces lieux du 
rire, je veux parler de ces salles de festins où 
abondent, avec toute sorte de délices, les 

10 



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146 HOMÉLIES SUR LES 

parasites et les flatteurs ; et jetons ensuite les 
yeux sur ces autres endroits où sont réunis les 
boiteux et les estropiés. Là, l'ivresse, le plaisir, 
la plus grande dissolution ; ici, les choses op- 
posées. Et le corps, n'est-ce pas quand il est 
gras et replet qu'il devient plus facilement ma- 
lade ? Un corps plus châtié résiste davantage. 
Mais continuons encore et rendons la démons- 
tration plus saisissante. Prenez un corps vigou- 
reux, au sang abondant, aux chairs pleines et 
fortes ; un peu de nourriture suffit à lui donner 
la fièvre, s'il ne s'agite pas. En voici un autre, 
livré tour à tour aux angoisses de la faim et de 
la tristesse; la maladie a plus de peine à le 
saisir et à l'abattre. Un sang abondant, quelque 
pur qu'il soit, engendre souvent beaucoup de 
maladies : plus rare et moins fort, on le guérit 
plus facilement. Ainsi en est-il de nos âmes : 
dans le repos et les délices, tout les porte au 
péché, elles sont à deux pas de l'orgueil, de la 
volupté, de la vaine gloire, de l'envie, des dan- 
gers et des séductions ; dans les chagrins et la 
tempérance, au contraire, elles échappent à tous 
les entraînements. 

Voyez notre grande cité. D'où viennent donc 
tous ses maux? N'est-ce pas des riches et des 
gens heureux? Qui traîne-t-on devant les tribu- 
naux? Qui abuse de la fortune? Sont-ce les 
malheureux et les pauvres, ou les puissants et 
les hommes de plaisir? Rien de mauvais ne 
peut sortir d'une àme qui est dans l'adversité. 
Paul connut les avantages de l'adversité, et c'est 
pourquoi il s'écrie : « L'affliction produit la pa- 
tience; la patience, l'épreuve; l'épreuve, l'espé- 
rance ; et l'espérance n'est point trompeuse. » 
Rom., v, 3-5. Donc, pas d'abattement dans les 
chagrins. En toute circonstance, louons Dieu, 
afin de tirer profit de nos épreuves, et d'obtenir 
l'approbation de celui par qui toute tristesse 
arrive. La tribulation e$t un grand bien ; consi- 
dérez les enfants, qu'apprennent-ils s'ils ne 
sont châtiés? Or, nous avons encore plus besoin 
qu'eux de châtiments! Si, par ces épreuves, 
quand elles sont passées, ces jeunes cœurs de- 
viennent capables de fleurir, combien plus 
nous-mêmes, qui en supportons de plus nom- 
breuses et de plus graves? Et les maîtres, ne 



CTES DES APOTRES. 

nous sont-ils pas autrement utiles qu'aux en- 
fants? Que sont les fautes des enfants à côté des 
nôtres? Notre maître, c'est la tribulation. Ne la 
repoussons donc pas, et supportons-la coura- 
geusement, puisqu'elle est la source de biens 
innombrables, et nous jouirons de la grâce de 
Dieu et des biens qu'il promet à ceux qui l'ai- 
ment, dans le Christ Jésus Notre-Seigneur, à 
qui gloire, puissance, honneur, en même temps 
qu'au Père et au Saint-Esprit, maintenant et 
toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi 
soit-il. 



HOMÉLIE XLffl. 

« Cependant le tumulte ayant cessé , Paul appela les 
disciples, et, les ayant salués, il partit pour la Macé- 
doine. » 

1. Après un si grand tumulte, on avait besoin 
de grandes consolations. Paul s'en préoccupe, 
et, afin de consoler les disciples, il passe en 
Macédoine, puis de là en Grèce. Et de fait, en- 
tendez s'il réussit à ramener dans leur àme la 
paix et le bonheur. « Il parcourut donc cette 
contrée, exhorta plusieurs fois les fidèles, et 
vint en Grèce. Quand il y eut demeuré trois 
mois, les Juifs, lui ayant dressé des embûches 
pour s'opposer à sa navigation vers la Syrie, 
il résolut de revenir par la Macédoine. Sopater 
de Bérée l'accompagna jusqu'en Asie, ainsi 
qu'Aristarque et Second de Thessalonique, 
Gaïus de Derbé et Timothée, Tychique et Tro- 
phime, tous deux d'Asie. Ceux-ci, nous ayant 
précédés, nous attendirent en Troade. » Paul 
est livré à une nouvelle persécution de la part 
des Juifs, et passe ensuite en Macédoine. Mais 
pourquoi est-il fait mention de Timothée, comme 
étant de Thessalonique? Les Actes ne le disent 
pas; ils se contentent de dire : Ceux-ci le précé- 
dèrent en Troade, lui préparant les voies. 
« Nous nous embarquâmes donc à Philippes, 
après la fête des Azymes, et nous vînmes en 
cinq jours vers eux en Troade, où nous demeu- 
râmes sept jours. » 11 choisissait de préférence 
les jours de grande fête pour passer dans les 
grandes villes. Il s'embarque donc à Philippes, 



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HOMÉLIE XLRI. 



147 



où s'étaient passés les événements qui l'avaient sont plus trop étroits; nous n'avons plus d'obs- 
conduit en prison. Pour la troisième fois il vint tacles, et nous ne sommes plus attentifs I Chose 
en Macédoine et rendit témoignage aux Philip- admirable, un adolescent n'était pas l'esclave de 
piens, ce qui lui fit prolonger son séjour en ce la paresse; il demeura malgré le besoin pres- 
pays. a Or, le premier jour de la semaine, sant de sommeil, et ne s'arrêta pas à la pensée 
comme nous étions réunis pour rompre le pain, de la chute à laquelle il était exposé. S'il tomba 
Paul, devant partir, disputa avec eux, et pro- endormant, ne vous en scandalisez pas; car il 
longea son discours à une heure avancée de la avait cédé plutôt à un besoin de sa nature 
nuit. » Tout dans la vie de Paul convergeait qu'aux sollicitations de la mollesse. Quel em- 
vers la prédication. G'était un dimanche, et le pressement! quelle ardeur chez ces premiers 
jour de Pentecôte; cependant il prolongea son fidèles! Voyez, il se réunissent à un troisième 
discours jusqu'au milieu de la nuit, tant était étage, n'ayant pas encore de temple 1 « Ne vous 
grand son désir de sauver les disciples. La nuit troublez pas, dit-il, la vie est encore en cet 
n'arrêtait pas son ardeur, qui devenait plus homme. » Il ne dit pas : Il ressuscitera, je 
vive à l'heure du repos. Longtemps après l'heure lui rendrai la vie; mais seulement : « Ne vous 
du repos, il parlait encore ; mais le démon trou- troublez point. » Quelle bonté 1 quelle simplicité 
bla la fête, sans prévaloir toutefois, par un évé- touchante I « Et, remontant ensuite, il rompit 
nement imprévu. Un jeune homme qui l'écou- le pain et mangea. » Le discours, un moment 
tait s'endormit et tomba. Voici comment l'écri- interrompu, fut ensuite repris. Voyez-vous la 
vain sacré raconte cet aceident : a II y avait frugalité de ce repas? «Ayantmangé, il continua 
dans la salle où nous étions réunis un grand de prêcher jusqu'au matin, et partit. » Quelle 
nombre de lampes. Or, un jeune homme nommé nuit admirablement passée ! En sortant de cette 
Eutyque, qui était assis sur une fenêtre, s'en- table si sobrement servie, les disciples n'étaient 
dormit, et, commePaulparialongtemps, il tomba, pas surchargés et pouvaient encore entendre la 
dans son sommeil, du troisième étage sur le sol. prédication. Mais nous, en quoi différons-nous 
On le releva mort. Paul descendit, se cou- des animaux? Ohl que nous sommes loin de 
cha sur lui, et l'ayant embrassé, dit : Ne vous ces exemples ! « Et on ramena le jeune homme 
troublez point, il vit encore. Puis il remonta, et, vivant, ce qui fut pour tous le sujet d'une 
ayant rompu le pain et mangé, il leur parla en- grande consolation. » On était doublement heu- 
core jusqu'au jour ; après quoi il partit. Or, on reux : d'abord, de la conservation de cet infor- 
ramena le jeune homme vivant, et la joie fut tuné ; ensuite, du prodige auquel on la devait, 
grande dans l'assemblée. » a Pour nous, nous étant embarqués, nous fîmes 
Voyez comme la salle était pleine, où les dis- voile vers Assos où nous devions prendre Paul, 
ciples étaient réunis, et la preuve de ce con- selon ses ordres; car il s'était décidé à partir 
cours vraiment admirable, c'est « qu'un jeune par terre. D'Assos nous nous dirigeâmes vers 
homme était assis sur une fenêtre, malgré Mitylène, après avoir pris Paul. » Paul se sé- 
l'heure avancée, pendant la nuit. » 0 sainte ar- pare souvent des disciples. C'est ainsi qu'il part 
deur des fidèles, qu'ètes-vous devenue? Rougis- à pied, tandis qu'eux s'en vont sur un vaisseau ; 
sons de notre indifférence, nous qui ne savons il garde toujours pour lui les charges les plus 
pas même écouter la parole pendant le jour. — pénibles, cédant aux autres les plus faciles. Il 
Mais, direz- vous, c'est que Paul parlait alors, allait à pied, soit pour répandre davantage ses 
— Quoi ! et n'est-ce pas Paul que vous entendez enseignements, soit pour se rattacher ferme- 
encore? Que parlé -je de Paul? Ni alors, ni ment les disciples, a De là, nous arrivâmes le 
maintenant, ce n'est pas Paul qui parle, c'est le lendemain en face de Ghio ; le jour suivant, nous 
Christ, et personne n'écoute! Nous n'avons pas touchâmes Samos, et, nous étant arrêtés à Tro- 
de chute à redouter ; ni la faim, ni le sommeil . gyle , nous vînmes un jour après à Milet. » 
,ne luttent contre nous; nos lieux de réunion ne Voyez comme, sous la conduite de Paul, ils 




148 HOMÉLIES SUR LÉS 

se pressent, ils se hâtent, passant près des îles 
sans s'y arrêter, a Paul avait résolu de laisser 
Ephèse de côté, pour ne pas s'attarder en Asie. 
Il voulait, si c'était possible, célébrer la fête de 
Pentecôte à Jérusalem. » 

2. Pourquoi cet empressement? A cause de la 
foule qu'il trouverait réunie, et non à cause de 
la solennité. Tout en montrant aux Juifs sa fi- 
délité à se rendre à leur fête, il voyait des enne- 
mis à ramener, et il se hâtait de venir annoncer 
la parole. Aussi, combien ne fut-il pas récom- 
pensé, tous étant présents? Au reste, il pourvut 
d'une autre façon au soin de l'Eglise d'Ephèse. 
Mais reprenons. « Ayant donc fait ses adieux 
aux disciples, il partit pour la Macédoine, 
exhorta longuement les fidèles et vint en 
Grèce. » Ainsi les gagnait-il, pour ainsi dire, de 
nouveau, et leur donnait-il les consolations 
dont ils avaient besoin. Remarquez qu'en toute 
saint Paul circonstance Paul oublie les prodiges et ne 

comptait tou- , , , , 

jour» sur sa compte que sur la parole. « Pour se rendre par 
co^verUr^" mer en Syrie. » Nous voyons toujours Paul em- 
pressé d'aller en Syrie, et cela, à cause de l'E- 
glise et de Jérusalem ; car il désirait vivement 
organiser toute chose en ce pays. Troade était 
une ville sans importance par elle-même, et, si 
l'Apôtre y séjourna sept jours, c'est qu'elle de- 
vait sans doute contenir un grand nombre de 
chrétiens. Quoiqu'il en soit, ces sept jours pas- 
sèrent rapidement pour son zèle, et la dernière 
nuit, il la passa encore à la prédication; l'Apô- 
tre et les disciples se séparaient les uns des 
autres à regret. « Or, comme nous étions ras- 
semblés pour rompre le pain. » Il commence et 
poursuit son discours, au moment où il paraît 
pressé par la faim ; et il a son but; car les dis- 
ciples, n'étant pas réunis pour entendre la pré- 
dication, mais pour rompre le pain, il put 
poursuivre son discours quand il l'eut com- 
mencé. Voyez comme tous sont admis à la 
table de Paul. S'il a disserté étant assis à table, 
c'est pour nous apprendre en quelle estime su- 
périeure nous devions avoir la vérité. Représen- 
tez-vous cette maison, les lampes qui l'éclairent, 
la foule qui s'y trouve, Paul qui disserte en- 
touré des disciples, les fenêtres occupées par 
des hommes avides d'entendre cette trompette 



ACTES Ï)ES APOTRES. 

éclatante, et de voir ce visage où la grâce rayon- 
nait. 

Qu'étaient ces auditeurs? Et quel plaisir ne 
devaient-ils pas goûter à l'entendre? Mais pour- 
quoi discourir pendant la nuit? Il devait partir 
le lendemain; et les disciples de ce pays ne de- 
vaient plus le revoir, ce qu'il leur tut par mé- 
nagement; le disant seulement à d'autres. Le 
miracle qu'il accomplit grava profondément 
dans leur mémoire le souvenir de cette nuit 
heureuse. Les discours de l'Apôtre charmaient 
ceux qui les entendaient. Un moment inter- 
rompus, ils furent écoutés avec un nouveau 
plaisir, et l'accident qui les suspendit tourna à 
la gloire du docteur. D'ailleurs , quel exemple 
que celui de cet infortuné qui meurt pour avoir 
voulu entendre Paul ! qu'il condamne bien 
notre indifférence! Et cette mention des dé- 
marches de Paul et des disciples, et cette énumé- 
ration des lieux d'où ils viennent, de ceux où 
ils vont, où ils s'arrêtent, et de ceux qu'ils ne 
visitent pas, pourquoi, dans quel but la faire? 
Afin de montrer la sagesse de Paul, soit qu'il 
ralentisse sa navigation, soit qu'il passe devant 
certaine ville sans s'arrêter, a II avait décidé de 
ne pas s'arrêter à Ephèse, afin d'arriver sans re- 
tard en Asie. » C'était une résolution très-sage ; - 
car, venant à Ephèse, il y aurait séjourné, ne 
voulant pas contrister les disciples qui l'eussent 
certainement supplié de demeurer parmi eux. 
S'il ne s'arrêta pas, c'est ou bien par ce 
motif de délicatesse, ou bien parce qu'il voulait 
marcher rapidement à son but. « Il se hâtait, 
en effet, afin de pouvoir, si c'était possible, cé- 
lébrer la fête de Pentecôte à Jérusalem. » Il ne 
pouvait donc pas s'attarder en route. Voyez-le 
s'agiter, soupirer et se presser par des motifs 
humains, et souvent ne pas atteindre ce qu'il 
désire. Tout cela nous fait voir qu'il n'y avait 
rien là de supérieur à la nature. Les saints 
et ces grands hommes étaient semblables à 
nous; mais il n'en était pas ainsi de leur 
volonté, et c'est pourquoi ils attiraient souvent 
la grâce. Aussi que de vertus ne font-ils pas 
éclater? Entendez Paul s'écrier : a Nous pre- 
nons garde de ne donner du scandale à personne, 
afin que notre ministère ne soit pas blâmé. » 



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HOMÉLIE XLI1L 



149 



Il Cor, y vi, 3. Quelle condescendance et quelle 
vie irréprochable! Etre arrivé au faite de la 
vertu, et donner l'exemple d'une profonde hu- 
milité, voilà la sagesse! Ecoutez comme cet 
homme qui avait dépassé tous les conseils du 
Christ se fait humble et petit. « Je me suis fait 
tout à tous, dit-il, pour les sauver tous. » I Cor,, 
ix, 22. Il court encore un danger, comme il le 
dit ailleurs : a Dans une grande patience, 
dans les tribulations , dans les nécessités, dans 
les angoisses, sous les coups, dans les prisons. » 
II Cor. y vi, 4-5. Il brûle aussi pour le Christ 
d'un ardent amour. Sans cet amour, tout lui 
eût été inutile, et ses prédications , et sa vie si 
pure, et ses périls, a Qui est faible, dit-il, sans 
que je le sois avec lui? Qui est scandalisé, sans 
que je m'enflamme? » II Cor., xi, 29. 

3. Je vous en conjure donc, appliquons-nous 
ces paroles et ne reculons pas quand il s'agit de 
nos frères, devant les plus grands dangers. De- 
vant le fer et le feu ne tremblez pas ; livrez-vous, 
mon bien-aimé, à l'un et à l'autre, afin de sau- 
ver le prochain. Courage, pas de faiblesse. 
N'ètes-vous pas le disciple du Christ, qui voulut 
mourir pour ses frères? N'ètes-vous pas le con- 
disciple de Paul, qui souffrit mille maux pour 
ses persécuteurs et ses ennemis? Encore une 
fois, courage ! Imitez Moïse. Il fut témoin d'une 
scène d'injustice, et prit en main la cause de 
l'innocent ; il méprisa le faste et les douceurs 
de la cour, et s'en alla à cause des affligés loin 
de sa maison et de ses proches, dans l'exil et la 
solitude ; il vécut longtemps sur la terre étran- 
gère, sans se reprocher sa conduite, sans se dire : 
Qu'est-ce donc? J'ai fait le sacrifice de la 
royauté; j'ai renoncé aux honneurs et à la 
gloire ; j'ai pris en main la cause des malheu- 
reux, et voilà que Dieu m'a oublié ! Non-seule- 
ment il ne m'a pas rendu ma position pretnière, 
mais depuis quarante ans il me condamne à 
vivre sur un sol étranger. C'est bien, je n'ai pas 
reçu de récompense. — Rien de tout cela ne lui 
vient à la pensée, ni sur les lèvres. Ainsi devez- 
vous faire vous-même. Si vous souffrez en fai- 
sant du bien, et si votre mal se prolonge, 
ne vous en étonnez pas , ne vous en troublez 
pas; Dieu vous donnera la récompense que 



vous méritez. Plus il tarde à vous l'accorder , 
plus elle sera belle. Soyons bons et com- 
patissants ; n'ayons ni dureté ni raideur dans 
nos âmes. Vous êtes impuissant à agir et 
à soulager le malheureux , pleurez sur lui, in- 
téressez-vous à lui et gémissez de ce qui se 
passe, vous en retirerez votre avantage. Si nous 
devons compatir à ceux que Dieu châtie, com- 
bien plus aux victimes de l'injustice des hom- 
mes? « Us ne venaient pas pleurer sur la mai- 
son d'Ainan, leur voisine, » est-il écrit; Mich. 9 
I, il ; et ailleurs : ails seront punis parce qu'ils 
ont édifié pour la dérision. » Ezéchiel reproche 
aux Juifs la dureté de leur cœur. — Que dites- 
vous, ô prophète? Dieu frappe, et il me serait 
permis de prendre part à la douleur des vic- 
times? — Sans doute; ainsi l'entend celui qui 
punit, et qui, en punissant, s'attriste bien plus 
qu'il ne se réjouit. Puis donc que le juge gémit 
des coups qu'il frappe, n'en soyez pas heureux. 

— Mais, direz-vous, pourquoi pleurer devant 
les coups de la justice? — C'est précisément 
parce que vos frères ont été jugés dignes d'un 
tel supplice qu'il faut les plaindre. Voyons, dites- 
moi, quand on brûle un de vos enfants ou qu'on 
tranche ses chairs, ètes-vous gai ou triste? Ah ! 
vous êtes dans l'angoisse, et vous ne dites pas : 
Pourquoi m'attrister? Il souffre, mais c'est pour 
son bien ; l'action du feu ou du fer va le guérir. 

— Non, avant même que la souffrance l'ait ga- 
gné, ses seuls cris suffisent à vous fendre le cœur, 
et l'espoir de sa guérison ne vous rassure pas 
entièrement. Ne raisonnons pas autrement en- 
vers les victimes de la justice divine ; quelque 
salutaires que puissent leur être leurs maux, 
plaignons-les, entourons-les d'une tendre solli- 
citude et d'une paternelle affection. Sans doute, 
leurs douleurs sont des châtiments venant de 
Dieu; mais nous devons pleurer sur les fautes 
qui les ont mérités. Si c'est en vue de la gloire 
que l'on souffre, comme Pierre et Paul, oh! 
alors, pas de larmes ni de tristesse ; gardez vos 
pleurs et votre compassion pour ceux qui sont 
justement punis. C'étaient là les sentiments des 
prophètes, et c'est pourquoi l'un d'eux s'écriait : 
«Hélas! Seigneur, perdrez-vous ce qui reste 
du peuple d'Israél? » Ezech., ix, 8. 



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450 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



Nous sommes souvent témoins du supplice 
des parricides et des meurtriers, et ce n'est ja- 
mais sans tristesse et sans horreur. Pas de phi- 
soyons mi- losophie exagérée ! Soyons miséricordieux, afin 
^ar°obientr d'obtenir miséricorde. Rien de comparable à 
miséricorde. ver t u , rien de plus conforme à la nature 
et au cœur de l'homme. Voilà pourquoi les lois 
donnent toute liberté au bourreau; la ven- 
geance du juge expire quand la sentence est 
prononcée, l'exécution en est confiée au bour- 
reau. Quelque juste que puisse être un châti- 
ment, il appartient au sage de le faire infliger 
par un autre. Voyez Dieu, qui ne punit pas par 
lui-même, mais par ses anges. — Quoi donc 1 
les anges seraient-ils des bourreaux? — Non 
certes ; ils sont des puissances vengeresses. Les 
anges furent les ministres de la colère divine à 
l'égard de Sodome et de l'Egypte. « Dieu exerce 
sa justice par les anges mauvais. » Psalm. 
lxxvii, 49. Mais il'sauve par lui-même, et c'est 
ainsi qu'il a envoyé son Fils pour le salut du 
monde. Il est encore écrit : a Alors [Dieu dira 
à ses anges : Rassemblez ceux qui commettent 
l'iniquité et jetez-les dans la^fournaise du feu. » 
Matth., xni, 41-42. Quant aux justes, Dieu les 
traite autrement : a Celui qui [vous reçoit me 
reçoit. » Matth., x, 40. « Liez-lui les mains et 
les pieds, est-il dit ailleurs, et jetez-le dans les 
ténèbres extérieures. » Ibid., xxn, 13. C'est aux 
serviteurs que s'adresse cet ordre. Mais, s'il est 
question de^bienfaits, il les accorde lui-même; 
lui-même il appelle ses élus : a Venez, dit-il, les 
bien-aimés de mon Père, recevez la couronne 
qui vous a été préparée. » Matth., xxv, 34. Il 
parle lui-même à Abraham; -mais il envoie ses 
ministres frapper Sodome, comme un juge qui 
laisse à d'autres le soin d'exécuter ses sentences, 
a Courage, dit-il encore, bon et fidèle serviteur, 
parce que tu as été fidèle dans les petites choses, 
je f établirai sur les grandes. » Matth., xxv, 21. 
Il bénit lui-même le serviteur fidèle ; il fait lier 
par ses ministres le mauvais serviteur. 

Donc, ne nous réjouissons pas au sujet de 
ceux que Dieu frappe et punit; compatissons à 
leurs épreuves, plaignons-les et pleurons sur 
eux, afin de recevoir notre récompense. A côté 
de nous, combien qui sont heureux du malheur 



de leurs frères, alors même qu'il est immérité! 
Laissons-leur cette insensibilité, et soyons tous 
miséricordieux ; et nous recevrons nous-mêmes 
la miséricorde de Dieu, par la grâce et la bonté 
de son Fils unique, à qui gloire, puissance, 
honneur, en même temps qu'au Père et au 
Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans 
les siècles des siècles. Ainsi soit-iL 



HOMÉLIE XLIV. 

« Or, de Milet envoyant à Ephèse, il convoqua les prêtres 
de l'Eglise. Ceux-ci e'étant rendus, il leur dit : Vous 
savez depuis le premier jour que je suis entré en Asie, 
comment j'ai toujours agi avec vous, servant le Seigneur 
en toute humilité et avec larmes, dans les tribulations 
qui m'ont été suscitées par les Juifs. Je ne vous ai rien 
caché de ce qui pouvait vous être utile, rien ne m'ayaot 
empêché de vous l'annoncer et de vous en instruire 
publiquement et dans vos demeures ; exhortant les Juifs 
et les Gentils à revenir à Dieu par la pénitence et à 
croire en Notre- Seigneur Jésus-Christ. » 

1. Paul se hâte de poursuivre sa navigation; 
néanmoins il ne néglige rien, pourvoit i tout, 
convoque les chefs, et s'entretient avec eux. 
Admirez comment, forcé de se louer lui-même, 
il use autant qu'il peut de la plus grande mo- 
destie. De môme que Samuel, au moment de li- 
vrer à Saûl son pouvoir, disait aux Juife : 
a Dieu et vous m'êtes témoins que je n'ai rien 
reçu de vous; » I Reg., xn, 5; de même que 
David, ne pouvant faire croire à ses paroles, 
disait : « Je paissais les brebis de mon père 
dans son troupeau, et je tuais l'ours quand il se 
présentait; » Ibid., xvn, 34-35; Paul dit aux 
Corinthiens : « J'ai été insensé ; mais c'est vous 
qui en êtes cause. » II Cor., xn, 10. Dieu agit 
aussi de la sorte, en ne se bornant pas à parler ; 
quand on ne veut pas le croire, il intervient par 
des bienfaits. Or, que fait Paul? Il en appelle 
d'abord au témoignage de ceux qui l'écoutent, 
et pour se défendre lui-même de l'accusation 
de céder à un sentiment d'orgueil, il les prend 
à témoin de sa véracité. Quelle force pour un 
maître de pouvoir en appeler au témoignage de ses 
disciples ! Et chose admirable, ce ne sont pas ses 
œuvres d'un jour qu'il les appelle à juger, mais 
sa vie de plusieurs années. « Vous savez, dit-il, 

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HOMÉLIE XLIV. 

ce que j'ai été toujours avec vous. » Il veut leur 
donner du courage et les fortifier contre les dé- 
chirements de la séparation et les futures épreu- 
ves, ainsi que nous le lisons de Moïse et de Josué. 
Voyez ce qu'il ajoute : « Vous savez ce que je me 
irais toujours montré avec vous, servant le Sei- 
gneur en toute humilité. » Quoi de plus propre 
à instruire les princes ? « Haïssant la superbe. » 
Par leur position même, ceux-ci ne sont-ils pas 
exposés à tomber dans ce vice? L'humilité, 
comme l'enseignait le Christ, est le fondement 
de tous les biens. « Bienheureux, dit-il, les pau- 
vres d'esprit. » Matth., v, 3. Et non-seulement 
l'Apôtre dit : Avec humilité ; mais : « En toute 
humilité. » Il y p. en effet, plusieurs sortes d'hu- 
milité : il y a l'humilité de la parole et celle de 
l'action ; l'humilité envers les princes et l'hu- 
milité envers les sujets. Voulez-vous que je re- 
trace les diverses espèces d'humilité ? Il y en a 
qui sont humbles envers les humbles, et fiers 
envers les grands : or, ceux-là ne pratiquent pas 
l'humilité. D'autres agissent autrement : ils sont 
humbles et fiers selon les circonstances, avec 
les grands comme avec les petits; et ceux-là 
sont vraiment humbles. Paul devait enseigner 
ces choses ; il ne fallait donc pas qu'on pût l'ac- 
cuser d'arrogance. C'est pourquoi il pose bien 
les bases et écarte de leur esprit jusqu'à l'ombre 
d'un soupçon. Si j'ai toujours agi en toute hu- 
milité, dit-il, ce n'est pas par orgueil que je 
parle. Ensuite il passe à la douceur. « J'ai servi 
le Seigneur avec vous, » dit-il, les associant 
ainsi à ses bonnes œuvres. L'union des œuvres 
est toujours un grand bien. Dès lors Paul par- 
tage avec eux la gloire de ses travaux, et ne re- 
vendique pour lui rien de personnel. — Quoi 
donc ? direz-vous ; mais peut-être se montra-t-il 
arrogant envers Dieu ? — Ah I si c'est là un dé- 
faut trop commun, ce ne fut pas celui de Paul, 
qui usait de tant de condescendance même avec 
ses disciples. Le maître doit par ses bonnes œu- 
vres être le modèle de ceux qu'il instruit. 

Puis vient le tour de son courage; mais il 
n'en parle qu'en passant : « Servant Dieu dans 
les larmes, et les tribulations qui m'ont été sus- 
citées par les Juifs. » Voyez comme il se plaint 
de ce qui s'est passé. C'est son cœur qui semble 



loi 



parler. Il gémit et il pleure sur ceux qui se per- 
dent, sur ceux qui ont mal agi ; car il est heu- 
reux du mal qu'on lui a fait, étant du nombre 
de ceux qui se réjouissent d'avoir été dignes 
d'être méprisés pour le nom de Jésus, « Main- 
tenant, dit-il dans une autre circonstance, je 
me réjouis des maux que je souffre pour vous; » 
Coloss., i, 24 ; et ailleurs : « Les tribulations si 
courtes et si légères de la vie présente produisent 
pour nous le poids éternei d'une incomparable 
gloire. » H Cor., iy, 17. Encore la modestie 
n'est pas étrangère à son langage. Dans la cir- 
constance présente , il fait voir son courage, 
et sa patience encore plus que son courage. Je 
souffrais, semble-t-il dire,, mais je souffrais avec 
vous; et ce qu'il y avait de plus pénible, c'est 
que les Juifs étaient mes persécuteurs. Remar- 
quez ici le double caractère de son apos- 
tolat, le courage et la charité. « Je ne vous ai 
rien caché. » Notez son zèle et son inépuisable 
sollicitude, a Des choses qui pouvaient vous être 
utiles. » Langage extrêmement juste; car il 
était des points qu'il valait mieux passer sous 
silence. Tout cacher eût été de la malveillance; 
tout dire eût été de la légèreté. De là ces paroles : 
« Des choses qui pouvaient vous être utiles. » 
Je ne me suis pas contenté de vous parler, j'ai 
tenu à vous instruire et à vous instruire sérieu- 
sement. Que ce soit là sa pensée, ce qui vient 
après ne permet pas d'en douter : « Publique- 
ment et dans vos demeures. » Aux gentils aussi 
bien qu'à vous j'ai prêché la doctrine. Sa liberté 
sur ce point était pleine et entière. Dussions- 
nous n'obtenir'aucun résultat, il n'en faut pas 
moins parler hautement. Alors surtout nous 
rendons témoignage, quand nous avons affaire 
à des gens qui ne nous écoutent pas : tel est, en 
effet, d'ordinaire, le sens du mot attester, pren- 
dre à témoin, a J'en atteste le ciel et la terre, » 
disait un prophète, a J'attestais aux Juifs et aux 
Gentils, dit ici l'Apôtre, qu'ils devaient offrir à 
Dieu une sincère pénitence. » Dan., iv, 26. 

2. Qu'attestez-vous donc? — La nécessité de 
mettre ordre à leur conduite, de faire pénitence 
et de revenir à Dieu. En vérité, les Juifs ne con- 
naissaient pas Dieu, puisqu'ils ne connaissaient 
pas le Fils, et que ni leur foi, ni leurs œuvres, 

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HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



ne se rapportaient au Seigneur Jésus. — Pour- 
quoi donc ce langage ? pourquoi évoquer ces 
souvenirs ? Qu'est-il donc arrivé ? Qu'avez-vous 
encore à leur reprocher? — Après avoir jeté 
quelque inquiétude dans leur âme, Paul pour- 
suit en ces termes : « Et maintenant voilà que, 
lié par l'Esprit, je vais à Jérusalem, ignorant 
ce qui doit m'arriver en cette ville ; sinon que, 
dans toutes les autres, l'Esprit saint me dit que 
de3 chaînes et des tribulations m'attendent à Jé- 
rusalem. Mais je ne crains rien de tout cela, et 
j'ai moins à cœur de conserver ma vie que de 
consommer avec joie ma course et le ministère 
que j'ai reçu du Seigneur Jésus, pour rendre té- 
moignage à l'Evangile de la grâce de Dieu. » 
Pourquoi s'exprimer de la sorte ? Pour que les 
fidèles se tinssent toujours prêts à tous les dan- 
gers, soit cachés, soit manifestes, et qu'ils obéis- 
sent en toute chose à l'impulsion de l'Esprit. 
Quant à lui, de graves périls lui étaient réservés. 
« Sinon que, dans toutes les villes, l'Esprit saint 
me dit... » Du reste, il va les affronter d'une 
âme libre et joyeuse, il n'y a pour lui ni vio- 
lence ni nécessité. « .... Dans toutes les villes,» 
.dit-il; après quoi il ajoute : a Mais j'ai moins à 
cœur de conserver ma vie que de consommer 
ma course avec ma joie et le ministère de la pa- 
role que j'ai reçu du Seigneur Jésus. » Ce n'est 
pas ainsi que parlerait un homme que contris- 
Modestie terait une perspective semblable. Ce langage est 
d^S^uî. ce ^ d'un ma *t re plein de modestie parlant à 
ses disciples et prenant part à leur peine. Il ne 
dit pas : Nous souffrons, mais : Il faut absolu- 
ment s'y résigner; il ne dit pas non plus: Je 
pense qu'il en doit être ainsi. C'est qu'il cherche 
l'avantage de ceux qui l'écoutent, non sa propre 
gloire, et qu'il leur ensèigne d'une part l'hu- 
milité, de l'autre, la hardiesse et la liberté du 
langage. Je mets ma vie bien au-dessous de ma 
tâche, semble-t-il dire ; consommer ma course, 
rendre témoignage au Sauveur sont pour moi 
choses beaucoup plus précieuses. Il ne parle pas 
davantage de prêcher, d'enseigner. « Rendre 
témoignage à l'Evangile de la grâce de Dieu, » 
voilà l'expression qu'il emploie. Comme il de- 
vait dire péu après : « Je suis innocent du sang 
de vous tous ; » pensée plus pénible à entendre 



énoncer. Il y prépare les esprits et il établit qu'il 
n'a rien à se reprocher. Sur leurs épaules va re- 
tomber tout le fardeau; pour qu'ils n'en soient 
pas trop effrayés, il leur dit : « Et maintenant 
je sais que vous ne verrez plus mon visage. » 
Après quoi il ajoute : a Je suis innocent du sang 
de vous tous. » Un double regret leur était ré- 
servé, celui de ne plus voir son visage, celui 
d'être tous condamnés à ce sacrifice. « Vous ne 
verrez plus mon visage, vous tous au milieu 
desquels j'ai passé prêchant le royaume de 
Dieu. » Je vous prends donc tous à témoin, moi 
que vous ne verrez plus désormais, a que je suis 
innocent du sang de vous tous ; car je n'ai point 
manqué de vous annoncer tous les conseils de 
Dieu, b II jette par ces paroles l'angoisse dans 
leurs âmes déjà bien affligées, bien contristées; 
il leur porte le dernier coup. Sans doute, il était 
nécessaire de le faire, a Car je n'ai point manqué 
de vous annoncer tous les conseils de Dieu. » 
Conséquemment, celui qui ne les annonce pas 
est responsable du sang de son semblable ; c'est 
donc un meurtrier. Quelle effrayante perspec- 
tive ! être coupable d'homicide, si l'on a man- 
qué à ce devoir l Ainsi tout en paraissant plaider 
sa cause, il les pénètre d'épouvante. 

« Veillez donc sur vous-mêmes et sur tout ce 
troupeau dont l'Esprit saint vous a établis évè- 
ques, afin de conduire l'Eglise de Dieu qu'il s'est 
acquise par son propre sang. » Deux prescrip- 
tions sont contenues dans ce texte : il faut d'a- 
bord travailler à l'amendement des autres; mais 
ce n'est pas tout. « Je crains, disait ailleurs 
l'Apôtre, tout en prêchant aux autres, d'être 
moi-même réprouvé. » I Cor., ix, 27. Il fauten 
second lieu ne pas s'occuper exclusivement de 
soi. Lorsqu'on est plein de l'amour de soi, on ne 
pense qu'à ses propres intérêts, et l'on agit 
comme le travailleur qui cherche en creusant 
un filon d'or. Si Paul tient ce langage, ce n'est 
pas que notre salut soit plus précieux que celui 
du troupeau; c'est que le troupeau profite de la 
vigilance que nous exerçons sur nous-mêmes. 
« .... dont l'Esprit saint vous a établis évèques, 
afin de conduire l'Eglise de Dieu. » Que d'obli- 
gations! C'est l'Esprit de Dieu lui-même qui 
vous a consacrés; telle est la signification du 

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HOMÉLIE XLIV. m 

mot « établis; » premier lien : a Afin de con- en présence d'une foule considérable ; toutefois 

duire l'Eglise de Dieu; » second lien: « Qu'il il n'ignorait pas qu'une seule âme mérite la nfrattout 

s'est acquise par son sang ; » troisième lien. Il plus grande sollicitude. Grâce à ses soins, 1' Union saurer une 

s'agit donc d'une œuvre délicate, d'une œuvre la plus parfaite s'établit entre les fidèles. Quant àme ' 

importante, puisque le Seigneur n'a pas dé- à la pensée dfe l'Apôtre dans ce passage, la voici: 

daigné de verser son sang pour l'Eglise, pour Ce que j'ai fait doit suffire ; je suis demeuré 

ses frères que nous dédaignons. Tandis que trois ans parmi vous. Donc vous voilà confir- 

Jésus, pour gagner des ennemis , répand son més dans la foi , qui a poussé dans chacun 

sang, vous ne pouvez même réussir à conserver de profondes racines, a Avec larmes. » Ce sujet 

vos amis. « Je sais fort bien que, après mon dé- mérite donc des larmes. Imitons la conduite de 

part, des loups ravissants entreront parmi vous, l'Apôtre. Le pécheur ne gémit pas; gémissez 

lesquels n'épargneront pas le troupeau. » Il le premier, peut-être en arrivera-t-il à gémir à 

place maintenant sous leurs yeux l'avenir. Ainsi son tour. Quand le malade voit son médecin 

fait-il ailleurs quand il dit : « Nous n'avons pas prendre de la nourriture , il est tenté d'en faire 

& lutter contre la chair et le sang. » Ephes*, vi, de même; ainsi en sera-t-il pour vous. Si vous 

12. « Que des loups ravissants entreront parmi pleurez devant le pécheur, il y sera sensible , il 

vous. » Un double malheur les menace : Paul deviendra lui aussi homme de bien et il se lais- 

ne sera plus avec eux, et, de plus, ils seront en sera toucher. 

butte aux persécutions. — Mais, pourquoi nous « Ne sachant pas ce qui doit arriver de moi, » 
quitter, puisque vous prévoyez un tel avenir ? nous a dit Paul. — Serait-ce là le motif de votre 
— L'Esprit m'entraîne, répond l'Apôtre. départ ? — Ne le croyez pas ; car je sais fort bien 
3. Pesez bien ses expressions. Il ne dit pas que des chaînes et des persécutions m'attendent, 
seulement : a Des loups; » mais : a Desloups ra- Que des persécutions me soient réservées, je ne 
vissants, » dénonçant par le mot ravissants l'au- l'ignore pas; quelles sont ces persécutions, je 
dace et la violence de ces ennemis. Ce qu'il y a l'ignore, et c'est le point le plus délicat. Cepen- 
de plus fâcheux, c'est que ces loups doivent ap- dant ne supposez pas que je m'exprime de la 
paraître au milieu d'eux et sortir de leur rang; sorte avec regret; j'estime ma vie trop peu 
or, c'est un fléau redoutable que celui des divi- pour cela. — Le but de l'Apôtre était de ranimer 
sions intestines. ((Veillez,» terme fort juste. Il est le courage de ses disciples, de les déterminer 
question d'une œuvre importante de l'Eglise, non-seulement à ne pas fuir, mais à tout sup- 
d'une œuvre précieuse; elle a coûté le sang du porter sans crainte. De là ces noms qu'il em- 
Christ, et des guerres multiples et formidables ploie de course et de ministère, de course pour 
vont se déclarer. C'est le sens du passage qui marquer la splendeur de sa vocation , de mi- 
vient après : « Du milieu de vous il s'élèvera nistère, pour en préciser le caractère. Je ne suis 
des hommes qui prêcheront une doctrine per- qu'un serviteur, veut-il dire ; je n'ai pas d'autre 
verse, afin d'attirer des disciples après eux. » titre à revendiquer. C'est une consolation qu'il 
Cette prédiction relative aux loups qui devaient dispense aux siens, afin que ses propres épreuves 
surgir parmi eux, aux prédicateurs de doctrines ne les contristent pas; pourquoi les contriste- 
perverses, ayant pénétré les assistants de ter- raient-elles dès lors qu'il est heureux de les 
reur, Paul ajoute, comme si on lui demandait : affronter? Avant de mettre sous leurs regards 
• Mais alors, que faire, quelle sauvegarde invo- ce qui les attend de pénible, il leur expose ce qui 
quer? a Veillez, vous souvenant que, durant les attend d'avantageux: cela pour ne pas acca- 
trois ans, je n'ai pas cessé jour et nuit d'avertir bler leur àme. Qu'est-ce donc qui les attend de 
.avec larmes chacun de vous. » Quelles circons- pénible? Le voici : « Du milieu d'entre vous il 
tances singulières 1 G'est avec larmes, c'est la s'élèvera des hommes qui prêcheront une doc- 
nuit et le jour, c'est chaque fidèle en particulier, trine perverse. » On pouvait se récrier à ce su- 
Assurément il n'eût rien négligé s'il se fût trouvé jet: Eh quoil vous estimez-vous si fort que, 

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154 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



vous disparaissant, la mort seule soit notre par- 
tage? — Je ne prétends pas que mon absence 
cause ces maux divers; c'est a du milieu de vous 
que ces hommes s'élèveront. » Il ne dit pas, 
én effet: A l'occasion de mon départ; mais : 
« Après mon départ. » Déjà ce fléau s'était ma- 
nifesté, combien plus devait-il se manifester en- 
suite. Paul une fois disparu , pour quel motif 
ces enseignements pervers des novateurs ? a Afin 
d'attirer des disciples après eux. » Les hérésies, 
quelles qu'elles soient, n'ont pas d'autre raison 
d'être. Cependant la consolation n'est pas ou- 
bliée : « Qu'il s'est acquise par son sang. » Ayant 
été payée du sang de Jésus, l'Eglise triomphera 
sûrement. 

« Nuit et jour je n'ai cessé de vous avertir 
avec larmes. » Ce passage nous serait fort juste- 
ment appliqué : bien qu'il soit spécialement 
adressé aux docteurs , il ne concerne pas moins 
les disciples. A quoi bon exhorterais-je, averti- 
rais-je avec larmes le jour et la nuit, si le dis- 
ciple ne m'écoutait pas? Ne croyez pas que votre 
titre de disciple excuse votre attitude de récal- 
citrant. « Je vous prends à témoin, dit l'A- 
pôtre... ; car je n'ai pas manqué de vous an- 
noncer... » Annoncer, enseigner, prêcher, ne 
jamais reculer, exhorter et la nuit et le jour, 
Voilà le devoir du docteur. Si, après cela, nul 
résultat ne se produit, vous savez quelles en 
sont les conséquences. Nouvelle justification de 
l'apôtre du Christ : u Je suis innocent du sang 
de vous tous. » Nous ne sommes pas les seuls 
que ce discours intéresse ; il vous intéresse au- 
tant que nous, et il vous rappelle que vous devez 
écouter nos paroles et ne pas vous retirer de 
l'assemblée. Que pourrai-je faire? Chaque jour 
je m'évertue à vous dire: Eloignez- vous des 
théâtres; on se rit de mes paroles. Renoncez aux 
r {^^ d 9 e e ] e jurements, à l'avarice, je multiplie les avertis- 
jurer- sements; personne ne nous écoute. Vous me 
direz que je ne le fais pas la nuit. Je vou- 
drais bien le faire la nuit; je voudrais bien faire 
retentir ma parole à vos tables, s'il m'était per- 
mis d'embrasser tous ces soins divers et de m'en- 
tretenir avec vous tous. A peine vous convo- 
quons-nous une fois dans la semaine, et, malgré 
cela, vous hésitez à répondre à notre appel; les 



L'orateur 
te déohalne 
contre les 
théâtres et 



uns ne viennent pas, d'autres viennent et ne rem- 
portent aucun profit. Qu'arriverait -il donc si 
nous vous entretenions plus fréquemment? Hélas! 
que faire ! Plusieurs d'entre vous, je ne l'ignore 
pas, nous tournent en ridicule, parce que nous 
revenons sans cesse sur les mêmes sujets ; nous 
n'inspirons que lassitude. Et cependant nous 
n'en sommes pas la cause; c'est vous, les audi- 
teurs. Quand on fait bien, on entend toujours 
avec plaisir les mêmes avis; c'est comme si on 
entendait ses propres louanges. Celui-là seul qui 
ne veut pas bien faire, s'imagine être en butte 
à la malveillance , et il lui suffira d'avoir en- 
tendu les mêmes observations deux fois pour 
croire les avoir entendues un grand nombre de 
fois, « Je suis innocent du sang de vous tous. » 

4. Paul avait le droit de parler ainsi; nous 
n'oserions parler de même, à cause des re- 
proches que nous fait notre conscience. Paul, 
qui était toujours debout et vigilant, qui bra- 
vait toutes les souffrances pour le salut de ses 
disciples, Paul pouvait s'exprimer en ces termes. 
Nous, au contraire, nous emprunterons les pa- 
roles de Moïse : « Le Seigneur est irrité contre 
moi à cause de vous, parce que vous nous en- 
traînez nous aussi dans une infinité de péchés. » 
Deut. y m, 26. Comment vous voir ne faire aucun 
progrès et ne pas être abattu, et ne pas nous 
sentir abandonné par la plus grande partie de 
nos forces? Qu'est-il, en effet, arrivé? Par la 
grâce de Dieu, nous aussi depuis trois ans nous 
ne cessons de vous adresser nos exhortations, 
non point le jour et la nuit, mais quelquefois 
de trois en trois jours , quelquefois de sept en 
sept jours. Qu'arrive-t-il encore ? Nous mettons 
en œuvre les réprimandes, les observations, les 
pleurs, pleurs de l'âme, sinon des yeux, pleurs 
beaucoup plus amers; car les pleurs des yeux 
soulagent bien souvent la douleur, tandis que 
les pleurs de l'àme l'aigrissent et l'irritent da- 
vantage. Qu'il ne soit pas permis à une personne 
affligée de manifester sa douleur, les convenances 
qui le lui interdisent rendent cette douleur plus 
vive qu'elle ne le serait dans le cas contraire. 
N'était la crainte de courir après de vains suf- 
frages, vous verriez tous les jours des torrents 
de larmes couler 4e mes yeux, larmes que je 
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HOMÉLIE XLIY. 15fc 

verse dans la solitude et le calme de mon habi- seule chose nous soutient, à savoir, la conscience 
tation. Croyez-en ma parole, je ne puis point de tout ce que nous faisons pour vous. Nous 
songer à mon salut, et les gémissements que pouvons dire, nous aussi, que nous n'avons rien 
m'arrachent vos maux ne me permettent pas de négligé ; nous n'en souffrons pas moins pour 
m'occuper des miens» cela ; la preuve de cette douleur, vous la trouvez 
Pour moi vous êtes tout. Marchez-vous réso- dans l'incohérence et la multiplicité de nos pen- 
lument dans le chemin de la vertu, le plaisir sées. Cependant, il nous eût été permis de vous 
que j'en ressens m'ôte le sentiment de mes maux ; dire : Que nous importe votre conversion? Nous 
restez-vous indifférents, je ne saurais y penser avons rempli notre tâche; nous sommes inno- 
davantage, sous le poids de la peine qui m'ao- cents de votre sang à tous. — 11 nous faut plus 
cable. Il suffit de vous voir heureux pour que que cela pour nous consoler. Àhl si vous pou- 
la joie se répande sur mon front ; ètes-vous dans viez plonger votre regard dans notre cœur brisé, 
un état pénible, je ne pourrais n'en être pas vous y verriez contenus tous nos fidèles, hommes, 
affligé, quel que pût être mon propre bonheur, femmes et enfants; car la charité rend l'àme 
Quelle espérance reste-t-il au pasteur, lorsque la plus spacieuse que le ciel, « Acceptez-nous, di- 
contagion est dans le troupeau? Quelle sera sa sait Paul. Nous n'avons blessé personne... Vous 
vie, quelle son attente? Quelle confiance pourra- n'êtes pas à l'étroit dans notre cœur. » II Cor., 
t-il ressentir en paraissant devant Dieu? Quel vu, 2; vi, 12. Nous vous tiendrons en ce mo- 
sera son langage? J'accorde qu'il n'aura rien à ment le même langage : Acceptez-nous. Paul 
se reprocher, aucun châtiment à redouter, qu'il avait Corinthe entière dans son cœur, et il s'é- 
aura les mains pures du sang des siens; n'en criait : a Dilatez-vous, car vous n'êtes pas à ré- 
souffrira -t-il pas moins d'inexprimables an- troiten nos âmes. » Ibid., 13. Je n'aurais pas 
goisses? Alors même que les parents n'ont au- le droit toutefois d'insister sur ce point; je ne 
cun reproche à se faire touchant leurs fils , le puis pas douter que vous ne nous acceptiez et 
malheur de ces derniers n'en est pas moins pour que vous ne nous aimiez. Mais de quel avantage 
eux un sujet de peines et de tourments. — Mais sera notre affection mutuelle si vous négligez 
ne servira-t-il de rien à nos pasteurs, demande- l'œuvre de Dieu ? Voiià précisément le sujet 
rez-vous d'avoir exercé la vigilance sur nos d'un accroissement de douleur, et d'une perte 
âmes? — Sans doute, ils veillent, mais comme plus terrible. Je n'ai point lieu de me plaindre 
devant en rendre compte : or, cette perspective de vous. « Je vous rends ce témoignage que, si 
seule les glace quelquefois d'épouvante. Pour vous l'eussiez pu, vous vous seriez arraché les 
moi, ce n'est pas là ce qui m'effraie, c'est la yeux, et vous me les auriez donnés. » Galat., 
perspective de votre perdition. Que je rende iv, 15. De notre côté, nous vous donnerions, 
-compte ou non , je ne m'en préoccupe pas. Vo- non-seulement la parole évangélique , mais de 
lontiers je rendrais compte de mon ministère si plus nos âmes mêmes. Nous vous aimons et vous 
vous étiez sauvés 1 volontiers je consentirais, si nous payez de retour; mais là n'est pas la ques- 
vous arriviez au salut, à me voir accusé de n'a- tion principale. Commençons par aimer le Christ, 
voir pas été fidèle à mon devoir. Ne croyez pas « Voici le premier de tous les commandements: 
que j'aie fortement à cœur d'être l'instrument Vous aimerez le Seigneur votre Dieu. Le second 
unique de votre salut; peu m'importe par le se- est semblable à celui-là : Vous aimerez le pro- 
cours de qui, pourvu que vous ne vous perdiez chain comme vous-même. » Matth., xxn, 37-39; 
pas. Ignorez-vous donc la tyrannie de la pater- Marc, xu, 30. Nous observons le second; il 
nité spirituelle? Quand on est honoré de cette reste à observer le premier : nous devons l'ob- 
paternité, l'on aimerait mieux être mille fois server, c'est extrêmement important, et pour 
mis en pièces que de voir se corrompre et se vous et pour moi-même. Nous l'observons bien 
perdre l'un de ses enfants. dans une certaine mesure, mais non dans la me- 
Gomment en arriver à vous persuader? Une sure requise. Aimons, donc le Sauveur. Vous n'i- 

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156 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



gnorez pas la magnifique récompense réservée 
à ceux qui l'aiment. Aimons-le avec ardeur; afin 
que nous jouissions «de sa bienveillance, que 
nous évitions les périls de la vie présente et que 
nous soyons jugés dignes des biens réservés à 
ceux qui l'aiment ; par la grâce et la charité du 
Fils unique de Dieu, avec qui gloire, puissance, 
honneur soient au Père et au Saint-Esprit, main- 
tenant et toujours, et dans les siècles des siècles. 
Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE XLV. 

« Et maintenant, je vous recommande à Dieu et à la 
parole de sa grâce , mes frères, car il est puissant pour 
édifier et pour tous donner part à son héritage avec 
tous les saints. » 

1. Ce que l'Apôtre fait dans ses lettres, il le 
faisait également dans ses exhortations; il passe 
de la harangue à la prière. Comme il venait de 
les frapper de terreur en leur disant : « Des loups 
ravissants s'introduiront chez vous , » il ne veut 
pas les jeter dans la consternation et le déses- 
poir, et c'est pour cela qu'il prend un ton plus 
consolant. « Et maintenant, » dit -il; preuve 
que telle était sa manière ordinaire d'agir. 
« Je vous recommande à Dieu et à la parole 
de sa grâce , » c'est à savoir, à sa grâce elle- 
cest la grâce même. Expression fort juste : car c'est la grâce 

qui satire. 

qui sauve. Aussi l'Apôtre rappelle-t-il souvent 
cette grâce aux fidèles; soit pour raviver leur 
zèle, soit pour ranimer leur confiance. Il ne dit 
pas seulement : Qui peut vous édifier ; mais : 
« Qui peut vous surédifier ; » conséquemment, 
ils avaient été déjà édifiés. Il en vient ensuite à 
l'espérance des biens à venir : « Et vous donner 
part à son héritage avec tous les saints. » Nou- 
velle exhortation. « Je n'ai' désiré ni l'or, ni 
l'argent, ni le vêtement de personne. » Guerre 
à la cupidité, source de tous les maux. « Ni l'or, 
ni l'argent... » Il ne dit pas : Je n'ai pris..., 
mais : a Je n'ai désiré. » Gela n'est pas encore 
vraiment grand. Voici maintenant qui l'est: 
«Vous savez que mes mains m'ont fourni à moi 
et à ceux qui étaient avec moi le nécessaire. Je 
vous ai tout montré, puisque c'est en travaillant 



ainsi qu'il faut recevoir les faibles. » Le voyez- 
vous travaillant de ses mains, et travaillant pé- 
niblement? <( Ces mains ont fourni à moi et à 
ceux qui étaient avec moi le nécessaire. » C'est 
le ton de l'exhortation. Quelle convenance dans 
ce langage 1 II ne dit pas : Afin que vous soyez 
au-dessus des richesses, mais : « C'est ainsi qu'il 
faut recevoir les faibles. » Non pas tout le monde, 
mais « les faibles. » — « Et se souvenir de cette 
parole du Seigneur Jésus : Mieux vaut donner 
que recevoir. » Cette parole du Sauveur : « Mieux 
vaut donner que recevoir, » a pour but de leur 
ôter la pensée que ce conseil les regardait seuls 
et qu'il prétendait leur donner un exemple, 
selon ce qu'il dit ailleurs : « Donnez - vous 
l'exemple les uns aux autres. » Philip., ni, 17. 
A ces conseils il joignit la prière, et il le fit sous 
leurs yeux : « Et quand il eut dit ces paroles , 
il se mit à genoux et pria avec eux tous. » Il 
pria, non d'une manière quelconque, mais le 
cœur profondément ému. Grande consolation 
que celle-là ! vraiment il les consolait quand il 
leur disait : « Je vous recommande au Sei- 
gneur. » — « Or, tous les fidèles éclatèrent en 
larmes; et, se jetant au cou de Paul, ils l'em- 
brassaient, affligés surtout de ce qu'il leur avait 
dit qu'ils ne verraient plus sa face. Et ils le con- 
duisirentjusqu'au vaisseau. »— pDes loups ravis- 
sants paraîtront, » leur avait-il dit; aussibien que 
ceci : a Je suis innocent du sang de vous tous; » 
deux affirmations bien propres à les affliger; 
mais ce qui les tourmentait le plus et les péné- 
trait d'angoisse , c'était d'entendre qu'ils ne le 
verraient plus, « Et ils le conduisaient jusqu'au 
vaisseau. » Tel était leur amour ; telles étaient 
leurs dispositions à son égard. 

« Or, après que nous en fûmes séparés, 
nous mîmes à la voile, et nous vînmes droit à 
Cos, le lendemain à Rhodes, et puis à Patarre. 
Ayant trouvé un vaisseau qui passait en Phéni- 
cie, nous y montâmes et mîmes à la voile. Nous 
découvrîmes l'île de Chypre, que nous laissâmes 
à gauche; allant vers la Syrie, nous abordâmes 
à Tyr. » Ainsi donc, voilà Paul allant en Lycie, 
puis en Phénicie, puis se dirigeant sur Tyr, où 
le navire devait débarquer, en laissant Chypre 
de côté. « Ayant trouvé là des disciples, nous y 



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demeurâmes sept jours ; et ces disciples disaient 
à Paul par inspiration qu'il n'allât point à Jé- 
rusalem. » Ils lui prédisaient des persécutions. 
Dieu permit qu'ils lui parlassent en ces termes 
pour qu'on n'attribuât pas le langage précédent 
de l'Apôtre à la jactance et à la vaine gloire. 
Après avoir prié ensemble, ils se quittèrent, a Ces 
sept jours accomplis nous partîmes; tous les 
fidèles nous conduisant hors la ville avec leurs 
femmes et leurs enfants; et, nous étant mis à 
genoux sur le rivage, nous priâmes. Et, nous 
étant dit mutuellement adieu, nous montâmes 
sur le vaisseau, tandis qu'ils retournaient chez 
eux. De Tyr, nous vînmes à Ptolémaïs, où 
finit notre navigation. Nous y saluâmes les 
frères, et nous demeurâmes un jour avec eux. 
Le jour suivant, nous partîmes et nous vînmes 
â Césarée; et, entrant dans la maison de Phi- 
lippe l'Evangéliste, l'un des sept diacres, nous 
demeurâmes chez lui. Or, Philippe avait quatre 
filles vierges qui prophétisaient. » Quoique pro- 
phétesses, elles n'annoncent rien à Paul ; c'est 
Agabus qui va lui parler. Voici comment : 
a Gomme nous passâmes quelques jours en cette 
ville, il arriva de Judée un prophète nommé 
Agabus, lequel étant venu nous voir, prit la 
ceinture de Paul, et liant ses pieds et ses mains 
dit : Voici ce que prophétise l'Esprit saint : Les 
Juifs lieront ainsi dans Jérusalem l'homme au- 
quel appartient cette ceinture, et ils le livreront 
entre les mains des Gentils. » Ce même pro- 
phète, qui avait annoncé la famine, dit main- 
tenant : « L'homme auquel appartient cette cein- 
ture, sera ainsi lié. » Ce que faisaient les pro- 
phètes quand ils représentaient les événements 
futurs, ce qu'Ezéchiel, par exemple, faisait à 
propos de la captivité, Agabus le fait de même, 
a Ils le livreront entre les mains des Gentils , » 
dit-il, chose particulièrement à redouter. «Ayant 
entendu ces paroles, nous conjurions, nous et 
ceux qui habitaient en ce lieu , Paul de ne pas 
monter à Jérusalem. » On le suppliait avec 
larmes de n'y pas aller, mais en vain. « Paul 
leur répondit : Que faites- vous en pleurant et 
en affligeant mon cœur ? Je suis prêt non-seu- 
lement à être enchaîné, mais encore à mourir 
dans Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus. 



E XLV. 157 

Ne pouvant le persuader nous ne le pressâmes 
pas davantage, et nous dîmes : « Que la volonté 
du Seigneur se fasse. » 

2. Ne croyez pas, conséquemment, que l'Apôtre i/Bspritwrfnt 
cède à une force aveugle; c'est enchaîné par dWchw 
l'Esprit qu'il s'avance. Ne croyez pas non plus d « sainlPftuU 
qu'il ignore les dangers qu'il est au moment de 
braver; ils lui sont prédits à plusieurs reprises. 
Ainsi, tandis que ses frères pleuraient, Paul les 
consolait et pleurait de leurs larmes, a Que 
faites-vous, leur disait-il , en pleurant et en af- 
fligeant mon cœur? » Quelle sensibilité que celle 
de Paul ! La vue des larmes répandues par les 
fidèles suffisait à l'émouvoir, lui que ses propres 
épreuves trouvaient insensible ! Vous me faites 
mal en cela, semble-t-il leur dire; est-ce que 
cette perspective m'effraie ? Ces paroles : « Que 
faites -vous en affligeant mon cœur? » leur 
donnèrent un peu de calme. Je pleure sur vous, 
leur donnait à entendre l'Apôtre, non sur les 
persécutions qui me sont réservées ; car je ne 
craindrais même pas de mourir. Mais reprenons 
les choses de plus haut, a Je n'ai désiré ni l'or, 
ni l'argent, ni le vêtement de personne. Vous 
savez que ces mains ont suffi à mes besoins et 
aux besoins des personnes qui sont avec moi. » 
Ainsi, en Asie comme à Gorinthe, les corrup- 
teurs des disciples répandaient' ces calomnies. 
Cependant, Paul ne parle jamais de rien de pa- 
reil dans son Epître aux Ephésiens. Pourquoi? 
Parce qu'il ne fut pas exposé à la nécessité. 
Aux Corinthiens, au contraire , il écrivait : 
a On ne me ravira pas cette gloire dans toute 
l'Achaïe. » II Cor., xi, 10. Il ne dit pas ici: Vous 
ne m'avez rien donné; mais : « Je n'ai désiré ni 
l'or, ni l'argent, ni le vêtement de personne, » 
pour ne pas leur faire à ce sujet de reproche. Il 
ne dit pas non plus : Je n'ai désiré le nécessaire 
de personne, pour ne pas formuler d'accusation 
contre eux; il insinue seulement qu'il avait rai- 
son de ne rien accepter, puisqu'il nourrissait 
lui-même les autres. Remarquez ce zèle avec 
lequel, et le jour et la nuit, il les reprenait, il 
les avertissait avec larmes, chacun en parti- 
culier. 

a Je vous ai tout montré, car c'est en travail- 
lant ainsi qu'il faut venir en aide aux faibles. » 



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458 HOMÉLIES SUR LES i 

Paroles de nature à les pénétrer de frayeur. Voici 
quelle en est la portée : Vous ne sauriez alléguer 
l'ignorance; je vous ai fait voir par mes actes 
qu'il fallait ainsi travailler. Il ne prétend pas 
que ce soit mal dé recevoir, mais qu'il serait 
mieux de ne pas recevoir. <c Souvenez-vous de 
la parole que Notre-Seigneur a dite : « Il vaut 
mieux donner que recevoir. » Où se trouve cette 
parole? Peut-être les apôtres l'avaient-ils con- 
servée par le souvenir, à défaut de texte écrit; 
peut-être la tiraient-ils de certains passages. Le 
divin Maître a prêché le courage dans les périls, 
la compassion envers les faibles, la hardiesse 
dans la publication de la vérité, l'humilité, en- 
fin la pauvreté : or, ceci est supérieur à la pau- 
vreté. « Vendez ce que vous avez, si vous voulez 
être parfait, » disait le Sauveur. Matth., xix, 
21. Paul, loin de recevoir quelque chose, nour- 
rissait même ses frères; quelle conduite com- 
parer à sa conduite? Par conséquent, le premier 
degré de la vertu consiste à renoncer à ses biens, 
le second consiste à suffire à ses besoins, le troi- 
sième à suffire aux besoins d'autrui, le qua- 
trième à ne rien accepter , bien que l'on exerce 
l'apostolat et que l'on ait le droit d'accepter. 
D'où il suit que l'Apôtre était bien au-dessus 
des fidèles qui avaient tout abandonné. « C'est 
ainsi, ajoute-t-il avec raison, qu'il faut aider les 
faibles. » La véritable compassion envers les 
faibles consiste à leur venir en aide avec le fruit 
de ses propres travaux : le faire au moyen des 
travaux d'autrui, ce n'est pas bien, c'est même 
dangereux. 

« Et , se jetant au cou de Paul , ils l'embras- 
saient. » Ainsi témoignaient-ils leur affection. 
Ils l'embrassaient , comme si cette entrevue de- 
vait être pour eux la dernière, et parce que leurs 
mutuelles relations avaient allumé dans leur 
cœur l'amitié la plus tendre. Quand nous avons 
Un voyage ordinaire à exécuter, nous ne pou- 
vons nous défendre d'un sentiment de tristesse, 
quoique nous ayons l'espérance d'un prochain 
retour; combien plus ces fidèles devaient -ils 
souffrir d'avoir à se séparer de Paul. Je serais 
porté volontiers à croire que Paul mêla ses 
larmes à leurs larmes. « Après que nous en 
fûmes séparés; » le texte dit plus ; c'est a arra- 



CTES DES APOTRES. 

chés » qu'il faut lire, terme très-propre* à mar- 
quer la violence du sacrifice ; violence facile à 
comprendre, car ils ne pouvaient tous suivre 
l'Apôtre sur mer. a Nous vînmes droit à Gos, » 
sans faire aucun détour, sans nous arrêter en 
quelque lieu que ce fût. « Le jour suivant à 
Rhodes. » Ils ne perdent pas de temps, « Ayant 
trouvé un vaisseau qui partait pour la Phéni- 
cie. » Sans doute que ce navire était à Patare 
et qu'ils y montèrent, parce qu'il n'y en avait 
pas qui allât à Gésarée. « Nous découvrîmes 
Chypre et nous la laissâmes à gauche. » Tout 
ceci n'est point indiqué sans motif : l'historien 
veut établir qu'ils ne s'en approchèrent même 
pas, tant ils avaient hâte d'arriver en Syrie. 
« Nous arrivâmes ensuite à Tyr ; et, ayant trouvé 
là des disciples, nous y demeurâmes sept jours. » 
Maintenant qu'ils ne sont plus éloignés de Jéru- 
salem, Us ne précipitent plus leur course , et ils 
consentent à demeurer sept jours avec des frères. 
Remarquez le compte des jours. Après la fête 
des azymes, ils se rendent dans la Troade, ce 
qui leur prend cinq jours; ils y demeurent sept 
jours, en somme, douze jours; ils viennent en- 
suite à Mytilène, Assos, Ghio, Trogyle, Samos, 
Milet; pour cela, dix-huit jours sont nécessaires. 
Puis, c'est à Cos, Rhodes et Patare; soit, vingt 
et un jours. Cinq jours après, ils arrivent à Tyr; 
soit, vingt-six jours; ils y demeurent sept jours, 
ce qui fait trente-trois jours; puis, un jour à Pto- 
lémaïs; soit, trente-quatre; puis, à Gésarée, ils 
passent plus de temps qu'ailleurs; ils en sortent 
sur la parole du prophète. Sur ces entrefaites 
survient la Pentecôte ; ils la célèbrent dans la 
même ville. Toutes les fois que l'Esprit n'y met 
pas d'obstacle, Paul est prêt à obéir. On lui di- 
sait : Ne vous donnez pas en spectacle, il ne s'y 
donnait pas; on le faisait partir, et il partait; 
on lui ouvrait une fenêtre , et il s'enfuyait. 
Mais, à Tyr et à Césarée, on a beau le prier avec 
larmes, on a beau lui prédire au nom de l'Esprit 
les plus redoutables épreuves, il ne cède pas. 
Sans doute les fidèles ignoraient le but provi- 
dentiel de ces épreuves, puisqu'ils s'opposaient 
à l'exécution des ordres de l'Esprit saint. Cer- 
tainement, ils ne l'engageaient pas au nom de 
l'Esprit à ne pas les quitter. En même temps 



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HOMÉLIE XLV. 



m 



qu'ils loi signalaient les persécutions immi- 
nentes, ils le suppliaient, par ménagement pour 
lui, de ne pas les braver, a Et ces jours accom- 
plis, » ou bien passés, car il est question des 
jours indiqués tout à l'heure, « ils nous accom- 
pagnèrent tous avec leurs femmes et leurs en- 
fants. » 

3. Ce fat pour l'Apôtre une grande consola- 
tion ; ils prièrent une fois encore et puis ils se 
séparèrent. A Ptolémaïs on demeure un jour, à 
Césarée plusieurs jours. Dès qu'on a déclaré à 
Paul que des épreuves sans nombre l'attendent, 
il s'empresse, non pas de venir affronter ces 
épreuves, mais d'exécuter ce qu'il estime l'ordre 
du divin Esprit, a Après ces jours-là, préparés 
à partir, nous montions vers Jérusalem, » munis 
de tout ce qui était indispensable pour le voyage. 
« Quelques disciples de Césarée vinrent avec 
nous, ainsi qu'un ancien disciple nommé Mna- 
son, de Chypre, chez lequel nous devions loger. 
Et, quand nous fûmes arrivés à Jérusalem, les 
frères nous reçurent avec joie. » Agabus n'avait 
pas dit : On chargera Paul de chaînes; pour ne 
paraître pas tenir un langage de convention , il 
parla de l'homme auquel appartenait cette cein- 
ture. Paul avait donc une ceinture. N'ayant pu 
le gagner à leurs conseils, les fidèles se mirent 
à pleurer, et ils renoncèrent à leur dessein. 
Voyez-vous leur philosophie? voyez-vous leur 
tendresse extrême? « Nous ne le pressâmes pas 
davantage en disant : Que la volonté du Seigneur 
se fasse. » — « Ainsi qu'un ancien disciple, chez 
lequel nous devions loger. » Ils ne devaient donc 
pas être logés dans l'église même. Quand ils 
étaient allés à Jérusalem pour des questions de 
doctrine, ils avaient reçu l'hospitalité dans l'é- 
glise ; maintenant, c'est chez un ancien disciple 
de la foi. 11 paraîtrait que la prédication de Paul 
aurait duré longtemps : d'où je conclurais que 
l'auteur des Actes a passé sous silence plusieurs 
années, et qu'il s'est contenté d'exposer les faits 
les plus importants. Que signifient les paroles : 
« Que la volonté du Seigneur se fasse? » Le Sei- 
gneur fera ce qu'il jugera convenable. Ils se 
calment donc, ils ne font pas de violence à Paul : 
on devine, d'après l'empressement de l'Apôtre, 
que tel doit être le bon plaisir de Dieu. Sans 



cela, l'ardeur de Paul n'eût point été si grande, 
et Dieu n'eût pas permis qu'il résistât, lui qu'il 
avait préservé de tant de périls. Ils ne voulaient 
donc pas être à charge à l'église, et ils ne récla- 
maient aucun honneur ; ils avaient choisi celui 
qui devait leur donner l'hospitalité. « Les frères, 
disent-ils, nous reçurent avec joie. » La paix 
régnait alors dans Jérusalem ; ce n'était plus la 
persécution comme précédemment. « Nous avions 
avec nous celui chez lequel nousr devions habi- 
ter. » C'est à Paul que devait être offerte cette 
hospitalité. 

Certes , me direz-vous , si l'on venait me de- R*»mmaa- 

dation do 

mander l'hospitalité pour le grand Apôtre, je la î^ospiuuté. 
lui offrirais avec empressement et bonheur. Eh 

.bien ! c'est le Maître de Paul qui vous demande 
cette hospitalité , et vous la lui refusez : « Celui 
qui reçoit l'un de ces petits, vous dit-il, me reçoit 
moi-même. » Matth., xvm, 5; Luc., ix, 48. Plus 
ce frère est petit, plus vous êtes certain de la pré- 
sence du Christ. Souvent, lorsqu'on reçoit un 
grand personnage, on le fait par vaine gloire; 
il est plus facile, lorsqu'on reçoit un homme 
obscur, de le recevoir avec une intention pure 
et pour le Christ. Il vous serait loisible de rece- 
voir le Père du Christ, et vous ne le voulez pas. 
a J'étais étranger, vous dit-il, et vous m'avez 
recueilli... Ce que vous faites à l'un de ces petits, 
encore une fois, vous le faites à moi-même. » 
Matth., xxv, 35-40. Bien qu'il ne s'agisse pas 
de Paul, dès lors qu'il est question d'un fidèle et 
d'un frère, fût-il le plus petit de tous, le Christ 
se présente à vous en sa personne. Ouvrez donc 
votre maison, recevez-le. a Celui qui reçoit un 
prophète recevra la récompense digne d'un pro- 
phète. » Ibid., x, 41. Par conséquent, celui qui 
reçoit le Christ recevra une récompense digne 
du Christ qu'il aura reçu. Ne doutez pas de ses 
paroles; ayez plutôt pleine confiance en lui. 
Lui-même nous a dit : En leur personne, c'est 
moi qui me présente. Du reste, il veut si peu 
que vous en doutiez, qu'il châtiera ceux qui ne 
le recevront pas, et qu'il récompensera ceux qui 
le recevront. Or, il ne le ferait pas s'il ne se sen- 
tait lui-même atteint péniblement ou agréable- 
ment par vos procédés. Vous m'avez reçu dans 

. votre maison, nous dit-il , je vous recevrai dans 



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160 



HOMÉLIES SUR LES ACTÉS DES APOTRES. 



le royaume de mon Père. Vous avez soulagé ma 
faim , je vous soulagerai de vos péchés ; vous 
m'avez vu chargé de chaînes, je briserai les 
chaînes qui vous enlacent ; vous m'avez vu étran- 
ger, je ferai de vous le citoyen des cieux ; vous 
m'avez donné du pain, je vous donnerai tout un 
royaume, et vous en serez le possesseur et l'hé- 
ritier. « Venez et possédez le royaume, » vous 
dit-il. Matth., xxv, 34. Il ne dit pas, remar- 
quez-le bien : Recevez, mais : « Possédez. » 
Preuve d'une investiture complète. Ainsi disons- 
nous : J'ai possédé ce bien par héritage. Vous 
m'avez fait du bien en secret, poursuivra-t-il; je 
publierai vos louanges à découvert, vos louanges, 
car vous m'avez traité avec bienveillance, et je 
suis devenu votre débiteur. Vous avez com- 
mencé, je marcherai derrière vous et je vous sui- 
vrai. Je reconnais sans rougir vos bienfaits; oui, 
vous m'avez affranchi de la faim, du dénûment, 
des intempéries de l'air ; vous avez abaissé vos 
regards sur mes liens, vous ne verrez pas le feu 
de la géhenne ; vous avez abaissé vos regards 
jusqu'à mes plaies, vous ne verrez pas les tor- 
tures et les supplices. Bénies soient les mains 
qui remplissent de pareils offices et qui ont 
l'honneur d'assister le Christ ! Bénis soient les 
pieds qui, pour le Christ, franchissent le seuil 
des prisons ; ils braveront l'ardeur des flammes ; 
elles ne seront pas chargées de fers les mains 
qui ont touché les fers du Sauveur. Vous avez 
couvert sa nudité, vous serez couvert des vête- 
ments du salut; vous avez partagé sa captivité, 
vous partagerez la gloire de son règne. Voilà ce 
que le Christ ne craindra pas de proclamer, sa- 
chant bien que vous l'avez entrevu sous les de- 
hors des malheureux que vous secouriez. Le 
Patriarche ignorait qu'il avait devant lui des 
anges, et il ne leur en donnait pas moins l'hos- 
pitalité. A nous de rougir : il était assis à l'heure 
de midi dans une terre étrangère ; il n'y avait 
pas encore imprimé la trace de ses pas, ne ve- 
nant que d'y arriver ; et il accueillait, lui étran- 
ger, d'autres étrangers. Etant citoyen des cieux, 
il ne leur était pas étranger à la vérité, quoiqu'il 
fût sur la terre. C'est nous qui sommes étran- 
gers en ce sens, nous qui n'offrons pas aux 



de maison : sa maison à lui était une tente. 
N'importe, il n'en fut pas moins généreux : il 
tua un veau et il prépara du pain pour ses hôtes. 
Remarquez son empressement ; sa femme et lui 
mettent la main à l'œuvre. Admirez son humi- 
lité ; il adore ses visiteurs et leur parle sur le ton 
de la prière. 

4. Ces sentiments, l'empressement, la joie, la 
générosité, sont les sentiments qui conviennent 
aux personnes qui exercent l'hospitalité. L'é- 
tranger est toujours honteux et craintif ; et quand 
l'hôte ne manifeste pas d'empressement, il se 
retire devant le mépris qu'il pressent; car il vaut 
mieux ne pas être reçu absolument que de l'être 
de la sorte. Voilà pourquoi le Patriarche adore, 
voilà pourquoi il offre positivement l'hospitalité, 
pourquoi il présente un siège. Pouvait-on hési- 
ter, à le voir ainsi à l'œuvre? Nous aussi nous 
sommes en terre étrangère, et nous n'avons qu'à 
vouloir pour imiter ces exemples. Combien d'é- 
trangers qui sont nos frères I II est une maison 
commune à tous que nous appelons maison des 
étrangers. A vous d'examiner, de vous asseoir 
devant vos portes, d'accueillir les arrivants; si 
vous ne les recevez pas dans vos maisons, four- 
nissez du moins à leurs besoins. — Est-ce que 
l'Eglise n'a pas de ressources, demanderez-vous? 
— Que vous importe? Quel avantage vous re- 
viendra-t-il, si l'on a recours aux revenus de 
l'Eglise? Parce qu'un autre priera, serez-vous 
dispensé de prier? Pourquoi ne dites-vous pas : 
Les prêtres prient, à quoi bon prier de mon 
côté? — Je donne, me répondrez-vous , à tel 
étranger qui ne peut venir ici. — Donnez-lui , 
cela suffît; car tout ce que nous demandons, 
c'est que vous montriez de la générosité. Paul 
aussi demandait « qu'il y eût de quoi venir en 
aide aux besoins des veuves véritables, et de ne 
pas être trop à charge à l'Eglise. » I Tint., v, 16. 
Faites comme vous l'entendrez; seulement ne 
restez pas oisif. Je ne vous dirai pas de prendre 
garde à trop accabler l'Eglise, je vous dirai de 
veiller à ne pas vous surcharger vous-même ; 
car, en vous remettant de tout sur l'Eghse, vous 
n'obtiendrez aucun résultat. Si l'Eglise a désigné 
une maison ouverte à tous, c'est pour que vous 



étrangers l'hospitalité. Abraham n'avait point teniez un autre langage. Vous répliquerez que 



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HOMÉLIE XLV. 



m 



l'Eglise a des ressources, de Forgent, des reve- 
nus. Elle en a sans doute ; mais n'a-t-elle pas 
aussi des dépenses et des frais de chaque jour? 
"Vous en conviendrez, n'est-ce pas? Alors, pour- 
quoi ne venez-vous pas en aide à son insuffi- 
sance? Il m'en coûte de vous parler de la sorte ; 
au demeurant, je ne vous oblige à rien. Si vous 
trouvez justes mes observations, ayez dans vos 
maisons des appartements réservés aux étran- 
gers; qu'il y ait des lits, des vivres et delalumière. 
Vient-il des soldats, vous leur donnez des loge- 
ments, vous prenez d'eux le plus grand soin, 
vous les traitez avec toute sorte d'égards; cela, 
parce qu'ils combattent nos ennemis temporels ; 
et quand il se présente des étrangers, ils ne 
savent où reposer leur tète! Faites plus que 
l'Eglise elle-même : couvrez-nous de confusion, 
nous en serons bien aise ; portez votre généro- 
sité plus loin; ayez une maison où le Christ 
trouve l'hospitalité. Voilà, direz-vous, la chambre 
du Christ, voilà la demeure qui lui est réservée. 
Quelque simple qu'elle soit, il ne la dédaignera 
pas. Etranger, sans ressources, le Christ ne de- 
mande qu'un toit pour s'abriter. Ne le lui refusez 
pas ; ne livrez pas votre âme à la barbarie et à 
l'insensibilité; vous, si ardent pour les choses 
du siècle, ne soyez pas de glace pour les choses 
de l'Esprit. Confiez cette charge à votre plus 
fidèle serviteur, et qu'il introduise dans votre 
demeure les malheureux, les infirmes, tous ceux 
qui n'ont pas d'abri. Je vous parle ainsi pour 
triompher de votre indifférence. Vous devriez 
les recevoir dans les appartements du haut de la 
maison ; recevez-les au moins dans les apparte- 
ments du bas, où vous tenez vos serviteurs et 
vos montures; recevez-y le Christ. 

Vous frémissez en entendant mes paroles. 
Que ressentirez-vous si vous ne le faites même 
pas? Je vous presse, je vous dis : Ne négligez 
pas ce point. Il vous déplaît d'agir de cette ma- 
nière. Employez, si vous le préférez, une ma- 
nière différente. Il y a bien des pauvres de l'un 
et de l'autre sexe. Ordonnez qu'il y en ait cons- 
tamment quelqu'un avec vous; que le pauvre 
soit le gardien de votre maison, qu'il soit votre 
rempart et votre défense, votre lance et votre 
bouclier. Là où règne la charité, le diable n'ose 
tom. vni. 



se présenter, pas plus que le mal. Ne faites pas 
fi, je vous en conjure, de si précieux avantages. 
Vous avez des lieux déterminés pour vos chars, 
vous en avez pour vos litières; pour le Christ 
étranger seul il n'y en a point. Abraham rece- 
vait ses hôtes à l'endroit où il habitait ; devant 
eux, sa femme se tenait debout comme une ser- 
vante, comme s'ils étaient les maîtres. Et pour- 
tant le Patriarche ignorait qu'il reçût le Christ, 
qu'il reçût des anges. S'il l'eût su, sa générosité 
eût dépassé toute limite. Nous savons bien, 
nous, que nous donnons au Christ l'hospitalité ; 
néanmoins, nous sommes bien loin de l'empres- 
sement d'Abraham, qui estimait ne recevoir que 
des hommes ordinaires. — H y a bien des im- 
posteurs et des ingrats, me direz-vous? — Voùs 
ne serez que plus magnifiquement récompensé 
de les avoir accueillis au nom du Sauveur. Et 
puis, si vous savez avoir devant vous des im- 
posteurs, ne les recevez pas à votre foyer; mais, 
si vous l'ignorez, ne les accusez pas sans fonde- 
ment. Voilà pourquoi je leur recommande de se 
présenter à la maison qui leur est réservée. 
Quelle excuse nous restera-t-il si nous fermons 
nos portes à tous les hommes indistinctement, 
même à ceux que nous connaissons? 

Que notre maison soit donc comme l'hôtellerie 
du Christ : en échange, demandons que l'on en 
fasse vraiment sa maison, et ne demandons pas 
de l'argent ; mettons-nous en quête de tous les 
côtés, entraînons, emmenons de force les étran- 
gers, nous recevrons encore plus que nous ne 
donnerons. Ce que j'attends de vous, ce n'est 
pas que vous fassiez de grands frais; donnez 
seulement du pain à celui qui n'en a pas, un 
* vêtement à celui qui est nu, un abri à celui qui 
en est privé. Ne mettez pas en avant cette raison, 
qu'il y a une maison pour les étrangers, laquelle 
appartient à l'Eglise. Venez-lui du moins en 
aide, et vous aurez le même mérite ; car Abraham 
eut encore le mérite des soins que prirent ses 
serviteurs des étrangers. Du reste, ces serviteurs 
avaient été formés ainsi; toujours empressés, ils 
ne murmuraient pas sans cesse comme les nôtres 
murmurent. Ayant été façonnés à la piété par 
leur maître, ils ne firent aucune réclamation, 
même lorsqu'il les voulut mener au combat, tant 
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162 HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 

était grande leur philosophie. 11 est vrai que le 
Patriarche s'occupait d'eux tous comme il s'oc- 
cupait de lui-même, et volontiers il eut dit avec 
Job : a Nous avons été constitués de la même 
manièrd dans le ventre de notre mère. » Job, 
xxxiii, 6. Gonséquemment , tout en veillant à 



venions sor l'œuvre de notre salut, veillons sur les gens de 

nos domesti- . „. , „ , 

ques. nos maisons avec une sollicitude profonde ; tra- 
vaillons à les rendre honnêtes et diligents; qu'ils 
soient instruits de leurs devoirs envers Dieu. Dès 
que nous les aurons ainsi disciplinés , la vertu 
ne nous offrira plus de difficulté. Lorsque les 
soldats d'un général sont rompus aux exercices 
de la guerre , le combat ne les épouvante pas ; 
l'issue en est fort douteuse dans le cas contraire. 
Quand la concorde règne parmi les passagers, 
l'œuvre du pilote devient facile : de même, avec 
des serviteurs sagement disciplinés, vous vous 
livrerez rarement à l'irritation, à la colère, aux 
injures, aux reproches. Vous en viendrez peut- 
être à traiter vos serviteurs avec un profond 
respect, par égard pour leur vertu ; de leur côté, 
ils vous soutiendront, ils vous encourageront 
dans la pratique du bien. De la sorte, tous leurs 
actes seront agréables à Dieu, et votre maison 
tout entière sera comblée de bénédictions. Fai- 
sant la volonté de Dieu, nous jouirons du se- 
cours d'en haut avec abondance : puissions-nous 
tous y arriver, par la grâce et la charité 
de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui gloire, 
puissance, honneur, en même temps qu'au 
Père et au Saint-Esprit, maintenant et tou- 
jours, et dans les siècles des siècles. Ainsi 
soit-il. 



HOMÉLIE XLVI. 

« Le jour suivant Paul entrait avec nous dans la maison 
de Jacques, où tous les prêtres étaient assemblés. Après 
les avoir salués, Paul leur raconta tout ce que Dieu 
avait fait au milieu des Gentils par son ministère. 

1. Il s'agit ici du frère du Seigneur, de l'é- 
vêque de Jérusalem, homme vraiment grand et 
vraiment digne d'admiration. Paul entra chez 
lui ; c'est au même Jacques qu'il avait été pré- 
cédemment envoyé, <c Le jour suivant, raconte 



l'historien sacré, Paul entrait avec nous dans la 
maison de Jacques. » Comme il est éloigné de 
tout sentiment d'orgueil ! « Or, tous les prêtres 
y étaient assemblés. Après les avoir salués, Paul 
leur raconta tout ce que Dieu avait fait au mi- 
lieu des Gentils par son ministère. » Il leur ex- 
pose de nouveau ce qui concerne les Gentils, 
non certes par vaine gloire, mais pour leur 
montrer la miséricorde de Dieu et les combler 
de joie. Dès qu'ils l'eurent entendu, ils se mirent 
à glorifier Dieu ; à glorifier Dieu, dis-je, et non 
à faire l'éloge de Paul et à lui témoigner leur 
admiration ; car c'était pour que toute la gloire 
en fût rapportée au Seigneur que Paul entrait 
dans ces détails, « Les prêtres l'ayant entendu, 
glorifièrent Dieu et dirent : Vous voyez , mon 
frère, combien de milliers de Juifs ont embrassé 
la foi; tous sont zélés pour la loi. Or, ils ont 
appris à ce sujet que vous enseignez aux Juifs 
qui sont parmi les Gentils d'abandonner Moïse, 
soutenant qu'ils ne doivent pas circoncire leurs 
fils ni suivre les anciennes coutumes. » Remar- 
quez la modération de leur langage. Ce n'est 
point un évèque s'exprimant avec l'autorité qui 
lui convient; Paul est admis aussitôt à ce conseil. 
Us semblent lui rendre compte immédiatement 
de leur conduite. Nous ne le voudrions pas, 
paraissent-ils dire ; mais vous voyez à quoi les 
circonstances nous obligent. « Vous voyez com- 
bien de milliers de Juifs ont embrassé la foi. » 
Ils ne disent pas : Combien de milliers de Juifs 
nous avons formés. « Et tous sont zélés pour la 
loi. » Deux choses sont à considérer, leur grand 
nombre et leur conviction. Eussent-ils été peu 
nombreux, on n'eût point dû les dédaigner; de 
même que si quelques-uns d'entre eux n'eussent 
pas voulu de la loi, leur grand nombre n'eût 
pas dû préoccuper. 

Survient une troisième chose. « Ils ont appris 
à votre sujet que vous enseignez à tous les Juifs 
qui sont parmi les Gentils d'abandonner Moïse, 
soutenant qu'ils ne doivent pas circoncire leurs 
fils ni suivre les anciennes coutumes. » Us ont 
appris, et non, ils ont ouï dire; ils ont été nour- 
ris de cette idée, ils en sont venus à croire que 
« vous enseignez d'abandonner Moïse, soute- 
nant qu'ils ne doivent pas circoncire leurs fils ni 

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HOMÉLÏE XLVI. 



163 



suivre les anciennes coutumes, t Après quoi Ton 
ajoute : « Que faire donc? Certainement toute 
cette multitude s'assemblera ; car on apprendra 
que vous êtes arrivés. Ainsi , faites ce que nous 
allons vous dire. » C'est un conseil, non un 
ordre , qu'on va lui donner, a Nous avons ici 
quatre hommes qui ont fait un vœu. Prenez-les 
avec vous, purifiez-vous avec eux; faites les fiais 
de la cérémonie , afin qu'ils se rasent la tête , et 
tous sauront que ce qu'ils ont entendu dire de 
vous est faux, et que vous marchez dani les ob- 
servances de la loi. » Ils l'engagent à se justifier 
par la conduite, non par la parole. « Afin qu'ils 
se rasent la tête ; et tous sauront que ce qui a 
été dit de vous est faux. » On ne dit pas à 
l'Apôtre : Telle est votre doctrine ; mais bien : 
« Ce qu'ils ont entendu dire ; » expression qui 
n'a pas d'autre sens que celle-ci : « Ils ont ap- 
pris. » De même les mots suivants : « Que vous 
marchez, » signifient l'observation exacte de la 
loi. On ne demandait pas seulement s'il prêchait 
aux autres cette observation, mais de plus s'il y 
était lui-même fidèle. N'y avait-il pas là pour les 
Gentils un sujet de scandale, s'ils venaient à sa- 
voir ce qui se passait? — Comment se scandali- 
seraient-ils, puisque c'est nous, Juifs, qui le leur 
avons envoyé? « Quant aux Gentils qui ont cru, 
nous avons écrit que nous jugions qu'ils devaient 
s'abstenir de toute pratique de ce genre , et re- 
noncer aux viandes immolées aux idoles , au 
sang, aux chairs étouffées et à la fornication. » 
Il s'agit ici d'un simple avertissement. Puisque 
nous leur avons ainsi parlé, nous qui évangéli- 
sons les Juifs, vous aussi prêtez-nous votre con- 
cours, bien que vous soyez l'apôtre des Gentils. 
— Considérez la conduite de Paul. Au lieu de 
répondre : Il me serait facile de vous présenter 
Timothée que j'ai circoncis, et de réfuter par là 
ces bruits calomnieux, il se soumet à tout ce 
qu'on demande de lui , parce que l'intérêt du 
bien l'exige. Au fond, il y avait une différence 
très-grande entre se justifier directement et faire 
ce que l'on vient de marquer, sans que personne 
le sût; la dépense elle-même était un moyen 
extrêmement habile. « Alors Paul, ayant pris 
ces hommes et s'étant purifié avec eux, entra le 
lendemain dans le temple, annonçant combien 



de jours devait durer leur purification, jusqu'à 
ce que l'offrande fût présentée pour chacun 
d'eux, — « Annonçant , » à savoir, détermi- 
nant : en sorte qu'il agissait ainsi ouvertement. 
« Les sept jours étaient au moment de finir. » 

2. Remarquez la durée du séjour de Paul dans Combien de 
le temple. « Les Juifs d'Asie, l'ayant vu dans le ^0^3- 
temple, soulevèrent tout le peuple et portèrent ™ m p*° 8 Io 
sur lui les mains en disant : Hommes d'Israël, 
venez à notre aide. Voici l'homme qui partout 
enseigne contre le peuple, la loi et le temple ; il 
y a même introduit des Gentils, et il a violé la 
sainteté de ce lieu. » Leur turbulence est tou- 
jours la même; toujours les lieux publics reten- 
tissent de leurs clameurs. « Ils avaient vu dans 
la ville Trophime d'Ephèse avec Paul, et ils 
pensaient qu'il avait été introduit par l'Apôtre 
dans le temple. Et toute la ville fut émue, et le 
peuple accourut en foule ; on se saisit de Paul, 
on l'emmena hors du temple, et aussitôt les 
portes furent fermées. » — a Hommes d'Israël, 
venez à notre aide. Voici l'homme qui partout 
enseigne contre le peuple , la loi et le temple. » 
Ils parlent des deux choses qui pouvaient exciter 
le tumulte le plus violent, du temple et de la loi. 
Au milieu de ces dangers si considérables, Paul 
n'eut garde de rejeter sur les apôtres la respon- 
sabilité de sa conduite ; il avait pour cela l'àme 
trop grande, « Et on l'emmena hors du temple, 
et aussitôt les portes furent fermées. » Comme 
on se proposait de le mettre à mort, on le traî- 
nait hors du temple, afin d'agir en plus grande 
liberté. « Tandis qu'ils s'efforçaient de le tuer, 
le tribun de la cohorte fut informé que Jérusa- 
lem était en confusion. Celui-ci, prenant avec 
lui des centurions et des soldats, courut à ces 
séditieux, qui, voyant le tribun et sa troupe, 
cessèrent de frapper Paul. Le tribun Rapprochant 
l'arrêta, et le fit lier de deux chaînes, et il de- 
manda qui il était et ce qu'il avait fait. Mais, 
dans la foule, les uns criaient d'une façon, les 
autres d'une autre. » Pourquoi charger de chaînes 
un homme dont on se propose d'examiner la 
culpabilité? Pour apaiser le courroux populaire. 
« Ne pouvant donc rien apprendre de certain à 
cause du tumulte, le tribun commanda qu'on con- 
duisît le captif dans la forteresse. Lorsque Paul 



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464 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



arriva sur les degrés, il fallut que les soldats produite en lui, il prend sans hésiter ceux avec 
le portassent, à cause de la violence du peuple ; lesquels il doit se purifier. Jusque dans un acte 
car une multitude considérable suivait en criant : de condescendance il manifeste son ardeur. — 
Otez-le de nos yeux. » C'était l'usage des Juifs Comment, demanderez-vous , les Juifs d'Asie 
de vociférer ainsi contre les malheureux dont l'aperçurent-ils dans le temple? — Apparem- 
ils voulaient la condamnation ; ils criaient éga- ment qu'ils y demeurèrent quelques jours. Yoici 
lement à propos du Christ : « Otez-le de nos du reste une preuve de cette assertion qu'on 
yeux ; » c'est à savoir, qu'il disparaisse du nom- n'avait eu recours à cette mesure que par con- 
bre des vivants. Selon quelques commentateurs, descendance. C'est lorsqu'on a démontré aux 
ces mots : « Otez-le de nos yeux, » équivaudraient Juifs la fausseté de leurs propos qu'ils se sou- 
à ce que nous disons d'après une coutume ro- lèvent contre Paul; sans doute afin que le sou- 
main e : Abaissez sur lui les faisceaux. « Comme lèvement ne partît pas d'un autre côté, a Venez 
Paul allait pénétrer dans la forteresse, il dit au à notre aide, hommes d'Israël. » Ils s'écrient : 
tribun : M'est-il permis de vous parler? Le tribun « Venez à notre aide, » comme s'il était question 
répondit : Connais-tu l'idiome grec? N'es-tu pas d'un malfaiteur de difficile capture, a Voici 
cet Egyptien qui , ces jours derniers , a soulevé l'homme qui enseigne partout et à tous. » Il 
une sédition et conduit dans le désert quatre n'enseigne pas seulement ici, mais en tout lieu, 
mille sicaires? » Cet Egyptien était un révolu- Ce qui vient de se passer rehausse encore la 
tionnaire et un séditieux. L'Apôtre se défend gravité de ce crime ; car, poursuivent-ils , « il a 
contre cette imputation et se justifie complète- violé le temple, en y introduisant des Gentils. » 
ment. Mais reprenons les choses de plus haut. Au temps du Christ, des Gentils, étaient venus 
« Il y a parmi nous quatre hommes qui ont dans le temple pour y adorer; mais on parle 
fait un vœu. Prenez-les avec vous et purifiez- maintenant de Gentils qui ne seraient pas venus 
vous avec eux. » Paul n'oppose rien à cette in- pour ce motif, a Et, se saisissant de Paul , ils 
vitation, il s'y prête de la meilleure grâce. Si l'entraînèrent dehors.» Ils le chassent du temple; 
l'on emploie le langage de la persuasion, c'est les lois et les tribunaux sont à leurs yeux choses 
une preuve que cette mesure n'était pas indis- inutiles, ils accablent l'Apôtre de coups, toujours 
pensable, et que l'on y recourait par condescen- également audacieux, également barbares. Paul 
dance et par ménagement. 11 n'y avait donc pas ne cherche point à se justifier, il le fera plus 
là pour l'Evangile d'obstacle sérieux, puisque tard; pour le moment, on ne l'eût pas écouté, 
les apôtres eux-mêmes jugeaient à propos d'agir « Otez-le, » criait-on. Pourquoi? De peur qu'il 
ainsi. — Cependant Paul, qui se prête ici à ce ne prît la fuite. Notez à ce sujet la modé- 
qu'on lui demande, blâme plus tard la conduite ration avec laquelle Paul s'adresse au tribun : 
de Pierre. — 11 ne le faisait pas sans motif ; car « Me serait-il permis de vous dire quelque 
ce qu'il faisait dans ce cas particulier, Pierre le chose? » Telle était son humilité; en toute oc- 
faisait sans en avoir rien dit et comme s'il se fût casion elle se découvrait. « N'es-tu pas cet Egyp-. 
agi d'un point de dogme à établir. On ne dit pas tien ? » répond le tribun, 
maintenant : Inutile de prêcher aux Gentils; ou 3. Observez ici la méchanceté du démon. Cet 
bien : C'est assez de ne pas leur prêcher ; mais Egyptien était un imposteur et un charlatan : 
bien : Vous devez faire quelque chose de plus, or, le diable espérait bien, grâce à lui, embrouil- 
afin que vous passiez à leurs* yeux pour un ob- 1er les choses et faire passer pour ses complices 
servateur de la loi. D'ailleurs, par cela que vous le Christ et tes apôtres. Ses projets furent dé- 
le ferez dans Jérusalem, tout s'expliquera sans joués, la vérité ne brilla qu'avec plus d'éclat; 
peine. Faites-le donc ici , pour qu'il vous soit et les artifices de l'Esprit du mal , loin de leur 
permis de le faire ailleurs, « Alors Paul, prenant nuire en quelque chose, les firent ressortir da- 
ces hommes le jour suivant... » Pas de retard : vantage. Si les fauteurs de ces séditions n'eus- 
il prouve par sa conduite l'impression qui s'est sent pas été des imposteurs, et s'ils eussent vu 




HOMÉL 

leurs efforts couronnés de succès , on eût pu se 
trouver dans le doute; mais ce qu'il y a de vrai- 
ment surprenant, c'est que, s'ils se présentent 
d'un côté, de l'autre ce sont les apôtres qui 
triomphent. Ainsi Dieu permet -il l'apparition 
des faux prophètes pour la plus grande gloire 
de ses prophètes à lui, et pour que a les vrais 
élus deviennent manifestes, » comme il est écrit 
ailleurs. I Cor., xi, 19. Gamaliel avait dit pré- 
cédemment : a Avant les jours présents, Theu- 
das s'est montré. » AcL 9 v, 36. On appelait ces 
brigands sicaires à cause d'une arme nommée 
sica parles Romains, arme dont ils se servaient. 
Cependant il est des interprètes qui les regar- 
dent comme faisant partie d'une secte juive. 
Chez les Juifs, il y avait trois sectes principales, 
la secte des Pharisiens , celle des Sadducéens, 
et celle des Esséniens appelés également saints 
à cause de la sainteté de leur vie et parce que 
telle est la signification du nom d'Esséniens. De 
même, on aurait donné le nom de sicaires à 
ceux dont nous nous occupons à cause de leur 
fanatisme. Ne nous affligeons pas de l'existence 
de ces sectes , pas plus que de l'existence des 
faux christs qui ont voulu supplanter soit aupa- 
ravant, soit depuis, le Christ véritable. Cela 
n'empêche pas la vérité de briller de toute sa 
splendeur en tout lieu. Il en avait été de même 
au temps des prophètes : il y avait alors des 
faux prophètes dont le voisinage profitait à la 
gloire des prophètes vraiment envoyés. La ma- 
ladie fait mieux ressortir la santé, les ténèbres 
la lumière, l'orage le calme. Impossible aux 
Gentils de soutenir que les apôtres n'étaient que 
des imposteurs et des charlatans, car la compa- 
raison a démontré le contraire. Pareille chose ar- 
riva pour Moïse : Dieu permit qu'il y eût alors des 
magiciens, afin que Moïse ne passât point pour 
un magicien; il permit qu'ils accomplissent les 
prodiges que pouvaient produire leurs enchan- 
tements ; mais, ce terme atteint, ils ne poussèrent 
pas la tromperie plus loin, et ils durent s'avouer 
vaincus. Nous n'avons rien à craindre des im- 
posteurs; si l'on y réfléchit, on se convaincra 
que nous avons même à nous féliciter qu'il y en 
a it. — Mais, dira-t-on, ils auront la même 
gloire que nous. — Ce n'est pas à nos yeux qu'ils 



[E xlvi. m 

auront une gloire quelconque; ils n'en auront 
qu'aux yeux des personnes dépourvues entière- 
ment de jugement. Ne courons pas après la fa- 
veur de la multitude; ne l'ambitionnons pas 
au delà des limites voulues. Nous vivons pour 
Dieu, non pour les hommes; notre conversation 
est dans les cieux, non sur la terre. Là-haut 
seulement nous trouverons les prix et les récom- 
penses réservées à nos travaux; ce sont les 
louanges, les couronnes d'en haut qu'il nous 
faut attendre. Jusqu'à ce moment préoccupons- 
nous des hommes de manière à ne pas leur don- 
ner lieu de nous accuser. S'ils prétendent le 
faire sans motif, loin de nous affliger, n'en te- 
nons aucun compte. 

Pour vous , ne songez qu'à pratiquer le bien 
devant Dieu et devant les hommes; si, tandis 
que vous ne songez qu'au bien , on vous persé- 
cute d'ailleurs, ne vous en inquiétez pas. L'Ecri- 
ture sur ce point vous montrera ce que vous 
avez à faire. « Est-ce des hommes ou de Dieu 
que je désire être approuvé? » s'écriait l'Apôtre. 
Galat., i, 10. « Bien que les hommes acceptent 
notre parole, Dieu voit le fond de notre cœur. » 
II Cor., v, il. Le Christ disait à propos des 
personnes qui se scandalisent : a Laissez-les, 
ce sont des aveugles qui conduisent d'autres 
aveugles. — Malheur à vous , disait-il ailleurs, 
lorsque les hommes vous béniront. — Que vos 
œuvres brillent, afin que les hommes les voyant 
glorifient votre Père qui est dans les cieux. » 
Matth., xv, 14; Luc, vi, 26; Matth., v, 16. Si 
dans une autre circonstance le Sauveur ajou- 
tait : « Il vaudrait mieux pour l'homme qui au- 
rait scandalisé l'un de ces petits, qu'on lui eût 
attaché une meule de moulin au cou, et qu'on 
l'eût précipité au fond de la mer; » n'en soyez 
pas troublé; il y a sous cette diversité de lan- 
gage consonnance parfaite d'idées. Si nous en 
étions là, malheur à nous; si nous n'y sommes 
pas, nous n'avons rien à craindre. « Malheur à 
vous au sujet desquels le nom de Dieu est blas- 
phémé, » disait encore l'Apôtre. Rom., n, 24. 
— Plaît-il à quelqu'un de blasphémer, parce 
que j'accomplirai mon devoir? — Cela ne vous 
charge aucunement; l'auteur du blasphème en- 
court seul la responsabilité. — Comment, dans 



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166 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



ce cas, faire notre devoir et néanmoins prêter 
le flanc à nos ennemis? — Quels exemples dési- 
rez-vous? des exemples de l'antiquité ou des 
exemples plus récents? Vous offrirai-je celui-là 
même dont nous nous occupons? car nous n'a- 
Faits se vons rien à craindre. Paul judaïsait à Jérusa- 
^TpauK à km, et il ne judaïsait pas dans Antioche : il ju- 
daïsait, et l'on en était scandalisé; seulement on 
se scandalisait sans raison. 11 a salué, dit-on aussi, 
Téchanson de Néron et une de ses concubines. 
Que ne durent pas dire à ce sujet les Juifs contre 
l'Apôtre? Or, ils n'en avaient pas davantage le 
droit; s'il eût salué ces personnages à propos de 
leurs désordres et de leurs mauvaises mœurs, 
il aurait eu tort : les saluant à propos de leurs 
bonnes œuvres, en quoi serait-il répréhensible? 

Je rapporterai une anecdote qui concerne un 
de mes amis et moi-même. Au temps où la co- 
lère de Dieu s'était appesantie sur nous, cet ami 
alors tout jeune était diacre. Or, l'évèque à cette 
époque se trouvait absent; les prêtres loin d'agir 
sérieusement se mirent à baptiser tout à coup et 
sans précaution aucune, une foule de catéchu- 
mènes. Gomme ces derniers ne savaient pas ce 
qu'ils allaient recevoir, notre ami les prenait 
par une ou deux centaines et les entretenait sur 
les mystères de manière à ne leur permettre 
d'approcher qu'une fois instruits à ce sujet. 
Bien des gens attribuèrent sa conduite à l'am- 
bition ; mais il ne s'émut pas de cette opinion. 
Toutefois , il ne continua pas à se conduire de 
même, et il no recommença plus. En conclurons- 
nous qu'il fut une cause de scandale? Ce n'est 
point mon avis. S'il n'eût eu pour agir de la 
sorte aucune raison, et s'il eût recommencé, 
l'on aurait eu le droit de le blâmer. Il faut mé- 
priser le scandale lorsqu'il a pour but de nous 
détourner d'accomplir la volonté de Dieu : il 
faut s'en préoccuper lorsque nous pouvons nous 
abstenir d'une action sans offenser le Seigneur. 
Supposez qu'on se scandalisât de nos discours 
et de nos reproches aux intempérants, croyez- 
vous bien que je garderais le silence? Ecoutez 
ce mot du Christ : « Voulez-vous me quitter, 
vous aussi? » Joan., vi, 68. 

Ayons donc le soin de ne pas trop nous préoc- 
cuper de la faiblesse du vulgaire; d'autre part 



ne la dédaignons pas trop non plus. Telle est la 
façon d'agir des médecins : lorsqu'ils peuvent 
se rendre agréables aux malades, ils le font vo- 
lontiers; mais, lorsqu'ils n'aboutiraient par là 
qu'à compromettre leur guérison , ils agissent 
sans ménagements. En toute chose il est bon 
d'observer la mesure. On injuriait un jour une 
jeune fille extrêmement belle qui était restée 
vierge et qui assistait aux instructions : ces in- 
jures s'adressaient pareillement à ceux qui l'in- 
struisaient. Ces derniers devaient-ils renoncer 
à l'instruire? Ne le pensons pas; car leur con- 
duite était particulièrement agréable à Dieu, 
loin de lui déplaire. Ce à quoi il faut prendre 
garde, c'est à la nature du scandale, non au 
scandale lui-même : est-il raisonnable, ne va-t-il 
pas contre notre propre bien? « Si ma nourri- 
ture scandalise mon frère, je renonce à l'usage 
des viandes pour toujours, d disait l'Apôtre. 

I Cor, 9 vin, 13. Il ne lui en coûtait nullement, 
en effet, de s'en priver; mais, si l'on eût été 
scandalisé de même de ce sacrifice , il n'aurait 
pas fallu se préoccuper davantage du scandale. 
— Qui cela pourrait-il scandaliser? demanderez- 
vous. — A mon avis, bien des gens. Donc, abste- 
nons-nous, dès qu'il est question d'un acte in- 
différent. A n'observer que cette seule règle, 
nous aurons à renoncer à bien des choses; si 
nous neje faisions pas, nous causerions la perte 
de plusieurs. Paul s'efforçait lui aussi de pré- 
venir les scandales. «Evitons, disait-il, les scan- 
dales qui pourraient se produire à l'occasion des 
aumônes abondantes que nous distribuons. » 

II Cor. y vin, 20. Aucun mal n'était à craindre 
de cette mesure recommandée par l'Apôtre. 
Mais en sommes-nous réduits à la nécessité de 
nous exposer nous-mêmes à des maux sérieux 
si nous avions égard au scandale d'autrui, pas- 
sons outre. Au prochain de veiller à ses inté- 
rêts; nous n'en sommes plus responsables, 
puisque ménager les siens serait abandonner 
les nôtres. Bien des gens ont été scandalisés de 
voir des fidèles se reposer dans le temple, 
comme s'il était défendu de le faire : ils ont eu 
tort; il n'y avait là rien de mauvais. On se scan- 
dalisait autrefois de ce que Pierre mangeait avec 
les païens ; on avait tort de se scandaliser ; Pierre 

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HOMÉLIE XLV1L 



167 



écarta néanmoins ce sujet de scandale. A nous 
tons qui observons les lois divines de veiller à 
ne scandaliser en aucune façon le prochain, 
afin de n'avoir rien à nous reprocher, et d'être 
dignes de la miséricorde du Seigneur, par la 
grâce et la charité du Fils unique, à qui gloire, 
puissance, honneur, en même temps qu'au Père 
et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et 
dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE XLVII. 

« Et Paul lui dit : Je suis Juif, de Tarse en Cilicie , et 
citoyen de cette ville , qui n'est point inconnue. Per- 
mettez-moi, je vous prie, de parler au peuple. Le 
tribun le lui permit ; et Paul, se tenant debout sur les 
degrés, fit signe de la main au peuple; et, un grand 
silence sfétant produit, il parla dans ces termes, en 
langue hébraïque, » 

. i. Il est à remarquer que l'Apôtre ne manque 
pas de s'autoriser de l'appui que lui donne la 
loi, toutes les fois qu'il s'adresse aux Gentils. 
Dans le cas présent, il met en avant sa patrie 
pour gagner sa cause. Précédemment il avait 
dit : a Ils nous ont battus de verges, nous, ci- 
toyens romains , et ils nous ont mis en prison, 
quoique nous n'ayons pas été jugés. » Act., 
xvi, 37. « Etes-vous cet Egyptien? » lui deman- 
dait-on tout à l'heure. 11 répond : « Je suis Juif. » 
Langage par lequel il réfute ce que l'on veut 
faire entendre. Il ne dit pas qu'il appartienne 
ouvertement à la nation juive ; il parle de la re- 
ligion qu'il professe; c'est ainsi qu'il déclare 
ailleurs n'avoir d'autre maître que le Christ. 
Qu'est-ce à dire? Paul ne dit-il pas la vérité? Ne 
le croyez pas. Que penser? N'a-t-il pas nié ce 
qu'il fallait affirmer? Cela n'est pas vrai ; il était 
à la fois juif et chrétien ; il observait les ména- 
gements qui étaient indispensables, il obéissait 
mieux que qui que ce soit; il se soumet à la loi, 
il croit au Christ et parle à Pierre dans ces 
termes : « Nous sommes Juifs de naissance. » 
Galat., il, 15. « Je vous en prie, permettez-moi 
de parler au peuple. » Ce qui prouve que l'on 
ne disait pas la vérité, ce sont les témoins qu'il 
se proposait de consulter. Notez avec quelle 
douceur il défend sa cause. C'était une pré- 



somption très-forte en faveur de son innocence 
que de n'avoir aucune accusation sérieuse à ré- 
futer, d'être prêt à se justifier, et de tenir à ré- 
pondre aux Juifs eux-mêmes. Admirez la pru- 
dence et la bonne fortune de l'Apôtre en même 
temps : si le tribun ne fût intervenu , s'il n'eût 
pas privé Paul de sa liberté, ce dernier n'eût pas 
eu l'occasion de se justifier, il n'eût même pas 
obtenu un peu de silence. « Le tribun le lui panitriom- 
permit, et Paul se tenant debout sur les degrés. » Jjj^* 801 
Le lieu duquel il parlait facilitait son projet; car 
il parlait d'un point élevé, bien que chargé de 
chaînes. Quel spectacle que celui de l'Apôtre 
haranguant le peuple, quoique enchaîné? Et 
Paul ne fut pas troublé, il ne fut pas confus 
à la vue de la foule furieuse, du tribun qui 
assistait à cette scène! Après avoir calmé le 
courroux des auditeurs, il prit la parole et s'ex- 
prima d'une manière admirable de prudence. 
« Un grand silence s'étant produit , il parla 
dans ces termes en langue hébraïque : Mes frères 
et mes pères, écoutez ce que j'ai à dire pour ma 
défense. » Pas de flatterie dans ses paroles, tout 
y est sage et modeste. Il ne dit pas : Seigneurs ; 
mais : « Mes frères. » Je ne suis pas un étranger 
pour vous, je ne suis pas votre ennemi. « Mes 
frères et mes pères ; » langage qui les honore 
et leur rappelle les liens qui les unissent tous. 

« Ecoutez ce que j'ai à dire pour ma défense. » 
Il n'est question ni d'assemblée, ni de doctrine, 
mais de défense , comme si l'on implorait cette 
faveur. « Quand ils l'entendirent s'exprimer en 
langue hébraïque, ils firent encore plus de si- 
lence. » Comme iisétaient sensibles à cette langue 
paternelle, pour laquelle ib professaient le plus 
profond respect ! Après ce début, voici comment 
l'Apôtre poursuit son discours : « Je suis Juif, né 
à Tarse en Cilicie ; j'ai été élevé dans cette ville, 
instruit aux pieds de Gamaliel dans la vérité de 
la loi de nos pères, zélé pour Dieu comme vous 
l'êtes tous aujourd'hui. » — « Je suis Juif. » Aveu 
qu'ils ne pouvaient pas ne pas entendre avec 
plaisir. « Né à Tarse en Cilicie. » Pour qu'on ne 
le traitât pas en étranger, il découvre sa religion. 
« Elevé dans cette ville. » Quel zèle pour le culte 
du vrai Dieu, puisque Paul abandonne sa patrie 
pour venir, malgré la distance, apprendre à con- 



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168 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



naître la loi! Gomme il devait, dès le principe, Il a dit tout à l'heure : « Zélé comme vous, a 
être attaché à cette loi? 11 ne parle pas de la égal à vous par le zèle. Maintenant, il leur 
sorte uniquement pour se justifier ; il se propose montre que par les œuvres il les a de beaucoup 
de montrer qu'il est redevable à la puissance dépassés. Je n'attendais pas l'occasion de m'em- 
divine, non à l'ambition humaine, du ministère parer de nos ennemis ; j'attisais la fureur des 
qu'il exerce, puisqu'il a été soudain instruit des prêtres; j'entreprenais de longs voyages; je ne 
vérités qu'il propage. On aurait pu se défier de me bornais pas comme vous à m'en prendre aux 
lui s'il fût sorti des rangs obscurs du peuple; hommes, les femmes n'étaient pas à l'abri de 
étant au nombre des partisans les plus zélés de mes atteintes ; je chargeais de chaînes les uns et 
la loi, il ne pouvait , selon toute vraisemblance, les autres , et je les jetais en prison. Impossible 
avoir changé de conviction que pour d'excellentes de récuser ce témoignage et de justifier consé- 
et d'impérieuses raisons. On répliquera que l'é- quemment la conduite des Juifs. Que de témoins 
ducation reçue par l'Apôtre importe peu ; peut- invoqués : les anciens, le grand prêtre, les ha- 
ètre n'était-il venu à Jérusalem que pour faire bitants de la ville elle-même! 
du commerce ou pour d'autres raisons pareilles. 2. Ce n'est pas la crainte, remarquez-le bien, 
Afin d'écarter cette interprétation , il ajoute : qui inspire la défense de l'Apôtre ; c'est plutôt 
« Aux pieds de Gamaliel; » donnant à com- le désir de les instruire et de les éclairer. Il fallait 
.prendre par là son assiduité, sa persévérance, que ses auditeurs eussent le cœur plus dur qu'une 
son ardeur à suivre les leçons de cet homme pierre pour ne pas être touchés par son langage, 
illustre, et le profond respect dont il l'avait en- Jusqu'ici les Juifs eux-mêmes ont été les témoins 
touré. des faits que Paul vient de rappeler ; les faits qui 
a Instruit dans la vérité de la loi de la patrie ; » vont être racontés ne se sont plus passés sous 
non-seulement « de la loi, » mais de la loi « de leurs yeux, « Ayant reçu d'eux des lettres contre 
la patrie. » Tel il avait été dès le principe; et la nos frères, j'allais à Damas pour les emmener 
connaissance qu'il avait eue de la loi n'était pas prisonniers à Jérusalem , où ils devaient être 
une connaissance ordinaire. Bien que ces cir- punis. Or, il arriva, comme j'étais en chemin et 
constances paraissent être invoquées en faveur que j'approchais de Damas, vers midi, tout à 
des Juifs, au fond elles les combattent ; car Paul coup une grande lumière venant du ciel m'en- 
quitta très-volontairement l'école de Gamaliel. vironna ; je fus précipité contre terre, et j'en- 
II connaissait donc exactement la loi de ses pères; tendis une voix qui me disait : Saul, Saul, pour- 
ce n'est pas tout, il l'aimait, il la pratiquait avec quoi me persécutes-tu? Je répondis : Qui êtes- 
zèle ; « j'étais zélé pour la loi, » dit-il ; à la science vous , Seigneur ? La voix me répondit : Je suis 
que j'en possédais, je joignais le zèle pour la ré- Jésus de Nazareth, que tu persécutes. » Ce que 
duire en pratique. Après avoir mis en lumière Paul avait dit tout à l'heure aurait dû faire ac- 
les détails propres à faire son éloge, il prend un cepter les détails qu'il donne actuellement, puis- 
ton plus général et ajoute : « Comme vous l'êtes qu'il était toujours le même. — Et s'il se vante 
tous aujourd'hui. » Il leur prête des intentions sans raison? direz -vous. — Impossible, vous 
louables et non des motifs humains. En quoi il répondrai-je. Quel motif aurait-il eu d'embrasser 
se proposait de se concilier leur bienveillance, avec une telle ardeur cette, nouvelle croyance? 
de les prévenir en sa faveur, et de fixer leur Quels honneurs en aurait-il attendus? C'est tout 
attention sur des points parfaitement inoffensifs, le contraire qui arriva. Eùt-il compté sur le re- 
« J'ai persécuté jusqu'à la mort ceux de cette pos? Encore moins le repos fut-il son partage, 
religion, enchaînant et mettant en prison les Quelle autre raison mettre en avant? Vous n'en 
hommes et les femmes. Le grand prêtre et tous trouverez à coup sûr aucune. Leur laissant le 
les anciens en sont témoins. » Ne demandez pas : soin de concilier toutes ces particularités, l'Apôtre 
Où en est la preuve? Les anciens et le prince des se borne à raconter les faits : « Or, il arriva, 
prêtres vous en rendront eux-mêmes témoignage, comme j'approchais de Damas, vers midi, tout 




HOMÉLIE XLVIL 



169 



à coup une grande lumière venant du ciel m'en- 
vironna, et je fus précipité contre terre. » Notez 
le caractère éblouissant de cette lumière. Du 
reste, il ne se borne pas à des divagations d'ima- 
gination, puisque les gens qui l'accompagnaient 
virent la lumière et le conduisirent ensuite par 
la main, a Ceux qui étaient avec moi virent bien 
la lumière, et ils en furent effrayés; mais ils 
n'entendirent pas la voix de celui qui me par- 
lait. » Ne soyez pas étonnés si Paul vous parle 
de la sorte, tandis que nous lisons ailleurs : « Or, 
ils demeurèrent debout entendant la voix, mais 
ne voyant personne. » Act., ix, 7. Il n'y a pas 
là de contradiction. Deux voix se faisaient en- 
tendre, la voix de Paul et la voix du Seigneur. 
Dans ce dernier texte, il s'agit de la voix de 
Paul; au lieu que Paul dit expressément qu'ils 
<e n'entendirent pas la voix de celui qui lui par- 
lait. » Dans le texte que nous venons de citer, il 
n'est pas dit non plus que les compagnons de 
l'Apôtre n'aient pas vu la lumière ; « ils ne virent 
personne, » c'est-à-dire lui parler, y est-il dit en 
propres termes. Rien de plus convenable d'ail- 
leurs : il était bon que cette voix ne fût çntendue 
que de Paul ; si ses compagnons l'eussent en- 
tendue, le prodige eût beaucoup perdu de son 
importance. Le témoignage du sens de la vue 
étant celui qui impressionne le plus les esprits 
incultes, il leur fut donné d'apercevoir la lu- 
mière, ce dont ils furent frappés au point d'être 
saisis de frayeur. Toutefois , cette lumière pro- 
duisit un moindre effet sur eux que sur l'Apôtre : 
celui-ci fut frappé de cécité, tandis que les autres 
purent tout à leur aise examiner ce qui se pas- 
sait d'extraordinaire à son sujet. Quant à moi, 
je verrais dans l'incrédulité persistante de ces 
Juifs un dessein providentiel : leur témoignage 
n'en devenait que plus indubitable. 

« La voix me dit : Je suis Jésus de Nazareth, 
que tu persécutes. » La ville habitée par le Sau- 
veur est mentionnée de manière à ce qu'on le 
reconnaisse bien. Les apôtres aussi l'appelaient 
Jésus de Nazareth. Ainsi, le Sauveur lui-même 
déclare qu'on l'a persécuté, a Et ceux qui étaient 
avec moi virent bien la lumière, et ils en furent 
effrayés ; mais ils n'entendirent pas la voix. Et 
je dis : Que ferais-je, Seigneur? Et le Seigneur 



me dit : Lève-toi, va à Damas, et l'on te dira dans 
cette ville ce que tu dois faire. Comme je ne voyais 
plus, à cause de l'éclat de cette lumière, mes com- 
pagnons me conduisirent par la main jusqu'à 
Damas. Il y avait là un homme nommé Ananie, 
homme fidèle à la loi, selon le témoignage de 
tous les Juifs qui demeuraient dans cette ville ; il 
vint à moi, et, s'arrétant devant moi, il me dit : 
Mon fils Saul, regarde. » Rien d'extraordinaire en 
cela. « Et au même instant je le regardai.» A son 
tour vient le témoignage des choses elles-mêmes. 
Les choses comme les personnes , les étrangers 
comme les Juifs concourent à la démonstration 
de la vérité. Au nombre des personnes sont les 
prêtres, les vieillards, les compagnons de Saul. . 
Au nombre des choses sont les œuvres de l'Apôtre 
et ce qu'il a dû souffrir. Comme les personnes, 
les choses rendent témoignage aux choses. A un 
point de vue différent, nous avons dans Ananie 
un étranger. Après cela vient autre chose, savoir, 
le recouvrement de la vue ; après quoi une pro- 
phétie importante, a Et il me dit : Le Dieu de 
nos pères t'a prédestiné pour connaître sa vo- 
lonté, pour voir le juste. » — « Le Dieu de nos 
pères ; » preuve que leurs ennemis n'étaient pas 
des Juifs véritables, mais des ennemis de la loi, 
et que la haine, non le zèle, dirigeait leurs ac- 
tions. « Pour connaître sa volonté, pour voir le 
juste. » Telle est donc sa volonté. Observez com- 
ment la doctrine s'insinue ici dans le récit. « Et 
pour entendre les paroles de sa bouche ; car tu 
seras témoin devant tous les hommes de ce que 
tu as vu et entendu. » — a Pour voir le juste. » 
Il le dit ouvertement. S'il est le juste, ses enne- 
mis sont alors criminels. « Et pour entendre les 
paroles de sa bouche. » Quelle magnifique mis- 
sion il lui ouvre! « Car tu seras son témoin. » 
Tu ne mentiras pas à tes yeux et à tes oreilles ; 
tu diras ce que tu as vu et entendu. L'un et 
l'autre de ces deux sens concourent à lui donner 
la certitude de ce qu'il doit prêcher, a Et main- 
tenant que tardes-tu? Lève-toi, reçois le bap- 
tême, et purifie-toi de tes péchés en invoquant le 
nom du Seigneur. » 

3. Paroles dignes d'être notées que celles-là; 
nous ne lisons pas : Reçois le baptême en son 
nom ; mais bien : « En invoquant le nom du 



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170 HOMÉLIES SUR LES 

Christ, d Par où demeure établie la divinité du 
Sauveur ; car il n'est permis d'invoquer que Dieu 
seul. Saul ne fut pas contraint d'agir comme il le 
fit, et il le prouve en ajoutant : uLe Seigneur me 
dit : Va vers Damas, et on te dira en cette ville 
ce qu'il te faudra faire. » Il n'avance rien sans 
témoignage à l'appui. Maintenant, le témoignage 
d'une ville entière est invoqué, puisqu'onl'y avait 
vu mené par la main. Vient ensuite la prophétie 
lui annonçant qu'il serait le témoin du Seigneur. 
Et vraiment il fut le témoin du Seigneur; et 
comme il convenait qu'il le fût, par ses œuvres 
comme par ses paroles. C'est ainsi que nous de- 
vons l'être nous-mêmes; nous devons garder 
fidèlement le dépôt qui nous a été confié , soit 
quant à la doctrine, soit quant aux mœurs. 
Voyez le grand Apôtre : ce qu'il a vu, ce qu'il a 
entendu, il l'atteste à la face de tous les hommes 
sans que rien puisse l'arrêter. Nous savons que 
la résurrection , qu'une foule d'autres biens se- 
ront notre partage ; eh bien ! rendons devant 
tous les hommes témoignage à ces vérités. — 
Nous le faisons, nous le croyons, répondrez- 
vous. — Comment le faisons-nous, quand notre 
conduite est empreinte d'une signification tout 
opposée? Je suppose qu'un homme se proclame 
chrétien, puis qu'il passe au judaïsme; ajoute- 
riez -vous quelque valeur à son témoignage? 
Evidemment non ; car, ce témoignage, vous le 
chercheriez avant tout dans ses œuvres. De 
même , nous soutenons l'existence de la résur- 
rection à venir et d'une infinité de biens; après 
quoi, les dédaignant, nous courons vers les 
biens de la terre ; comment voulez-vous qu'on 
nous écoute? C'est à nos actes, et non à nos 
paroles, que l'on prête la plus sérieuse attention : 
« Tu seras témoin devant tous les hommes ; » 
non-seulement chez les tiens, mais chez les in- 
fidèles; le rôle du témoin consistant à faire con- 
naître la vérité aux ignorants comme aux savants. 
Devenons des témoins dignes de considération. 
Comment le deviendrons-nous? Par notre con- 
duite. Les Juifs tendaient à Paul des embûches. 
Les passions nous tendent à nous des embûches 
d'un autre genre, et elles nous pressent de rendre 
un faux témoignage. Ne les écoutons pas; nous 
sommes des témoins envoyés par Dieu même. Il 



lCTES DES APOTRES. 

y a des hommes qui affirment que Dieu n'est pas 
Dieu : à nous de lui rendre un témoignage irré- 
cusable ; rendons-le-lui, et fermons la bouche à 
nos adversaires. Si nous demeurons muets, nous 
devenons la cause de leur erreur. Dans les tri- 
bunaux profanes où s'agitent les intérêts de ce 
monde, nul ne voudrait d'un témoin que ses 
crimes auraient déshonoré : combien moins 
doit-on l'admettre devant le tribunal de la con- 
science, où s'agitent des intérêts autrement im- 
portants ! 

Nous disons que nous avons entendu le Christ 
et sa parole, que nous comptons sur ses pro- 
messes. On nous répond : Prouvez-le par vos 
œuvres ; votre vie nous dit le contraire et montre 
que vous ne croyez pas. Voulez-vous que nous 
vous citions ceux d'entre vous qui amassent de 
l'argent, qui se livrent à la rapine et à l'avarice, 
ceux qui gémissent, qui s'affligent, bâtissent, 
font tout comme s'ils ne devaient jamais mourir? 
Vous paraissez ne pas croire à la mort, si cer- 
taine pourtant , si indubitable ; comment pour- 
rions-nous ajouter foi à votre témoignage? Car 
il y a des hommes, il y en a, je le répète, qui 
vivent comme s'ils ne devaient jamais mourir. 
Sous le faix d'une vieillesse avancée, ils se met- 
tront à bâtir des maisons, à défricher des champs; 
qu'attendent-ils donc pour penser â la mort? 
C'est un rude supplice pour nous, qui avons 
mission de rendre témoignage, de ne pouvoir 
attester avec autorité ce que nous avons cepen- 
dant vu de nos yeux. Nous avons vu nous aussi 
des anges, et nous les avons vus plus manifeste- 
ment que les personnes favorisées de la vision 
des esprits bienheureux. Par conséquent, ren- 
dons témoignage au Christ ; nous aussi , comme 
les apôtres, nous sommes les témoins du Sau- 
veur. On leur a donné le nom de martyrs ou de 
témoins, parce qu'ils ont mieux aimé braver 
toute sorte de supplices que renoncer à procla- 
mer la vérité. Pareillement, lorsque les passions 
nous demandent d'apostasier, ne cédons pas à 
leur pression. Soutiens donc que le Christ n'est 
point le Christ, nous dira l'or; n'allons pas ac- 
cepter sa parole comme une parole divine, et 
foulons aux pieds ses ordres. Les convoitises 
mauvaises vous suggèrent le nième sacrifice ; nç 



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les écoutez pas, tenez ferme, et qu'on ne dise 
pas de vous : a Us prétendent connaître Dieu, 
mais par leurs actes ils le nient ; » Tit., i , 16 ; 
ce qui est digne des ennemis de Dieu , non de 
ses témoins. Que d'autres le renient , il ne s'en 
faut pas étonner; que nous le reniions, nous 
qui devrions par vocation lui rendre témoignage, 
c'est intolérable, c'est affreux; et, de plus, c'est 
pour nous la source des maux les plus graves, 
a Cela leur arrivera pour qu'ils me rendent té- 
moignage, » disait le divin Maître; Luc. y xxi, 
13 ; à la condition pourtant que nous ne lâchions 
pas pied et que nous demeurions inébranlables. 
Si nous allions tous rendre au Christ le témoi- 
gnage qu'il nous demande, bientôt de nombreux 
Gentils ouvriraient les yeux à la lumière. 

4. C'est une chose bien puissante que la bonne 
.conduite, mes bien-aimés; quelque barbares que 
soient les hommes, ils n'oseront pas ouvertement 
condamner vos croyances; au fond du cœur 
même, ils les admettront, ils les admireront, ils 
en feront l'éloge. — Comment, demanderez-vous, 
notre conduite sera-t-elle irréprochable? — Par 
la vertu de la grâce divine, et non par d'autres 
moyens. D'où vient que les Gentils sont ce qu'ils 
sont? Les uns le doivent à leur naturel, les autres 
à la vaine gloire. Voulez-vous apprécier l'éclat 
de la vertu et la puissance de persuasion qui lui 
est propre? On a vu des hérétiques dont les doc- 
trines étaient infectées de corruption , en venir 
au point de séduire des foules considérables par 
la régularité de leurs mœurs : on ne remarquait 
exclusivement que les mœurs, sans prendre garde 
aux doctrines pernicieuses mises en avant. D'au- 
tres, tout en réprouvant les doctrines, accordaient 
leur respect aux hérésiarques à cause de leur 
conduite : ils avaient tort , et néanmoins ils le 
faisaient. Voilà ce qui a dépouillé notre foi du 
caractère de majesté qui lui était propre ; voilà 
ce qui a semé partout le désordre ; voilà ce qui 
compromet la foi elle-même , l'insouciance des 
fidèles à l'endroit de leurs maux. Nous soute- 
nons la divinité du Christ, nous proclamons une 
infinité d'autres dogmes; nous ajoutons entre 
autres assertions que le Sauveur nous a recom- 
mandé à tous de vivre d'une façon irréprochable ; 
mais à peine un petit nombre observent-ils ses 



HOMÉLIE XLVIL 171 
recommandations. Conciliez, si vous le pouvez, 
la corruption de la vie avec la croyance à la ré- 
surrection , à l'immortalité de l'àme et au juge- 
ment; n'allez-vous pas tout droit, en suivant 
cette voie, à la fatalité, au destin, à la négation 
de la Providence? L'àme est heureuse de trouver 
de pareilles excuses lorsqu'elle est plongée dans 
le mal, afin de pouvoir se soustraire au juge- 
ment qui la menace, comme si nous n'étions pa3 
maîtres de faire le mal ou de choisir la vertu. 
Que de ruines amoncèle une vie semblable ! Elle 
transforme les hommes en bêtes féroces; que 
dis-je? elle les abaisse même au-dessous; car, 
plus d'une fois, les instincts divers que vous, 
trouverez épars chez plusieurs espèces d'ani- 
maux, un seul homme les réunira pour le mal- 
heur de l'humanité. C'est pour cela que le diable 
a jeté dans le monde cette opinion du destin, 
qu'il a nié l'existence d'une providence, qu'il a 
supposé la création primitive de natures fon- 
cièrement bonnes et foncièrement mauvaises, 
qu'il a conclu à l'existence de l'éternité du mal 
et de la matière, qu'il travaille enfin à gâter 
notre cœur par tous les moyens imaginables. 



Impossible qu'un homme dont les mœurs sont 
dépravées renonce à ses croyances perverses, ou $ e rve intact 
bien conserve intact le dépôt de la foi : inévi- £.^ é P ôldela 
tablement il tombera dans l'abîme. J'estime 
que difficilement on trouverait parmi les hommes 
perdus de mœurs un esprit assez sain pour re- 
pousser les inventions diaboliques, telles que 
l'existence du destin, l'absence d'ordre, de pro- 
vidence et de fin dans l'univers. 

Veillons donc, je vous en conjure, sur la pu- 
reté de notre vie, et préservons-nous par là des 
doctrines corrompues. Caïn fut condamné à 
trembler et à craindre. Il en est de même des 
impies et des criminels : souvent ils se réveille- 
ront en sursaut, l'esprit bouleversé, les yeux 
hagards , en proie à la défiance , à la terreur, 
redoutant les plus graves événements, l'àme dé- 
chirée par la lâcheté, l'épouvante et l'effroi. 
Quelle faiblesse, quelle inconsistance dans ces 
âmes! Il leur est autant impossible d'être maî- 
tresses d'elles-mêmes qu'il le serait à Se pauvres 
insensés! C'est lorsque ces ténèbres affreuses 
pèsent sur elles qu'elles apprécieraient le bon- 



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HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



heur du calme et du repos, et la facilité de re- 
connaître leur noblesse. Mais, tout contribuant 
à redoubler leur effroi , les paroles , les gestes, 
les songes, les craintes, comment, en proie à des 
troubles et à des perplexités de ce genre, leur 
serait-il possible de tourner leurs regards sur 
elles-mêmes? Mettons un terme à leur anxiété, 
brisons ces liens. N'y eût-il pas d'autre châti- 
ment, ne serait-ce pas un châtiment horrible 
que de vivre dans une angoisse sans fin , tou- 
jours dans les inquiétudes, toujours dans les 
tourments? Puisque nous apprécions ces vérités, 
vivons dans la paix, pratiquons la vertu, de 
manière à préserver nos croyances et nos mœurs 
de toute corruption, à passer la vie présente 
sans encombre et à posséder un jour les biens 
promis à ceux qui aiment Dieu , par la grâce et 
la charité du Fils unique, à qui gloire, puissance, 
honneur, en même temps qu'au Père et au Saint- 
Esprit, maintenant et toujours, et dans les 
siècles des siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE XL VIII. 

« Et il arriva que, de retour à Jérusalem, comme je 
priais dans le temple, j'eus un ravissement d'esprit. 
Et je vis le Seigneur qui me dit : Hâte -toi, et sors 
promptement de Jérusalem, car ils ne recevront pas 
ton témoignage sur moi. Et je dis : Seigneur, ils savent 
que je mettais en prison et faisais flageller dans les 
synagogues ceux qui croyaient en vous ; que j'étais 
présent, lorsqu'on répandait le sang de votre martyr 
Etienne, que je consentais à sa mort, et que je gardais 
les habits de ses meurtriers. » 

Ardeur arec 1 . Avec quelle ardeur l'Apôtre court au-devant 

laquelle saint m 

Paoi court des dangers! « Il arriva, poursuit-il, que de re- 
dan d ^w? tde8 tour à Jérusalem, comme je priais dans le 
temple; » car je retournai dans Jérusalem après 
cette vision fameuse, a j'eus un ravissement 
d'esprit. Et je vis le Seigneur qui me dit : Hâte- 
toi et sors promptement de Jérusalem, car ils ne 
recevront pas ton témoignage sur moi. » Ici 
pareillement, vous verrez intervenir ce témoi- 
gnage; il résulte de l'événement même, « Ils ne 
recevront pas ton témoignage, » dit le Seigneur; 
en effet, ils ne le reçurent pas. A raisonner hu- 
mainement, on eût pensé qu'ils ne le repousse- 
raient pas; a car je mettais en prison et maltrai- 



tais, » dit l'Apôtre; c'était un motif pour le 
recevoir. N'importe, ils n'en veulent pas; ce que 
l'Apôtre apprend par avance dans un ravisse- 
ment. Deux conclusions ressortent de ces pa- 
roles : la première, c'est la conduite injustifiable 
des Juifs qui persécutent Paul contre toute rai- 
son et toute convenance; la seconde, c'est la 
divinité du Christ, qui prédit des événements 
contre toute vraisemblance, et qui, allant au 
delà des faits présents, annonce clairement l'a- 
venir. Mais n'avait-il pas dit : « Il portera mon 
nom devant les peuples, les rois et les fils d'Is- 
raël? » 11 a dit qu'il porterait, mais non qu'il 
devait triompher de toutes les résistances. Tandi3 
que les Juifs embrassaient ailleurs la foi, ils s'y 
refusaient obstinément là où se trouvait Paul. 
Quand le souvenir de son zèle d'autrefois eût dû 
suffire pour leur ouvrir les yeux, ils n'en demeu- 
raient que plus aveuglés, a J'étais présent lorsque 
l'on répandait le sang de votre martyr Etienne, 
et je consentais à sa mort. » Il ne craint pas d'a- 
vouer sa part considérable de responsabilité : il 
était, lui, l'auteur de la persécution ; c'était lui 
qui, parlés mille mains des Juifs, mettait Etienne 
à mort. Paul rappelle ici aux Juifs un souvenir 
pénible; il leur en coûtait d'en entendre parler 
à cause des reproches qu'ils avaient à se faire, 
et déjà s'accomplissait la prophétie. Zèle ardent, 
persécution non moins ardente, pleine liberté 
de langage du côté des témoins de la vérité 
chrétienne, rien ne manquait. Les Juifs ne 
purent entendre la fin du discours; transportés 
de fureur, ils se mirent à vociférer. « Et il me 
dit : Va, car je t'enverrai au loin vers les Gentils. 
Le3 Juifs l'avaient écouté jusque-là; mais alors 
ils élevèrent la voix en disant : Otez du monde 
cet homme, il ne convient pas qu'il vive. Comme 
ils criaient, jetant leurs vêtements et lançant de 
la poussière en l'air, le tribun ordonna d'enfer- 
mer Paul dans la forteresse et de le battre de 
verges et de le tourmenter, afin de savoir pour- 
quoi ils criaient contre lui. » Le devoir du tri- 
bun était d'examiner ce qui se passait, et d'in- 
terroger les Juifs eux-mêmes; négligeant ces 
mesures, il prend le parti de faire battre Paul 
de verges. « 11 ordonna d'enfermer Paul dans 
la forteresse, de le battre de verges et de le 



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HOMÉLIE XLVIII. 



473 



tourmenter, afin de savoir pourquoi ils criaient 
contre lui. » C'était à ceux qui criaient qu'il 
fallait s'adresser, à eux qu'il fallait demander le 
crime qu'ils invoquaient contre l'Apôtre. Le 
tribun ne songe qu'à gagner les faveurs de la 
populace; peu lui importe de faire de son pou- 
voir un juste usage; c'est moins le droit qu'il 
se propose de faire prévaloir que de calmer la 
rage de ces furieux. 

« Quand on l'eut lié, il dit à un centurion qui 
était présent : Vous est-il permis de flageller un 
citoyen romain qui n'a pas été condamné? » 
Paul ne mentait pas en se déclarant citoyen 
romain; il l'était en toute vérité. Aussi, dès 
qu'il l'apprit, le tribun fut-il saisi de crainte. 
Pourquoi cette crainte? demanderez-vous. N'y 
eût-il pas d'autre motif de craindre, c'était as- 
sez que d'être exposé à être découvert et à rendre 
compte de sa conduite. Notez le ton de l'Apôtre, 
il s'exprime avec une grande énergie : « Vous 
est-il permis? » Deux griefs qu'il leur oppose : 
le maltraiter sans condamnation préalable, et 
malgré sa qualité de citoyen romain. Des droits 
précieux étaient l'apanage des citoyens romains; 
ce privilège était loin d'être commun à tous les 
habitants de l'empire. C'est depuis Hadrien qu'ils 
furent appelés romains indistinctement; ce qui 
auparavant n'avait pas lieu. Peut-être l'Apôtre 
déclara-t-il son titre de citoyen romain pour 
éviter la peine infamante des verges, après la- 
quelle il eût été méprisé : il n'hésite donc pas à 
leur tenir un langage qui les fait rentrer en eux- 
mêmes. Et puis, si on l'eût battu de verges , on 
aurait franchi vraisemblablement toutes les 
bornes, et on l'eût mis à mort, ce qui mainte- 
nant n'était plus à redouter. Admirez, je vous 
prie, la part que Dieu laissa aux hommes dans 
l'accomplissement de ses desseins. Le tribun ré- 
pond à Paul : « J'ai acheté ce droit à un très- haut 
prix; » par où il parait prêter à Paul la pensée 
d'agir avec dissimulation. A la vérité, l'appa- 
rente simplicité du captif le conduisait à le croire. 
« Le centurion, entendant cette parole, s'appro- 
cha du tribun et lui dit : Qu'allez-vous faire? 
cet homme-là est citoyen romain. Aussitôt le 
tribun s'approchant de Paul, lui dit : Dites-moi, 
ètea-vous citoyen romain? Paul lui dit : Oui, je 



le suis. Le tribun répondit : J'ai acheté ce droit 
à très-haut prix. Et moi, répliqua Paul, je l'ai 
par ma naissance. Aussitôt ceux qui devaient 
le torturer s'éloignèrent de lui, et le tribun crai- • 
gnit lorsqu'il apprit sa qualité de citoyen romain, 
parce qu'il l'avait fait lier.» — «J'ai ce droit par 
ma naissance. » Il avait donc pour père un ci- 
toyen romain. Qu'arriva-t-il ensuite ? Paul fut 
conduit aux Juifs sans chaînes aucunes. Il avait 
donc revendiqué son priyilége à bon droit, et il 
y avait gagné de n'avoir plus de fers. 

« Le lendemain, le tribun voulant savoir 
pourquoi les Juifs l'accusaient , lui lit ôter ses 
chaînes; et, ayant ordonné aux princes des 
prêtres et à tout le conseil de s'assembler, il fit 
venir Paul et le plaça au milieu d'eux. Paul 
ayant jeté les yeux sur l'assemblée parla en ces 
termes. » Ce n'est pas au tribun, c'est à l'assem- 
blée, à la foule entière qu'il s'adresse. Que va- 
t-il dire? « Mes frères, jusqu'à ce jour j'ai 
marché devant Dieu dans toute la droiture de 
ma conscience. » Je ne sache pas vous avoir 
offensés en quoi que ce soit, ni avoir fait un 
acte digne de ces fers. — Au lieu de gémir sur 
les traitements injustes infligés à l'Apôtre , le 
grand-prêtre ajoute à ces mauvais traitements, 
et ordonne qu'on le frappe. « Le prince des 
prêtres, Ananie, prescrivit à ceux qui étaient 
près de Paul de le frapper sur la bouche. » 
Quelle mansuétude pour un grand-prêtre! Et 
Paul de répliquer : « Dieu te frappera toi-même, 
muraille blanchie. Tu es assis pour me juger se- 
lon la loi; et, contre la loi, tu commandes que 
l'on me frappe! Et ceux qui étaient présents lui 
dirent : Quoi! vous maudissez le grand-prêtre! 
Paul répondit : Je ne savais pas, mes frères, que 
ce fût le grand-prêtre, car il est écrit : Vous ne 
maudirez pas le chef de votre peuple. » Exod., 
xxn, 28. 

2. Selon quelques interprètes, Paul se serait 
exprimé ainsi par ironie : quant à moi, je croi- 
rais volontiers qu'il ignorait sérieusement la 
présence du grand-prêtre en ce lieu; dans le 
cas contraire , il lui aurait témoigné le respect 
convenable. De là son empressement à s'excuser Respect de 

saint Paul 

et à citer le texte de l'Ecriture : « Vous ne mau« envers le 
4irez pas le chef de votre peuple. » Faut-il en graQd prôtre ' 



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474 HOMÉLIES SUR LES i 

conclure que, à l'exception du chef, on a le droit 
d'outrager tout autre personnage? Ce n'est pas 
cela, tant s'en faut ; il serait même convenable 
de supporter l'injure que l'on aurait reçue. On 
demandera, non sans raison, pourquoi l'Apôtre, 
qui écrit ailleurs : a On nous maudit, nous bé- 
nissons; on nous persécute, nous souffrons pa- 
tiemment, » I Cor., iv, 12, ne se borne pas ici 
à l'injure et va jusqu'à la malédiction. Je ré- 
ponds qu'il ne profère ni malédictions ni in- 
jures; il suffit de considérer de près son langage 
pour y remarquer le langage d'un homme qui 
parle sans crainte, et non le langage d'un homme 
que la fureur emporte. Paul ne tenait pas à ce 
que le tribun vit en lui un homme sans carac- 
tère. Comme le tribun n'avait osé le frapper de 
verges, se réservant de le livrer aux Juifs, qui, 
eux, se réservaient de le faire maltraiter par 
leurs serviteurs; pour ne pas accroître une pa- 
reille insolence, l'Apôtre interpelle non le servi- 
teur, mais le maître qui avait ordonné de le 
frapper au visage. « Muraille blanchie, tu es 
assis pour me juger selon la loi; d ce qui équi- 
vaut à cette phrase : Ta conscience te reproche 
bien des crimes, et tu as mérité bien des châti- 
ments. Cette hardiesse de langage produisit sur 
la foule une impression profonde. Au lieu de 
lui rendre complète justice, ses ennemis de- 
vinrent plus furieux. Mais cela n'empêche pas 
l'Apôtre de citer la loi, preuve qu'il ne s'est 
exprimé comme il l'a fait , ni parce qu'il crai- 
gnait, ni parce qu'il n'était pas digne de l'en- 
tendre, mais précisément pour se soumettre à 
la loi. Ce qui m'incline à penser qu'il ne con- 
naissait pas le prince des prêtres, c'est le temps 
qu'il avait passé hors de Jérusalem et le peu de 
rapports qu'il avait eu avec les Juifs ; de plus, 
Ananie se trouvait au milieu de plusieurs autres 
de ses coreligionnaires, et rien ne le faisait assu- 
ment reconnaître dans la foule nombreuse et 
diverse qui l'entourait. L'Apôtre se proposait 
donc, à mon avis, de démontrer au peuple son 
respect pour la loi, et c'est ainsi qu'il se justifia. 
Mais reprenons la suite du texte. 

« Comme je priais dans le temple, j'eus un 
ravissement d'esprit. » Pour qu'on ne voie pas 
en cela une affaire d'imagination, il ajoute : 



CTES DES APOTRES. 

a Comme je priais. » Il poursuit : a Hâte-toi de 
sortir, car ils ne recevront pas ton témoignage. » 
Ce n'est pas la crainte qui l'a déterminé à quitter 
la ville sainte, mais l'obstination des Juifs à ne 
pas vouloir de son témoignage. Pourquoi ces pa- 
roles? « Ils savent que je chargeais de chaînes... » 
Il n'y a rien là d'hostile à la cause du Christ, 
gardez -vous de le croire; on veut seulement 
faire connaître cette particularité si étrange. 
« Va, car je t'enverrai au loin vers les Gentils. » 
Le Christ ne lui enseigne pas ce qu'il devra 
faire; il lui ordonne seulement de partir, et 
Paul obéit, a Et ils élevèrent la voix en disant : 
Otez-le, car il ne convient pas qu'il vive. » Quelle 
impudence! c'est vous qui ne méritez pas de 
vivre, et non cet homme qui en toute chose 
exécute la volonté de Dieu. Les misérables! 
comme ils sont altérés de sang! « Et, secouant 
leurs vêtements, ils soulevaient de la poussière, » 
soit qu'ils voulussent aggraver la sédition, soit 
qu'ils voulussent intimider le tribun. Remar- 
quez bien qu'ils n'exposent pas leurs griefs parce 
qu'ils n'ont rien à dire , et qu'ils s'efforcent par 
leurs cris de causer de la frayeur; et, cependant 
c'était bien aux accusateurs à formuler l'accusa- 
tion. « Et le tribun fut saisi de crainte, en appre- 
nant que Paul était citoyen romain. » Paul ne 
mentait pas en revendiquant pour lui-même ce 
privilège. « Et il le déchargea de ses chaînes, et 
il l'amena devant l'assemblée et il le lui pré- 
senta. » Il aurait dû en agir ainsi dès le prin- 
cipe, au lieu de le charger de liens, de le battre 
de verges ; il aurait dû rendre à la liberté celui 
auquel on n'avait aucun crime à reprocher. « Et 
il le déchargea de ses chaînes , et il l'amena de- 
vant eux. » Conduite qui inspira aux Juifs de 
vives angoisses, a Paul, ayant jeté les yeux sur 
l'assemblée, dit : Mes frères. » Il parle avec une 
confiance à toute épreuve et un courage indomp- 
table. Mais les Juifs sont loin de mettre des 
bornes à leur impudence, « Le grand -prêtre 
Ananie prescrit de le frapper sur la bouche. » 
Pourquoi le frapper de cette manière? En quoi 
donc ses paroles vous ont-elles outragé! Quelle 
audace ! quelle effronterie! a Alors Paul lui dit : 
Dieu lui-même te frappera, muraille blanchie. » 
Il ne craint pas de mettre à découvert son hypo- 



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HOMÉLIE 

crisie et son iniquité. Confus, embarrassé sous 
cette humiliation, le grand-prêtre n'ose rien ré- 
pondre ; mais les Juifs qui étaient près de lui 
n'endurèrent pas cette hardiesse : « Je ne savais 
pas, répondit Paul, que ce fût là le grand-prêtre. » 
Son langage avaitdonc été l'effet de l'ignorance ; 
s'il en eût été autrement, le grand-prêtre se se- 
rait saisi de lui, et le tribun, cédant à ses récla- 
mations, aurait livré l'Apôtre entre les mains de 
ses ennemis. 

3. C'est volontiers que Paul souffrait de pa- 
reils traitements; sa conduite le montre jusqu'à 
l'évidence. C'est pourquoi, dans sa justification, 
il insiste sur le point de sa déférence, sinon pour 
eux, du moins pour la loi; quant à leurs procé- 
dés , il les condamnait ouvertement. Si donc il 
se justifie, c'est par égard pour la loi, non par 
égard pour la foule, en quoi il agissait suivant 
le droit ; car il était inique de vouloir mettre à 
mort un homme qui n'avait fait aucun mal et 
dont l'innocence était inattaquable. Ce qu'il ve- 
nait de dire n'était certes pas une injure, à moins 
qu'on accuse le Christ de proférer des injures 
quand il dit : « Malheur à vous, scribes et Pha- 
risiens, qui êtes semblables à des murailles 
blanchies. » Matth., xxm, 27. — Soit, répon- 
drez-vous; s'il eût ainsi parlé avant d'être battu 
de verges , alors ce langage eût été chez lui l'effet 
du courage, non celui du dépit. — Je vous ai 
déjà dit pour quelle raison il s'est exprimé de la 
sorte ; il ne voulait pas qu'on le traitât avec mé- 
pris. Le Christ aussi, dans ce cas, aurait rendu 
aux Juifs injure pour injure, quand il leur di- 
sait par exemple : a Ne pensez pas que je vous 
accuse. » Joan., v, 45. Mais, encore une fois, il 
n'y a rien en cela d'injurieux. Notez plutôt la 
douceur de Paul dans ces paroles : « J'ignorais 
que ce fût le grand -prêtre de Dieu. » Il ne 
s'en tient pas là ; pour montrer le sérieux avec 
lequel il parle, il ajoute : a Vous ne maudirez 
pas le chef de votre peuple. » Par où il reconnaît 
la haute dignité d'Ananie. 

Formons-nous à la douceur à l'école de Paul, 
afin d'éviter tout excès de part et d'autre. Il 
faut une grande vigilance pour savoir ce qu'il 
faut faire d'une part, ce que de l'autre il faut 
ne pas faire. Le vice est proche de la vertu, l'au- 



XLVIII. 173 

dace de la véritable liberté, la lâcheté de la man- 
suétude. Prenons garde de croire être en pos- 
session de la vertu, lorsque nous n'en serons 
qu'au vice; d'être en relation avec la reine, 
quand nous le serons avec la servante. Qu'est-ce 
que la mansuétude, et qu'est-ce que la lâcheté? 
Garder le silence, ne pas défendre le prochain 
lésé, voilà de la lâcheté; être nous-mêmes mal- 
traités et le supporter patiemment, voilà de la 
mansuétude. Qu'est-ce que la hardiesse du lan- 
gage? Parler librement pour soutenir les droits 
d'autrui. Qu'est-ce que l'audace à ce même su- 
jet? Poursuivre par des paroles notre propre 
vengeance. Généralement la véritable hardiesse 
et la mansuétude vont de compagnie, comme 
l'audace et la 1 lâcheté. Celui qui ne sent pas ses 
propres souffrances ne sentira pas mieux celles 
d'autrui ; celui qui oublie le soin de se venger, 
viendra facilement en aide à ses frères. Quand 
la passion ne règne pas sur notre cœur, la vertu 
est bien près d'y entrer. De même que le corps, 
une fois délivré de la fièvre, gagne en vigueur, 
de même l'âme gagne en force lorsqu'elle n'est 
pas gâtée par les passions. La mansuétude est 
la marque d'une grande force d'âme : une âme 
généreuse et noble a besoin d'une grande dou- 
ceur. Estimez-vous chose facile que d'être offensé, 
maltraité, sans en conserver du ressentiment? 
On sera dans le vrai si l'on qualifie de courage 
la sollicitude que l'on manifeste à l'égard de 
son prochain. Assurément, celui qui est assez 
ferme pour réprimer le ressentiment, viendra 
sans peine à bout d'une passion différente. Par 
exemple, voici deux passions, la colère et la 
crainte : triomphez de la première, vous triom- 
pherez aisément de la seconde. Or, vous triom- 
pherez de la première, si vous êtes plein de 
mansuétude; comme vous triompherez de la 
crainte si la force règne en votre âme. Pareille- 
ment, vous êtes dominé jpar la colère, vous 'le 
serez dès lors par l'audace ; mais , si vous ne 
venez pas à bout de ce sentiment, vous ne vien- 
drez pas à bout davantage de la crainte, et vous 
serez sous le coup de la timidité. C'est comme si 
votre corps en était venu à ce point de faiblesse 
et de désorganisation qu'il ne pût plus sup- 
porter la plus légère fatigue ; la moindre cha- 



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176 HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



leur ou le moindre froid lui serait intolérable. 

Ainsi en est-il de tout ce qui est désorganisé, 
tandis que ce qui est bien organisé offre le spec- 
tacle contraire. De même encore, c'est une vertu 
que la générosité; le défaut voisin, c'est la pro- 
digalité : c'est une vertu que l'économie, elle a 
pour écueil la parcimonie et l'avarice. Mettons 
donc toutes les vertus ensemble. J'en conclus 
que le prodigue ne saurait être généreux. 
Comment? Parce que celui-là ne saurait avoir 
l'àme vraiment grande , qui serait en proie à 
mille petitesses. La prodigalité n'est pas le mé- 
pris raisonnable des richesses, c'est l'asservisse- 
ment à une foule d'autres passions. Quiconque 
ne peut s'empêcher d'exécuter les volontés de 
quelques brigands n'a point sa liberté. La pro- 
digalité résulte non du mépris des richesses, 
mais de l'ignorance où l'on est du sage emploi 
qu'il en faudrait faire; qu'il fût possible de les 
garder en même temps que d'en jouir, le pro- 
digue ferait volontiers l'une et l'autre de ces 
En quoi con- choses. Celui-là seul qui fait de ses biens l'em- 
t^ie généré pl°* V** convient, possède la générosité véri- 
8ité * table; son âme est vraiment grande, car elle 
n'est pas l'esclave d'une passion, elle méprise 
les richesses comme elles le méritent. L'écono- 
mie est, elle aussi, une chose excellente; or, 
celui-là sera vraiment économe qui, loin de jeter 
son argent hors de propos, le dépensera confor- 
mément à ses besoins. Ce n'est pas le caractère 
de la parcimonie et de l'avarice. Si l'économie 
n'hésite pas à dépenser quand il le faut, l'ava- 
rice ne consent même pas à le faire sous le coup 
de la nécessité. Entre l'économie et la généro- 
sité, il règne conséquemment les plus étroits 
rapports. 

Laissons donc ensemble l'économie et la gé- 
nérosité d'un côté, de l'autre la prodigalité et la 
parcimonie; ces deux dernières passions ré- 
sultent de la petitesse de l'àme, comme ces 
deux qualités résultent de la magnanimité. Ne 
qualifions pas de généreux, l'homme qui dé- 
pense sans raison, mais celui qui dépense à bon 
escient; n'appelons pas économe, l'homme qui 
lésine, mais celui qui ménage ses ressources 
quand il est bon de les ménager. Que ne dépen- 
sait pas ce riche qui était vêtu de pourpre et de lin 



le plus fin? Il n'en était pas pour cela plus géné- 
reux; la cruauté, comme la passion des plaisirs, 
enchaînait son àme. Comment cette àme aurait- 
elle été grande? L'àme vraiment généreuse était 
celle d'Abraham, qui , pour exercer les devoirs 
de l'hospitalité, n'hésitait pas à se mettre en 
frais, à immoler un veau, et qui, dans le besoin, 
exposait jusqu'à sa propre vie. Si donc on nou9 
parle d'un citoyen qui reçoit à sa table somp- 
tueusement servie des courtisanes et des para- 
sites, qualifions -le, non d'homme généreux, 
mais de vil suppôt du vice. De combien de pas- 
sions n'est-il pas, en effet, l'esclave? La gour- 
mandise, les plaisirs sensuels, la flatterie, se dis- 
putent son àme : or, on n'a pas le droit de 
qualifier de généreuse une àme esclave à ce 
point. Plus donc il dépensera, plus nous lui re- 
fuserons tout droit à la générosité ; car plus ses 
dépenses sont considérables , plus s'affirme la 
tyrannie de ses vices. S'ils étaient moins impé- 
rieux, il ferait moins de dépenses. Par contre, 
lorsque vous verrez un homme qui, sans se li- 
vrer à ces folles prodigalités, nourrit les pauvres, 
soutient les malheureux, sauf à s'asseoir devant 
une table frugale , saluez en lui l'homme vrai- 
ment généreux ; c'est le propre d'une grande 
àme de s'oublier soi-même pour songer aux be- 
soins des autres. 

N'estimeriez-vous pas vraiment grand le ci- 
toyen qui, méprisant les tyrans, foulant aux 
pieds leurs décrets iniques, travaillerait à déli-t 
vrerles opprimés de leurs mains? Pensez de 
même dans le cas présent. Nos passions sont 
nos tyrans : si nous les méprisons , nous serons 
vraiment grands; si nous délivrons nos frères, 
nous serons estimés plus grands encore; et ce 
sera justice : ceux qui pourvoient aux besoins 
d'autrui comme à leurs propres besoins, s'élèvent 
incontestablement de beauooup au-dessus de 
ceux qui ne font ni l'une ni l'autre de ces choses. 
Glorifieriez-vous comme grand citoyen celui qui, 
sur l'ordre d'un tyran , frapperait celui-ci , ou* 
tragerait celui-là, traînerait cet autre en pri- 
son? Certainement non; vous le mépriseriez 
d'autant plus qu'il serait plus élevé en dignité. 
Ainsi en est-il dans le sujet qui nous occupe. 
Une àme noble et libre est là sous nos yeux; la 

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HOMÉLIE XLIX. 



prodigalité la livre en proie à la brutalité des 
mauvaises passions : saluerons-nous cette àme 
comme une grande àme? Encore une fois, non. 
Sachons donc bien ce qu'est la générosité, ce 
qu'est la prodigalité, ce qu'est la l&cheté, ce 
qu'est la mansuétude, ce qu'est l'audace, ce 
qu'est la vraie liberté du langage, accordant à 
chacune de ces choses ce qui lui revient ; nous 
passerons alors la vieprésentedans l'accomplisse- 
ment du bon plaisir de Dieu, et nous mériterons 
les biens à venir, par la grâce et la charité du 
Fils unique, à qui gloire, puissance, honneur, 
en même temps qu'au Père et au Saint-Esprit, 
maintenant et toujours, et dans les siècles des 
siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE XLIX. 

« Paul, sachant qu'entre ceux qui étaient présents, les uns 
étaient Sadducéens, les autres Pharisiens, dit tout haut 
dans l'assemblée : Mes frères, je suis Pharisien, et fils 
de Pharisien. Cest à cause de notre espérance et de la 
résurrection des morts qu'on veut me condamner. Quand 
il eut dit ces paroles, il s'éleva une contestation entre les 
Sadducéens et les Pharisiens, et l'assemblée fut divisée; 
car les Sadducéens disent qu'il n'y a pas de résurrection, 
ni d'ange ni d'esprit : les Pharisiens au contraire 
reconnaissent l'un et l'autre. » 

4. Paul procède ici d'une façon simplement 
humaine : il ne s'exprime pas toujours en vertu 
d'une inspiration d'en haut, et très-souvent il 
parle d'après lui-même. Ainsi en est-il présente- 
ment, ainsi en sera4-il tout à l'heure, afin d'en 
arriver à diviser cette foule coalisée injustement 
contre lui. Quand il se qualifie de Pharisien, il ne 
viole pas la vérité, car il descendait des Phari- 
siens, a Je suis Pharisien et fils de Pharisien, 
s'écria-t-il, c'est à cause de notre espérance et de 
la résurrection des morts, que l'on veut aujour- 
d'hui me condamner. » Ses ennemis refusant 
d'énoncer le sujet de leurs poursuites, il se voit 
dans la nécessité de le déclarer hautement. « Or, 
les Pharisiens reconnaissent l'une et l'autre de 
ces choses. » Pourtant il y en a trois ; pourquoi 
dire : a L'une et l'autre de ces choses? » Soit 
parce que les anges et les esprits sont pris pour 
une seule et même chose, soit parce que cette 
expression s'applique aussi bien à plusieurs 
tom. viu. 



choses qu'à deux : on l'aurait prise ainsi dans 
un sens un peu plus étendu que le sens ordinaire. 
Mais voyez les Pharisiens, du côté desquels 
l'Apôtre se range, défendre hautement sa cause : 
<( Un grand bruit s'entendit, et les scribes du 
côté des Pharisiens s'élevaient et disputaient 
vivement en disant : Nous ne trouvons pas cet 
homme coupable. Que savons-nous si un es- 
prit ou un ange lui a parlé? n'allons pas contre 
Dieu. )> Pourquoi ne le défendaient-ils pas pré- 
cédemment de cette manière? C'est que Paul ne 
s'était pas reconnu pour l'un des leurs, eft que, 
avant sa justification, on ignorait qu'il fût issu 
d'une famille de Pharisiens. Lorsque les pas- 
sions n'interviennent pas, la vérité s'est bientôt 
fait jour. 

Quel crime y a-t-il, si un ange ou un esprit 
lui a parlé, s'il a reçu par cette révélation les 
enseignements qu'il nous donne, touchant la 
résurrection? Eloignons donc toute pensée hos- 
tile contre lui, de crainte de combattre Dieu 
même en le combattant. Il n'y avait rien à re- 
prendre à cette argumentation, que Paul d'ail- 
leurs était loin d'infirmer. « Gomme le tumulte 
croissait, le tribun, craignant que Paul ne fût 
mis en pièces, fit descendre des soldats pour l'en- 
lever et le conduire dans la forteresse. » Depuis 
que Paul s'est déclaré citoyen romain, le tribun 
craint qu'il ne lui soit fait du mal ; preuve évi- 
dente du danger auquel il était exposé, preuve 
aussi du droit sérieux qu'il avait à ce titre ; car, 
autrement, le tribun eût été fort indifférent à 
son sujet. Les soldats l'emmenèrent donc. Les 
ennemis de l'Apôtre, voyant tous leurs efforts 
inutiles, redoublèrent d'acharnement. Ils avaient 
bien essayé déjà de réaliser leurs criminels des- 
seins; mais ils en avaient été empêchés; la per- 
versité ne saurait réussir quand elle se heurte 
contre tant d'obstacles. D'un autre côté, cepen- 
dant, que de moyens mis en œuvre pour calmer 
leur fureur et pour les faire rentrer en eux- 
mêmes 1 N'importe, ils poursuivent leurs projets. 
Quelle justification pour un homme qui était au 
moment d'être mis en pièces, que cette protection 
visible étendue sur lui, et le dérobant à tous les 
coups 1 

« La nuit suivante, le Seigneur apparut à Paul 



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478 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



et lui dit : Sois ferme; ta as rendu témoignage 
de moi à Jérusalem , et il faut que tu le rendes 
aussi à Rome. Le jour suivant, quelques Juifs 
s'assemblèrent et firent vœu, avec des impréca- 
tions contre eux-mêmes, de ne boire ni manger 
qu'ils n'eussent mis Paul à mort. Ils étaient plus 
de quarante qui étaient dans cette conjuration. » 
— a ... Ils firent vœu avec des imprécations contre 
eux-mêmes. » Quelle violence, quelle soif de 
sang dans ces âmes perverses ! « Ils firent vœu; » 
ils appelèrent sur eux la colère du Ciel, dans le 
cas où ils n'accompliraient pas leurs desseins 
homicides. Comme ils ne tuèrent point l'Apôtre, 
ils demeurèrent sous le coup de l'anathème. Ils 
se réunirent au nombre de quarante. Telle est 
l'humanité : s'agit-il de se réunir pour le bien, 
on se trouve à peine deux personnes. S'agit-il 
de se réunir pour le mal, on accourt en foule. 
Ils prirent leurs chefs eux-mêmes pour complices, 
ce que montre assez le texte suivant : « Us vin- 
rent donc vers les princes des prêtres et les 
vieillards , et ils leur dirent : Nous avons fait 
serment avec imprécation de ne prendre aucune 
nourriture que nous n'ayons tué Paul. Faites 
venir maintenant le tribun de la part du con- 
seil, afin qu'il amène Paul devant vous, comme 
pour connaître plus sûrement cette affaire. Nous, 
de notre côté, nous sommes prêts à le tuer avant 
qu'il arrive. Le fils de la sœur de Paul ayant ap- 
pris cette conspiration , entra dans la forteresse 
et l'annonça à Paul. Appelant un des centurions, 
Paul lui dit : Conduisez ce jeune homme au tri- 
bun , car il a quelque chose à lui dire. Le cen- 
turion prit le jeune homme avec lui et le con- 
duisit au tribun. » Encore un moyen humain 
pour le sauver. L'Apôtre ne dit rien au centurion 
ni à personne, afin que personne n'en sût rien. 
« Le centurion dit au tribun : Le prisonnier Paul 
m'a demandé de vous amener ce jeune homme, 
qui a quelque chose à vous dire. Le tribun, le 
prenant par la main, le tira à l'écart et lui dit : 
Qu'avez-vous à me dire? Celui-ci répondit : Les 
Juifs ont résolu de vous prier demain d'envoyer 
Paul dans le conseil , comme pour mieux con- 
naître l'affaire. Mais ne vous laissezpas persuader, 
car plus de quarante d'entre eux doivent lui dres- 
ser des embûches, et ils ont fait serment, avec im- 



précation, de ne boire ni manger qu'ils ne l'aient 
tué; et maintenant ils sont prêts, attendant 
votre réponse. Le tribun donc, renvoya le jeune 
homme et lui dit : N'annoncez à personne que 
vous m'avez fait un rapport de cette nature. » 

2. Le tribun agissait avec prudence en ordon- 
nant de ne rien dire , afin que tout demeurât 
secret. En même temps, il fit connaître aux cen- 
turions à quel moment il fallait prendre telle ou 
telle mesure. Quant à Paul, il fut envoyé à Cé- 
sarée pour s'y défendre sur un plus grand théâtre, 
en présence d'une plus nombreuse assemblée. 
De la sorte , les Juifs n'avaient plus lieu de se 
justifier en ces termes : Si nous avions vu Paul, 
si nous avions entendu ses enseignements, nous 
aurions cru, nous aussi. Cette excuse leur fut 
donc enlevée. « Et le Seigneur, apparaissant à 
Paul, lui dit : Sois ferme ; tu m'as rendu témoi- 
gnage à Jérusalem, tu dois me rendre encore 
témoignage à Rome. » Remarquez, je vous prie, 
que le Seigneur, après lui être apparu , n'en 
permet pas moins qu'il soit sauvé par des me- 
sures humaines. Admirons ici l'Apôtre, que cette 
parole ne trouble pas et qui ne s'écrie pas : Que 
va-t-il donc arriver? Aurais-je été trompé par le 
Christ? Aucune pensée, aucune réflexion de ce 
genre ne furent les siennes ; il se contenta de 
croire ; mais sa foi ne l'endormit pas dans une 
fausse sécurité, aucune des précautions recom- 
mandées par l'humaine sagesse ne fut par lui 
négligée. Observez, s'il vous plaît, dans quelle 
situation fâcheuse se placèrent ceux des Juifs 
qui firent un vœu à son sujet. Le serment d'Hé- 
rode le conduisit à l'homicide ; il en fut de même 
pour ces derniers. Tels sont les pièges du démon ; 
ils se couvrent de l'apparence de la piété. Ce qui 
aurait dû se faire, c'était de se présenter, de 
formuler une accusation en règle, d'en appeler 
au tribunal. Les procédés mis en œuvre étaient 
dignes de brigands et non de prêtres , de scélé- 
rats et non de chefs du peuple. 

Poussant la perversité jusqu'au bout, ils ne 
se contentent pas de se corrompre les uns les 
autres, ils s'efforcent de corrompre le tribun lui- 
même : aussi fut-il heureux qu'il se trouvât in- 
formé de leurs desseins homicides. De leur côté, 
ils firent bien voir ce qu'ils étaient, soit parce 



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HOMÉLIE XLIX. 



179 



qu'ils n'eurent aucun grief à produire, soit parce 
qu'ils ourdirent leur trame en secret. Vraisem- 
blablement, lorsque Paul fut parti, ils allèrent 
trouver les princes des prêtres qui les mandaient, 
et ils durent être couverts de confusion pour 
n'avoir pas exécuté leur projet. La mesure prise 
par le tribun fut très-sage ; il ne voulait ni céder 
è leurs instances, ni délivrer le prisonnier. — 
Gomment, observer ez-vous, en vint-il à croire 
exacts les renseignements que le jeune homme 
lui donnait? — Il fut amené, par les faits qui 
s'étaient déjà produits, à juger les ennemis de 
Paul capables de se porter à ces extrémités. Du 
reste, telle était leur méchanceté, qu'ils firent 
en quelque manière violence aux princes des 
prêtres. N'en soyez pas étonnés : si les uns ac- 
ceptèrent sans hésiter une pareille responsabilité, 
s'ils ne reculèrent pas devant les conséquences, 
assurément les autres ne devaient pas davantage 
reculer. Vous le voyez, au jugement des Gentils, 
Paul était innocent, comme le Christ l'était au 
jugement- de Pilate. Quant à l'iniquité , c'est 
elle-même qui se perce de ses traits. On livre 



mais qu'il n'était coupable d'aucun crime qui 
méritât la prison ou la mort. Et, comme je fus 
averti des embûches que les Juifs avaient pré- 
parées contre lui , je crus devoir vous l'envoyer, 
en déclarant à ses accusateurs qu'ils eussent à 
s'excuser devant vous. Adieu. » Ainsi , la lettre 
du tribun reconnaît maintenant l'innocence de 
Paul : « Je n'ai trouvé en lui aucun crime qui 
méritât la mort; » elle renfermerait plutôt une 
accusation contre les Juifs qui voulaient le faire 
mourir. « Je l'ai délivré de leurs mains, comme 
ils se proposaient de le mettre à mort, » dit Ly- 
sias ; puis il ajoute : « Je leur ai conduit l'ac- 
cusé, » sans qu'ils aient eu le moindre grief à 
lui opposer. Or, quand ils auraient dû rougir 
de leur tentative odieuse et y renoncer à jamais, 
voilà qu'ils essaient de le faire mourir, donnant 
de la sorte à la cause de Paul un plus grand 
éclat. Pourquoi le tribun renvoie-t-il devant le 
tribunal Paul et ses accusateurs ? Afin que leurs 
accusations fussent examinées à fond, et que 
l'innocence de Paul triomphât de ses ennemis. 
Mais reprenons le texte sacré : « Je suis Phari- 



Paul afin qu'on le condamne et qu'on le mette à ' sien, dit Paul, d 11 parle ainsi pour se concilier 



mort : le contraire arrive ; on reconnaît son in- 
nocence, et il est renvoyé sain et sauf. S'il n'eût 
pas été renvoyé, on l'eût mis en pièces; si on ne 
l'eût pas livré, on l'aurait condamné, puis frappé 
de mort. Non-seulement le tribun le délivre de 
ces périls, mais il lui vient en aide, et il lui per- 
met de se retirer sans avoir rien à craindre, 
grâce à l'escorte qu'il lui fournit. Ecoutez-en le 
récit. 

. a Ayant appelé deux centurions, il leur dit : 
Préparez deux cents soldats, soixante-dix cava- 
liers et deux cents lances pour aller, dès la troi- 
sième heure de la nuit, jusqu'à Gésarée. Préparez 
des chevaux pour Paul , afin de le conduire au 
gouverneur Félix. Il écrivit en même temps une 
lettre en ces termes : Glaudius Lysias au très- 
illustre gouverneur Félix, salut. Les Juifs s'étant 
saisis de cet homme et se proposant de le tuer, 
j'arrivai avec des soldats et je le délivrai, quand 
j'eus appris qu'il était citoyen romain. Voulant 
savoir de quel crime ils l'accusaient, je le con- 
duisis dans leur conseil. Je trouvai qu'il était 
accusé sur des questions qui regardent leur loi , 



la bienveillance des Juifs. Cependant, comme il 
ne veut pas jouer un rôle d'adulateur, il ajoute : 
« C'est à cause de notre espérance et de la ré- 
surrection des morts qu'on veut me condamner. » 
Il cherche, dans les accusations et les calomnies 
soulevées contre lui, un argument favorable. 
En effet, lesSadducéens prétendaient qu'il n'y ^J^£ ei 
a pas d'anges ni d'esprits. Ils n'admettaient pas 
de substances incorporelles, pas même la sub- 
stance divine, tant ils étaient grossiers dans 
leurs idées : par suite, pour eux, point de ré- 
surrection. « Et les scribes de la secte des Pha- 
risiens, se levant, disputaient vivement en di- 
sant : Nous ne voyons pas que cet homme soit 
coupable. » 

3. Quand le tribun eut entendu les Phari- 
siens déclarer l'innocence de Paul, il n'hésita 
pas.à porter une sentence en sa faveur, et il mit 
à le délivrer le plus grand empressement. Du 
reste, le langage de Paul avait été d'une remar- 
quable sagesse. « La nuit suivante, le Seigneur 
apparaissant à Paul, lui dit : Sois ferme , Paul ; 
tu m'as rendu témoignage à Jérusalem, tu dois 



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480 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



encore me rendre témoignage à Rome. » Quelle 
consolation pour l'Apôtre ! D'abord , c'est un 
éloge qui tombe des lèvres du Seigneur; en- 
suite le Seigneur le prémunit contre l'effroi que 
lui pourrait inspirer son départ ignoré pour 
Rome. Non-seulement, semble-t-il lui dire, tu 
iras à Rome ; mais de plus tu y prêcheras mon 
nom avec une hardiesse à toute épreuve. Toute- 
fois ce qu'il lui garantit, ce n'est pas l'affran- 
chissement de tout danger ; il lui assure uni- 
quement qu'il rendra témoignage dans la grande 
ville, et que ce témoignage lui vaudra une cou- 
ronne magnifique. Pourquoi Dieu ne lui est-il 
point apparu avant qu'il fût exposé à ce péril? 
C'est que Dieu se réserve de nous consoler dans 
nos tribulations; sa présence alors est plus 
agréable. En outre, il se plaît à nous exercer à 
supporter les épreuves. PrécédemmentPaul était 
libre et sans inquiétude : maintenant de terribles 
épreuves le menacent. « Nous avons fait vœu de 
ne rien manger ni boire, » disaient ses ennemis. 
Quelle folie ! appeler sans raison l'anathème sur 
leur tète. « Ils vous prient de leur amener l'Apôtre, 
parce qu'ils étudieront mieux son affaire. » Que 
signifie ce langage? L'Apôtre ne vous a-t-il donc 
pas parlé à deux reprises? N'a-t-il pas déclaré 
sa qualité de Pharisien ? A quoi bon l'entendre 
davantage! Mais rien ne les intimide, ni les 
tribunaux, ni les lois ; aucun attentat ne les fait 
reculer. Ils expriment hautement leur sen- 
timent, ils exposent leurs projets, a Le fils de 
la soeur de Paul ayant appris cette conspira- 
tion. » Dieu le permit ainsi; les ennemis de 
l'Apôtre ne s'aperçurent pas que leur langage 
avait été entendu. Et Paul, quels furent ses sen- 
Fermeiéde timents? Il ne se troubla pas, il vit en tout ceci 
tftiot Paul. j ft ^ Di eu> et, rejetant sur lui toute solli- 
citude, il se tint assuré de son salut. D'ailleurs, 
Dieu conduisait la marche des événements de 
telle sorte qu'ils tournaient tous au bien de son 
serviteur. Le jeune homme dénonce la conspi- 
ration : on croit à sa parole, et Paul est sauvé. 
— Mais, s'il fut absous, demanderez-vous, pour- 
quoi envoyer ses accusateurs devant son nou- 
veau juge? — Pour que leurs accusations fussent 
examinées à fond et que la justification de l'A- 
pôtre fût complète. 



Tels sont les desseins de Dieu : on contribue 
à notre bien quand on se propose de nous faire 
du mal. La femme égyptienne voulait tirer ven- 
geance de Joseph , et, au lieu de faire son mal- 
heur, elle procura sa sécurité; car la prison 
dans laquelle ce saint jeune homme fut enfermé 
lui était plus douce que le palais habité par cette 
bète féroce. Tandis qu'il demeurait en ce pa- 
lais, malgré les soins dont il était comblé, tou- 
jours il avait à redouter de nouvelles tentatives 
de cette femme impure ; et cette crainte lui était 
plus pénible que ne l'aurait été la captivité. 
Quand il eut été calomnié , du moins eut-il le 
repos et la paix en partage, n'ayant désormais 
plus à craindre les pièges et les sollicitations de 
cette malheureuse. Plus aimable était à ses yeux 
la société des malfaiteurs au milieu desquels il 
fut jeté que la société de cette femme effrontée. 
Dans sa prison, il goûtait une consolation, en 
songeant qu'il y avait été amené par l'amour de 
la chasteté : dans le palais , il était tourmenté 
par d'incessantes angoisses à la pensée d'avoir 
à subir quelque souillure en son àme. Pour un 
jeune homme ferme dans la chasteté , il n'est 
point de pire, de plus affreux, de plus épou- 
vantable fléau que la femme passionnée ; aucune 
captivité n'est comparable en horreur à ce voi- 
sinage. En réalité donc, Joseph fut moins privé 
de sa liberté qu'il ne fut rendu à sa liberté ; son 
maître devint son ennemi, mais Dieu devint son 
protecteur, son maître véritable, et il n'eut pour 
lui que plus de faveur, il fut destitué de l'in- 
tendance de la maison par son maître terrestre, 
mais il devint l'ami privé de son maître du ciel. 
De même, les frères de Joseph, tout en le ven- 
dant, le délivrèrent de ses ennemis domestiques, 
de la jalousie et de la haine auxquels il était en 
butte, des embûches qu'on ne cessait de semer 
sur ses pas: ils le haïssaient, et désormais il 
n'eut plus avec eux de contact. Quelle triste 
condition que d'avoir à demeurer avec des frères 
jaloux ; de leur être suspect , d'être exposé con- 
stamment à leurs pièges 1 

Ainsi, tandis que les frères et la maltresse de 
Joseph tendaient vers une fin déterminée, une 
destinée bien différente, et beaucoup plus glo- 
rieuse se préparait pour ce serviteur de Dieu* 



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HOMÉLIE XLÏX. 



484 



Quand il vivait dans les honneurs, alors il était 
vraiment exposé; quand il vivait dans l'igno- 
minie, alors il jouissait d'une sécurité véritable. 
Les eunuques ne pensaient plus à lui ; il le fal- 
lait afin que sa délivrance fût plus éclatante et 
qu'elle parût l'effet, non d'une faveur humaine, 
mais de l'intervention divine; afin qu'elle fût 
amenée par le besoin absolu qu'on avait de 
Joseph; afin que Pharaon parût, en le faisant 
sortir de prison, recevoir et non accorder un 
bienfait. Il ne fallait pas que Joseph vînt au 
devant du monarque, mais que le monarque fût 
contraint par la nécessité ; il fallait que la sagesse 
de Joseph éclatât irrésistible. Si l'eunuque l'ou- 
blie, c'est pour que l'Egypte ne l'ignore pas, pour 
que le roi la connaisse. Dans le cas où le fils de 
Jacob eût été délivré sur-le-champ, il eût peut- 
être voulu retourner dans sa patrie. De là les 
liens qui le retiennent, son service d'abord, puis 
la prison, puis le gouvernement du royaume, le 
tout afin que les desseins de Dieu fussent exé- 
cutés. Tel qu'un cheval fougueux empressé d'aller 
rejoindre ses pareils , Joseph fut retenu par la 
main du Seigneur pour ces nobles raisons : car 
il désirait ardemment revoir son vieux père; et 
le délivrer de tout chagrin, puisqu'il le fit venir 
en Egypte. 

4. Vous montrerai-je d'autres épreuves, qui 
non-seulement furent récompensées, mais qui 
tournèrent à bien, dans le temps même où elles 
se produisaient pour ceux qui en étaient les vic- 
times? — Le frère de Jacob, père de Joseph, le 
persécuta et le chassa du toit paternel : qu'arri- 
ve-t-il? C'est qu'il le mit ainsi à l'abri de tout 
danger; Jacob n'en jouit que d'une sécurité plus 
grande ; il n'en devint que plus sage et il fut 
favorisé de sa célèbre vision. — Vous objecterez 
qu'il dut servir en terre étrangère. — Oui, mais 
ce fut chez des parents qu'il servit, et une épouse 
lui fut donnée, et il fut agréé de son beau-père, 
— Ce dernier ne le trompa-t-il pas? — il le 
trompa; néanmoins Jacob ne fit qu'y gagner 
une plus nombreuse famille. — Ne voulut-on 
pas lui tendre des embûches? — On le fit éga- 
lement ; mais cela n'aboutit qu'à hâter le retour 
de Jacob dans sa patrie; si ce dernier eût joui 
d'une prospérité sans mélange, il n'eût pas dé- 



siré avec autant d'ardeur de revoir le toit de ses 
pères. On lui ravit le fruit de ses travaux. Il 
n'en fut ensuite que plus grand. En sorte que, 
plus les épreuves se multipliaient autour de lui, 
mieux les choses réussissaient. Si Jacob n'eût 
point épousée l'aînée des deux sœurs, il au- 
rait eu très-peu d'enfants ; il aurait dû passer 
un long temps sans famille, et la douleur 
de Rachel sur ce point fût devenue la sienne. 
N'étant pas mère, Rachel avait raison de pleurer ; 
mais Jacob avait une consolation à cet endroit; 
aussi ne s'associa-t-il pas aux récriminations de 
sa bien -aimée. Encore une fois, s'il n'eût pas 
été fraudé sur le prix qui lui avait été promis, 
il n'eût pas souhaité de revoir la terre où il était 
né, sa philosophie ne se fût pas montrée dans 
tout son jour, on ne se fût pas attaché aussi 
étroitement à lui. Que disaient les filles de 
Laban? « Il nous a consumés, nous et notre ar- 
gent. » Gen.y xxxi , 15. Ce fut donc là le sujet 
d'un attachement plus vif à sa personne. En 
outre, des esclaves lui furent données pour 
épouses, et il en fut aimé, bonheur qu'on ne 
saurait comparer à nul autre; car il n'y a rien 
de plus précieux que l'amour réciproque de deux 
époux, a Le parfait accord qui règne entre un 
mari et une femme, » est regardé par le sage 
comme l'une de nos principales félicités. Eccli., 
xxv, 2. Il n'est pas de fortune, pas de bonheur 
qui vaille celui-là ; est-il absent, rien ne le rem- 
place; ce n'est plus que discorde, peine et con- 
fusion. 

Cherchons donc cette félicité de préférence à 
toute autre. Celui - là ne la cherche pas qui 
cherche les richesses; Pour nous, cherchons 
des biens qui ne s'évanouissent pas. Ne cher- 
chons pas une épouse opulente, de peur que 
l'opulence ne lui inspire de l'orgueil et ne l'en- 
traîne sur la pente de la corruption . Ne savez - 
vous donc pas ce que Dieu a établi? Ne savez - 
vous pas dans quelle sujétion il a mis l'épouse 
vis-à-vis de son époux ? Pourquoi vous montrer 
à ce point dénué de sens et d'intelligence? N'allez 
pas rendre inutile l'auxiliaire qu'il vous a mé- 
nagé selon l'ordre de la nature. Ce n'est donc Quelle es- 
pas une femme riche qu'il faut rechercher, mais 

nous devons 

une femme apte à vous soutenir dans la vie et chercher - 



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183 HOMÉLIES SUR LES 

à vous donner des enfants. Dieu , en ordonnant 
le mariage, nous a préparé une compagne, non 
des richesses. La femme qui possède une grande 
fortune ne tarde pas à sortir de la ligne qui lui 
convient et à devenir un despote, au lieu d'une 
épouse : plaise à Dieu que les sentiments d'or- 
gueil dont la remplissent ses richesses n'en 
fassent pas une bête féroce, au lieu d'une femme ! 
L'homme qui travaille à s'enrichir de cette ma- 
nière ne mérite que mépris. Le désir ordinaire 
des richesses est une source de dangers ; à plus 
forte raison en sera-t-il de même d'un semblable 
désir. Ne vous arrêtez pas à ce qui arrive rare- 
ment, extraordinairement et contre toute at- 
tente ; il ne faut pas juger d'après ce qui arrive 
aux autres d'une façon tout imprévue , mais 
d'après la raison; et à ce point de vue nous 
verrons que c'est une source de désagréments 
infinis. La honte que vous encourrez ne pèsera 
pas sur vous seul; vos enfants auront un jour à 
rougir; car vous les laisseriez pauvres si une 
mort prématurée vous frappait. En même temps 
vous fourniriez à votre femme plusieurs motifs 
de chercher un nouvel époux. Ne comprenez- 
vous donc pas que la plupart des secondes noces 
pour les femmes viennent de là, je veux dire, 
du désir de n'être pas méprisées, et d'avoir 
quelqu'un qui s'occupe de leurs intérêts? Que la 
séduction des richesses, je vous en conjure, ne 
vous expose pas à tant de maux ; détournez vos 
regards de ces biens , cherchez une âme ver- 
tueuse, et n'aspirez qu'à posséder la charité. 
Telle est la véritable richesse, tel le véritable 
trésor, telle la source de biens sans nombre. 
Puissions-nous tous l'acquérir, vivre ici-bas con- 
formément à la loi de Dieu, afin de mériter un 
jour les biens à venir, par la grâce et la charité 
de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui gloire, 
puissance, honneur, en même temps qu'au Père 
et au Saint-Esprit , maintenant et toujours , et 
dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 



ACTES DES APOTRES. 



HOMÉLIE L. 

« Les soldats ayant donc pris Paul, d'après l'ordre qui 
leur en avait été donné, le conduisirent la nuit à Ànti- 
patride. Et, le jour suivant, laissant les cavaliers 
l'accotnpaguer, ils retournèrent vers la forteresse. Lee 
cavaliers, étant arrivés à Césarée, remirent la lettre au 
gouverneur et lui présentèrent Paul. » 

1. Voilà Paul qui, semblable à un roi escorté 
de ses gardes, est envoyé la nuit, avec un cortège 
considérable, loin de la foule dont on redoutait 
la fureur. En effet, dès que l'Apôtre fut sorti de 
la cité, cette fureur s'apaisa. Il fallait bien que 
le tribun connût parfaitement et l'innocence de 
Paul, et les dispositions sanguinaires de ses en- 
nemis, pour le renvoyer avec une aussi nom- 
breuse escorte. « Le gouverneur lut la lettre et 
demanda de quelle province était Paul; appre- 
nant qu'il était de Cilicie, il lui dit : Je vous en- 
tendrai quand vos accusateurs seront venus. Et 
il commanda qu'on le gardât dans le palais 
d'Hérode. » Quoique Lysias ait déjà justifié 
Paul , les Juifs ne l'en poursuivent pas moins ; 
ils préviennent le juge contre lui, et l'Apôtre 
est de nouveau jeté dans les fers. Ecoutez com- 
ment : e Or, cinq jours après, le grand prêtre 
Ananie vint avec des vieillards et un orateur 
nommé Tertullus, et ils se présentèrent devant 
le gouverneur contre Paul. » Vous le voyez, loin 
de renoncer à le poursuivre, ils se transportent 
sur les lieux malgré les difficultés qui s'élèvent, 
et ils y viennent chercher leur confusion, a Et, 
Paul ayant été mandé, Tertullus commença dans 
ces termes son accusation : Comme c'est à vous, 
très-illustre Félix, que nous devons la paix pro- 
fonde dans laquelle nous vivons; comme c'est à 
votre sollicitude que nous sommes redevables 
du bien considérable fait à notre nation , nous 
sommes heureux de le reconnaître et de vous en 
exprimer nos actions de grâces. Mais, pour ne 
pas vous retenir plus longtemps, je vous prie de 
nous écouter un moment avec toute votre bonté. » 
A quoi bon , ô Juifs, un avocat, puisque vous 
êtes les auteurs de tout ce qui se passe? 

Dès les premières paroles, l'orateur s'applique 
à représenter Paul comme un séditieux et un 



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HOMÉLIE L. 



183 



novateur, tout en cherchant à gagner le juge tice, depuis plusieurs années, vous administrez 
par des louanges. Puis, simulant d'avoir beau- cette province ; je parlerai donc avec confiance 

poup à dire, il aborde brusquement le sujet et en vue de me justifier. Vous pouvez savoir qu'il 

dit : <( Pour ne pas vous retenir trop longtemps. » n'y a pas plus de douze jours que je montai à 

Il insinue au juge la volonté de condamner l'ac- Jérusalem pour adorer Dieu. Ils ne m'ont pas 

cusé, comme s'il s'agissait d'un homme prêt à trouvé dans le temple disputant, ni rassemblant 

bouleverser le monde, et d'un grand exploit à le peuple dans les synagogues ou dans la ville, 

accomplir. « Nous avons trouvé que cet homme, Et ils ne peuvent prouver aucune des accusa- 

véritable peste publique, excite le trouble parmi tions qu'ils dirigent contre moi. » Dire à un juge 

les Juifs dans le monde, et qu'il est le chef de la qu'il administre selon la justice, ce n'est pas le 

secte séditieuse des Nazaréens; il a même essayé langage de l'adulation; le langage adulateur, le 

de profaner le temple. L'ayant saisi, nous avons voici : a C'est à vous que nous devons la paix 

voulu le juger suivant notre loi ; mais le tribun profonde dans laquelle nous vivons. » Alors, 

Lysias survenant l'a violemment arraché de nos pourquoi ces séditions continuellement par vous 

mains, ordonnant que ses accusateurs vinssent excitées? Ainsi, les uns poussaient le gouverneur 

devant vous. Il vous sera facile à vous-même de à une condamnation injuste, l'autre ne deman- 

l'examiner et de reconnaître la vérité de toutes dait que justice ; de là ses paroles : « Je parlerai 

les choses dont nous l'accusons. » — « Nous donc avec confiance en vue de me justifier, d 

avons trouvé qu'il excite des troubles parmi les Pour se justifier, il s'appuie sur le temps depuis 

Juifs dans le monde entier. » Ils le dépeignent lequel Félix gouvernait le pays, « Je n'ignore 

comme un pestiféré, comme l'ennemi du genre pas avec quelle justice, depuis plusieurs années, 

humain , comme le chef de la secte des Naza- vous administrez cette province. » Qu'importe 

réens. Ce titre de chef des Nazaréens leur pa- ce point à la justification de l'Apôtre? U importe 

raissait ignominieux : aussi le mettent-ils en beaucoup : c'est une preuve que Félix sait par 

avant et s'appuient-ils sur ce point pour renou- lui-même que Paul n'a commis aucun des crimes 

vêler leurs accusations ; c'était une ville obscure dont on l'accuse. Si Paul eût soulevé quelque 

et méprisée que Nazareth, a L'ayant saisi. » Us sédition, le gouverneur ne l'ignorerait pas, et 

le présentent comme un fuyard qu'ils ont pu à un fait d'une telle importance ne serait point 

grand'peine atteindre , alors qu'il était demeuré passé inaperçu. L'accusateur n'ayant pu rien 

pourtant sept jours dans le temple. « L'ayant établir pour Jérusalem , il n'hésite pas à parler 

saisi, nous avons voulu le juger suivant notre « des Juifs répandus dans le monde entier, » 

loi. » Ils vont jusqu'à faire injure à la loi, comme entassant ainsi mensonge sur mensonge. A cette 

si la loi autorisait le meurtre, les embûches, les assertion , l'Apôtre répond par ces mots : « Je 

mauvais traitements. Vient ensuite un grief à montai... pour adorer Dieu, » tant j'étais éloigné 

l'adresse de Lysias. « Mais le tribun Lysias sur- de penser à soulever des séditions. Il ne pousse 

venant l'a violemment arraché de nos mains. » pas plus loin cet argument d'une solidité d'ail- 

U n'aurait pas dû agir comme il l'a fait, a Vous leurs incontestable. « Ils ne m'ont pas trouvé 

pourrez l'examiner lui-même et reconnaître la dans le temple disputant, ni rassemblant le 

vérité de toutes les choses dont nous l'accusons, peuple dans les synagogues ou dans la ville. » 

Les Juifs ajoutèrent que les choses étaient ainsi. » C'était l'exacte vérité. Tandis que son accusateur 

Et Paul, quelle est son attitude? Est-ce qu'il le qualifie de chef, comme s'il y eût eu descom- 

garde le silence? N'en croyez rien; il répond bats livrés ou des divisions intestines provoquées, 

sans crainte, en toute liberté, du consentement écoutez avec quelle douceur Paul répond : « Je 

du gouverneur. L'historien poursuit en ces confesse devant vous que, suivant la religion 

termes : qu'ils appellent secte, je sers le Dieu de mes 

« Le gouverneur lui ayant fait signe de parler, pères, croyant tout ce qui est écrit dans la loi et 

Paul répondit : Je n'ignore pas avec quelle jus- les prophètes; ayant en Dieu l'espérance qu'ils 




184 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



ont eux-mêmes, la résurrection future des bons 
et des méchants. » 
2. Les ennemis de l'Apôtre l'excluant de la 
Défend de loi, pour se justifier il proclame son attachement 
Paul. ^ j a ^ poursuivant cet ordre d'idées, il ajoute : 
a Je m'efforce toujours d'avoir ma conscience 
sans reproche devant Dieu et devant les hommes. 
Après plusieurs années, je suis venu faire des 
aumônes à ma nation , et à Dieu des offrandes. 
C'est alors que quelques Juifs m'ont trouvé pu- 
rifié dans le temple, sans foule et sans tumulte. » 
Pourquoi ètes-vous venu, ètes-vous monté au 
temple? « Pour y adorer Dieu , pour y faire des 
aumônes. » Ce n'était pas un procédé de sédi- 
tieux. Après cela, il déchire leur masque et dit 
clairement : « Quelques Juifs d'Asie m'ont trouvé 
purifié dans le temple. Ce sont ces Juifs qui de- 
vraient paraître devant vous et m'accuser s'ils 
avaient quelque chose contre moi. Mais que 
ceux-ci déclarent s'ils ont trouvé en moi quelque 
iniquité, puisque me voici devant l'assemblée, à 
moins qu'on ne m'accuse de cette parole que j'ai 
dite en leur présence : C'est à cause de la résur- 
rection des morts que je suis aujourd'hui par 
vous condamné. » On se justifie largement lors- 
que , loin de fuir ses accusateurs, on se déclare 
prêt à rendre compte de tous ses actes à qui que 
ce soit, a C'est à cause de la résurrection des 
morts que je suis aujourd'hui par vous con- 
damné. » 11 ne met en avant aucune des circon- 
stances dont il aurait pu s'étayer à bon droit ; à sa- 
voir, qu'ils lui avaient tendu des embûches, qu'ils 
avaient mis la main sur lui, qu'ils s'étaient effor- 
cés de le perdre ; toutes ces choses dont ils étaient 
les auteurs, et dont l'Apôtre, malgré les dangers 
qu'il courait, se trouvait parfaitement innocent ; 
mais il garde le silence, et, quand il aurait les 
plus graves accusations à soulever contre eux, il 
se borne à sa propre justification. A.la vérité, la 
nombreuse escorte qui l'avait protégé l'avait si- 
gnalé à l'attention de la ville entière de Césarée. 
« Ils m'ont trouvé purifié dans le temple. » Alors, 
comment l'aurait-il profané? Le même homme 
n'allait pas se purifier, adorer Dieu, s'il était 
venu pour profaner le lieu saint. Une des choses 
les plus propres à mettre en lumière son inno- 
cence était la concision de ce langage. En même 



temps, il se conciliait la bienveillance de son 
juge. A mon avis, ce serait même pour cette 
raison qu'il aurait réduit sa défense à ces courtes 
paroles. Mais reprenons la suite des idées. 

Tertullus, qui tout à l'heure s'était longue- 
ment étendu dans son discours, vise ouvertement 
à la brièveté dans la conjoncture actuelle ; c'est 
pourquoi, au lieu de dire : Ecoutez notre affaire, 
il s'exprime dans ces termes : et Pour ne pas 
vous retenir plus longtemps, je vous prie de 
nous écouter avec toute votre bonté. » Appa- 
remment, il débute de la sorte en vue de gagner 
les bonnes grâces du gouverneur. D'ordinaire, 
c'est une attention que l'on apprécie lorsque, 
ayant beaucoup à dire, l'orateur se restreint 
pour ne pas lasser les auditeurs, a Nous avons 
trouvé cet homme, véritable peste publique. Il 
a même tenté de profaner le temple. » Donc, il 
ne l'a pas profané. Mais s'il l'a fait autrefois? Il 
ne l'a pas fait davantage; s'il l'eût fait, on n'eût 
pas manqué de le lui reprocher. Or, il a essayé, 
« il a tenté) » se contente-t-on de dire; encore 
ne dit-on pas comment. Voilà de quelle manière 
on exagère les charges de Paul. Examinons 
comment l'orateur atténue les torts des Juifs. 
« Nous l'avons saisi et nous avons voulu le juger 
suivant notre loi ; mais le tribun Lysias surve- 
nant l'a violemment arraché de nos mains. » 
Tertullus avoue clairement ici qu'il lui en coûte 
de se présenter devant les tribunaux civils, qu'ils 
n'auraient fait aucun mal à l'Apôtre s'ils n'y 
eussent été contraints, qu'il n'appartenait pas 
au tribun de délivrer le prisonnier ; car l'injure 
s'adressant aux Juifs, aux Juifs seuls il conve- 
nait de faire justice. Que telle soit sa pensée, on 
le voit par l'expression « l'a violemment arra- 
ché. » Il y a donc eu violence. « Vous pourrez 
vous-même l'examiner. » Il n'ose l'accuser ou- 
vertement, à cause de la bonté du juge, bien 
qu'il n'agisse pas de la sorte sans motif. Après 
cela, pour affecter une sincérité plus grande, il 
invoque à l'appui de ses accusations le témoi- 
gnage même de Paul. « Vous pouvez par lui re- 
connaître la vérité de toutes les ehoses dont nous 
l'accusons. » Des témoins viennent ensuite con- 
firmer ces assertions. « Des Juifs se présentèrent 
ensuite, déclarant que c'était ainsi. » Ils jouent 



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H0MÉ1 

à la fois le rôle de témoins et celui d'accusateurs. 
Hais Paul répond en ces termes : 

« Je n'ignore pas avec quelle justice, depuis 
plusieurs années, vous administrez cette pro- 
vince. » Ce n'est donc pas un étranger, un fau- 
teur de doctrines nouvelles, puisqu'il connaît 
son juge depuis plusieurs années. L'expression 
« avec quelle justice, » a pour but de mettre le 
gouverneur en défiance à l'égard du prince des 
prêtres, du peuple juif et de ses ennemis per- 
sonnels. Malgré le danger qu'il court, il se garde 
bien toutefois de mettre en œuvre les injures. 
« Je crois tout ce qui est écrit dans la loi. » Ja- 
mais homme croyant en la résurrection des morts 
n'eût agi de la sorte. Et pourtant c'était là un de 
leurs dogmes. L'Apôtre ne prétend pas qu'ils 
aient foi dans les oracles des prophètes, car ils 
n'y croyaient pas. Il y croyait, lui, mais non les 
Juifs. Gomment ? une explication de ce genre 
demanderait trop de temps. Remarquez, je vous 
prie, que Paul ne nomme point le Christ. Tou- 
tefois, ces mots : a Je crois, » s'appliquaient dans 
sa pensée à tous les oracles relatifs au Sauveur. 
S'il insiste sur l'article de la résurrection des 
morts, c'est que cet article leur était commun 
aux uns et aux autres, et de nature à ôter tout 
soupçon de projets séditieux. Expliquant ensuite 
le motif de sa venue à Jérusalem, l'Apôtre ajoute : 
« Pendant plusieurs années, je suis venu faire 
des aumônes à ma nation et des offrandes à 
Dieu. » Eût-il vraiment semé le trouble parmi 
ceux auxquels il venait de si loin distribuer des 
aumônes? « Sans foule ht sans tumulte. » Il ne 
néglige rien pour combattre l'accusation de pro- 
vocation au désordre. C'est à propos également 
qu'il invoque le témoignage des Juifs d'Asie. 
« C'était à eux de m'accuser devant vous s'ils 
avaient quelque chose contre moi. » Telle est sa 
confiance en son innocence, qu'il défie ses en- 
nemis eux-mêmes. Loin de récuser le témoi- 
gnage des Juifs de Jérusalem, il l'accepte comme 
il accepte le témoignage des Juifs d'Asie : a Que 
ceux-ci le déclarent. » S'ils lui faisaient opposi- 
tion dès le principe, c'est parce qu'il prêchait la 
résurrection des morts. De la part de l'Apôtre, 
c'était fort habile : ce point établi, la résurrec- 
tion du Sauveur s'établissait sans beaucoup de 



<IE L. 185 

peine. « Qu'ont-ils découvert en moi d'inique, 
puisque j'étais dans leur assemblée? » Ils n'ont 
rien trouvé , quoique leur examen ait eu lieu, 
non en secret, mais sous les yeux de la foule et 
sous sa juste appréciation. 

3. Que ce fût la vérité, ceux-là même qui l'ac- 
cusaient en rendaient témoignage. Aussi Paul 
disait-il : « C'est pourquoi je m'efforce d'avoir 
toujours ma conscience sans reproche devant 
Dieu et devant les hommes. » La parfaite vertu 
consiste à ne donner aux hommes aucun sujet 
de reproche, tout en n'ayant rien à se reprocher 
également devant Dieu. « Les cris que j'ai fait 
entendre dans l'assemblée. » Ces mots : « Les 
cris, » indiquent la violence dont l'Apôtre avait 
été l'objet. Ils ne sauraient prétendre, semble-t-il 
dire, que, sous le prétexte de l'aumône, je m'ef- 
forçasse d'exciter des séditions ; car j'étais loin de 
toute foule et de tout tumulte. Du reste, tout bien 
examiné sur ce point, on n'a pas trouvé de 
preuves contre moi. Telle est sa douceur au 
milieu des dangers ; telle est l'honnêteté de son 
langage; il ne se propose qu'une seule chose, 
se justifier des crimes qu'on lui reproche, sans 
accuser à son tour ses ennemis, à moins que les 
besoins de la défense ne l'y obligent. Ainsi fai- 
sait le Christ, qui disait : « Je ne suis pas pos- 
sédé du démon; mais j'honore mon Père, et 
vous me déshonorez. » Joan., vm, 49. Suivons 
les exemples de Paul, qui suivait si bien les 
exemples du divin Maître. Paul ne prononça 
rien d'amer contre les gens venus pour le mettre 
à mort; serons-nous bien excusables, nous qui, 
prompts à l'injure et aux outrages, qualifions 
nos ennemis de scélérats et de misérables? Se- 
rons-nous même excusables de ces sentiments 
d'inimitié? N'avez-vous pas ouï la parole du 
Sauveur : Celui qui honore les autres, s'honore 
lui-même? Nous, au contraire, nous ne travail- 
lons qu'à notre déshonneur. Vous reprochez à 
votre frère de vous avoir injurié : pourquoi 
vous-même encourir ce tort? pourquoi vous 
percer du même glaive? Demeurez donc inacces- 
sible à la passion , exempt de toute blessure ; 
prenez garde, en voulant frapper les autres, de 
vous frapper vous-même. N'est-ce donc pas assez 
de ce tumulte qui se soulève en notre àme sans 



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186 HOMÉLIES SUR LES 

excitation aucune, de ces convoitises criminelles, 
par exemple, des tristesses, des chagrins et autres 
sentiments pareils, sans aller y joindre d'autres 
causes de désordre? 
comment Le moyen de supporter les injures? deman- 

nous* devons " 

supporter les derez-vous. Le moyen de ne pas les supporter? 
injures. voug ^pondrai -je. La blessure dont il s'agit 
naît des paroles; ne supportons- nous pas les 
blessures corporelles? Quel dommage nous en 
arrive- t-il? Donc, si nous voulons supporter les 
premières, nous les supporterons tout aussi faci- 
lement. Faisons-nous une loi de demeurer insen- 
sibles à ces injures, et nous ne faiblirons pas. 
Disons-nous à nous-mêmes : Ce n'est pas là de 
la haine, c'est plutôt de la faiblesse. En vérité, 
ce n'est que de la faiblesse : ce qui prouve que 
ce n'est ni haine ni méchanceté, c'est que l'au- 
teur de l'injure se blesse lui-même profondé- 
ment, quoiqu'il soit loin de le vouloir. Cette 
seule preuve que l'injure est l'effet de la fai- 
blesse, nous donnera la force de la supporter et 
de pardonner à celui qui l'aura proférée ; outre 
que nous nous tiendrons nous-mêmes sur nos 
gardes à ce sujet. M'adressant à toutes les per- 
sonnes ici présentes, je leur demanderais : Si 
vous le voulez bien, vous est-il possible d'arriver 
à un tel point de philosophie, que vous suppor- 
tiez les injures sans difficulté? Certainement la 
réponse serait affirmative. Puisque votre enne- 
mi vous a injurié contre son gré, sans le vouloir, 
maîtrisé par la passion, modérez- vous en ce qui 
vous concerne. Ne le faites-vous pas avec les 
possédés? De même que la faiblesse agit plus 
que l'inimitié dans toutes ces choses , de même 
ce sont moins les injures qui nous émeuvent, 
que nous ne nous émouvons nous-mêmes. Nous 
endurons bien les insensés, quoiqu'ils lancent 
constamment les mêmes injures contre nous; 
nous endurons bien des amis , des supérieurs 
dans le même cas : ainsi, nous n'éprouverions 
aucune difficulté à supporter ces trois classes de 
gens, des amis, des insensés, des supérieurs, et 
nous en éprouverions à supporter des inférieurs 
et des égaux! Je vous l'ai dit souvent : Il s'agit 
d'un moment, il s'agit de résister à une surprise 
violente; mettons-y un peu d'énergie, et nous 
verrons toute difficulté s'évanouir. Plus un 



ACTES DES APOTRES. 

homme profère d'injures, plus sa faiblesse est 
grande. Savez-vous quand il vous faudrait gémir? 
Quand le prochain répondrait à vos injures par 
le silence; alors lui, serait fort, et vous faible. Si 
le contraire a lieu, c'est à vous de vous réjouir; 
à vous la couronne, à vous les louanges. Pour 
les mériter, vous n'avez pas eu besoin de bra- 
ver, dans l'arène, les rayons du soleil et une 
épaisse poussière; vous n'avez pas eu besoin 
d'en venir aux mains, d'avoir étreint un antago- 
niste; par votre seule volonté, sans quitter votre 
siège, sans faire un pas , vous avez réimporté 
une victoire bien plus belle; car il est moins 
glorieux de terrasser un adversaire, que de 
triompher des coups du ressentiment. Sans 
étreinte reçue, vous avez chassé de votre âme 
la passion, vous avez immolé ce monstre qui se 
dressait contre vous, vous avez, comme un pas- 
teur vigilant , repoussé la colère prête à vous 
dévorer. Il ne s'agissait de rien moins que d'une 
guerre civile, que de divisions intestines. Lorsque 
l'ennemi parvient à soulever dans la ville assié- 
gée quelque lutte intestine, il triomphe sans 
peine. Par la même raison, notre ennemi ne 
triomphera pas, si ses efforts pour soulever en 
nous la passion au moyen de l'injure, ne sont 
pas couronnés de succès. Tant que nous ne por- 
terons pas nous-mêmes la flamme chez nous, 
ses efforts resteront inutiles. L'étincelle de la 
colère est au dedans de nous; mais nous ne de- 
vons l'employer qu'à propos, jamais, conséquem- 
ment, contre nous, si nous ne voulons pas subir 
les maux les plus graves. 

Avez-vous jamais observé le soin avec lequel 
on veille sur le feu dans nos maisons? un lieu - 
lui est assigné; on ne le jettera pas en tout en- 
droit; on ne le jettera pas sur de la paille, sur 
des vêtements ; on ne le jettera pas au hasard, 
de peur que le souffle du vent n'allume quelque 
grand incendie. Qu'une servante tienne dans ses 
mains une lampe , que le cuisinier rallume le 
feu, on leur recommande de ne le faire ni dans 
les ténèbres , ni dans la direction du vent , ni 
près d'objets prompts à s'enflammer. La nuit 
venue, nous éteignons le feu dans la crainte 
que, pendant notre sommeil, il ne se commu- 
nique, personne n'étant là pour l'arrêter, et que 



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HOMÉLIE L. 



181 



Pons n'en devenions la proie. Qu'il en soit de 
même à propos de la colère : ne lui permettons 
pas de se répandre sur toutes nos pensées ; 
qu'elle soit enfermée dans un des replis les plus 
profonds de notre âme, afin que le vent soulevé 
par les paroles d'un adversaire , ne l'avive pas, 
et n'atteigne que nous dont la prudence et 
la sagesse dirigeront la conduite. Si ce vent 
atteint cette étincelle en plein air, plus de me- 
sure possible, un incendie est inévitable. Il en 
serait ainsi dans le cas où nous dormirions, 
tout serait perdu. A nous seuls donc d'allumer 
cette lampe. Or, elle est convenablement allu- 
mée, lorsque la colère est raisonnable, ses feux 
doivent être lancés contre les personnes qui 
blessent le prochain, et contre le démon. Que 
cette étincelle ne se jette pas, ne se trouve pas 
en tout lieu; conservons-la sous la cendre; as- 
soupissons-la sous les pensées de l'humilité. Du 
reste, elle ne nous est pas toujours nécessaire; 
nous en avons besoin seulement lorsqu'il faut 
accomplir quelque chose, triompher de quelque 
dureté, venir à bout d'une résistance opiniâtre, 
ramener l'âme dans la voie du devoir. 

4. Que de maux la colère et la fureur ont en- 
gendrés! Chose déplorable, une fois que nous 
avons cédé à ses sentiments, nous ne pouvons 
plus remonter au point où nous étions aupara- 
vant; il faut que l'on vienne à notre aide. Cha- 
cun rougit d'aller au-devant de la réconciliation. 
On ne rougit pas d'opérer une division et une 
scission, on met hardiment la main à cette triste 
œuvre; mais on rougit de réparer le mal, de 
travailler à rapprocher ce que l'on a désuni. 
Ainsi en serait-il de l'homme qui séparerait vo- 
lontiers un membre du reste du corps, et qui 
ne consentirait pas à l'y réunir. Que dites-vous, 
ô homme! Vous avez profondément blessé votre 
frère, vous avez provoqué le premier lalutte. Puis- 
que vous êtes le principe de la division , à vous 
l!obligation de solliciter et de faciliter la réconci- 
liation. Avez-vous au contraire été blessé, votre 
frère est-il la cause de tout le mal? Raison de 
plus d'aller à lui; de la sorte, vous aurez droit à 
l'admiration générale , vous vous rendrez digne 
d'éloges en ce point comme en tout autre; car 
vous ne contribuerez pas plus à maintenir ces 



sentiments d'inimitié, que vous n'aurez contri- 
bué à les faire naître. Peut-être déjà, votre en- 
nemi est-il confus des torts nombreux que sa 
conscience lui reproche. — Mais il est plein d'in- 
solence! — C'est pour cela qu'il vous faut aller 
à lui sans tarder. Deux passions le dominent, le 
ressentiment et l'orgueil. Vous en êtes affranchi, 
vous êtes en état de santé , vous n'avez pas le 
regard obscurci ; autant de raisons qui vous • 
pressent d'aller à lui, que ses passions plongent 
dans d'épaisses ténèbres. Puisque vous êtes à 
l'abri de ces maux, traitez-le comme un méde- 
cin traite un malade. Un médecin dira-t-il : Cet 
homme est malade; je n'irai pas à lui? C'est 
précisément parce qu'on ne peut point aller à 
eux, que les hommes de l'art viennent à nous. 
Les malades qui peuvent aller et venir les préoc- 
cupent moins; leur état n'offre pas de gra- 
vité; ils se préoccupent davantage des malades 
forcés de garder le lit. L'orgueil et le ressenti- 
ment ne vous paraissent-ils pas plus redoutables 
qu'une maladie? L'un ne vous rappelle- t-il pas 
l'inflammation des ulcères; l'autre, les ardeurs 
de la fièvre qui dévore le corps? Songez qu'il 
est bien malheureux d'être en proie à ces maux ; 
allez donc , calmez ces ardeurs, vous le pouvez 
par la grâce de Dieu , vous pouvez éteindre ce 
foyer. — Et si je ne fais que le raviver? — Peu 
vous importe alors, vous aurez rempli votre 
devoir; désormais votre frère sera seul respon- 
sable de son obstination; seulement, que votre 
conscience ne vous reproche pas d'avoir omis 
des mesures que vous auriez dù employer. 

*(( Soulagez votre ennemi, est-il écrit ; en agis- 
sant de la sorte, vous amassez sur sa tète des 
charbons ardents. » Rom., xii, 20. Il nous est 
ordonné de nous réconcilier avec nos frères, de 
leur faire du bien; non pas précisément pour 
amasser sur leur tète ces charbons ardents, mais 
pour les remplir de crainte, pour que cette con- 
duite les ramène à des sentiments de charité, 
afin qu'ils soient plus effrayés des bienfaits que 
de la haine, de l'affection que des mauvais pro- 
cédés. Au fond, un ennemi qui nourrit des pro- 
jets de vengeance, blesse moins celui qu'il hait 
que ne le blesse celui qui lui vient en aide et qui 
lui fait du bien. Le vindicatif blessera peut-être 



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188 HOMÉLIES SUR LES j 

quelque peu son ennemi; ce qui est sûr c'est 
qu'il se blessera violemment lui-même. Celui 
qui rend le bien pour le mal amasse , au con- 
traire, des charbons ardents sur la tète de son 
ennemi. — Nous devrons donc ne pas rendre le 
bien pour le mal, quoique les conséquences en 
soient si graves pour autrui. — Aimez-vous mieux 
amasser ces mêmes trésors sur votre tète? Vous 
y réussirez en livrant votre âme à la passion de 
la vengeance. — Voulez-vous donc que je con- 
tribue au malheur du prochain? — Je ne le veux 
assurément pas ; ce n'est pas vous, c'est son in- 
sensibilité qui fait son malheur. Lorsqu'il per- 
siste dans ses sentiments d'inimitié , tandis que 
vous vous efforcez de lui être agréable, de lui 
témoigner des égards, de gagner ses bonnes 
grâces, lui-même allume les flammes dont il 
sera la proie, lui-même les attire sur sa tête; 
vous n'avez, vous, à vous faire aucun reproche. 
Parce que vous supportez des épreuves de ce 
genre sans fin, vous ne dépasserez pas la misé- 
ricorde de Dieu; vous ne sauriez même vous en 
rapprocher, quand vous le voudriez, a Autant 
le ciel est éloigné de la terre, autant mes des- 
seins sont éloignés de vos desseins, » dit le Sei- 
gneur. « Si vous, tout méchants que vous êtes, 
savez donner de bonnes choses à vos enfants, 
combien plus votre Père céleste vous en donnera- 
t-il! » Isa.j lv, 9; Matth., vu, 14. 

Mais ce ne sont-là que des prétextes sans va- 
leur. Ne donnons pas des préceptes divins une 
interprétation sophistique. Comment les inter- 
prétons-nous de la sorte? Il est écrit : « En fai- 
sant ainsi , vous amassez des charbons ardents 
sur sa tète. » Or, voilà que vous dites : Je crains 
mon ennemi. Vous redoutez celui qui vous a 
causé du mal , et vous ne vous redoutez pas 
vous-même. Songez du moins à vos propres 
intérêts. N'agissez pas pour de pareils motifs. 
Que dis-je? plût à Dieu que vous agissiez même 
pour ces motifs! car vous en êtes bien éloi- 
gné. Je ne vous affirme pas que vous amasserez 
des charbons ardents, je vous affirme quelque 
chose de plus grave encore; seulement faites ce 
que je vous dis. Si Paul s'exprime en ces termes, 
c'est qu'il veut par la perspective du châtiment 
vous déterminer à briser toute inimitié. Comme 



CTES DES APOTRES. 

nous sommes opiniâtres dans nos rancunes, 
comme ce moyen est le seul qui puisse triom- 
pher de nos ressentiments, il n'a pas hésité à 
suspendre la menace sur nos têtes et à nous 
accabler sous ce poids. Ce n'est pas là ce que 
disait le Sauveur à ses apôtres : a Soyez , leur 
disait-il, semblables à votre Père qui est dans 
les cieux. » Matth., v, 45. Il n'est pas possible 
que l'inimitié subsiste entre celui qui fait le bien 
et celui qui le reçoit. Voilà pourquoi il nous a 
été ordonné de faire le bien. Pourquoi cette phi- 
losophie dans vos paroles et cette intempérance 
dans vos actes? Soit; vous ne secourez pas votre 
ennemi, pour ne pas amasser des charbons en- 
flammés sur sa tête? Prétendez-vous sérieuse- 
ment le ménager? L'aimez -vous réellement? 
est-ce bien là le motif qui vous inspire? Dieu 
sait s'il en est ainsi; à nos yeux, vous jouez un 
personnage qui n'est pas le vôtre. Vous vous in- 
téressez à votre ennemi, vous craignez qu'il ne 
soit puni ; vous n'avez donc plus d'animosité 
contre lui ; aimer, au point de préférer à son 
utilité propre , celle d'autrui, est incompatible 
avec l'inimitié. Puissiez-vous au contraire vous 
écrier : Jusques à quand nous jouerons-nous 
des choses les plus sérieuses, et d'une façon hors 
de toute excuse? Je vous en conjure donc, frères 
chéris de notre Dieu, Sauveur et Seigneur Jésus- 
Christ, je vous en supplie, repoussons tous ces 
prétextes, évitons de mépriser à ce point les lois 
de Dieu, de transgresser ses préceptes, afin de 
passer la vie présente dans l'accomplissement du 
bon plaisir de Dieu , et d'obtenir les biens qui 
nous ont été promis , par la grâce et la charité 
de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui gloire, 
puissance, honneur, en même temps qu'au Père 
et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et 
dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-iL 



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HOMÉLIE LI. 

€ Félix, qui connaissait très-bien cette doctrine, différa 
le jugement et leur dit : Lorsque le tribun Lysias sera 
Tenu , je vou3 entendrai. Et il ordonna à un centurion 
de garder Paul, mais en lui laissant une certaine 
liberté, et sans empêcber aucun des siens de rapprocher 
et de le servir. » 



1. Remarquez les précautions qui sont prises, 
les nombreux témoins consultés , les délais ob- 
servés, de manière à ce que le jugement ne 
parût pas enlevé par surprise. L'accusateur 
ayant nommé Lysias et l'ayant désigné comme 
l'auteur de l'enlèvement de Paul, l'historien 
ajoute : « Félix, qui connaissait très-bien où l'on 
voulait en venir, différa le jugement ; » il le re- 
mit fort à propos , non pas qu'il eût besoin de 
s'éclairer, mais pour se débarrasser des Juifs; 
renvoyer Paul absous, il ne le voulait pas à cause 
des Juifs; le condamner, il ne le pouvait sans 
injustice criante. Restait à temporiser. « Lorsque 
le tribun Lysias sera venu, leur dit-il, je vous 
entendrai. Et il ordonna à un centurion de gar- 
der Paul, mais en lui laissant une certaine li- 
berté, et sans empêcher aucun des siens de l'ap- 
procher et de le servir. » — « De lui laisser une 
certaine liberté. » Il le jugeait donc innocent 
des crimes dont on l'accusait. Alors , pourquoi 
ne pas le délivrer entièrement? Par égard pour 
les Juifs , ou dans l'espérance d'obtenir quelque 
offrande en argent. Voilà pourquoi il mande 
Paul devant lui; car nous ne saurions en douter, 
d'après le langage suivant de l'historien : « Quel- 
ques jours après, Félix étant venu avec sa femme 
Drusille qui était juive, manda Paul et écouta ce 
qu'il lui dit de la foi de Jésus-Christ. Mais Paul 
parlant de justice et de charité et du jugement 
à venir, Félix effrayé, lui dit : C'est assez main- 
tenant; allez : je vous appellerai quand il en 
sera temps. Parce qu'il espérait que Paul lui 
donnerait de l'argent, il l'appelait souvent et 
s'entretenait avec lui. » Comme tous ces détails 
portent le caractère de la vérité! Si Félix appe- 
lait Paul souvent, ce n'était ni par admiration 
pour lui , ni pour le plaisir qu'il éprouvait à 
l'entendre, ni pour embrasser la foi, mais a parce 



HOMÉLIE LI. m 

qu'il espérait qu'on iui donnerait de l'argent. » 
Ce sentiment du juge se montre ici à découvert. 
Si Paul eût à ses yeux mérité quelque condam- 
nation, loin d'agir ainsi, il n'eût pas consenti à 
s'entretenir avec un coupable et un criminel. 
Quant à Paul, il n'a garde, dans ses conversa- 
tions avec son juge, de chercher à capter sa 
bienveillance; il lui parle de sujets capables de 
le frapper et de lui inspirer de vives appréhen- 
sions. « Comme Paul parlait de justice , de cha- 
rité , de jugement à venir, Félix fut effrayé. » 
Telle était la véhémence de l'Apôtre, que la ter- 
reur avait gagné son juge lui-même. 

Cependant un successeur fut donné à Félix, 
qui de la sorte laissa Paul dans les fers, quoiqu'il 
eût dû mettre fin à sa captivité; mais il ne son- 
geait qu'à se concilier la faveur des Juifs. Ces 
derniers ne se tinrent pas pour battus, ils re- 
vinrent à la charge. Aucun des apôtres n'avait 
été poursuivi par eux avec cet acharnement : ils 
les avaient bien persécutés, mais ces persécutions 
ils ne les avaient pas renouvelées. Le successeur 
de Félix eut donc à se défendre à Jérusalem 
contre les insinuations de ces bêtes féroces. On 
lui demanda de faire venir Paul dans cette ville 
pour lui faire son procès. Dieu ne permit pas 
qu'il le leur accordât; et cependant vu sa pro- 
motion récente, il était à croire qu'il ne refuse- 
rait pas aux Juifs cette faveur; encore une fois, 
Dieu ne le permit pas. Descendus à Jérusalem, 
ils redoublèrent avec plus de force et d'impu- 
dence leurs accusations : ne pouvant prendre 
l'Apôtre en défaut sur un point légal, ils l'ac- 
cusèrent, comme ils en avaient accusé le Sauveur, 
de crimes contre César. Que Paul dût nier tout 
crime à ce sujet, c'était trop évident; mais écou- 
tons le récit de l'historien : « Deux ans s'étant 
accomplis , Félix eut pour successeur Porcius 
Festus. Félix voulant plaire aux Juifs laissa 
Paul en prison. Festus , étant donc arrivé dans 
la province, monta trois jours après de Cësarée 
à Jérusalem. Et les princes des prêtres et les pre- 
miers d'entre les Juifs vinrent vers lui pour accu- 
ser Paul, et ils lui demandèrent en grâce qu'il 
le menât prisonnier à Jérusalem ; car ils avaient 
préparé des embûches dans la route pour l'assas- 
siner. Festus leur répondit que Paul était gardé 



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190 HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES, 

à Césarée et que lui-même irait bientôt dans béré avec le conseil, répondit 



juge en- 
vers 
Paul, 



cette ville. Que les principaux d'entre vous, dit- 
il, viennent avec moi; et, s'il y a quelque crime 
en cet homme, qu'ils l'accusent. Or, après avoir 
demeuré plus de dix jours parmi eux, il descen- 
dit à Césarée; le lendemain, il monta sur son 
tribunal et ordonna que l'on amenât Paul de- 
vant lui. 

Quand on l'eut amené, les Juifs qui étaient 
descendus de Jérusalem l'entourèrent, accusant 
Paul de plusieurs grands crimes qu'ils ne pou- 
vaient prouver : et Paul se défendait en disant : Je 
n'ai péché en rien contre la loi des Juifs, contre 
le temple, ni contre César. Festus qui voulait 
plaire aux Juifs, dit à Paul : Voulez-vous aller 
à Jérusalem pour y être jugé devant moi sur 
Faiblesse toutes ces accusations? o II cherche à se rendre 
'saint agréable aux Juifs, à tout le peuple comme à la 
ville sainte. Mais Paul le pénétra de frayeur par 
une observation purement humaine. « Et Paul 
répondit : Je suis devant le tribunal de César ; 
c'est là qu'il faut que je sois jugé. Je n'ai nui en 
rien aux Juifs, comme vous le savez à merveille. 
Si j'ai nui à quelqu'un ou si j'ai fait quelque 
chose qui mérite la mort, je ne refuse pas de 
mourir; mais, s'il n'y a rien de fondé dans leurs 
accusations, personne ne peut me livrer aux 
Juifs. J'en appelle à César. » On demandera 
pourquoi l'Apôtre, après avoir entendu ces pa- 
roles : « Il faut que tu me rendes témoignage à 
Rome même, » AcL, xxiii, 44, agit comme s'il 
n'y croyait pas. Je réponds qu'il agit, au con- 
traire, comme y croyant parfaitement. Il eût 
montré beaucoup moins de confiance en la pa- 
role divine' et beaucoup plus de témérité s'il eût 
«fFronté les plus graves périls en disant : Voyons 
si Dieu pourra m'en délivrer. Telle n'est pas la 
conduite de Paul; il prend les précautions qui 
dépendent de lui, abandonnant à Dieu tout le 
reste. Dans sa défense, il insinue un reproche 
à l'adresse de son juge : Si je suis coupable, 
vous faites bien; mais, si je ne le suis pas, pour- 
quoi me livrer âmes ennemis? « Nul n'a le droit 
de me livrer. » Par cette intimidation, il le dé- 
tourne du dessein de le livrer, tout en lui four- 
nissant un motif pour légitimer aux yeux des 
Juifs sa conduite, « Alors Festus, en ayant déli- 



Vous en avez 
appelé à César, vous irez vers César. » 

2. L'affaire est communiquée au roi Agrippa; 
Bérénice , le roi et l'armée sont ainsi appelés à 
la juger. Nouvelle justification à ce sujet* « Quel- 
ques jours après, le roi Agrippa et Bérénice 
descendirent à Césarée pour saluer Festus. 
Comme ils demeurèrent plusieurs jours, Festus 
parla de Paul au roi en disant : « Il y a un homme 
que Félix a laissé prisonnier. Les princes des 
prêtres et les vieillards d'entre les Juifs , pen- 
dant que j'étais à Jérusalem , l'accusèrent de- 
vant moi et demandèrent sa condamnation. Je 
leur répondis : Ce n'est pas la coutume des Ro- 
mains de condamner un homme sans que l'ac- 
cusé ait ses accusateurs présents, et qu'on lui 
ait donné la liberté de se défendre et de se jus- 
tifier de ces accusations. Après donc qu'ils forent 
arrivés ici, le jour suivant, sans aucun délai, 
assis sur le tribunal, j'ordonnai qu'on amenât 
cet homme. Ses accusateurs, ayant paru, ne lui 
reprochèrent aucun des crimes dont je le soup- 
çonnais coupable. Us l'accusaient seulement de 
quelques opinions sur leurs superstitions, et sur 
un certain Jésus mort que Paul assurait être 
vivant. Ne sachant comment juger cette affaire, 
je lui demandai s'il voulait aller à Jérusalem et 
y être jugé. Mais, Paul voulant que sa cause fût 
portée à la connaissance d'Auguste, j'ai ordonné 
qu'on le gardât jusqu'à ce que je l'envoie à 
César. Et Agrippa dit à Festus : Je voudrais 
entendre cet homme. Vous l'entendrez demain, 
dit Festus. » Voilà de nouveau les poursuites 
des Juifte exposées, non plus par Paul, mais par 
Festus lui-même. « Les princes des prêtres et 
les vieillards d'entre les Juifs vinrent me trou- 
ver et me demandèrent sa condamnation. Je 
leur répondis, » réponse capable de les couvrir 
de confusion : « Ce n'est pas la coutume des Ro- 
mains de condamner un homme, » de le livrer au 
supplice pour faire plaisir à ses accusateurs, avant 
qu'il ait rendu compte de sa conduite. » S'étant 
tenu à cet usage, Festus ne trouva point l'Apôtre 
coupable; de là cette hésitation que trahit la 
phrase que voici : « Ne sachant comment juger 
cette affaire. » Il cherche à voiler ainsi sa faûte. 
Tandis qu'il en est à cet expédient, Agrippa dé- 



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HOMÉLIE Lî. 



191 



sire voir Paul. Observez, je vous prie, le soin 
des proconsuls de ne pas s'attirer la haine des 
Juifs; en suite de quoi ils foulent aux pieds bien 
souvent le droit et cherchent une raison pour 
traîner les choses en longueur; car c'était en 
parfaite connaissance de cause que Festus refu- 
sait de se prononcer. Agrippa , loin d'être in- 
différent à ce sujet, demande à voir Paul et à 
l'entendre. 11 est assez étonnant qu'il désire voir 
un homme injustement accusé. Dieu permit 
qu'il en fût ainsi; de la sorte, sa femme entendit 
Paul et fut présente à l'entrevue. Non-seulement 
elle l'entendit, mais elle lui témoigna les égards 
les plus grands. Tel fut donc le désir d' A grippa; 
s'il n'eût pas éprouvé ce désir, il n'eût pas de- 
mandé cette entrevue avec l'Apôtre; il n'eût pas 
invité sa femme à y prendre part, s'il n'eût eu 
de Paul une très-haute idée. Je ne serais pas 
éloigné de croire que sa femme partageait sur 
ce point son désir. Dans cette occasion Paul leur 
parle, et de la foi, et de la rémission des péchés, 
et môme de la conduite à tenir. Mais revenons 
sur ce qui précède. 

a Au temps voulu, je vous appellerai. » Quel 
aveuglement! Félix espérait, en parlant ainsi, 
obtenir de Paul quelque somme d'argent. Là ne 
se borna pas le tort du gouverneur'; après avoir 
conversé avec lui, il ne lui rendit pas la liberté. 
Le temps de son proconsulat étant expiré, pour 
être agréable aux Juifs, il le laissa dans les fers, 
cédant ainsi à la vaine gloire non moins qu'à 
l'argent. Et vous osez, malheureux que vous 
êtes, demander de l'argent à celui dont la bouche 
ne prêche que la justice! Du reste, il n'obtint 
rien; la preuve en est qu'il laissa Paul en capti- 
vité ; certainement il l'eût rendu à la liberté, s'il 
en eût reçu quelque chose. Paul lui parlait de 
la chasteté ; et c'est d'un tel homme que Félix 
pensait obtenir une somme d'argent ! Le lui de- 
mander, il n'osait pas ; car il y a de la témérité, 
de l'indécision jusque dans l'injustice : il en at- 
tendait cependant; aussi bien avait-il ses raisons 
d'être agréable aux Juifs après avoir été long- 
temps leur gouverneur, a Lors donc que Festus 
«ut pris possession de sa province, les princes 
des prêtres et les premiers d'entre les Juifs 
•allèrent vers lui pour accuser Paul. » Dès le pre- 



mier instant se présentent les princes des prêtres; 
il ne leur en eût rien coûté de descendre à Cé- 
sarée ; à coup sûr ils y seraient allés si Festus ne 
les eût prévenus, puisque, le jour même de son 
arrivée, ils vinrent devant lui. « Etant descendu 
à Gésarée, il y demeura dix jours; » apparem- 
ment pour être plus près des Juifs qui voulaient 
le corrompre. « Et ils le priaient de le faire venir 
à Jérusalem. » Pourquoi cette demande, s'il avait 
mérité la mort? Mais les embûches dressées 
contre Paul étaient si évidentes, que Festus lui- 
même disait : <r Vous tous qui êtes ici présents, 
voyez cet homme contre qui toûte la foule des 
Juifs m'a sollicité. » Preuve de la mauvaise in- 
tention qui les animait. Redoutant la langue de 
Paul, ils voulaient que Festus le condamnât sans 
l'entendre. Pourquoi craindre, pourquoi vous 
hâter? Car ce sentiment résulte de ce qu'ils 
dirent qu'il fallait garder l'Apôtre. Est-ce qu'il 
prendra la fuite? « Que ceux d'entre vous qui 
sont puissants l'accusent. » Voilà de nouveau les 
accusateurs de Paul à Gésarée ; voilà de nouveau 
Paul à la barre de son juge, « Le jour suivant, 
celui-ci s'assit sur le tribunal. » 

3. Dès qu'il est arrivé, il monte sur son siège; 
telle était l'animosité qu'on mettait à le prier! 
Tant qu'il ne connut pas par expérience les 
Juifs et goûta de leurs flatteries, il parla selon 
la justice; mais lorqu'il vint à Jérusalem, il 
voulut gagner leurs bonnes grâces. Encore ne le 
fit-il pas simplement, et viola-t-il pour y parvenir 
les droits de la sincérité. « Voulez-vous, dit-il à 
Paul, venir à Jérusalem pour y être jugé devant 
moi ? » Je ne vous livrerai pas entre leurs mains ; 
je me contenterai de vous juger. En laissant à 
l'Apôtre le choix de la détermination, il s'efforce 
de le séduire par ce qu'une proposition semblable 
avait pour lui de flatteur ; s'il eût employé la forme 
impérative, il eût semblé tout à fait inconvenant 
d'exiger une pareille démarche d'un homme 
qui n'avait pu être convaincu des crimes dont 
on l'accusait. Paul ne répondit pas : Je ne veux 
pas, afin de ne pas aigrir son juge. Toutefois, il 
lui parla sans crainte aucune. « Je suis devant 
le tribunal de César ; c'est là qu'il faut que je 
«ois jugé. » Ce qui n'est pas moins admirable 
que la hardiesse de son langage, c'est le raison* 



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492 HOMÉLIES SUR LES à 

nement qu'il renferme et sur lequel repose sa 
justification : Ils m'ont repoussé une première 
fois; ils ont prétendu prouver que je m'étais 
rendu coupable envers César; eh bien ! c'est de- 
vant César, que j'aurais d'après eux outragé, que 
je prétends comparaître. A quoi il ajoute : « Je 
n'ai jamais rien fait aux Juifs, et vous le savez 
à merveille. » Il lui reproche déjà la partialité 
qu'il manifeste pour les Juifs ; il termine en ces 
termes : « Si j'ai commis quelque injustice, ou 
si j'ai fait quelque chose qui mérite la mort, je 
ne refuse pas de mourir. » Je suis le premier à 
souscrire à ma condamnation. Ce n'est pas ici le 
ton d'un coupable qui reconnaît son crime, mais 
d'un innocent qui a confiance en sa propre cause. 
En effet, sans la justice , la hardiesse du ton ne 
suffit pas pour produire la conviction que l'on 
se propose. « Mais, s'il n'y a rien de fondé dans 
leurs accusations, personne ne peut me livrer 
aux Juifs. » Le voudrait-on qu'on ne le pourrait 
pas. Il ne dit pas : Je n'ai pas mérité la mort, je 
n'ai pas mérité de condamnation. Me voici prêt, 
dit-il, à comparaître devant le tribunal de César. 
Et il parle avec d'autant plus de confiance qu'il 
se souvient de sa vision. Il ne dit pas non plus : 
Vous ne pouvez me livrer ; mais bien : « Per- 
sonne. » Pour ne pas commettre envers Festus 
l'apparence même d'une injure, il ajoute : « J'en 
appelle à César. Alors Festus, en ayant délibéré 
avec le conseil, répondit : Vous en avez appelé 
à César, vous irez vers César. » Avez-vous vu sa 
complaisance pour les accusateurs de l'Apôtre? 
Car c'en était une que de prêter l'oreille à leurs 
ouvertures; il fallait pour cela de la corruption 
et fort peu de respect pour la justice. Néanmoins, 
ce retard apporté au jugement et le piège tendu 
à l'Apôtre devinrent pour l'Evangile une occa- 
sion de diffusion. Le but providentiel de tout 
ceci était de permettre à Paul d'aller à Jérusalem 
sous bonne garde et sans avoir personne à re- 
douter; autre chose était d'y aller de cette 
manière, autre chose d'y aller purement et 
simplement. Par la même raison , les Juifs 
se rassemblèrent en cet endroit. Un nouveau 
délai se produit ensuite à propos du séjour de 
Paul à Jérusalem , pour démontrer l'impuis- 
sance de ses ennemis : le temps ne leur faisait 



CTES DES APOTRES. 

pas alors défaut, mais Dieu leur était opposé. 

« Le roi Agrippa et Bérénice descendirent à 
Césarée. » Cet Agrippa, nommé aussi Hérode, 
me parait être le quatrième de ce nom après 
l'auteur de la mort de Jacques. Ainsi, les enne- 
mis même de la vérité concourent à son triomphe. 
Agrippa ressent le désir d'entendre Paul ; de la 
sorte, Paul a la facilité de parler devant un 
nombreux auditoire; car Agrippa ne l'entendit 
pas en secret, mais avec grand appareil. Savez- 
vous comment Festus se justifie? « Paul ayant 
voulu que sa cause fût réservée à la connaissance 
d'Auguste, j'ai jugé convenable de l'y envoyer; 
cependant, je n'ai rien de contraire à écrire sur 
son compte à l'empereur. » Festus écrit donc ; 
preuve manifeste de l'acharnement des Juifs : 
dès lors que le proconsul parle de cette manière, 
il n'y a plus lieu de douter. De sa propre bouche 
sort la condamnation formelle de ces malheu- 
reux ; quand ils eurent été condamnés de tous 
les côtés, la vengeance divine éclata sur leur 
tète. Ils sont en effet condamnés par Lysias, ils 
le sont par Félix, ils le sont par Festus et tous 
ceux qui les favorisaient , ils le sont par Agrippa. 
Qu'ajouter encore? Ils le sont même par les Pha- 
risiens. Que Festus les ait condamnés, cela ré- 
sulte de ses paroles que voici : « Ils n'ont produit 
aucun des crimes dont je le soupçonnais cou- 
pable. » Ils l'ont aceusé, mais ils n'ont rien 
prouvé. A les voir le poursuivre avec tant de 
haine, on pouvait croire à la culpabilité de Paul ; 
mais lemomentdelapreuveétant venu, tout soup- 
çon s'est évanoui, « Sur un certain Jésus mort. » 
Cette expression : a Un certain, » montre bien 
l'indifférence d'un grand de ce monde. Pour la 
même raison il ajoute : « Je ne savais comment 
juger cette affaire. » S'enquérir de la vérité sur 
une matière pareille dépassait trop la capacité 
de notre juge. Mais si vous êtes dans l'embarras, 
pourquoi mener Paul à Jérusalem? Aussi Paul 
en appelle-t-il à César et proteste-t-il contre de 
tels procédés. « Je suis devant le tribunal de 
César; c'est là qu'il faut que je sois jugé. » 
N'était-ce pas ce dont on l'accusait? C'est par 
cet appel qu'il répond aux poursuites et aux 
provocations de ses ennemis. 

4. Toutes ces circonstances concouraient à 



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HOMÉLIE U. 



193 



suggérer au roi le désir d'entendre l'Apôtre, comment, en blessant les autres, nous blessons- 
Festus condescend à son désir, et Paul n'en de- nous nous-mêmes? Examinons, si vous le vou- 
aient que plus illustre. Tel fut le résultat des lez bien, les cas particuliers qui peuvent se pré- 
embûches semées sous ses pas. S'il n'eût pas été senter. 

persécuté de cette manière , aucun prince de la Un homme commet une injustice envers son contre i'm- 
terre ne lui eût prêté l'oreille, aucun ne l'eût prochain, il l'injurie, il le dépouille : qui a-t-il^ 66, 
écouté avec cette attention. Tout en paraissant blessé? N'est-ce pas lui-même le premier? Il 
se justifier, il expose la vérité, Paul fait une n'est personne qui ne le comprenne. Si le pro- 
magnifique harangue. N'estimes, donc pas les chain est atteint dans ses biens, l'autre l'est 
.embûches chose extrêmement à craindre, si nous dans son àme , qui est vouée à la perdition et 
n'en sommes pas nous-mêmes les auteurs. On au supplice. Un homme porte envie à son frère ; 
pourra bien essayer de nous nuire, mais on n'y ' qui en est la victime ? Evidemment l'envieux 
parviendra pas ; on travaillera plutôt à notre lui-même. L'injustice pourra bien faire quelque 
bien. Le mal et le bien sont donc entre nos mal à qui en est l'objet, mais souvent elle lui 
mains. Je vous l'affirme, je vous le répète de fera du bien, tandis que toujours elle causera 
ma voix la plus éclatante, je voudrais vous le le plus grand mal à qui en est l'auteur. Refuse- 
dire d'un lieu extrêmement élevé : Le chrétien rez-vous d'accepter ce que je viens de dire? Pre- 
n'a rien à redouter de n'importe quel habitant nous alors, car le sujet présent est capital , pre- 
de la terre. Que parlé-je d'un habitant de la nons un homme possédant à peine le néces- 
terre? Le démon, le diable, le tyran par excel- saire et quelque peu d'argent ; d'un autre côté, 
lence, ne saurait lui faire aucun mal, à moins voici un homme riche, fortuné, puissant, qui 
qu'il ne s'en fasse à lui-même le premier. On s'empare des biens du pauvre et le réduit à l'in- 
aura beau vouloir nous nuire, tout effort en ce digence et au dénûment; pour lui, c'est dans 
sens demeurera perdu. L'homme ne peut pas les plaisirs qu'il emploiera le fruit de ses in- 
plus causer du mal à un autre homme sur la justices. Je dis que, loin de nuire au pauvre, 
terre , qu'il ne peut en causer à un ange : tant il lui a été utile ; et que, loin de servir ses pro- 
que l'un demeurera bon, l'autre ne saurait lui près intérêts, il les a compromis. Comment? 
porter de préjudice. Or, que comparer à un être D'abord, les remords de sa conscience le dé- 
qui ne saurait ni faire de mal à autrui ni en re- chirent et le tourmentent chaque jour, tous ses 
cevoir? N'est-ce pas là un être semblable aux semblables réprouvent sa conduite, en atten- 
anges, semblable même à Dieu? Dieu n'est-il dant le jugement à venir. 11 est donc évident 
pas dans une condition pareille? Seulement, qu'il s'est fait le plus grand mal à lui-même. Que 
l'homme est par la volonté ce que Dieu est par sa victime puisse retirer de son malheur quelque 
nature. Impossible de lui causer du mal, im- avantage, en voici la preuve : C'est une chose 
possible qu'il en cause. Quand je dis impossible, bien précieuse que de supporter généreusement 
ne voyez pas là une cause de faiblesse; c'est les injustices d'ici-bas; l'affliction en ce monde 
plutôt le contraire qui serait de la faiblesse; efface les péchés, elle nous exerce à laphiloso- 
impossible signifie, dans le cas présent, inca- phie, elle nous forme à la vertu. De ces deux 
pable. Une nature de ce genre ne saurait ni faire hommes, lequel sera vraiment malheureux? 
du mal ni en subir ; ce serait un mal pour elle Pourvu qu'il ait quelques sentiments de sagesse 
s'il en était autrement. En définitive, nous ne chrétienne, le pauvre se résignera sans peine 
nous blessons nous-mêmes que lorsque nous au mal qui lui arrive; le riche, au contraire, 
blessons les autres, et la plupart de nos péchés vivra dans des appréhensions et des terreurs in- 
les plus graves s'identifient avec les préjudices cessantes ; lequel des deux est le malheureux 
très-graves aussi dont nous sommes les auteurs, véritable? — Vous vous jouez de nous, réplique- 
Parce qu'il ne saurait blesser le prochain, le rez-vous; un homme qui n'a pas le pain néces- 
chrétien ne saurait non plus en être blessé. Mais saire, qui est condamné aux souffrances et à la 



tqm. vra. 




191 



HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. 



mendicité, qui implore vainement la charité pu- 
blique, cet homme est malheureux à la fois dans 
son àme et dans son corps. 

C'est vous, mon frère, qui cédez à votre ima- 
gination ; car pour moi, j'appelle votre attention 
sur des faits qui se passent sous vos yeux. Est- 
ce que le riche ne connaît pas les tortures du 
remords? Eh bien, est-ce là le fruit de la pau- 
vreté? Vous me direz qu'il ne souffre pas de la 
faim. Et qu'importe ! Il ne sera que plus griève- 
ment puni d'avoir abusé de sa fortune à ce point. 
Ni la fortune ne donne la force d'âme, ni la pau- 
vreté la faiblesse; s'il en était autrement, le 
bonheur serait inséparable de la fortune, et les 
riches n'auraient pas à craindre les malédic- 
tions des pauvres. Que vos assertions soient pu- 
Tement imaginaires , je vais vous le démontrer. 
Paul était-il dans l'opulence ou dans la pau- 
vreté? Vivait-il dans le dénùment ou n'y vivait- 
il pas? Ecoutez-le s'écrier lui-même qu'il souf- 
frait « la faim et la soif. » II Cor., xi, 27. Les 
prophètes connaissaient-ils les privations ou ne 
les connaissaient-ils pas? Eux aussi les connais- 
saient. — Oui, mais Paul que vous me citez, 
mais les prophètes, ce sont -là dix ou vingt 
iiommes. — Que voulez-vous donc? — Montrez- 
moi dans la foule ceux qui supportent généreu- 
sement les épreuves. — Vous oubliez que le bien 
est toujours rare, que les bons forment toujours 
le petit nombre. Examinons, si vous le voulez, 
la chose en elle-même. Voyons de quel côté sont 
les soucis les plus lourds, de quel côté sont les 
sollicitudes les plus légères. Tandis que l'un est 
en peine du pain de chaque jour, l'autre laissera 
sa nourriture parce que mille soins l'inquiètent. 
Le riche ne redoute pas la faim; mais il redoute 
bien d'autres choses : plus d'une fois il craint 
pour sa vie. Si le pauvre a la sollicitude du 
nécessaire, il y en a bien d'autres dont il est 
exempt ; en revanche, il possède la sécurité, le 
repos, la paix. * 
Prêave3 que 5. Au surplus , s'il n'y a pas de mal à com- 

l 'injustice est . ••-<■. . , 

un mai. mettre 1 injustice, si cest bien, pourquoi la 
honte, pourquoi la confusion qui nous saisit? 
Pourquoi l'indignation , la colère qui nous em- 
portent lorsque nous sommes outragés? Si ce 
n'est pas un bien d'être persécuté sans raison, 



pourquoi nous en réjouissons- nous, pourquoi 
nous en glorifions-nous, pourquoi mettons-nous 
en cela notre confiance? Voulez -vous com- 
prendre la différence qui existe entre ces deux 
choses? Considérez-les l'une et l'autre. Pour- 
quoi des lois, pourquoi des tribunaux, pourquoi 
des châtiments? N'est-ce pas en vue des mé- 
chants? n'est-ce pas en vue de porter remède 
aux maladies qui les dévorent? — Cela ne les 
empêche pas de jouir beaucoup en ce monde. 
— Sans parler de la vie à venir, jetons un coup 
d'œil sur ces jouissances prétendues. Quelle 
condition plus triste que celle d'un homme sous 
le poids de pareils soupçons? quelle condition 
plus fragile, plus nauséabonde? N'est-ce pas un 
état de naufrage perpétuel? Fait-il quelque bien, 
on n'en croit rien ; ses richesses attirent sur lui 
d'incessantes condamnations ; il compte autant 
d'accusateurs qu'il y a de gens dans sa maison, 
l'amitié est pour lui chose interdite; personne 
ne consentirait à devenir l'ami d'un homme si 
fameux, de peur de partager sa mauvaise re- 
nommée. Tout le monde se détourne de lui 
comme on se détournerait d'une bête féroce, 
d'un homme funeste et dangereux, d'un meur- 
trier, d'un ennemi de l'humanité et de la jus- 
tice. Est-il obligé de comparaître devant un tri- 
bunal, il n'est pas besoin d'accusateur, sa répu- 
tation le charge plus qu'aucun accusateur ne 
saurait le faire. Il n'en est pas ainsi de l'oppri- 
mé : de tout côté on lui vient en aide , on s'in- 
téresse à lui, on le défend, il jouit d'une sécurité 
complète. S'il est bon, s'il est prudent de prati- 
quer l'injustice , que l'on se proclame ouverte- 
ment comme tel. Puisque nul ne l'ose, pourquoi 
voir dans ces choses un bien? 

Pour nous aussi, dès qu'il se passe quelque 
chose de semblable, des maux très-graves en 
sont la conséquence. Qu'il arrive à l'un des élé- 
ments de notre corps de prendre la place d'un 
autre après être sorti de celle qui lui est propre; 
que cela ait lieu, par exemple, pour la rate, n'en 
résultera-t-il pas une maladie? Que les humeurs 
inondent le corps, n'en résultera-t-il pas une 
hydropisie? Que la bile cherche à se répandre 
partout, que le sang remplisse tous nos membre», 
n'y aura-t-il pas un véritable désordre? Dans 

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HOMÉLIE LU. 

l'àme elle-même, lorsque les passions et les 
désirs franchissent les bornes qui leur sont s== 
propres, n'en résulte-t-il pas la confusion la 
plus déplorable? Prenez plus de nourriture que 
l'estomac n'en digérera, vous livrez votre corps 
à de nombreuses maladies. D'où vient la 
goutte, d'où les paralysies et les tremblements? 
N'est-ce pas de l'usage d'une nourriture immo- 
dérée? Que l'œil prétende embrasser, voir plus 
qu'il ne lui est permis et qu'il ne pourrait; qu'il 
reçoive une quantité de lumière supérieure à sa 
capacité, il en souffrira plus qu'il n'en profitera. 
La lumière est une chose précieuse ; voilà pour- 
tant la vue qui périt dès que l'oeil prétend voir 
au delà des limites fixées; à plus forte raison 
lorsqu'il regarde en face un foyer éblouissant. 
Qu'un bruit très-fort frappe les oreilles, nous 
sommes tous saisis. De même, lorsque l'àme 
s'efforce d'embrasser des matières au-dessus de 
sa portée, elle ne se possède plus, elle en souffre 
d'autant plus qu'elle s'élève plus au-dessus de 
sa sphère. C'est de l'avidité que de prétendre 
avoir plus qu'on n'a droit de demander. Qu'il 
-nous arrive de vouloir augmenter les biens que 
nous possédons, nous avons beau ne pas nous 
en rendre compte , nous ne nourrissons pas 
moins en nous-mêmes un monstre redoutable : 
quoique possédant beaucoup, nous nous créons 
une infinité de besoins, nous nous embarrassons 
en d'inextricables sollicitudes, et nous livrons 
au démon l'accès de notre àme. Aussi vient-il 
facilement à bout des riches ; leurs trésors 
lui permettent de s'en emparer aisément. Il 
en est autrement pour les pauvres; c'est mêm